22 juin 2009 | Société |
Sur Twitter, il se passe aussi des débats. Mais comme il est compliqué d’argumenter en 140 caractères sous peine d’inonder le Twitter des autres, il faut parfois aller ailleurs pour discuter plus aisément. Au sujet de la burqa, donc, il se trouve que Marc Vasseur et moi sommes en désaccord. Pour résumer brièvement le point de vue de Marc Vasseur, il pense qu’il faut légiférer sur la burqa car c’est un signe de fermeture à l’autre. Je ne suis naturellement pas de cet avis, et ce pour deux raisons.
On ne légifère pas sur l’asocialité. Quand bien même la burqa serait utilisée pour marquer une défiance vis-à-vis du monde extérieur (ce que je ne crois pas, c’est un argument discréditant cousu de fil blanc pour qu’il ait une quelconque épaisseur), le législateur n’a pas à s’en préoccuper. Il appartient à chacun de décider si oui ou non il souhaite s’ouvrir aux autres, et de quelle manière il souhaite ou non signifier son affabilité ou son côté farouche, tant que cela reste dans le cadre de la loi. Or, la burqa, hormis causer à celui qui aime l’ouverture aux autres un désagrément avec sa conscience, ne porte aucun tort à la société civile. Par extension, si le problème de la burqa est la fermeture aux autres, alors il faudra mettre dans la même charrette d’autres accessoires vestimentaires. Philippe Manœuvre et Karl Lagerfeld ont du souci à se faire… Et par extension encore, faudra-t-il au surplus interdire les actes de défiance ? Refuser de dire bonjour, refuser de sourire, seront-ils passibles de poursuite ? On critiquera mon raisonnement par l’absurde, mais la préhension de l’argument de la fermeture par l’absurde prouve que ce n’est pas une bonne raison pour légiférer.
L’argument de l’ouverture/fermeture est sous-tendu par l’immigration. Si l’on réfute l’argument des lunettes de soleil ou de l’humeur chafouine érigée en style de vie et en carte de visite de ses connexions avec le monde social alentour, c’est que ce n’est pas la fermeture à l’autre qui pose problème : c’est la conjonction burqa + fermeture à l’autre. Or, cela est évidemment sous-tendu par la question de l’immigration. Un immigré doit nécessairement s’ouvrir au pays qui l’accueille (i) ; la burqa ferme l’immigrée aux autres (ii) ; donc il faut interdire la burqa (iii). Le syllogisme peut se révéler efficace et logique, il n’en reste pas moins qu’il masque ses intentions derrière le voile de l’évidence de la pensée. On y trouve derrière une récrimination en bloc d’autres refus de conformité : la langue, le mode de vie. La burqa ne se résume donc pas à une question purement vestimentaire et religieuse, mais bien à une appréhension globale de l’assimilation culturelle. Conserver la burqa, ce serait faire montre de sa ferme volonté de ne pas accepter les coutumes du pays dans lequel on vit, et c’est donc un des versants du combat contre les communautarismes. C’est le point de vue d’Elisabeth Lévy, qui clôt son propos par un définitif « Personne n’est obligé de vivre en Occident. Mais en Occident, on accepte le regard des autres. » Or, les témoignages des femmes qui choisissent de porter la burqa montrent qu’elles ne sont pas dans un rejet total d’un pays qui les accueille et de ses modes de vie. Elles consomment occidental, puisqu’elles portent en dessous jean et baskets ; elles parlent français ; elles ne vivent pas nécessairement recluses dans un arriérisme religieux. En un mot elles ne portent pas la burqa pour défier l’Occident, à l’inverse peut-être de ceux qui choisissent de ne pas parler la langue de leur pays d’accueil (encore que je n’ai jamais lu aucune étude ethnosociologique quantifiant ce phénomène et cherchant à le percer ; ça m’a tout l’air d’un mythe social).
On en revient toujours au débat assimilation/coexistence. On peut donner du crédit à la thèse qui veut que l’immigration doive s’accompagner d’efforts de la part de celui qui est accueilli. Ce n’est pas simplement une question de morale dix-neuviémiste, mais simplement d’ordre social. Une société et une Nation pour se maintenir ont besoin de cohésion, et il est dès lors logique que les pouvoirs cherchent à maintenir cette cohésion en veillant à ce que l’immigration ne vire pas au phénomène d’invasion débrutalisée et librement consentie. En revanche, et je renvoie à mon billet précédent, une telle thèse souffre à mon avis de son impossibilité à envisager l’inverse : que l’Occident à son tour se plie aux coutumes locales quand il n’est pas chez lui. Et c’est finalement l’horizon indépassable de ce débat : l’incapacité de l’Occident à se penser parmi le monde, mais toujours au-dessus de lui, voire étant lui.
22 juin 2009 | Société |
Après le voile à l’école, après la cagoule dans les manifs, voici qu’on réfléchit à l’éventualité d’interdire purement et simplement la burqa sur le territoire français. Le sujet divise, au fond et dans la forme. Il y a ceux pour qui la loi est un mauvais outil (Besson), ceux pour qui au contraire c’est un bon levier pour faire changer mentalités et pratiques (Amara) ; et il y a ceux qui défendent au fond l’interdiction de la burqa comme une libération de la femme cachée et opprimée, et ceux au contraire qui semblent sceptiques.
Cette affaire de la burqa dévoile — et c’est le cas de le dire — une tendance bien établie et profondément agaçante de l’Occident moderne : la perception de son système de valeurs comme devant être le système universel et l’incapacité galopante à percevoir rationnellement d’autres systèmes de représentation. Je l’avais déjà montré au moment du passage houleux de la flamme olympique. La même pathologie se reproduit avec la burqa.
Je vous invite à lire cet excellent billet sur la burqa et les clichés qui l’accompagnent, en guise d’introduction à ce billet.
L’argument qui me semble le plus ahurissant, c’est celui de l’oppression de la femme, obligée de se couvrir par suite d’une loi machiste édictée par des hommes et qui ne souffre d’aucun refus. Premièrement, hormis le régime des talibans, la burqa relève du choix. Deuxièmement, je ne vois aucun lien logique entre burqa et oppression. Réside-t-il dans l’obligation faite de suivre une règle pour ne pas être rejetée ? Voilà là la profonde hypocrisie de l’Occident. Nous maltraitons autant nos femmes que les barbares que nous disons venir de l’Orient. Les occidentales n’ont-elles pas aussi leurs propres burqas, effectivement moins visibles mais tout aussi prescriptives ? Les grandes marques de cosmétique, les magazines féminins, imposent des silhouettes, des modes de vie et dictent la manière dont il faut s’habiller pour être « comme tout le monde ». Et la mode relève-t-elle du choix ou de la pression sociale ? C’est la même question qui se pose pour la burqa, comme c’est curieux…
En outre, je me demande bien ce que pensent tous ces bien-pensants de la libération de la femme qui estiment que les musulmans doivent s’occidentaliser sur le sol français. Et les expatriés français au Moyen-Orient, doivent-ils maintenir leur mode de vie et leurs codes vestimentaires ou accepteront-ils de se plier à ceux orientaux ? En direct il y a quelques semaines au Moyen-Orient, Laurence Ferrari avait choisi d’être légèrement voilée. Pas dit que cette tendance soit acceptée par tous.
On ne peut pas discuter avec l’islam et ses pratiques si on ne fait pas l’effort de sortir du cliché « société religieuse = société archaïque » et si l’on ne se départit pas d’un regard condescendant et hermétique à toute appréhension rationnelle. La révolution des mentalités, c’est en Occident qu’il faut (aussi) la faire !
21 février 2009 | La vie de la cité |
Une étude récemment publiée par l’Osservatore Romano, quotidien de l’État pontifical, prête à sourire. Deux théologies se sont appuyés sur un dépouillement statistique de données collectées dans le confessionnal pour dresser une cartographie sexuée des manières de pécher. Oui, vous avez bien entendu : des curés italiens ont soigneusement collecté les confessions de dizaines de milliers de fidèles pour dresser des listes statistiques. Pour le secret du confessionnal, on repassera !
Quels enseignements les théologiens-sondeurs en ont-ils tirés ? Des truismes. Je cite :
« L’homme est en fait plus enclin à avoir des aventures (escapades) et à pécher par la bouche (gorge) (les vices qui distinguent l’homme moderne sont, dans l’ordre, la luxure, la gourmandise et la paresse), tandis que la femme qui ne suit pas la doctrine chrétienne pèche par orgueil, envie, et colère. »
Après ça, on dira que les catégorisations des comportements masculins et féminins sont artificielles. Les chiffres parlent, là, et le secret du confessionnal confère à l’étude une grande authenticité, puisqu’a été évité le syndrome de la transformation sondagière !
Un tableau qui n’est pas sans rappeler celui, admirable, peint par Musset dans On ne badine pas avec l’amour (II, 5) :
« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées [...] »
Quel dommage que Robert Thomas soit mort : après Mon curé chez les nudistes et Mon curé chez les Thaïlandaises, la série des Mon curé aurait pu s’allonger avec Mon curé chez IPSOS !