Du danger de l’hypercommunication

6 janvier 2009 | Internet | 4 Réponses

Ce n’est plus un secret : Frédéric Lefebvre est parmi ceux qu’on entend le plus depuis plusieurs mois. En tant que Porte-parole de l’UMP, la communication, c’est son dada. Mais à trop ouvrir son clapet, on s’expose à raconter de grosses conneries.

Avec Nadine Morano, Frédéric Lefebvre aime bien Internet. Il l’aime tellement qu’il ne le voit que sous deux angles : Internet est soit un outil de propagande merveilleuse pour un gouvernement toujours soucieux d’abreuver les Français sous des messages à la limite de l’honnêteté intellectuelle, soit un repaire de tous les maux de l’apocalypse technologique. Entre le chaos et le sublime, nul espace. Pour Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille, Internet est le nouveau Sodome cybernétique. Dans le magnifique clip de campagne cornaqué par le CSA, Arthur et la petite Anna prennent sacrément cher : entre la bande de néo-nazis venus lui vider la cervelle et la bande de pouffes sur talons venues lui vider la tête aussi, probablement, et le pervers libidineux aux verres à double foyer venu montrer son lapin à l’innocente blondinette, on se dit qu’Internet est un lieu de perdition. Cela ressemble peu ou prou à l’East End dans le Londres victorien : du cosmopolitisme terroriste, des putes, de l’alcool, des Jack l’Éventreur à tous les coins de rue. Tremblez, Français.

Le 15 décembre dernier, tout sûr de sa mission messianique, Frédéric Lefebvre venait apporter la bonne parole à l’hémicycle. Il était grand temps que l’action publique abatte son bras régulateur sur le chaos de la toile. Et puis merde, on va ne pas la lui faire à Fred 2.0, il est tout de même un homme de son temps, ultraconnecté en permanence.

Faudra-t-il attendre qu’il y ait des dégâts irréparables pour que le monde se décide à réguler Internet ? L’absence de régulation financière a provoqué des faillites. L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres1 ?

Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde.

Mais pourquoi tant d’agitation sur Internet ?

Il s’agit sans doute de la théorie des vases communicants. Son alter-vase, André Santini, qui se trouve être par ailleurs son député titulaire, se fait de nouveau chatouiller par la justice, qui le marque à la culotte depuis juin 2006 dans une affaire de prise illégale d’intérêts sur la fondation Hamon2. Un ministre qui traîne des casseroles derrières lesquelles court un Procureur, ça fait tâche. Mieux vaut l’éloigner de Matignon, histoire que le bruit des casseroles n’accroche pas la moumoute d’une perche son ou l’objectif d’une caméra. Et quel plus évident placard feutré que de retrouver, en vertu des nouvelles dispositions constitutionnelles, son fauteuil de député ? Exit Fredo, merci Sarko ! Un porte-parole de l’UMP aussi présent et qui n’a aucune légitimité à l’être, ça ferait tâche. Evincé par la porte, Fredo s’apprêterait ainsi à rentrer par la fenêtre, au poste de secrétaire d’État à l’Économie numérique, actuellement détenu par Éric Besson3.

Vite, vite, si le portefeuille menace de vous échoir, mieux vaut potasser un peu son dossier. Touchant comme Frédo nous rappelle nos jeunes années étudiantes, celles où l’on se réveillait en catastrophe trois semaines avant les partiels sans rien avoir branlé du semestre et où l’on se mettait à bachoter comme un forcené en espérant que rien n’y paraisse.

Voilà donc que le même jour dans l’hémicycle, Frédo y allait gaillardement :

On va me répondre que je ne comprends rien à Internet, que je dépeins le retour de Big Brother, une atteinte à la liberté, que ma proposition n’est pas applicable, qu’elle pousserait les sites à s’installer à l’étranger, etc. En fait, je connais sans doute plus que d’autres le monde d’Internet pour des tas de raisons.

A coup sûr, la belle façon de se motiver que voilà. Il est prêt, notre Frédo. Il a suivi une préparation intensive de cyberpolitique, de cybercriminalité, d’économie numérique. Il s’est rajeuni. Il s’est fait des bouffes avec Nicolas Princen, est allé suivre des cours avec Mark Zuckerberg, et a fait son pèlerinage dans la Silicon Valley.

Il passait aujourd’hui l’examen blanc de sa licence d’Économie numérique. Pas de bol, il a tiré au sort Jean-Jacques Bourdin comme examinateur, pas le plus complaisant, du genre un peu hyène, qui ne vous rate pas si vous vous plantez. C’eût été Elkabbach, toujours prêt à vous repêcher pour tirer le meilleur de vous-même, l’exam’ se serait déroulé les doigts dans le pif. Mais là, grosses gouttes, caleçon trempé et dents qui claquent. Il tire le sujet : « C’est quoi le web 2.0 ? »

« Putain ! J’avais tout révisé sauf ça ! Meeeeeerde ! »

Eh oui, à trop rouler des épaules, voilà qu’on se fait prendre à revers. Et donc Frédéric Lefebvre d’ânonner avec force hésitation :

« Bah, le web 2.0 c’est tout simplement… »

On commence par faire croire que la réponse est simple, ça laisse un petit espoir d’impressionner le jury.

« Euuuh… l’Internet d’aujourd’hui… c’est-à-dire, euuuh… enfin… ce… ce sur quoi surfent tous les Français, moi comme les autres… »

« C’est à dire ? », réplique un Jean-Jacques Bourdin, pas dupe du jeu de cache-misère auquel se livre le candidat ignorant.

« Putain ! Mais y va m’lâcher, oui, avec ses questions ? »

« Bah, c’est-à-dire, Internet… d’aujourd’hui ! »

« Oui… c’est-à-dire ? »

« Comment vais-je m’en sortir ?… »

« Bah, j’sais pas c’que vous vous voulez m’faire dire en particulier… »

N’en voulant plus jeter, le professeur Bourdin lui donne la bonne réponse. Eh bien alors ? On veut être secrétaire d’État à l’Économie numérique sans connaître Myspace, Facebook, et tous les réseaux sociaux, mon cher Lefebvre ? C’est ça, l’Internet 2.0 ! Malin comme un singe, Frédéric Lefebvre, qui sait qu’il va se prendre un bon gros zéro qui risque de faire mal dans la moyenne, tente de gratter un point avec beaucoup d’audace :

« Bah, Facebook par exemple, vous savez, l’UMP aujourd’hui on est en train de lancer plusieurs grosses opérations sur Facebook. »

Exam’ blanc sacrément raté. Les bases ne sont pas sues. Le candidat tente maladroitement de cacher ses lacunes derrière des lieux communs et quelques talents de liant communicationnel (en langage commun : de la sacrée langue de bois). Pour réussir le concours, il va falloir se mettre à bosser, et sacrément, et arrêter de faire le mariole dans l’hémicycle à feindre de tout savoir. D’ailleurs, Beaumarchais le disait habilement, qui dans le Mariage de Figaro faisait dire à son héros de valet : « Feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce qu’on ignore [...] voilà toute la politique. » (III, 5)

  1. Cf. le billet trackbacké ci-dessus []
  2. Rien à voir avec Benito le socialiste. []
  3. Pressenti pour remplacer Hortefeux, qui remplacerait Bertrand, qui a remplacé Sarko… à la tête de l’UMP. On aime jouer aux chaises musicales en politique. []
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Frédéric Lefebvre, le pire et le meilleur

22 décembre 2008 | La vie de la cité | 2 Réponses

S’il se mettait à penser et réfléchir, on lui trouverait sans doute d’autres points communs avec le sarkozysme ambiant. A défaut, on se raccrochera au PPCD, son occupation bien quadrillée du terrain. Lefebvre accepte son rôle de roquet de la sarkozye. Cela lui permet de gagner ses galons auprès du prince en étant obséquieux à l’envi, limite marchand de cirage. Et puis, n’oublions pas que Frédéric Lefebvre a été élu par la grâce de la ruse du cheval de Troie. Santini étant assuré d’aller au gouvernement, il s’est tout de même présenté aux législatives avec Lefebvre en suppléant pour le propulser à l’Assemblée. Avec la nouvelle loi, il faudrait que Santini démissionne de son mandat pour provoquer des législatives partielles. Autrement dit, Lefebvre est à un remaniement de ne plus rien devenir. Alors quand on doit son titre à des petites combinaisons au demeurant fort légales, on a envie d’être encore plus légitime, un peu comme le « fils de » qui débarque dans le monde du cinéma.

Ce qui est sûr, c’est qu’à ce petit jeu là, Frédéric Lefebvre est capable du pire comme du meilleur. Mon ami Authueil dissertera à loisir sur son activisme parlementaire. Sa technique est bien rôdée. Il bombarde l’AFP de communiqués ultra-rapides afin d’être repris dans les médias. Tellement rapides, ces communiqués, qu’ils peuvent parfois être rédigés avec les pieds et truffés de fautes d’orthographe. Objectif : occuper le terrain médiatique et être repris dans la presse, afin de ne pas concéder un pouce de territoire à l’opposition. Et parfois, il faut lui reconnaître un certain talent. Dans l’affaire Julien Dray qui commence un peu de secouer la vie politique, il vient de publier un communiqué assurant de son soutien l’infortuné député de l’Essonne. Délicatesse ? Nullement. Martine Aubry, trop heureuse d’entendre le bruit d’un cadavre ségoléniste se ramasser sur la moquette feutrée de l’Assemblée, garde la bouche cousue. Et Juju il l’a un peu mauvaise. « Le PS a été exemplaire tous courants confondus, mis à part quelques noms… Le devoir d’un premier secrétaire, dans ces moments-là, c’est au moins d’essayer de prendre contact. » Pourtant, même les copains y vont du bout des lèvres. Alors pour combler le vide sidéral de soutien de la part de Martine Aubry, Lefebvre, qui a horreur du vide médiatique, réalise un joli tacle à la carotide.

Mais parfois, à trop ouvrir son clapet, il s’expose à des retours de flamme à lui brûler sa chevelure à la Travolta. Lundi dernier, à l’Assemblée Nationale, il partait dans une envolée lyrique à la Hugo dans Oceano NoxÔ, combien de marins, combien de capitaines… ») pour défendre la régulation sur Internet : « L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? » Et de conclure : « Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ? »

Justement, gag de l’arroseur arrosé. Sur son site Internet, Frédéric Lefebvre, sur le mode « ma binette partout » remixé à la sauce Beumarchais, propose une série de caricatures le représentant. Et parmi elles, figure l’une d’un caricaturiste professionnel n’ayant pas explicitement donné son accord. Et voilà comment celui qui veut protéger les créateurs leur administre un coup du lapin bien sèchement.

Mais en matière de propriété intellectuelle, l’UMP est bien rôdée : l’édition du 17 décembre du Canard enchaîné révèle que Luc Chatel tente d’obtenir avec filouterie de la part de créateurs la cession de leurs droits sur une collection d’affiches conservée à la mairie de Chaumont.

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Nick Carraway

I was still with Jordan Baker. We were sitting at a table with a man of about my age and a rowdy little girl, who gave way upon the slightest provocation to uncontrollable laughter. I was enjoying myself now. I had taken two finger-bowls of champagne, and the scene had changed before my eyes into something significant, elemental, and profound.

At a lull in the entertainment the man looked at me and smiled.

“Your face is familiar,” he said, politely. “Weren’t you in the Third Division during the war?”

“Why, yes. I was in the Ninth Machine-gun Battalion.”

“I was in the Seventh Infantry until June nineteen-eighteen. I knew I’d seen you somewhere before.”

We talked for a moment about some wet, gray little villages in France. Evidently he lived in this vicinity, for he told me that he had just bought a hydroplane, and was going to try it out in the morning.

“Want to go with me, old sport? Just near the shore along the Sound.”

“What time?”

“Any time that suits you best.”

It was on the tip of my tongue to ask his name when Jordan looked around and smiled.

“Having a gay time now?” she inquired.

“Much better.” I turned again to my new acquaintance. “This is an unusual party for me. I haven’t even seen the host. I live over there——” I waved my hand at the invisible hedge in the distance, “and this man Gatsby sent over his chauffeur with an invitation.” For a moment he looked at me as if he failed to understand.

“I’m Gatsby,” he said suddenly.

“What!” I exclaimed. “Oh, I beg your pardon.”

“I thought you knew, old sport. I’m afraid I’m not a very good host.”