15 septembre 2009 | La vie de la cité, Médias |
La polémique Hortefeux en finit guère de désenfler. Ministres, parlementaires, conseillers spéciaux, tous les appuis sont bons pour sortir Brice du pétrin. Aujourd’hui, c’est Henri Guaino, le mépris réactionnaire fait homme, qui lance chez David Abiker cette tirade tragique :
Ce n’est pas pareil de prendre la parole quand on est un homme politique, un responsable, pour affirmer quelque chose que l’on assume et de prendre la parole dans un cadre intime, amical, informel
Ah, donc les universités d’été de l’UMP sont un moment intime, amical et informel de la vie du parti majoritaire et du gouvernement (on a beau dire que le gouvernement est censé être au-dessus des partis et œuvrer pour le bien de tous les Français, vous avez quand même compris qu’il y a quand même 53% de Français qui sont plus égaux que les autres). Mais où les caméras sont admises dès qu’il s’agit de tacler le PS et le MoDem ou de glorifier l’ouverture (2007) , l’union (2008) et la solidification (2009) de l’UMP.
Quand le soir, Guaino accroche sa mauvaise foi avec son manteau à la patère, il jette un rire sardonique et crache devant son miroir :
Non mais quelle bande de cons. Ils n’ont pas encore compris que, symboliquement, un ministre reste ministre tant qu’il ne rentre pas chez lui, et que toute activité publique, exercée en tant que ministre, ou homme de parti, est publique et partant peut être portée à son crédit ou débit ?
Eh oui, c’est la contrepartie de la notion de notoriété. Elle se travaille, elle s’entretient. L’homme public est plus public que privé. Et s’il accepte volontiers tous les avantages de la vie d’homme public, ce serait fort de café qu’il n’en accepte pas les maigres inconvénients.
Hortefeux-Adjani : même combat.
20 février 2009 | Histoire, La vie de la cité |
Alors que le conflit en Guadeloupe s’enlise, certains n’hésitent pas à politiser le conflit. On attendrait des élus du peuple qu’ils sachent prendre la mesure de la gravité des événements pour amorcer une sortie de crise convenable. Mais voilà, sur les 10 députés des Antilles, il n’y a que deux députés UMP. Certains n’hésitent pas alors à surajouter à la crise sociale qui commence à se radicaliser des comportements proprement politicards pour dessouder la majorité.
Taubira souffle sur les braises. Elle réclame, tenez-vous bien, la « fin de l’apartheid social ». Allons bon, voilà une belle connerie ! L’esclavage n’a donc jamais été aboli en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe. Les Noirs antillais se font toujours fouetter. Les bus, les parcs, les écoles, ne sont pas mixtes. Les unions interraciales sont prohibées. Les descentes de Blancs dans les quartiers noirs sont légion, avec au passage des massacres gratuits et alétoires, des incendies, des desctructions de commerce, etc. On échappe aux lois de Nürenberg, mais c’est pas loin !
Le comportement de Taubira est typique du militantisme pavlovien. On a une grille de lecture, on n’en sort pas, quitte à se survictimiser. Rappelons que l’on doit à Christiane Taubira la fameuse loi éponyme qui érige la traite des esclaves en crime contre l’Humanité. Moi je veux bien, sauf que dans l’architecture de cette loi figure un mot qui a été effacé pour plaire au Conseil constitutionnel : « noirs ». Cette loi est une loi de repentance française vis-à-vis du commerce négrier. Moi je veux bien qu’on érige internationalement l’esclavage en crime contre l’Humanité. Mais dans ce cas, parlons de tous les esclavages. N’oublions pas que les noirs aussi ont eu des esclaves blancs, et que les Musulmans ont organisé également un commerce d’esclaves blancs en Méditerranée pendant tout la période moderne. Je concède que les proportions sont inégales. Mais si l’esclavage est par nature déshonorant pour la personne humaine, il est exclusif de toute couleur de peau : tout acte d’esclavage est par nature crime contre l’Humanité, parce qu’un homme supprime la liberté d’un autre. Mais curieusement, on n’a jamais entendu Taubira amorcer le moindre mot de tout ceci.
Ces comportements sont dangereux. Quand on est trop enfermé dans une grille de lecture déconnectée des réalités, on en arrive à proférer des mots et à plaquer des concepts qui ne sont évidents que pour son esprit étriqué. C’est la même chose avec les féministes, qui voient du machisme partout. Guadeloupe ou classement Elle-Wikio, même constat !
17 décembre 2008 | La vie de la cité, Société |
Voilà que l’on s’agite du bocal pour entamer le gros chantier de la réussite sociale et professionnelle de toutes les couches de la population. Le fameux « ascenseur social » théorisé sous d’autres formes par les pères fondateurs de la République sous des accents méritocratiques et républicains est complètement grippé depuis au moins vingt ans. Mais avec l’élection d’Obama, il donne envie, pour sûr, de le remettre en marche.
Lors des émeutes de 2005, un certain abcès a été crevé. Les jeunes dénonçaient une forme de racisme silencieux. Je me souviens encore de ce jeune, interviewé avec certains de ses amis en bas d’une tour d’immeuble, et qui soufflait devant les caméras de France 2 : « Non mais vous croyez vraiment que quand on va à un entretien d’embauche, c’est en jogging et avec une casquette ? » En une phrase, c’est tout le paradigme de l’intégration qui était renversé. Ce jeune suggérait qu’à trop considérer que les jeunes de banlieue ne faisaient pas d’efforts pour s’intégrer, on ne trouverait jamais de solutions. Et il suggérait en creux qu’en fait, on pouvait plutôt les empêcher de s’intégrer. Avec les émeutes actuelles en Grèce, les mêmes questionnements reviennent et conduisent l’État à s’interroger sur la pertinence de ses diagnostics.
On a longtemps préféré jouer à saute-mouton. Puisque certaines personnes ne bénéficient pas des mêmes chances que les autres, on va les discriminer à leur avantage ! Imaginez un cycliste sur le Tour de France qui ferait les trois-qaurt de chaque étape dans la voiture des officiels pour le simple prétexte qu’il n’a pas eu les moyens financiers de s’entraîner toute l’année : pour l’égalité des concours sportifs, on repassera. Et nombreux ont été ceux, représentants des discriminés comme hommes politiques, à se satisfaire d’un tel système.
Fort heureusement, aujourd’hui, l’élection d’Obama a changé la donne. Il a réussi à prouver qu’on pouvait faire coïncider promotion de la réussite sociale des minorités discriminées et unité nationale. La commission présidée par Simone Veil a rendu ce matin son rapport au Président dans laquelle elle rejette toute forme de discrimination positive. Rappelons que celle-ci est totalement contraire à l’esprit de la Nation et de la République qui est inscrit dans le marbre constitutionnel depuis plus d’un siècle. Personne ne peut recevoir d’aide spécifique en raison de certains critères qui sont de nature à porter préjudice à d’autres. Voilà qui devrait fermer le clapet de certaines associations de représentations des minorités totalement refermées sur une vision communautaire et discriminatoire, plus adeptes de solutions spécifiques que de solutions globales.
Si l’on veut un jour résoudre le délicat problème, il faudra arrêter de le contourner. Après les émeutes de 2005, le gouvernement a prôné les fameux CV anonymes. Voilà une belle hypocrisie ! Imaginez la situation. Mamadou, 27 ans, ingénieur, habitant à Vitry-sur-Seine dans un quartier modeste, veut entrer chez CapGemini. Il utilise pour cela le CV anonyme, en se disant que c’est une excellente idée vu qu’il a la curieuse impression que les fins de non recevoir ou les absences de réponses relativement nombreuses ont quelque chose qui cloche. Formidable, son CV est d’une neutralité déconcertante et ne comporte aucune mention de nature à lui porter préjudice. Les recruteurs, alléchés par le profil intéressant, le contactent par mail pour un entretien. Incroyable ? Non, car Mamadou, au jour de l’entretien, est toujours noir… Et sauf à inventer des entretiens d’embauche façon Tournez Manège, dans des salles séparées, avec modificateurs de voix, l’anonymat jusqu’au jour de l’embauche est une escroquerie. Et quand bien même on y parviendrait qu’on aurait rien résolu du tout. Les gouvernements sont tellement obnubilés par la question de l’emploi qu’ils en oublient la notion de carrière. Vite, un boulot pour chacun ! Mais même embauché, rien ne garantit à Mamadou qu’il s’intègrera dans l’entreprise, tant en termes de plan de carrière (missions intéressantes, promotions…) qu’en bonnes relations avec ses collègues et sa hiérarchie. Vouloir cacher pour combattre les discriminations n’a que trois issues : ou bien cela enraye le processus en renvoyant ceux qui exercent des discriminations à la totale artificialité de leurs discriminations puisqu’ils se sont laissés séduire par un profil en dehors de tout élément qui lui est extérieur ; ou bien il ne change absolument rien ; ou bien encore il rend plus virulent le phénomène à cause de la rancœur.
Rien ne se résoudra sans un discours global et cohérent sur la Nation. Voilà un thème pourtant chéri des Français. Les Français s’inquiètent de leur porte-monnaie ou de leur sécurité, mais ils aiment aussi qu’on leur parle de la France. A l’heure où la mondialisation vacille et renvoie les États à des interrogations sur le sens de leur passé et de leur avenir, c’est tout à fait le moment d’ouvrir ces chantiers pharaoniques. D’où venons-nous ? Où allons-nous et comment allons-nous y parvenir ? Chacun à son échelle porte une part de responsabilité et tient une pierre pour reconstruire. L’État a les moyens comme chef de chantier et m’aître d’œuvre de définir une politique globale d’accompagnement et d’ajuster les finitions ; les partis politiques et les médias permettront de banaliser certains caractères discriminatoires par l’accoutumance.
6 novembre 2008 | La vie de la cité |
Barack Obama n’aura donc pas eu à souffrir de l’effet Bradley, en tout cas pas au-delà des marges de précaution que prévoit tout institut de sondage. D’ailleurs, les résultats, qui se situent dans la fourchette haute des prédictions des sondages nous font douter qu’il y ait eu un vote raciste lors de cette élection qui ait été caché aux sondeurs.
Comme c’est de coutume, les médias français se sont empressés d’interroger les Français. « Et vous, voteriez-vous pour un président issu de l’immigration ? » A 80%, ils seraient prêts à élire un Noir à la présidence de la République française. Pour les descendants des Annamites et des Constantinois, c’est un peu plus plus difficile, mais toujours supérieurs à la moyenne.
L’effet Obama est indéniable sur ces sondages. A l’heure où les Français ont l’engouement pour le futur président des États-Unis, il apparaît difficile de ne pas répondre par l’affirmative. Hier, le Canard enchaîné reprenait à son compte avec humour ces sondages : « Je voterais pour un Noir… si j’étais Américain ! » C’est exactement ce que l’on doit interpréter avec ces sondages qui ne sont que des miroirs aux alouettes.
On rappellera qu’il n’y a qu’un député de couleur en métropole. Il s’agit de George Pau-Langevin, députée socialiste de Paris. Et encore, du XXe arrondissement, arrondissement où la proportion de population immigrée, dont africaire, est importante. Il y eut par le passé Koffi Yamgnane, député du Finistère. Mais dans l’histoire de la République, les plus célèbres hommes politiques noirs étaient tous élus des anciennes colonies : Blaise Diagne, Gratien Candace, Gaston Monnerville. On notera au passage que presque tous les parlementaires de couleur que les Chambres ont connus sont de gauche. Gaston Monnerville aurait même pu devenir président si l’attentat du Petit-Clamart avait été fatal au Général, mais peu s’en est fallu.
Si les partis, producteurs de l’offre politique, ont une grande part de responsabilité dans cet état de fait, les électeurs ont aussi la leur. En fait, il ne s’agit là que de l’avatar politique du syndrome nimby (not in my back yard) : les Français sont prêts à élire un candidat issu de l’immigration tant que cela ne se passe pas dans leur ville, canton, circonscription, région ou pays !
Rachida Dati, Fadela Amara ou Rama Yade contribueront sans doute à populariser l’image de ces hommes politiques issus de l’immigration et compétents. Mais le verdict des urnes est souvent bien cruel et surtout plus révélateur. Quoi qu’on en dise, il est encore loin le temps où un président noir ou arabe représentera l’ensemble des Français.
Il est encore loin, certes, mais je crois cependant plus à la probabilité pour un candidat noir ou arabe d’être Président que parlementaire. Il est plus facile de convaincre les Français ou les militants que les vieux barons d’un parti.