8 septembre 2009 | La vie de la cité |
Quelle cacophonie depuis ces universités de rentrée ! Le PS, à l’agonie depuis les européennes, est obligé de s’activer à rechercher des alliances : ce vieux parti sclérosé qui a inventé le concept d’arthrose politique sait que toutes les forces convergent pour maintenir au chaud la gamelle. Les Verts, dopés par leur excellent score aux européennes, veulent poursuivre sur leur lancée et ont pris la place du MoDem de juin 2007, celui de la jeune fille courtisée. Quant au MoDem, il encaisse encore et toujours les hécatombes, mais semble indéformable tant les sollicitations pleuvent de part et d’autres. Et l’UMP ? Fidèle à son catéchisme de l’union, il maintient sous assistance respiratoire le Nouveau Centre et se met en tête de faire la drague aux Verts, qui lui ont posé un lapin courtois mais franc.
A six mois des régionales, voilà que la tectonique des plaques politiques se remet en mouvement. Qui s’alliera avec qui ? Ce n’est pas comme ça qu’il faut poser la question. Qui obtiendra le ralliement de qui ? Voilà une question plus pertinente : les alliances n’existent pas en politique.
Quand Napoléon fricotait avec les Russes pour vaincre les Anglais et les Autrichiens, il négociait sur la base d’un projet ouvert à l’alliance : un ennemi commun. Quand De Gaulle négociait avec les Américains, il n’entendait pas jouer les supplétifs, mais bien un partenaire à part entière et de dimension égale. Le principe même d’une alliance, c’est un pacte consenti par deux parties qui réunissent leurs forces en vue d’un objectif commun. Elles apportent ce qu’elles ont, et se partageront les fruits du résultat. D’égales à égales.
Ce week-end, Bayrou a proposé aux socialistes une « Offre Publique de Dialogue ». Qui ne voit pas la roublardise dans la formulation ? Offre de dialogue, certes, comme il l’a toujours clamé depuis plus de deux ans. Mais la formule est pastichée de l’OPA, qui traduit dans le monde des entreprises des sentiments beaucoup moins cordiaux que ceux du dialogue…
Et les socialistes ? Si inquiets de voir leur identité se modifier d’un pouillème, si terrorisés à l’idée de voir le pré carré du socialisme bon teint empiété par des immigrés politiques, ils en sont rendus à exécuter une politique d’immigration aussi sévère que celle qu’ils critiquent chez Eric Besson. Martine Aubry, Ministre de l’Immigration et de l’Identité Socialiste, et son chef de cabinet Benoît Hamon, exigent, avant toute alliance, un brevet de socialisme avec mention, une profession de foi de gauche et une confirmation dans les urnes. Si les centristes acceptent de devenir de gauche, alors ils auront droit de cité ; sinon, ce sera la reconduite à la frontière politique, avec le cynisme condescendant de ceux qui pensent que le centrisme est une mer Méditerranée sur laquelle les naufragés sur leur frêle esquif dérivent sur les courants jusqu’à épuisement.
Bayrou a eu raison de remettre Martine Aubry à sa place en lui indiquant qu’elle n’était « pas chargée de contrôler les papiers, de vouloir faire rentrer tout le monde dans le rang ». Car ce que proposent les socialistes, ce n’est pas une alliance, c’est un ralliement à la bannière de Jaurès. Imaginez Napoléon exigeant des Russes qu’ils se battent sous des uniformes français et commandés par des généraux français. Quel interlocuteur, hormis celui à l’agonie et n’ayant plus de fierté, accepterait pareil challenge ?
Il n’y a qu’une réponse à cela : le Nouveau Centre. Dès mai 2007, celui-ci a fait le choix de l’assimilation, de la soupière. Docilement, ceux qui avaient clamé haut et fort pendant la campagne présidentielle qu’ils s’étaient affranchis de l’alliance historique avec la droite, Jean-Christophe Lagarde en tête (il était porte-parole de campagne), sont rentrés la queue basse dans les rangs de la majorité, mais chargés de dispenser la bonne parole : il faut l’union, le mouvement, le rassemblement des idées. Que tu crois.
Le Nouveau Centre, le MPF et CPNT, ralliés de dernière minute, ont cru à la sérénade de l’UMP sur l’alliance. Comme pour une auberge espagnole, on leur a proposé de venir avec leurs idées, leurs convictions, leur électorat, et de rejoindre le comité de direction de l’UMP. Mais la proposition de l’UMP n’était pas scellée du proverbe « l’union fait la force », mais du plus pernicieux « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Apportez-nous de l’eau, supplétifs, et vous aurez quelques élus.
Le hic avec l’hydrologie, c’est que tout le monde sait ce qu’il se passe : ce sont les petits cours d’eau qui s’assèchent d’abord avant que ne baisse le débit des grandes rivières. Le PS a déjà asséché les communistes et les radicaux, et n’a guère plus de réserves hydrauliques ; pire, des petits malins nommés Bockel, Besson et Kouchner, ont entrepris de creuser un canal des Traîtres pour détourner les eaux du fleuve socialiste vers celui de la majorité. A force de se faire siphonner le vote ouvrier, les socialistes ont bien consenti en 2006 à ce que l’écluse Royal tente de boucher la fuite, mais les socialistes ont depuis décidé qu’il fallait dynamiter la digue. Soit.
Si après ça, vous êtes toujours convaincus que l’alliance existe en régime présidentiel, et qu’elle se fera pour les régionales entre la gauche et le MoDem, vous pouvez toujours attendre le déluge.
15 juillet 2009 | La vie de la cité |
Après Jack Lang, après Kouchner, les socialistes continuent la chasse aux sorcières. Manuel Valls, ancien soutien de Ségolène Royal, héraut de l’alliance immédiate avec le MoDem, sans illusion sur l’arc-en-ciel B2B (Besancenot to Bayrou), s’est mis en tête de jouer les franc-tireurs en dévoilant ses intentions pour 2012 et en accentuant ses attaques contre le PS. Martine Aubry n’a pas tardé à répliquer en lui adressant une lettre écrite avec les pieds, que l’on peut résumer en un slogan honni des socialistes : « Le PS, tu l’aimes ou tu le quittes ».
Mais à quoi jouent (encore) les socialistes ? Ont-ils vraiment envie de concourir en 2012 ? Pensent-ils sérieusement avoir l’ombre d’une chance ?
Depuis 2007, hormis lors des municipales, les socialistes ont perdu tous les scrutins électoraux, jusqu’à se prendre une sévère raclée lors des européennes. Pire, pas une fois depuis 2007 ils sont parvenus à combler le fossé qui les sépare de Sarkozy : dans toutes les enquêtes d’opinion, s’il fallait organiser de nouvelles présidentielles dans les mois à venir, Sarkozy maintiendrait son score du premier tour de 2007 (30%), voire l’accentuerait ! Depuis 2007, on parle de rénovation, d’union de la gauche : on a eu la commission de récollement. Depuis 2007, on parle d’opposition constructive : on a eu l’obstruction parlementaire « linge de corps et Saturnin » sur le travail du dimanche. Et pourtant, on n’entend parler que d’une chose au PS : les prochaines présidentielles. C’est le monde à l’envers !
Comment peut-on seulement imaginer que l’armée mexicaine du PS puisse être sur le pied de guerre pour 2012 ? La nature humaine électorale fait que la division repousse, et qu’on n’est élu que lorsqu’on fédère autour de soi et qu’on est capable d’insuffler une dynamique. A ce titre, les primaires démocrates sont une démonstration de stratégie politique : consultation démocratique et ralliement sans faille du perdant au vainqueur. On ne demande pas nécessairement au perdant de faire la claque, car la politique est aussi une bataille d’égo, mais au moins de mettre en sommeil son pouvoir de nuisance pour ne pas se tirer une balle dans le pied. Ce que sont incapables de faire les socialistes.
Le grand problème du PS est qu’il traverse une crise d’autorité. La réaction de Martine Aubry, qui se veut ferme mais qui est ridicule, me fait penser à tous ces parents complètement désœuvrés qui compensent leur manque d’autorité en haussant le ton, en pensant que crier fort est un gage d’autorité. Sauf que le PS a du mal avec la notion d’ordre hiérarchique, et cultive le culte de l’égalitarisme démocratique qui, au lieu de concentrer verticalement les énergies, contribue à les dilapider horizontalement. Ils devraient relire Max Weber, qui oppose le pouvoir autoritaire que détient celui qui est à la bonne place du pouvoir d’influence, que détient en lui celui qui est charismatique et peut susciter une dynamique. Vouloir se structurer en réseau ne dispense pas d’avoir un chef qui donne le cap, bien au contraire !
Pour 2012, c’est déjà trop tard. On ne résout pas une crise de leadership vieille de plus de 10 ans en moins d’un an. D’autant plus que les régionales peuvent d’ores et déjà être considérées comme un échec : avec le quasi grand chelem réalisé par la gauche en 2004, il sera très difficile mathématiquement de se maintenir à ce niveau. Et il me semble très difficile de construire un parti et une dynamique en plein milieu d’une spirale de défaite. Mettre un parti en branle demande très vite une dissolution des courants, ou en tout cas une présence autoritaire qui soit capable de dire : « Maintenant, vous arrêtez les conneries ». Mais l’homme providentiel, les socialistes n’y croient pas : trop césariste, trop mystique, et finalement trop droitier.
Sauf que la Constitution consacre la République, avec un Président ; pas une oligarchie avec un triumvirat, qui aurait le mérite de contenter le parti le plus féodal du paysage politique français.
Vite, une Super Nanny pour le PS !
6 juillet 2009 | La vie de la cité |
Jusqu’à hier, la menace planait sur Hénin-Beaumont. Dès les législatives de 2007, Marine Le Pen avait annoncé la couleur sur France 2 : « La reconquête du FN passera par Hénin-Beaumont ». C’était finalement tout un symbole : Hénin-Beaumont, dans le Nord, là où les classes populaires frappées depuis le milieu des années 80 par la désindustrialisation et l’envolée du chômage ont progressivement désaffecté le vote PS pour gonfler le vote ouvrier du FN, jusqu’à ce qu’il devienne visible en 2002. Bis repetita en 2009 : comme le signalait il y a quelques jours avec justesse Authueil, face à la corruption et l’envolée des impôts locaux, en quoi le PS était-il suffisamment attractif pour remporter ces élections ?
Comme souvent, le PS est réduit à ripoliner. Après avoir connu une grosse gifle au premier tour, distancé de 20 points par le FN, voilà que les socialistes ont brandi la menace extrémiste en souhaitant organiser un Front républicain. Après le Tout Sauf Sarkozy, voici le Tout Sauf Briois. La tactique n’a pas changé depuis Napoléon : les ennemis de mes ennemis sont mes amis. L’attelage arc-en-ciel du PS ne tenait que par cette injonction à barrer le FN, on ne sait ni pourquoi ni comment.
Chez les blogueurs socialistes, ça vomit à longueur de billets. Quel dégoût, le FN, voilà bien le tout-à-l’égout de la République française. Cette politique faite à l’estomac a le don, pour le coup, de me coller une sacrée gerbe. On leur rappellera, à ces gens-là, que tous les architectes de la République, depuis Platon jusqu’à Robert Schuman, ont toujours placé la Raison comme l’ordonnatrice du régime démocratique. Visiblement, eux ne voient pas de problèmes à ce que l’on puisse voter pour un motif aussi maigre que barrer la route au FN, avec l’argument : « Le FN est anti-républicain ». A choisir entre la peste et le choléra, je préfère encore être anti-républicain qu’anti-démocratique, comme le sont tous ces bien-pensants de la République qui court-circuitent l’initiative du suffrage en extirpant le vote de son opération intellectuelle de délibération rationnelle. Car,tous, de Dany Boon à Martine Aubry, ne demandaient pas aux électeurs d’Hénin-Beaumont de réfléchir, non, mais de se mobiliser, en masse, pour contrer une menace qu’on refuse depuis des lustres à combattre sur le terrain de la raison pour mieux l’immoler sur celui de la chimère. Qu’on assume, au moins, en promulguant un « Patriot Act » électoral qui triera le bon grain de l’ivraie au moment des dépôts de candidature…
Parlons du FN. Son destin semble être lié aux Fronts Républicains, du berceau à la tombe. C’est en 1956 que Jean-Marie Le Pen accède pour la première fois à l’Assemblée Nationale, sous l’étiquette poujadiste « Union et Fraternité française », et déjà, en 1956, un Front Républicain s’était constitué, avec Pierre Mendès France à sa tête, pour ne pas laisser le cancer algérien entre les mains de praticiens douteux. En 2009, c’est encore un front républicain qui clôt définitivement l’histoire du FN.
Le front républicain à Hénin-Beaumont, une victoire pour le PS ? En 1956, c’est Guy Mollet qui est sorti du chapeau. Vous connaissez la suite.
8 juin 2009 | MoDem, europe |
Hier, c’était soirée électorale partout en Europe. Après avoir assuré la couverture en live de la soirée à la RDB, les blogueurs assurent aujourd’hui le SAV à froid. Alors, quels enseignements ?
Il fallait donc mobiliser
L’abstention a tenu ses promesses : avec 60%, c’est un nouveau record à la hausse. Avec ces taux d’abstention stratosphériques, assurer la mobilisation de son camp était amplement suffisant. C’est ce qu’a réussi à faire l’UMP tant bien que mal en ne souffrant pas trop de l’abstention. C’est ce qu’a totalement manqué le PS, qui a subi la dispersion de ses voix chez Mélenchon et chez les Verts.
A l’inverse, les petits partis étaient en quête d’une audience. C’était le challenge d’Europe-Ecologie et du MoDem, aux destins croisés : Europe-Ecologie cartonne, quand le MoDem dérape. Idem pour Mélenchon, qui réussit son pari de se loger une petite place à gauche du PS et ravit la place de l’altergauche au NPA.
Au PS, où se situe l’avenir ?
Le PS ne fera pas l’économie d’un profond changement. Après 2002, 2007, voici 2009. A chaque fois, on promet la rénovation, et on n’assiste à chaque fois qu’à un replâtrage. Jusqu’où creuseront-ils ? Le PS, qui vit toujours sur l’illusion d’un vote arc-en-ciel de Besancenot à Bayrou, va devoir maintenant à la fois reprendre son propre discours et choisir une orientation : à gauche ou au centre toute ?
Le score d’Europe-Ecologie laisse songeur : l’alliance de la carpe et du lapin entre l’alter José Bové et l’écolo CSP+-compatible Cohn-Bendit a rallié autour d’un même thème des écolos de tendances diverses : reste à savoir qui est majoritaire… Mon impression est que l’écologie est devenu un thème de droite, bobo-compatible pendant cette campagne et que ceux qui ont donné leur vois à Cohn-Bendit et ses acolytes sont des socialistes rose pâle et des anciens bayrouistes. Par conséquent, l’avenir du PS me semble plutôt dans une convergence vers le centre. A suivre…
Au MoDem, doutes et espoirs
François Bayrou, dans son allocution, l’a dit sincèrement : le MoDem a connu une lourde défaite. Difficile cependant de réaliser une comparaison statistique : les 7% des législatives, les 10% des municipales et les 8,5% des européennes sont des résultats partiels, dûs à une abstention plus forte. Comme toujours depuis 50 ans, l’élection-reine, c’est l’élection présidentielle, la seule qui permette vraiment de jauger du réservoir de voix et de la puissance d’une dynamique électorale.
Les raisons de la défaite sont évidentes. La stratégie antisarkozyste et la personnalisation de l’élection autour de la personne de François Bayrou est friable. Cette campagne a mal commencé avec la sortie du livre de Bayrou qui a polarisé toute l’attention. Comme un symbole, le dictionnaire de l’Europe de Marielle de Sarnez sortait simultanément : on n’en a pas entendu parler… Et c’est le grand paradoxe du MoDem : sur le terrain, les militants ont fait une campagne active, centrée sur l’Europe, et entamée très tôt. Mais qu’a-t-on vu sur les plateaux télé ? Une réplique des autres élections, avec Bayrou en tête de pont. Je partage l’avis de Pierre Catalan : avec Corinne Lepage, Robert Rochefort et Sylvie Goulard, c’était la bonne occasion de faire émerger de nouvelles têtes et de concurrencer les Verts sur le terrain de l’écologie. Un peu moins de Bayrou, un peu moins d’antisarkozysme, n’auraient pas nui au MoDem, loin s’en faut.
Tout n’est pas noir cependant. Avec 6 élus, le MoDem se maintient. Certes, il avait 11 élus sous la précédente législature, mais rappelez-vous qu’entre temps, certains avaient signifié, comme Jean-Louis Bourlanges, Claire Gibault et Janelly Fourtou, qu’ils rejoignaient le Nouveau Centre. De plus, à présent que Corinne Lepage, Jean-François Kahn, Robert Rochefort et Sylvie Goulard ont été élus, ils acquièrent une légitimité d’élus. Pour un parti qui se construit, c’est une bonne chose !
Quels enseignements en tirer ? Pour Bayrou, je ne suis pas sûr qu’on puisse parler de mort politique comme certains blogueurs le claironnent. Bayrou a moins à craindre de ce scrutin que du prochain baromètre de popularité et de classement du meilleur opposant. Sa sortie malheureuse contre Cohn-Bendit et sa victimisation sondagière risquent de le faire chuter lourdement. A l’image de Sisyphe, celui qui avait patiemment remonté la pente depuis les municipales risque de se retrouver au même étiage et de devoir recommencer…
Les régionales arrivent à grand pas. Pour le MoDem, la meilleure stratégie est encore celle de ne pas faire du scrutin un enjeu primordial. Cela impliquera une chose fondamentale : que les récents élus MoDem au Parlement européen restent à Bruxelles. Le Modem s’étiole progressivement de mettre sur le devant de la scène toujours les mêmes têtes en croyant que cela produit de l’attraction. Pour les régionales, il faudra faire confiance à d’autres personnes, jouer profil bas, et produire en discours en phase avec la nature de l’élection. Sans têtes d’affiches, avec un Bayrou effacé (qu’il n’aille surtout pas se présenter en Aquitaine contre Xavier Darcos !), les médias devraient relâcher la pressante étreinte de la question des alliances. Et si elle se pose, il devra lui être opposée une réponse ferme et définitive : aucune alliance d’aucune sorte, ni avant le premier tour, ni entre les deux tours.
L’outil Internet
Puisque la campagne n’a pas décollé sur les médias mainstream, c’est sur Internet qu’elle a fait un peu de bruit. Lipdubs, vidéos à projet viral, sites communautaires… L’effet Obama commence à prendre doucement dans les grands partis. L’UMP et le PS sont les deux partis en avance, qui chacun ont produit une plate-forme destinée aux militants (palme d’or à la Tract Machine du PS) afin de démultiplier les points de parole et de créer une armée d’ambassadeurs dans les campagnes et dans les villes. Ce qui est clair, c’est que les partis n’ont pas encore bien compris comment s’en servir : rien ne sert d’avoir un site communautaire si on ne l’anime pas, et s’il n’est pas adossé à une vraie campagne de terrain. L’outil Internet n’est pas la solution miracle et ne remplace pas la politique à l’ancienne.
Les stratégies Internet des différents partis ont produit des effets différents. On s’est gaussé du lipdub de l’UMP, qui n’a décidément rien compris aux règles du genre. Europe-Ecologie, lui, a produit un lipdub particulièrement en phase avec son électorat et le discours qu’il voulait porter : un parti à mi-chemin entre le parti et l’ONG, du militantisme citoyen à la cool que retranscrit bien la chanson entraînante, une joie communicative avec les danses endiablées de Dany le Rouge et d’Eva Joly. Cet enthousiasme communicatif qui tranche avec la gravité de la menace écologiste a su séduire tout un électorat bobo qui a trouvé là une bonne alternative au PS. Le PS et Internet, ça a donné quoi ? Le MJS s’y est collé, avec des vidéos en phase avec leur temps (Sarkozy et Facebook), mais pas vraiment de bonne facture ; et il a même touché le fond avec cette vidéo racoleuse vantant une abstention pas sexy du tout…
Et le MoDem ? Voilà qui est intéressant. On avait laissé le MoDem il y a deux mois avec une innovation intéressante : un réseau social destiné aux militants. J’aimerais bien savoir ce qu’il en est aujourd’hui. En absence d’animation quotidienne, ce site tourne à vide : à quand un community manager pour les militants démocrates ? Quant au reste, on a assisté à une non-campagne sur le net. Du contenu froid et officiel des rencontres thématiques (sans grand intérêt car aucun montage), un clip de campagne ahurissant de classicisme (je dirais même de vétusté). Pourtant, le MoDem avait su produire en 2007 une très bonne vidéo de campagne dans les derniers jours, qui avait bien compris les mécanismes du storytelling et qui était en phase avec l’époque : vous remarquerez à quel point le titre d’Arcade Fire est en harmonie avec la vidéo et avec la notion de clip de campagne. Le MoDem donne parfois l’impression de refuser la communication et ses évolutions, en faisant la fine bouche, comme si la communication, c’était du mensonge qui devrait inspirer de la méfiance. Faire de la politique autrement, ce serait nécessairement retourner au terrain et laisser les autres partis s’amuser avec le hochet de la communication sur Internet. Attention : comme le disait il y a un peu plus d’un an François Bayrou lors d’un café démocrate, « on ne joue pas au football avec les règles du rugby ». La communication fait partie intégrante d’une démarche politique, et il faut savoir vivre avec son temps, et ne surtout pas rater la marche du train de la netpolitique : jouer les fines bouches ne pourra que desservir.
Pour terminer, on soulignera un paradoxe : les Européennes ont été totalement éclipsées pendant toute la campagne, jusqu’à se faire détrôner par un fait divers ; et pourtant, hier, elle a été sur toutes les lèvres, à tel point qu’on n’a pas parlé de la mort d’Omar Bongo. Comme quoi…
3 juin 2009 | europe |
Ah, ça ! C’est peu dire que le PS en bave des ronds de chapeau : l’UMP, ce vilain garnement, ne fait rien qu’à embêter le bon élève du PS qui cherche à parler d’Europe. Mais las ! l’UMP perturbe la campagne par ses bavardages intempestifs et fayotte à tout va devant le Maître Sarkozy qui ressasse à tout va un prêchi-prêcha de vieille morale grand-parentale. Au piquet ?
Et si on gratte un peu, le PS aussi ne jouerait-il pas les mauvais élèves ? En position de challenger, il essaie tant bien que mal d’intéresser les Français aux enjeux européens, parce qu’il lui faut combler le fossé de voix avec l’UMP, qui part grand favori. Et pourtant… En meeting à Montgeron, les quadras socialistes ont donné une belle leçon de politique baronniale comme ils en ont le secret. En effet, Benoît Hamon, troisième de liste et député sortant, est sous la menace d’une non réélection par la faute de sondages très peu favorables en Île-de-France (et même carrément catastrophiques). Alors, pour sauver le soldat Hamon, on met tout en branle afin de ne pas déchoir l’une des étoiles montantes du PS : le mot d’ordre, c’est « faire élire Benoît Hamon » à tout prix.
Après Aurélie Filippetti et Vincent Peillon, voici maintenant Benoît Hamon pris les doigts dans le pot de confiture. Et dire que le PS passe son temps à dénoncer chez le voisin les ambitions personnelles ! Joli parangon de vertu.
18 mai 2009 | La vie de la cité, MoDem |
Comment faire descendre Bayrou ? Enigme irrésolue pour l’UMP depuis le second tour de la présidentielle, casse-tête insoluble pour le PS. La majorité, en voulant isoler le troisième homme de la présidentielle, l’a renforcé. A un point tel qu’il n’y a qu’une alternative pour l’abattre : la mort ou la souillure.
François Bayrou, c’est le mystère scientifique de la vie politique française. Comment un député et conseiller municipal, tout président de parti qu’il est, battu pour la deuxième fois à une élection présidentielle, dont l’électorat s’effrite à longueur de scrutin, lâché par les élus qu’il croyait être ses amis, et dont les ambitions présidentielles s’ébruitent à longueur d’articles et de lapsus, fait-il pour conserver intacte sa puissance audimétrique ? J’en connais à l’Elysée qui doivent ravaler chaque jour que Dieu fait leur haine renfrognée : malgré tous les coups de boutoir, le charançon béarnais est bien difficile à écrabouiller. Diantre.
Les ruses du gibier Bayrou
Pourtant, l’UMP n’y va pas de main morte depuis deux ans. A la manière des clubs de foot approchant dans les vestiaires les joueurs-clés de l’équipe adverse avant le match avec de juteux contrats sous le bras, Nicolas Sarkozy a pris le parti d’arracher à François Bayrou le bloc le moins solidaire de feue la vieille UDF. Sans doute est-ce là l’avantage d’être ami avec le grand patron d’LVMH : lorsqu’on parle maroquinerie gouvernementale, on est gage de sérieux. Et voici que, main par la main, la farandole d’anciens soutiens bayrouistes, dont tous ont voté en janvier 2006 au congrès de Lyon le principe de l’indépendance vis-à-vis de l’UMP, acte fondateur de la stratégie présidentielle du ni-ni (ou du et-et, c’est une question de point de vue), ont tourné talons et retourné veste pour s’en aller bras dessus, bras dessous, avec une majorité leur faisant les yeux doux : « Reviens à la maison, chérie, c’est pas grave, je te pardonne, et je t’offrirai même un cadeau ». Cela ne suffisant pas, l’UMP s’est mis en tête de poursuivre la destruction de la vieille grand-mère centriste : Jean Arthuis et Hervé de Charette faisant planer le spectre d’une renaissance de l’UDF, dont l’un possède apparemment le nom, Michel Mercier titillé par des envies gouvernementales ; tout est fait, ou presque, pour déshabiller Bayrou.
Du côté du PS, c’est un son de cloche différent. En quittant la majorité le baluchon orange sur l’épaule, le nomade Bayrou a entamé sa conquête de l’ouest de l’échiquier politique. Les politologues lui disaient apparemment que l’herbe y était plus verte : les écolos Yann Wehrling, Jean-Luc Bennahmias et Corinne Lepage lui ont somme toute donné raison, qui tous trois ont choisi de rejoindre en marche le pèlerinage solitaire du Christ nu de la politique française. « Hors de mes terres, visage pâle », lui ont rétorqué dles socialistes peu enchantés par l’invasion centriste. Et ceux-ci, autocentrés comme une tribu indienne, de repousser Bayrou à leurs marges : c’est un homme de droite, de droite vous dis-je, le monde doit le savoir.
Aujourd’hui encore, la récente sortie de son livre Abus de pouvoirs attise la rancœur de ses chasseurs : catapulté premier opposant de France, ils sont 44% à estimer envisageables un retour en grâce et une éclipse centriste du soleil socialiste. Plus de 80 000 exemplaires de son livre vendus en une quinzaine, selon sa maison d’édition. A côté, le feu de paille de Dominique Paillé reste sans effet. Caramba, encore raté ! Et maintenant, le poil à gratter de la gauche et de de la droite se met en tête de perturber la campagne des européennes, maintenant le MoDem dans les sondages à un étiage plus que satisfaisant. Las : traqué, pourchassé par une meute d’aboyeurs, force est de constater que le gibier Bayrou parvient à « ruser », comme disent les veneurs pour qualifier un gibier qui parvient à s’échapper.
Mais comment diable celui qui vagabonde dépouillé, le front meurtri de ses échecs politiques, et ne drague avec lui qu’un chapelet de pauvres hères, derniers dans la hiérarchie des bankable people, mais à qui il promet d’être les premiers dans l’Au-delà démocratique, fait-il pour exister toujours dans les médias ?
Seul, mais soutenu : l’innombrable foule silencieuse
A vouloir l’isoler pour l’affaiblir, la majorité n’a réussi qu’à le renforcer. Pour affaiblir le PS, il suffit de soutenir en sous-main les ambitions des seconds couteaux : le combat de coqs fait le reste. Mieux valent trop de chefs que pas assez, et voilà l’erreur de l’UMP. Seul à bord de la galère centriste, Bayrou en est le maître incontesté. Il marche à pas cadencé sans que personne au MoDem ne lui puisse contester le droit d’appuyer sur le champignon. La critique du pouvoir autoritaire, de l’ambition personnelle ? Si seulement les Français y étaient sensibles… à moins qu’ils soient en fait lucides et comprennent que ce n’est là qu’une métastase ? L’agrégé de grammaire aurait sans doute son idée sur les procédés rhétoriques utilisés par la majorité pour l’occire.
En outre, vouloir en démocratie réduire quelqu’un au silence est une entreprise avortée dans l’œuf. Si les médias plébiscitent Bayrou à due concurrence des cadres des autres partis, c’est aussi parce qu’en voulant réduire un homme au silence, la majorité menace un parti. Et les médias, tous à l’unisson derrière Plenel, prédicateur en chef d’une démocratie à sauvegarder par la plume et l’encre, de refuser ces petites morts de la démocratie. Quand Alain Minc pérore en affirmant que Bayrou est un nouveau Le Pen, il a raison sur un point : Bayrou devient le nouveau pestiféré, une figure qu’on voudrait repoussoir pour endiguer le tropisme centriste si courant chez les Français depuis qu’on les sollicite aux urnes. Du moins c’est ce que voudrait la majorité, et ce dont rêvent secrètement les socialistes. Et pourtant, Bayrou comme Le Pen n’ont jamais été aussi audibles que lorsqu’on a cherché à les museler.
Dans la posture de Bayrou, le petit qui résiste fièrement aux grosses machines, il y a quelque chose du petit village d’Astérix. Il y a plus de prestance à choisir le long et dur chemin de la solitude, le risque démocratique de tout perdre, qu’à accourir vers les gamelles clinquantes dès que la famine menace. La bravachitude de Bayrou a quelque chose de courageux et de gaulois, que les Français soutiennent : en estime pour le moment ; en voix s’il les convainc.
Est-ce à dire qu’il n’est jamais possible d’anéantir un adversaire en politique ? Nullement. Mais il faut jouer serré. Ne subsistent que deux voies possibles : attendre la mort de l’ennemi ou le faire tomber en disgrâce. De mort, il ne saurait être question maintenant, à moins d’un funeste coup du sort : au milieu de sa cinquantaine, François Bayrou est encore fringant, et la vie politique française suffit à nous convaincre qu’il existe sur Terre des hommes toujours dans leur adolescence au demi-siècle passé. Pensez, Serge Dassault commence à peine à être nommé senior. La disgrâce est une infortune si imprévisible et pourtant si délicieuse : un scandale est si vite arrivé, et peu sont ceux capables de s’en remettre. Encore faut-il choisir le bon. Chercher dans le passé ministériel de François Bayrou et ressortir la grande manifestation contre le rétablissement de la loi Falloux ? Technique éculée, d’autant plus que par décret Nicolas Sarkozy vient de la rétablir en principe. A-t-il des amitiés dans le monde de la finance, des tentations collusives ? Pour sûr, démontrer irréfragablement que celui qui refuse le règne de l’Argent comme modèle de société est en fait riche serait une enquête dont Bayrou se passerait bien : mais hormis une passion pour les chevaux, somme toute assez commune, point de folie. Y a-t-il donc quelque scandale à chercher chez cet homme-là ? Peu évidente est la réponse. Sauf qu’en France, les seuls scandales qui font recette sont ceux d’argent, jamais de chair. Difficile de trouver autre motif.
Si l’UMP et le PS veulent tant que cela affaiblir Bayrou, ce n’est pas en le bâillonnant qu’ils y parviendront. Tout tribun vit aux dépens de ceux qui l’écoutent : c’est en convainquant son auditoire qu’on fait taire le tribun, réduit à plastronner devant des rangs clairsemés. Sauf qu’en politique, il est toujours plus facile de mettre l’autre à l’amende que de s’amender soi-même. Tant que ni l’un, ni l’autre, ne sauront satisfaire l’oreille de ceux qui se sont distraits d’eux, il faudra toujours attendre que le charme du centre se fane ou se rompe.
15 mai 2009 | europe |
A longueur de semaines, nous nous lamentons que la campagne pour les européennes tarde à pointer le bout de son nez. Et pourtant, elle a bel et bien commencé depuis plus d’un mois.
Une campagne frugale
En cause en premier lieu sans doute, la procédure française de dépôt des listes, ouverte le 11 mai dernier. Plus la date est tardive, plus le phénomène de date-butoir prend de l’ampleur, et l’on peut gager que si le dépôt des listes avait été avancé dans le calendrier, celles-ci auraient été constituées plus tôt. Mais cela ne permet pas d’expliquer qu’en dépit de listes déjà connues depuis plusieurs semaines, le PS ne parvienne pas à entamer un débat national.
Serait-ce une question programmatique ? Difficile en effet de faire campagne sans idée, sauf à se contenter de slogans de morale grand-parentale comme l’ânonne l’UMP avec son « Quand l’Europe veut, l’Europe peut ». Clairement, les partis ont été plus soucieux de modeler le visage des listes avant de les doter d’un cerveau fonctionnel et riche d’idées. Guère étonnant en effet quand on sait la faible culture européenne qui anime les grands partis français, ceux-ci considérant Bruxelles comme un vaste placard éloigné où sont remisées les anciennes gloires et glorioles de la vie politique française ou les bannis de la Cour élyséenne condamnés à l’exil bruxellois. Mais, nous dira-t-on, le PS a un programme depuis longtemps, c’est le PSE Manifesto. Effectivement.
On pourrait alors accuser de concert médias et électeurs français. Les premiers pour n’avoir pas tenté de surtraiter un enjeu électoral certes difficilement abondé par les formations politiques, les seconds pour assister goguenards à la campagne. Pour la campagne présidentielle, les médias n’ont pas hésité à se mettre en ordre de bataille dès les préliminaires à l’automne 2006 en couvrant massivement la primaire socialiste. En 2005, ils firent de même avec le TCE, allant jusqu’à organiser de longues soirées de catéchisme référendaire sur les principales chaînes. Et l’on sait que lorsque les médias s’y mettent, les Français s’y intéressent. Pure logique médiatique. Or, lions deux faits : l’Express a attendu ce lundi pour entamer une série d’articles comparatifs sur les programmes des différents partis. Et, lundi dernier, ils étaient pourtant encore 53% des Français à s’y désintéresser.
Très clairement, ce démarrage poussif de la campagne est le résultat croisé d’une paresse tant médiatique que politique. Les premiers se défendront de ne pas survendre un sujet au-delà de l’intérêt que leur accordent les formations politiques, les secondes seront muettes sur la chose. Pour Harlem Désir, tête de liste PS en Île-de-France, l’UMP « fait tout pour éviter le débat ». Effectivement, l’UMP n’a guère d’intérêt à lancer un débat trop tôt, qui risquerait, manque de culture européenne oblige, de se transformer en campagne nationale de protestation contre le gouvernement. Bien semble lui en avoir pris : les principales formations politiques appellent au vote-sanction, et la dissémination des votes de protestation, en dispersant les mécontentements, ne peut qu’être de nature, sur un scrutin à un tour, à profiter à la majorité : c’est la version démocratique de la formule machiavélienne « diviser pour mieux régner ».
Pour autant, il est trop simple de résumer cette campagne à un duel national et médiatisé proposé par toutes les formations et refusé précieusement par l’UMP.
Mobiliser son camp
Le PS et l’UMP refusent en effet tous deux de se livrer à une campagne pleine et entière. Regardons les différentes villes dans lesquelles l’UMP a démarré sa campagne : Rueil-Malmaison, Maisons-Alfort, et Nîmes, trois villes UMP. Au PS, même son de cloche : le 24 avril, le PSE entrait dans la campagne française à Toulouse, l’un des symboles de la victoire socialiste contre le gouvernement aux dernières municipales. La ville dans laquelle on lance une campagne est symboliquement forte : elle donne une clé précieuse pour analyser ce que sera la campagne. Or, avec les meetings socialistes qui ont suivi (Paris, Strasbourg, Clermont-Ferrand : autant de villes de gauche), on s’aperçoit très vite de la réalité de la campagne européenne : elle est une campagne de mobilisation plus qu’une campagne de conversion.
Et la campagne de mobilisation bat son plein depuis longtemps déjà. Il ne s’agit pas, pour l’un comme pour l’autre, de convaincre massivement des électeurs : le fort taux d’abstention quasiment acquis conduirait à gaspiller de l’énergie pour des résultats faibles. Or, quand l’abstention est forte, tout stratège politique sait ce qu’il reste à faire : mobiliser son propre camp et compter sur son socle électoral habituel pour virer en tête.
Si l’on regarde la campagne Internet du PS et de l’UMP, ce point de vue est corroboré. Michel Barnier, tête de liste UMP en Île-de-France, a fait appel à l’agence de communication en ligne Spintank pour mettre en place un site communautaire de campagne. Le principe est simple : sur le modèle de mybarackobama.com, le site de campagne s’adresse aux sympathisants et militants UMP en leur permettant de se lier entre eux afin de stimuler la mobilisation et l’engagement sur le terrain et de diffuser cette mobilisation à ses propres cercles de sociabilité afin de réaliser un maillage au plus serré en Île-de-France, qui permettra de ne pas perdre trop de monde en route. En outre, l’UMP a pris le parti de la proximité militante avec le bus de campagne de l’UMP, chargé de sillonner et d’« animer les fédérations ». Le PS, quant à lui, a lancé une série de vidéos virales dont l’objectif est clairement destiné à renforcer les convictions parfois fléchissantes de certains électeurs plus qu’à en convaincre d’autres.
On ne le répètera jamais assez, l’antisarkozysme, l’anti-barrosisme ou quoi que ce soit d’autre, n’est pas une politique lorsqu’on est un challenger.
11 mai 2009 | Idées, La vie de la cité |
Souvenez-vous : l’ouverture, c’est ce thème de campagne qui est apparu avec François Bayrou en 2007, et qui se résumait en une maxime simple, « faire travailler ensemble les hommes de bonne volonté ». Cela fleurait bon les coalitions des IIIe et IVe Républiques, quand nos aînés à rouflaquettes et à fumes-cigarettes s’activaient pour ébaucher des majorités consolidées au centre (déjà divisé en deux à l’époque : les radicaux-socialistes et les républicains de droite) : plusieurs partis, pour un même gouvernement et une même gouvernance. Curieusement ou non, il s’est vite trouvé que l’ouverture, les Français aimaient ça pendant la campagne : 65% de plébiscite en juin 2007, 64% en mars 2008. En toile de fond, se dessinait ni plus, ni moins, qu’un refus net du clivage gauche-droite tel qu’il est aujourd’hui organisé, couvert du vernis « blanc bonnet et bonnet blanc » et catalysé par une crise sous-jacente qui fait toujours reparaître le spectre de l’Union sacrée, de la cohésion d’une Nation tout entière faisant fi de ses divisions pour le salut de son âme.
L’ouverture, un thème plébisicté par les Français ? Il n’en fallait pas plus pour que Nicolas Sarkozy en fît un outil stratégique : ce que Bayrou veut, je le fais. Premier coup de pioche dans la roche bayrouïste. « Débauchage ! Déstabilisation ! », ont crié les contempteurs de l’ouverture sarkozyste. Et ils ont eu raison. Rien n’a fonctionné comme une vraie ouverture. Le PS ni l’UMP ne se sont pas mariés, laissant l’ouverture être désignée par quelques trajectoires individuelles : Eric Besson est allé à Canossa en allant jusqu’à prendre des responsabilités au sein de l’UMP ; Jack Lang, Michel Rocard et Claude Allègre, ont été aiguillonnés à coup de petits maroquins, qui à Cuba, qui chez les pingouins, qui par le secret espoir de redevenir ministre. Et que dire du Nouveau Centre ? Lui qui croyait avoir noué une alliance solide et équitable, se retrouve maintenant un vrai parti croupion, accroché aux basques de la majorité. François Sauvadet, président du groupe NC à l’Assemblée, s’étrangle à chaque fois que le groupe UMP fait cavalier seul et ne respecte pas son partenaire, qui se croyait son égal ; Hervé Morin, qui caressait le doux rêve de voir des listes NC aux européennes, a rapidement déchanté et s’est retrouvé à batailler… pour arracher trois places éligibles !
L’ouverture sarkozyste est donc tout sauf un contrat synallagmatique : le Nouveau Centre s’engage à voter les réformes… mais à quoi s’engage l’UMP ? A faire tomber de la table les miettes du festin de Job ?
Surtout, l’ouverture sarkozyste est tout sauf un partenariat. C’est une entreprise d’acculturation. Kouchner, Bockel et Besson comme ambassadeurs du socialisme au gouvernement ? Fadaises ! Bockel est discrédité par son nanisme, Besson se retrouve à exécuter les basses œuvres les plus droitières de la politique gouvernementale. Et Kouchner ? Le voilà aujourd’hui pris au piège de l’ouverture. Car, en Sarkozie, peut-on jamais coopérer avec le gouvernement et conserver une âme de gauche ? Fadela Amara voulait s’en convaincre, qui pérorait en janvier 2008 qu’elle ne voterait pas Sarkozy en 2012 ; peine perdue, deux jours plus tard, elle se dédisait, rattrapée par la patrouille.
Revenons à Bernard Kouchner, sans nul doute la plus belle proie socialiste du gouvernement, la figure la plus emblématique d’un socialisme de bonne conscience, fait de bonhomie médicale sur fond d’Afrique noire ; bref, tout pour faire vibrer la corde sentimentale d’un socialisme tout désigné pour résoudre les problèmes de l’Humanité. Une capture qui a valu un psychodrame au PS, obligé ipso facto d’exclure les renégats du socialisme, comme il le fut lors du vote de la réforme constitutionnelle de juillet dernier. Ce week-end, au détour d’une interview, Bernard Kouchner a été coincé : va-t-il voter UMP ? « J’attends de voir les programmes ! », a-t-il louvoyé. Aujourd’hui, c’est la cabale : Harlem Désir traite le traître de « concessionnaire qui hésiterait à vous accompagner dans la voiture qu’il vous vend » ; Xavier Bertrand enchaîne : « Si Bernard Kouchner regarde ce qu’il y a dans les projets des différents partis pour ces élections européennes, je sens qu’il ne votera certainement pas pour le Parti socialiste ». Un programme, l’UMP ? Pardi !
Celui qui n’a voté Sarkozy ni au premier, ni au deuxième tour, obligé de passer avec armes et bagages du côté de la majorité ? C’est ce qu’il semble aujourd’hui se passer : Kouchner doit boire la cigüe en avouant qu’il votera pour Michel Barnier.
Voilà le donc le triste sort d’une ouverture inégale, faite d’alibis bon teint et de liberté de ton et de pensée pour peu qu’elle ne diverge pas de la ligne fixée par l’UMP. Une espèce de liberté surveillée, de mise sous assistance respiratoire jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’autres choix que la mort… ou la souillure. C’est ce qu’endureront les députés du Nouveau Centre, devenus en un tournemain les communistes de la majorité, et qui en 2012 n’auront que trois choix : rester un satellite qui tourne dans le vide, se fondre complètement dans la majorité en renonçant à leur étiquette, ou revenir vers Bayrou et devoir passer sous les fourches caudines. Et c’est ce qu’endurera également Bernard Kouchner, obligé désormais de faire jouer son entregent pour dégoter un poste de haut-fonctionnaire grassement payé ou honorifique lorsque son temps sera fini.
Pour autant, il serait trop simple de taper sur la majorité. Si l’ouverture est un combat de gladiateurs, c’est aussi parce que le PS n’en a pas la culture. Le système majoritaire contribue à solidifier deux camps, opposition et majorité, avec chacun son rôle, et hermétiquement fermés l’un à l’autre : la majorité et l’opposition ne se peuvent regarder fixement, pourrait-on dire en parodiant La Rochefoucauld. Si l’on veut changer cet état de choses, il faudra nécessairement passer par un système plus proportionnel qui, en fragilisant les blocs, demandera obligatoirement un renfort en mastic. Et ce mastic, c’est la coopération. Comme quoi, tout se tient.
15 avril 2009 | Brèves |
C’est l’hôpital qui se fout de la charité, dit l’adage populaire. Qui eût cru qu’alors même que des salariés séquestrent leurs patrons à tours de bras pour attirer les projecteurs sur la situation sociale désastreuse de certaines entreprises et sur l’impossibilité de trouver une once de dialogue social entre patrons et salariés, et que le PS, tout heureux de pouvoir surfer sur la contestation, il se retrouverait lui-même pris par la patrouille ?
L’affaire a de quoi faire sourire. Au moment où Ségolène Royal évoque sa profonde et sincère compréhension pour ces salariés à bout qui recourent à la privation temporaire de liberté, voici qu’au siège du PS, rue de Solférino, les permanents font sourdre la colère. Selon un tract émanant d’une centaine de salariés, les griefs reprochés fleurent bon ceux scandés à Gandrange ou à Clairoix : « violation de la convention collective », « non-remplacement de plus de 20 postes vacants », « réorganisation sans évaluation préalable des besoins », n’en jetez plus. Il ne manquerait plus que Besancenot fasse un passage médiatisé à Solférino !
« Le dialogue social : actif à l’intérieur et ça se voit à l’extérieur ». Voilà un slogan qu’il est bon pour les européennes !
23 mars 2009 | La vie de la cité |
D’un côté, 2 millions de manifestants (moyenne des chiffres avancés par la police et les syndicats). De l’autre, 1 500 personnes au Zénith. D’un côté, des rues qui ne finissent plus de se remplir : ouvriers, cadres, enseignants, lycéens, chercheurs, magistrats, n’en jetez plus. De l’autre, une antre médiatique qui fait autant salle comble que pour les concerts de Cindy Sander. Et dans les deux cas, un PS vent debout contre le gouvernement, à la queue de la contestation du bitume.
Comparé aux 4 000 spectateurs de la Fête de la Fra-ter-ni-té ou aux 6 000 clampins de Mélenchon, le petit millier fait pâle figure. Pourtant, Martine Aubry avait bien pompé la même recette : des discours, et des intermèdes musicaux. Mais certains ont préféré décliner son invitation : à défaut de Cali, zébulon sautillant mou du cigare, Martine a eu Sanseverino, version roots et gaucho-compatible du vrai socialisme, pas le socialisme royaliste bien-pensant à mèche rebelle et à pantalon slim (par ailleurs compatible avec la technique gesticulatoire, suivez mon regard). Mais Titine cependant avait refusé la comparaison : « Ce ne sont pas des chanteurs qui viennent en soutien d’une personnalité, mais des chanteurs dont le message est en rapport avec les atteintes aux libertés. » Mais las ! le manque d’organisation et de communication leur a été clairement fatal.
Surtout, le PS a fait ce week-end l’éclatante preuve de sa difficulté à mobiliser en dehors du mouvement syndical. Le PS est à la remorque depuis le début de la crise : un contre-plan de relance qui est une soupe délayée et qui arrive après le déluge, un mutisme sur la plupart des sujets, une absence de propositions concrètes qui monte à 76% le nombre de Français socialo-sceptiques. Reste alors à s’accrocher au wagon de la contestation sociale, sans précédent depuis 1995, mais qui, si elle a montré le 19 mars qu’elle jetait plus de monde dans les rues, prouve cependant qu’elle mobilise moins sur les grèves : en temps de crise, on réfléchit à deux fois avant de balancer son frichti. Alors oui, les socialistes, militants et éléphants, peuvent bien se gargariser d’être visibles et présents dans les manif. Mais ils comptent surtout sur la locomotive syndicale pour reprendre du poil de la bête : massivement les Français expriment un mécontentement, que le PS cherche à récupérer, croit-il très aisément. Il a eu son retour de bâton ce week-end.
Quand les manifestations dégénèrent en violence, cela sert toujours l’ordre établi : voyez mai 68. Les manifestations d’aujourd’hui n’ont certes rien à voir avec le violent spectre grec qu’on a pu craindre avant Noël. Mais même non-violent, le mouvement de contestation est une splendide opération de street marketing pour l’UMP dans la perspective de 2012. Il montre un parti incapable d’insuffler la marche de la contestation autour d’idées structurantes ; il met en lumière un parti qui aboie avec la meute et se comporte en syndicat politique (ce n’est pas son rôle) ; et quand il essaie de rassembler, il se gamelle. De Nation au Zénith, la tactique de la rue du PS met le PS à la rue, ni plus, ni moins.
Martine Aubry refuse le parti des éléphants. Elle a réussi à créer un parti de gros poulets : ceux qu’on voit aux abords des magasins, tracts en main, qui déambulent sur leurs ergots pour faire la promo de la grosse boutique d’en face.