Le Pen président… d’un jour

25 mars 2009 | La vie de la cité, europe | 5 Réponses

S’il était réélu au Parlement européen le 7 juin, Jean-Marie Le Pen, en tant que doyen du Parlement, pourrait présider la séance inaugurale du 14 juillet comme l’indiquent les textes et comme le veut la coutume parlementaire, y compris en France. Pour certains, c’est absolument inadmissible. On ne peut pas laisser un homme d’extrême-droite comme président-doyen temporaire du Parlement européen. Et donc ils proposent de mettre en place des dispositifs tordus pour exclure Jean-Marie Le Pen de la présidence. La séance inaugurale devant avoir lieu le 14 juillet, le président du PPE Joseph Daul propose à Jean-Marie Le Pen de rester en France pour la fête nationale, pendant que par-derrière, on s’active pour modifier le règlement du Parlement.

Ce « cordon sanitaire » me laisse de marbre. Rappelons qu’en 1989 Claude Autant-Lara, cinéaste d’extrême-droite, avait déjà prononcé un discours inaugural en tant que doyen. Il en avait profité pour déblatérer un discours nauséabond sur la culture européenne. On avait alors réduit le temps de parole du président par interim pour l’empêcher de donner libre cours à son imagination. Le Pen, même facétieux, aura donc du mal à quitter le formalisme de sa mission. Reste ensuite le symbole de voir un homme d’extrême-droite à la tête du Parlement européen. Je renvoie tous ces bien-pensants à leurs chères études. Si Le Pen devient Président, c’est qu’il aura été élu : le principe du doyennat est certes une aubaine pour lui, mais en quoi cela importe-t-il ? Dès lors qu’il est élu, il est légitime. Si quelqu’un est à incriminer, ce seront les électeurs provençaux qui l’auront élu ! Mais en démocratie, qui serait assez fou pour faire la morale à des électeurs ? On préfère remettre en cause la légitimité des élus eux-mêmes.

Et que dire de l’inefficacité de la stratégie de diabolisation ? Le Pen se dit victime de « racisme francophobe ». Encore une fois, diaboliser le spectre du néo-fascisme contribue encore à souder son électorat pourtant en grande déperdition…

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Là où la Loi bute

12 janvier 2009 | La vie de la cité | 1 Réponse

Qu’il est grand, le rêve de nos législateurs républicains. « L’État peut tout » louis-quatorzien a cédé la place à une maxime éponyme remixée à la sauce républicaine. Mais n’est pas Roi Soleil qui veut.

Nos députés auraient-ils des rêves de toute puissance ? C’est ce qu’on peut légitimement penser avec la prochaine réforme annoncée du droit d’amendement. Pour le péquin moyen, une loi sur la manière dont il est possible de couper les cheveux en quatre à l’heure du pouvoir d’achat en berne n’a que peu d’importance. Mais lois organiques devant porter application de la réforme constitutionnelle obligent, c’est le moment idoine pour caler quelques réformes sympathiques.

Étrange comme l’obstruction sur les lois de réforme de l’audiovisuel public, et sur le travail du dimanche, cette dernière reportée sine die, ont amené le gouvernement à conclure qu’il fallait réformer le droit d’amendement. L’occasion fait le larron, comme dit l’adage pour un mouvement populaire. Sine die, en latin, ça veut dire : après la réforme du droit d’amendement. C’est facile : un texte traîne parce qu’il y a des oppositions ? On coupe le micro et on passe dans un silence religieux. Pour le respect du Parlement qui est censé être au cœur de la réforme constitutionnelle, on repassera.

Légiférer sur les joutes oratoires, cela a un petit côté pichrocolin que les hommes politiques aiment bien. Cela laisse le temps de reposer la viande entre deux rounds. On pourrait tout aussi bien réformer la couleur des moquettes de l’hémicycle qu’ils y trouveraient encore à redire. Y a-t-il seulement un aspect autre que de la pure tactique politique ?

Dire et faire

Dans la vidéo publiée ce jour par le groupe UMP à l’Assemblée, il n’est pas omis, comme le fait remarquer Jean-Pascal Picy, que l’obstruction contre laquelle le gouvernement veut s’opposer concerne aussi bien la gauche quand la droite est au pouvoir, que la droite quand la gauche est au pouvoir. Le débat sur le PACS a été mille fois plus acharné que celui sur l’audiovisuel public, et la droite n’a pas manqué d’abuser aussi du droit d’amendement. Jean-François Copé n’omet pas non plus de renvoyer dos à dos droite et gauche obstructionnistes lorsqu’on l’interroge sur la réforme. C’est qu’il faut déminer le terrain pour ne pas apparaître comme un hussard grossier faisant joujou avec la loi pour faire taire l’adversaire. Quand on détourne le bien public de manière aussi cavalière, on prend un sacré risque de se faire coller une fessée aux urnes.

Seulement le gouvernement est-il vraiment prêt à limiter le droit d’amendement, et donc à en subir les conséquences lorsqu’il se retrouvera dans l’opposition ? Il n’y a que les écervelés politiques pour imaginer une seule seconde que la France va être gouvernée par la droite pendant cinquante ans d’affilée. L’alternance viendra tôt ou tard. Et que feront les députés aujourd’hui majoritaires lorsqu’ils seront demain minoritaires ? Ils obstrueront tout autant ! Cet accès de vertu de la part du gouvernement est un miroir aux alouettes. Soit ce projet de loi organique est une pure mystification pour créer une polémique, soit c’est un écran de fumée : quand on veut obstruer le débat, on peut l’obstruer.

Et c’est bien là tout le problème. La loi bute contre cet horizon indépassable qu’est sa pratique et son application. Les termes actuels du règlement de l’Assemblée sont satisfaisants. Le droit d’amendement est libre : libre à chacun d’en faire un usage intelligent et raisonné, puisque ce sont des vertus qui sont censées gouverner les citoyens que nous sommes, représentants du peuple y compris. Mais la loi et le droit ont ceci de particulier et de délicieux qu’ils sont susceptibles d’être abusés : quiconque a un droit et dispose de la loi est enclin à en abuser, dit Machiavel. Il y a autant de danger pour la démocratie à laisser l’amendement libre ou à l’encadrer : ou bien les amendements pleuvent, ou bien la censure autocratique guette. Le gouvernement veut éteindre les cris d’orfraie en balayant d’un revers ces accusations de verrouillage hémiplégique des débats : il a raison. Mais si laisser l’amendement libre ou l’encadrer revient au même pourvu que chacun considère l’amendement pour ce qu’il doit être, indépendamment de tout mésusage politicien et mesquin, pourquoi vouloir l’encadrer ? Ne vaut-il mieux pas responsabiliser que contraindre ?

Encore une fois : rien ne sert de changer la loi si les pratiques elles-mêmes ne changent pas. La loi et l’organisation d’un régime sont toujours dévoyées par la pratique politique. C’est cela qu’il faut changer en priorité.

[EDIT : ajout de liens]

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Nick Carraway

I was still with Jordan Baker. We were sitting at a table with a man of about my age and a rowdy little girl, who gave way upon the slightest provocation to uncontrollable laughter. I was enjoying myself now. I had taken two finger-bowls of champagne, and the scene had changed before my eyes into something significant, elemental, and profound.

At a lull in the entertainment the man looked at me and smiled.

“Your face is familiar,” he said, politely. “Weren’t you in the Third Division during the war?”

“Why, yes. I was in the Ninth Machine-gun Battalion.”

“I was in the Seventh Infantry until June nineteen-eighteen. I knew I’d seen you somewhere before.”

We talked for a moment about some wet, gray little villages in France. Evidently he lived in this vicinity, for he told me that he had just bought a hydroplane, and was going to try it out in the morning.

“Want to go with me, old sport? Just near the shore along the Sound.”

“What time?”

“Any time that suits you best.”

It was on the tip of my tongue to ask his name when Jordan looked around and smiled.

“Having a gay time now?” she inquired.

“Much better.” I turned again to my new acquaintance. “This is an unusual party for me. I haven’t even seen the host. I live over there——” I waved my hand at the invisible hedge in the distance, “and this man Gatsby sent over his chauffeur with an invitation.” For a moment he looked at me as if he failed to understand.

“I’m Gatsby,” he said suddenly.

“What!” I exclaimed. “Oh, I beg your pardon.”

“I thought you knew, old sport. I’m afraid I’m not a very good host.”