L’alliance en politique n’existe pas

8 septembre 2009 | La vie de la cité | 4 Réponses

Quelle cacophonie depuis ces universités de rentrée ! Le PS, à l’agonie depuis les européennes, est obligé de s’activer à rechercher des alliances : ce vieux parti sclérosé qui a inventé le concept d’arthrose politique sait que toutes les forces convergent pour maintenir au chaud la gamelle. Les Verts, dopés par leur excellent score aux européennes, veulent poursuivre sur leur lancée et ont pris la place du MoDem de juin 2007, celui de la jeune fille courtisée. Quant au MoDem, il encaisse encore et toujours les hécatombes, mais semble indéformable tant les sollicitations pleuvent de part et d’autres. Et l’UMP ? Fidèle à son catéchisme de l’union, il maintient sous assistance respiratoire le Nouveau Centre et se met en tête de faire la drague aux Verts, qui lui ont posé un lapin courtois mais franc.

A six mois des régionales, voilà que la tectonique des plaques politiques se remet en mouvement. Qui s’alliera avec qui ? Ce n’est pas comme ça qu’il faut poser la question. Qui obtiendra le ralliement de qui ? Voilà une question plus pertinente : les alliances n’existent pas en politique.

Quand Napoléon fricotait avec les Russes pour vaincre les Anglais et les Autrichiens, il négociait sur la base d’un projet ouvert à l’alliance : un ennemi commun. Quand De Gaulle négociait avec les Américains, il n’entendait pas jouer les supplétifs, mais bien un partenaire à part entière et de dimension égale. Le principe même d’une alliance, c’est un pacte consenti par deux parties qui réunissent leurs forces en vue d’un objectif commun. Elles apportent ce qu’elles ont, et se partageront les fruits du résultat. D’égales à égales.

Ce week-end, Bayrou a proposé aux socialistes une « Offre Publique de Dialogue ». Qui ne voit pas la roublardise dans la formulation ? Offre de dialogue, certes, comme il l’a toujours clamé depuis plus de deux ans. Mais la formule est pastichée de l’OPA, qui traduit dans le monde des entreprises des sentiments beaucoup moins cordiaux que ceux du dialogue…

Et les socialistes ? Si inquiets de voir leur identité se modifier d’un pouillème, si terrorisés à l’idée de voir le pré carré du socialisme bon teint empiété par des immigrés politiques, ils en sont rendus à exécuter une politique d’immigration aussi sévère que celle qu’ils critiquent chez Eric Besson. Martine Aubry, Ministre de l’Immigration et de l’Identité Socialiste, et son chef de cabinet Benoît Hamon, exigent, avant toute alliance, un brevet de socialisme avec mention, une profession de foi de gauche et une confirmation dans les urnes. Si les centristes acceptent de devenir de gauche, alors ils auront droit de cité ; sinon, ce sera la reconduite à la frontière politique, avec le cynisme condescendant de ceux qui pensent que le centrisme est une mer Méditerranée sur laquelle les naufragés sur leur frêle esquif dérivent sur les courants jusqu’à épuisement.

Bayrou a eu raison de remettre Martine Aubry à sa place en lui indiquant qu’elle n’était « pas chargée de contrôler les papiers, de vouloir faire rentrer tout le monde dans le rang ». Car ce que proposent les socialistes, ce n’est pas une alliance, c’est un ralliement à la bannière de Jaurès. Imaginez Napoléon exigeant des Russes qu’ils se battent sous des uniformes français et commandés par des généraux français. Quel interlocuteur, hormis celui à l’agonie et n’ayant plus de fierté, accepterait pareil challenge ?

Il n’y a qu’une réponse à cela : le Nouveau Centre. Dès mai 2007, celui-ci a fait le choix de l’assimilation, de la soupière. Docilement, ceux qui avaient clamé haut et fort pendant la campagne présidentielle qu’ils s’étaient affranchis de l’alliance historique avec la droite, Jean-Christophe Lagarde en tête (il était porte-parole de campagne), sont rentrés la queue basse dans les rangs de la majorité, mais chargés de dispenser la bonne parole : il faut l’union, le mouvement, le rassemblement des idées. Que tu crois.

Le Nouveau Centre, le MPF et CPNT, ralliés de dernière minute, ont cru à la sérénade de l’UMP sur l’alliance. Comme pour une auberge espagnole, on leur a proposé de venir avec leurs idées, leurs convictions, leur électorat, et de rejoindre le comité de direction de l’UMP. Mais la proposition de l’UMP n’était pas scellée du proverbe « l’union fait la force », mais du plus pernicieux « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Apportez-nous de l’eau, supplétifs, et vous aurez quelques élus.

Le hic avec l’hydrologie, c’est que tout le monde sait ce qu’il se passe : ce sont les petits cours d’eau qui s’assèchent d’abord avant que ne baisse le débit des grandes rivières. Le PS a déjà asséché les communistes et les radicaux, et n’a guère plus de réserves hydrauliques ; pire, des petits malins nommés Bockel, Besson et Kouchner, ont entrepris de creuser un canal des Traîtres pour détourner les eaux du fleuve socialiste vers celui de la majorité. A force de se faire siphonner le vote ouvrier, les socialistes ont bien consenti en 2006 à ce que l’écluse Royal tente de boucher la fuite, mais les socialistes ont depuis décidé qu’il fallait dynamiter la digue. Soit.

Si après ça, vous êtes toujours convaincus que l’alliance existe en régime présidentiel, et qu’elle se fera pour les régionales entre la gauche et le MoDem, vous pouvez toujours attendre le déluge.

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Les barbiers ont sévi

29 juillet 2009 | La vie de la cité, Médias | 1 Réponse

Gilles de Robien disait déjà qu’en France, il est impossible d’être ministre de l’Éducation Nationale, car il y a avec soi 60 millions de co-ministres. Il suffit désormais depuis hier que Nicolas Sarkozy fasse un malaise pour que chacun se fasse médecin.

Molière aurait été bien satisfait de cette tartufferie qui veut que chacun se veuille ce qu’il n’est pas en donnant son avis à la petite semaine. Malaise vagal ? Balivernes ! La France a une trop grande tradition du secret médical sur ses présidents pour croire au simple malaise : un hélicoptère, une batterie de test, et c’est bien trop pour un petit bobo. Ajoutez à cela un médecin qui soulève l’hypothèse du malaise cardiaque pour que, caution médicale brandie devant soi, on rejoue un énième avatar paranoïde de la théorie du complot. Et pourtant, de Molière à Dr House, chacun sait qu’il n’y a rien de plus contradictoire que deux médecins dans leurs diagnostics. Alors, thèse contre thèse, arguments contre arguments, voilà que chacun se met à spéculer en vain.

Le pire, à n’en pas douter, dans ce non-événement, ce sont les prescripteurs d’ordonnance. Le Barbier de l’Express, qui ne s’appelle pas Figaro mais Christophe, porte bien son nom : non seulement il rase dans ses éditos, mais voici qu’il prodigue soins et recommandations. Pour un peu, on entendrait le « rasori e pettini, lancette et forbici »1 de l’aria de Rossini. Le factotum du média mainstream saute sur l’occasion grosse comme une verrue plantaire pour enfoncer une porte de bloc opératoire grand ouverte : Nicolas Sarkozy doit se calmer.

Le diagnostic du mal se fait sans guère de précautions, et la recommandation ressemble plus à celle du boucher qu’à celle du praticien : amputer une jambe pour un ongle incarné. Plus le charlatanisme est vorace et rapide, plus il passe. Si Nicolas Sarkozy a fait un malaise vagal hier, c’est parce qu’il est surmené. Mais si, mon beau-frère a fait la même chose il y a 6 mois, il est tombé dans les pommes en servant l’apéro parce qu’il venait de se faire virer et qu’il avait perdu son job. Fredo le Boucher, décoré d’un Ph. D. de désosseur et passé maître dans l’art du tacle à la carotide, a décidé de remplacer le bistouri par le poignard, celui qu’on lance dans le dos : « Si personne ne considère qu’un accident cardiaque est une alerte, qu’est-ce qui peut être une alerte ? [...] Je crois qu’il faut évidemment que le président de la République fasse ce que font d’ailleurs tous les citoyens quand ils vivent une alerte de ce type, et trouve le moyen de prendre du repos, parce qu’il se trouve que ça intervient à un moment où il va pouvoir le faire plus facilement qu’à d’autres. » Si après ça, Sarko n’est pas bon pour l’abattoir…

En se gaussant, on se rappelle d’ailleurs de l’argument de la santé qu’avait convoqué Sarko dans son combat contre Chirac. Le nerveux ayant poussé la gâteux, que reste-t-il à présent que le nerveux a flanché ?

C’est finalement dans ces moments-là qu’on ne donne rien moins que plus de crédit à la thèse du Sarko-surhomme. D’ailleurs, il ne vous a pas attendu pour ciseler sa communication de sortie. Dès hier, il « parlait normalement avec le personnel médical ». Ce matin, il est sorti « à pied » du Val-de-Grâce. A tous ceux qui ont fait leurs choux gras et leur obsession dominicale de ce malaise, l’Élysée enverra un joli carton de remerciement : « Le Président, au nom de toute la France, vous remercie chaleureusement d’avoir participé à une gigantesque opération non fortuite (faut pas déconner quand même) de communication superhéroïque ». Avec un bulletin d’adhésion à l’UMP glissé à l’intérieur.

  1. « Rasoirs et peignes, aiguilles et ciseaux » []
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Le piège de l’ouverture

11 mai 2009 | Idées, La vie de la cité | 1 Réponse

Souvenez-vous : l’ouverture, c’est ce thème de campagne qui est apparu avec François Bayrou en 2007, et qui se résumait en une maxime simple, « faire travailler ensemble les hommes de bonne volonté ». Cela fleurait bon les coalitions des IIIe et IVe Républiques, quand nos aînés à rouflaquettes et à fumes-cigarettes s’activaient pour ébaucher des majorités consolidées au centre (déjà divisé en deux à l’époque : les radicaux-socialistes et les républicains de droite) : plusieurs partis, pour un même gouvernement et une même gouvernance. Curieusement ou non, il s’est vite trouvé que l’ouverture, les Français aimaient ça pendant la campagne : 65% de plébiscite en juin 2007, 64% en mars 2008. En toile de fond, se dessinait ni plus, ni moins, qu’un refus net du clivage gauche-droite tel qu’il est aujourd’hui organisé, couvert du vernis « blanc bonnet et bonnet blanc » et catalysé par une crise sous-jacente qui fait toujours reparaître le spectre de l’Union sacrée, de la cohésion d’une Nation tout entière faisant fi de ses divisions pour le salut de son âme.

L’ouverture, un thème plébisicté par les Français ? Il n’en fallait pas plus pour que Nicolas Sarkozy en fît un outil stratégique : ce que Bayrou veut, je le fais. Premier coup de pioche dans la roche bayrouïste. « Débauchage ! Déstabilisation ! », ont crié les contempteurs de l’ouverture sarkozyste. Et ils ont eu raison. Rien n’a fonctionné comme une vraie ouverture. Le PS ni l’UMP ne se sont pas mariés, laissant l’ouverture être désignée par quelques trajectoires individuelles : Eric Besson est allé à Canossa en allant jusqu’à prendre des responsabilités au sein de l’UMP ; Jack Lang, Michel Rocard et Claude Allègre, ont été aiguillonnés à coup de petits maroquins, qui à Cuba, qui chez les pingouins, qui par le secret espoir de redevenir ministre. Et que dire du Nouveau Centre ? Lui qui croyait avoir noué une alliance solide et équitable, se retrouve maintenant un vrai parti croupion, accroché aux basques de la majorité. François Sauvadet, président du groupe NC à l’Assemblée, s’étrangle à chaque fois que le groupe UMP fait cavalier seul et ne respecte pas son partenaire, qui se croyait son égal ; Hervé Morin, qui caressait le doux rêve de voir des listes NC aux européennes, a rapidement déchanté et s’est retrouvé à batailler… pour arracher trois places éligibles !

L’ouverture sarkozyste est donc tout sauf un contrat synallagmatique : le Nouveau Centre s’engage à voter les réformes… mais à quoi s’engage l’UMP ? A faire tomber de la table les miettes du festin de Job ?

Surtout, l’ouverture sarkozyste est tout sauf un partenariat. C’est une entreprise d’acculturation. Kouchner, Bockel et Besson comme ambassadeurs du socialisme au gouvernement ? Fadaises ! Bockel est discrédité par son nanisme, Besson se retrouve à exécuter les basses œuvres les plus droitières de la politique gouvernementale. Et Kouchner ? Le voilà aujourd’hui pris au piège de l’ouverture. Car, en Sarkozie, peut-on jamais coopérer avec le gouvernement et conserver une âme de gauche ? Fadela Amara voulait s’en convaincre, qui pérorait en janvier 2008 qu’elle ne voterait pas Sarkozy en 2012 ; peine perdue, deux jours plus tard, elle se dédisait, rattrapée par la patrouille.

Revenons à Bernard Kouchner, sans nul doute la plus belle proie socialiste du gouvernement, la figure la plus emblématique d’un socialisme de bonne conscience, fait de bonhomie médicale sur fond d’Afrique noire ; bref, tout pour faire vibrer la corde sentimentale d’un socialisme tout désigné pour résoudre les problèmes de l’Humanité. Une capture qui a valu un psychodrame au PS, obligé ipso facto d’exclure les renégats du socialisme, comme il le fut lors du vote de la réforme constitutionnelle de juillet dernier. Ce week-end, au détour d’une interview, Bernard Kouchner a été coincé : va-t-il voter UMP ? « J’attends de voir les programmes ! », a-t-il louvoyé. Aujourd’hui, c’est la cabale : Harlem Désir traite le traître de « concessionnaire qui hésiterait à vous accompagner dans la voiture qu’il vous vend » ; Xavier Bertrand enchaîne : « Si Bernard Kouchner regarde ce qu’il y a dans les projets des différents partis pour ces élections européennes, je sens qu’il ne votera certainement pas pour le Parti socialiste ». Un programme, l’UMP ? Pardi !

Celui qui n’a voté Sarkozy ni au premier, ni au deuxième tour, obligé de passer avec armes et bagages du côté de la majorité ? C’est ce qu’il semble aujourd’hui se passer : Kouchner doit boire la cigüe en avouant qu’il votera pour Michel Barnier.

Voilà le donc le triste sort d’une ouverture inégale, faite d’alibis bon teint et de liberté de ton et de pensée pour peu qu’elle ne diverge pas de la ligne fixée par l’UMP. Une espèce de liberté surveillée, de mise sous assistance respiratoire jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’autres choix que la mort… ou la souillure. C’est ce qu’endureront les députés du Nouveau Centre, devenus en un tournemain les communistes de la majorité, et qui en 2012 n’auront que trois choix : rester un satellite qui tourne dans le vide, se fondre complètement dans la majorité en renonçant à leur étiquette, ou revenir vers Bayrou et devoir passer sous les fourches caudines. Et c’est ce qu’endurera également Bernard Kouchner, obligé désormais de faire jouer son entregent pour dégoter un poste de haut-fonctionnaire grassement payé ou honorifique lorsque son temps sera fini.

Pour autant, il serait trop simple de taper sur la majorité. Si l’ouverture est un combat de gladiateurs, c’est aussi parce que le PS n’en a pas la culture. Le système majoritaire contribue à solidifier deux camps, opposition et majorité, avec chacun son rôle, et hermétiquement fermés l’un à l’autre : la majorité et l’opposition ne se peuvent regarder fixement, pourrait-on dire en parodiant La Rochefoucauld. Si l’on veut changer cet état de choses, il faudra nécessairement passer par un système plus proportionnel qui, en fragilisant les blocs, demandera obligatoirement un renfort en mastic. Et ce mastic, c’est la coopération. Comme quoi, tout se tient.

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Ma prédiction se réalise plus tôt que prévu

3 avril 2009 | La vie de la cité | 1 Réponse

A l’heure où l’UMP boucle ses listes pour les européennes, il se murmure que Joëlle Ceccaldi-Raynaud, député-maire de Puteaux, voudrait figurer en 4e position sur la liste en Ile-de-France. Frappée par les limites du cumul des mandats, elle serait en cas d’élection obligée de laisser sa circonscription en démissionnant de l’Assemblée. Et qui donc pourrait récupérer la circonscription ? Allez, chers lecteurs, ne faites pas l’étonné : le prince héritier, pardi !

Il y a quelques mois, j’avais pronostiqué un scénario à peu près semblable : à l’approche des sénatoriales, Joëlle Ceccaldi-Raynaud propulsée au Sénat sous la menace d’une candidature dissidente en cas de refus, des législatives partielles avec Jeannot triomphalement élu (grâce à la désaffection que provoque toute élection partielle), et le voilà candidat sortant en 2012, lui garantissant une réélection facile. Il se pourrait donc que le scénario se réalise plus tôt. A une seule condition : que les législatives partielles aient lieu après le 1er septembre 2009, puisqu’il faut avoir 23 ans pour être député.

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Le poisson d’avril de Sarkozy

1 avril 2009 | Brèves | Aucune réponse

Pourquoi tout le monde aurait le droit de faire un poisson d’avril aujourd’hui et pas lui ?

Ce matin, Nicolas Sarkozy a promis l’intersyndicale FO-CFDT-CGT-CFTC qu’il allait « sauver le site Caterpillar ». Après avoir brillamment sauvé celui de Gandrange.

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Dangereux individus !

24 mars 2009 | La vie de la cité | Aucune réponse

Le Président l’a dit et répété aujourd’hui à Saint-Quentin : la seule appartenance à une bande pourra désormais être passible jusqu’à trois ans de prison.

Tout obséquieux que je suis, j’accepte de dénoncer une dangereuse bande, menée par un gourou belge répondant au nom d’André V.

Regardez ces costumes chamarrés et psychédéliques. C’est assurément une bande d’ultragauchistes violents :

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Faire disparaître Nicolas Sarkozy et Carla Bruni du web ?

18 mars 2009 | Internet | Aucune réponse

Vous en rêvez ? Vous en avez marre de voir le net sarko-trollé ? Ah ! qu’il était bon le temps où le net se passionnait pour d’autres sujets politiques ? Maintenant, ce ne sont que sarkoguignolades et autres bruniphobies pavloviennes. Et ça lasse.

Eh bien, sachez que désormais, il est possible de kärcheriser Sarko et Carla du web. L’outil est simple, c’est un petit module Firefox subtilement intitulé Kärcher. Téléchargez-le, installez-le sur votre bécane Firefox, et c’est magique : le nom de Sarko et de Carla disparaît du web !

Enfin, il existe encore quelques sites récalcitrants, comme celui du Figaro

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Sarkozy, un nouveau Caligula ?

13 mars 2009 | Histoire, La vie de la cité | 6 Réponses

Il y a peu, je me demandais si Sarkozy n’était pas un nouveau Louis XV, tant les similitudes entre les deux souverains sur leur manière de considérer les intermédiaires entre eux et le peuple ou sur le parcours déclinant qui leur a fait connaître les cimes de la popularité avant de finir bassement frappés par des crimes de lèse-majesté.

Aujourd’hui, je me demande si Sarkozy n’est pas un nouveau Caligula. Souvenez-vous, Caligula, cet empereur romain fou et incestueux, devenu par l’aide du pouvoir profondément tyrannique et mégalomane. L’historien romain du IIe siècle Dion Cassius livre d’ailleurs un portrait a posteriori très bien croqué :

« De plus alors qu’il avait au début interdit qu’on lui élevât des statues, il entreprit de se consacrer des images ; il supprima aussi un décret instaurant des sacrifices à sa fortune, au point qu’il le fit graver sur une stèle, mais il imposa ensuite temples et sacrifices en son honneur, comme à un dieu. La foule, la solitude lui plaisent tour à tour. [...] L’argent, il le dépensait sans compter, mais il thésaurisait aussi de façon sordide. Ceux qui le flattaient, ceux qui lui parlaient librement, il les traitait pareillement avec irritation et joie. [...] Quant à ses compagnons, il en flattait certains sans mesure, pendant qu’il outrageait les autres à l’excès. »

Toute ressemblance avec les hordes de militants UMP venus faire la claque au salon de l’Agriculture pour montrer que le peuple est toujours présent, qui soutient le président, avec le bouclage des rues lors de la tournée des vœux pour éviter que les cris des grévistes n’accrochent un micro, avec la complaisance dans un culte de l’image de soi, et avec les cloisonnements d’amitié parmi les ministres (G7, organigramme de l’UMP, et autres combinaisons), serait naturellement purement fortuite.

On épargnera à Sarkozy l’outrage d’être traité de pécheur de chair. On amoindrira la cruauté de sa tyrannie. A Rome, les cadavres politiques sont aussi des cadavres humains ; en Sarkozie, les cadavres politiques choient et ressuscitent au bon vouloir du monarque. Ceux qui jadis incarnaient la grâce du pouvoir sarkozyste sont tombés en disgrâce ; mais rien n’est jamais définitif comme chez aucun monarque, et les bannissements de cour sont souvent commués en peines de bagne, soit à Strasbourg, soit au fond d’un cachot à manger son pain noir (pardonnez-moi le rapprochement allusif avec Rama Yade) pendant quelques années.

Abonder dans le culte sarkozyen de l’image narcissique de soi, jusqu’à la sanctuariser pour qu’on n’y touche pas, s’affadit toutefois parce qu’on en a presque tout dit, un peu comme un café trop passé. Tous les hommes politiques sont, d’une manière ou d’une autre, tyranniques ou narcissiques. Etre un homme politique, c’est se projeter dans le corps social, et l’on veut être considéré par ses concitoyens plus que par ses pairs. Le besoin de reconnaissance sociale, en psychanalyse, traduit généralement une absence ou une lâche proximité avec la figure du père. N’entrons pas dans ces considérations-là, même si Nicolas Sarkozy ne cache pas que son père a été absent de sa vie.

En revanche, Nicolas Sarkozy tombe dans un travers qui est assez peu commun des hommes politiques : la volonté exacerbée d’entrer dans l’histoire. En tous points, il est dans une course névrosée au Robert des noms propres. C’est à se demander si ses multiples lapins-du-chapeau et ses réformes tous azimuths ne sont pas une volonté de puissance. Il veut être l’homme qui réformera le pays entier, de la carte judiciaire au congé parental, de la carte électorale à la mémoire nationale. On peut saluer la volonté d’être sur tous les fronts, de réaliser la métamorphose complète du pays. Si l’ambition est noble, on doute cependant de la capacité de réussite de l’entreprise. Réformer pour réformer, parce qu’on veut être celui qui a réformé, n’a aucun sens. On ne peut pas soumettre le sort d’un pays au souhait mégalomane d’un de ses dirigeants.

Rappelez-vous la prédilection de Sarkozy pour les sujets historiques. Quand il était Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait remis sur le tapis la question de la laïcité, plus adaptée selon lui à la nouvelle carte religieuse de la France du XXIe siècle ; dans son discours du Latran, il lâchait une expression (malheureuse ?) profondément rétrograde, subordonnant la morale républicaine à la morale religieuse ; lors de la visite du pape en France, il a récidivé avec force édulcoration, retissant sur sa toile religieuse le concept de « laïcité positive ». Souvenez-vous de Guy Môquet ; souvenez-vous du Mont Valérien ; souvenez-vous en général de son goût pour les commémorations, de son appétence pour les questions de mémoire nationale ; souvenez-vous du prochain musée de l’histoire de France, redondant à mourir avec d’autres. Et rappelez-vous que cette subite componction pour la profondeur historique tranche très nettement avec son milieu culturel. Que connaît-il de l’histoire, hormis que tout chef d’État doit parler d’histoire ?

Cette semaine, Nicolas Sarkozy a signé le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Il a finalement touché au symbole auquel les présidents depuis De Gaulle n’avaient pas voulu toucher. Avant cette semaine, la France avait déjà un pied et demi dans l’OTAN, mais elle n’avait pas un orteil dans l’organe le plus symbolique. Qu’est-ce qui a donc poussé Sarkozy, encore une fois, à attirer les projecteurs sur lui par une décision symbolique ? Le retrait de la France dans le commandement intégré de l’OTAN fait partie de ces événements qui ont forgé l’histoire diplomatique de la France contemporaine. Ce qui ne veut pas dire cependant qu’on ne peut y toucher ; mais que lorsqu’on y touche, ce n’est jamais innocemment. Pas avec Sarkozy en tout cas.

Et que dire des ballets incessants, du pousse-toi-d’là-que-j’m'y-mette auquel il joue avec Barack Obama ? A Gaza, Nicolas Sarkozy s’est empressé d’atterrir avant Obama pour ne pas se faire voler la vedette. Quand on évoque Obama en termes trop élogieux, Sarkozy s’agace ; et pourtant, il cherche absolument à le rencontrer au plus vite. Ne serait-ce pas parce que, encore une fois, Sarkozy est dépassé sur le plan historique ? Que vaut un histrion pseudo-réformateur face à un homme qui a réussi le tour de force d’avoir été élu à la tête d’un pays qui a pratiqué l’esclavage pendant longtemps jusqu’à provoquer une guerre civile, en portant l’espoir d’une réconciliation nationale ?

Aujourd’hui, la maison France, soumise au pas sarkozyen, menace de s’écrouler. Les contestations et les mécontentements sont tellement généralisés qu’ils donnent l’impression d’une société entière hostile à son président. Trop prompts à qualifier les rétifs de corporatistes et d’immobilistes, les soutiens sarkozystes ne voient pas que les Français sont particulièrement démunis contre l’action présidentielle, qui ne procède d’aucune autre logique que celle de la folie du matin, changeante et floue.

Ou celle de faire de la politique pour soi. Egotisme criminel.

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Sarkozy, un nouveau Louis XV

27 février 2009 | Histoire, La vie de la cité | 3 Réponses

Quand on évoque Sarkozy, on pense immédiatement à Napoléon III, Napoléon le Petit, comme le taxait Victor Hugo, à qui il reprochait ses vaines gesticulations et son goût immodéré pour les paillettes et l’argent. Autant de reproches qu’aux temps de la bling-bling présidence, on trouvait particulièrement pertinents. Si l’on veut jouer cependant à monarchiser les présidents, c’est du côté de Louis XV qu’il faut tenir la comparaison.

Louis XV et Nicolas Sarkozy, c’est l’histoire d’un désamour croissant de l’opinion. Seul survivant de la famille royale quand le long règne du Roi Soleil s’éclipse, Louis XV s’extrait de la Régence de Philippe d’Orléans, parent le plus proche de Louis XIV. Le Roi Soleil n’avait pas manqué d’inclure dans son testament des clauses très restrictives pour limiter le pouvoir du Régent, qu’il soupçonnait de vouloir prendre la couronne ; le Régent fera casser ce testament. En 1722, arrivé majeur, Louis XV parvient à reprendre les rênes du pouvoir. Nicolas Sarkozy, c’est un peu la même histoire : un long règne de Chirac Ier, un testament officiel en faveur de Dominique de Villepin, et un Régent de droit, Nicolas Sarkozy, président de l’UMP ! Sauf que l’issue est différente.

Dès les premières années de son règne, Louis XV est porté par un fort assentiment populaire : il en garde jusqu’à sa mort le surnom de Bien-Aimé. Une épiclèse qui seyait bien au président à l’été 2007, dans le grand raout ringard et patriotique de la fête de la Concorde, les joggings matinaux et les Ray-Ban en permanence sur les yeux.

Comme le monarque, Nicolas Sarkozy est un grand fan du pouvoir personnel. Les deux veulent tout diriger, tout contrôler. Cela passe par les cabinets secrets, qui dépossèdent les ministres de leurs propres attributions. Claude Guéant, David Martinon, Jean-David Lévitte, François Pérol, sont les nouveaux d’Argenson, Machault d’Arnouville, et la Pompadour. A la volonté royale, il ne peut y avoir nul obstacle : aussi l’un comme l’autre accordent-ils un grand soin à mettre au pas les Parlements, dont les délibérations verbeuses ne font qu’entraver la marche de l’État.

L’un comme l’autre finissent désavoués par l’opinion. Les réformes de Machault d’Arnouville sur la justice fiscale et la création d’un impôt pour les grandes fortunes échouèrent lamentablement ; les nombreuses guerres laissèrent un déficit de plus de 100 millions de livres qui ne fut jamais comblé. Les frictions avec le Parlement se cristallisèrent à un point tel que le roi fut taxé de tyrannisme, et le Parlement se fit le défenseur naturel des lois fondamentales du royaume, auxquelles les rois ne pouvaient déroger (comprenez : un ancêtre de Constitution), et pourtant arbitrairement bafouées. Toute ressemblance avec un enlisement des réformes actuel, des tensions grandissantes avec le Parlement, y compris avec le parti du roi-président, et des agissements à la limite de la légalité, est naturellement tout à fait fortuit.

Comme toujours, quand il s’agit d’être impopulaire, ce sont les femmes qu’on incrimine, ces avaricieuses intrigantes qui exercent un pouvoir par l’oreiller. La Pompadour, c’est la Rachida Dati de l’Ancien Régime, à ceci près que la diva de la Place Vendôme n’est pas un ministre sans portefeuille, mais plutôt un portefeuille sans ministre. Ah ! que le Bien-Aimé n’eut fait tomber en disgrâce la Pompadour pour faire remonter sa cote de popularité ! Le nez plus fin, le Jadis-Bien-Aimé a largué les poids lourds auparavant joyaux de luxe pour faire remonter l’aéronef. Peine perdue : la disgrâce du Garde des Sceaux à la Cour élyséenne et les génuflexions déférentes et enamourées de Rama Yade ne seront sujettes à remise en cause.

En 1757, Robert François Damiens commet le crime de lèse-majesté en égratignant superficiellement d’un canif la bedaine royale emmitouflée dans ses habits d’hiver. En février 2008, un sombre et anonyme régicide commet le crime de lèse-président en égratignant superficiellement l’amour-propre présidentiel. En l’espace d’un millénaire, les monarques français ont perdu de leur superbe : au tournant de l’An Mil, on leur donnait des pouvoirs thaumaturgiques : par l’apposition des mains, les rois pouvaient guérir les purulentes écrouelles ; au salon de l’Agriculture, le Président de la République a des mains sales dont il doit se garder de les poser sur ses augustes sujets. Quand Damiens l’érafle, Louis XV, tout enveloppé de la majesté royale, conserve un calme olympien ; quand l’odieux régicide l’alpague, notre jadis-bien-aimé Président sort de ses gonds : « Casse-toi pauv’ con ». L’élégance est décidément une vertu royale. Mais il n’est pas dit, foi de monarque, qu’en monarchie, même élective, les odieux régicides ne soient pas sévèrement punis pour restaurer la majesté égotique royale dans sa diginité. Damiens est écartelé en place de Grève après avoir subi moult châtiments destinés à démontrer ostensiblement le terrible bras vengeur de la puissance royale. Pour un pannonceau vulgaire, on promet au citoyen Hervé Éon les foudres apocalyptiques (et même plus) de la justice ; mais las ! la condamnation est symbolique : ah ! ces magistrats, encore un obstacle à la volonté présidentielle ! Et tant d’autres, encore, ont avili la digne majesté présidentielle, et devront croupir dans les immondes geôles du Châtelêt !

En 1774, Louis XV, devenu depuis plusieurs années neurasthénique et profondément déprimé, meurt de la petite vérole. Un signe prémonitoire ?

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Chirac n’est pas mort

23 février 2009 | La vie de la cité | 1 Réponse

Au soir du 6 mai 2007, tout le monde se disait : « Formidable, on a enterré Chirac comme on a enterré De Gaulle ; une page se tourne. » Eh bien pas du tout.

Chaque jour apporte son lot de raisons de croire que le virage idéologique de la droite est fragile. Ça a commencé avec l’amendement Mariani sur les tests ADN : tous effrayés, mais tous dociles, le petit doigt sur la couture du pantalon. Sauf François Goulard, qui n’a plus rien à perdre : il avait déjà soutenu Bayrou à la présidentielle et tient bien son fief à tel point qu’il pourrait ne plus être investi qu’il gagnerait quand même. Il y a eu aussi la fronde parlementaire, qui s’accroit de jour en jour : concédons-le, il s’agit ici moins d’une fracture idéologique que d’une réaction corporatiste des députés qui en ont marre de se faire tondre la laine sur le dos. Et puis en ce moment, il y a l’OTAN, qui fait racler des gorges, surtout celle d’Alain Juppé. L’atlantisme total, c’est guère un thème de la droite chiraquienne ça, qui préférait le soutien en dessous de table et l’indépendance à la tribune.

Les nouveaux convertis donnent le change pourtant : Besson et Hortefeux jouent les hardcore gamers, plus royalistes que le tsar, Rachida a bien compris le bling-bling style de la présidence Sarkozy, Darcos a bien récité la leçon du gouvernement-qui-tiendra-ses-réformes-jusqu’au-bout-malgré-la-pression-de-la-rue. Franchise, persévérance et paillettes, ce sont les trois pieds du tabouret sarkozyste. Et de concert, tous les ministres ont entonné la cantate : « Nous sommes des réformistes actifs. » ; charpente du sarkozysme : tout réformer tous azimuths. Ah pour sûr, un sarkozyste n’est pas un roi fainéant, lui ; et pourtant on en a connu !

Malgré ça, Chirac n’est pas mort. Une poignée de vieux de la vieille tentent apparemment d’activer les réseaux pour une candidature improbable. Les fidèles restent toujours fidèles, et fomentent une conjuration de Catilina pour 2012. Le peuple le prend de nouveau en sympathie, qui en a assez de la dynamique vanité du pouvoir en place. Le cadavre bouge encore, même s’il ne cherche pas à faire de l’ombre à qui est plus petit que lui.

Mais voilà : Sarko se chiraquise. La réforme du lycée est à moitié enterrée : Richard Descoings est chargé de tenter la voie de la consultation nationale, sortira ce qu’il en sortira. Pécresse pédale dans la semoule avec les chercheurs, et doit reculer pour mieux sauter. Les promesses non tenues commencent à s’accumuler. La promesse du président du pouvoir d’achat ressemble curieusement à celle de la fracture sociale : un concept de campagne efficace et mobilisateur, mais qui ne débouche sur rien. Des engagements tonitruants comme à Gandrange, avant de baisser la queue quelques temps après. Et que dire des sondages de popularité, voilà qu’ils dévissent ! Comme Chirac, Sarko est désormais contraint de devoir gouverner avec une opinion réfractaire et dubitative.

Et que croyez-vous qu’il arrivera en 2012 ? Sarko se représentera, avec la méthode Chirac : celui d’avant c’était pas moi, on va changer de politique. En politique comme ailleurs, c’est dans les vieux pots (fainéants) qu’on fait les meilleures confitures.

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Nick Carraway

I was still with Jordan Baker. We were sitting at a table with a man of about my age and a rowdy little girl, who gave way upon the slightest provocation to uncontrollable laughter. I was enjoying myself now. I had taken two finger-bowls of champagne, and the scene had changed before my eyes into something significant, elemental, and profound.

At a lull in the entertainment the man looked at me and smiled.

“Your face is familiar,” he said, politely. “Weren’t you in the Third Division during the war?”

“Why, yes. I was in the Ninth Machine-gun Battalion.”

“I was in the Seventh Infantry until June nineteen-eighteen. I knew I’d seen you somewhere before.”

We talked for a moment about some wet, gray little villages in France. Evidently he lived in this vicinity, for he told me that he had just bought a hydroplane, and was going to try it out in the morning.

“Want to go with me, old sport? Just near the shore along the Sound.”

“What time?”

“Any time that suits you best.”

It was on the tip of my tongue to ask his name when Jordan looked around and smiled.

“Having a gay time now?” she inquired.

“Much better.” I turned again to my new acquaintance. “This is an unusual party for me. I haven’t even seen the host. I live over there——” I waved my hand at the invisible hedge in the distance, “and this man Gatsby sent over his chauffeur with an invitation.” For a moment he looked at me as if he failed to understand.

“I’m Gatsby,” he said suddenly.

“What!” I exclaimed. “Oh, I beg your pardon.”

“I thought you knew, old sport. I’m afraid I’m not a very good host.”