1 avril 2009 | Histoire, Internet |
Jeudi dernier, à l’invitation de Vendredi, quelques blogueurs, dont votre serviteur, étaient conviés à venir débattreécouter religieusement Alain Minc pérorer. Pour des comptes-rendus exhaustifs, rendez-vous chez Authueil, Vogelsong, Olympe, et Intox2007, où vous pourrez d’ailleurs écouter l’interview-son. Je ne vais pas reproduire un énième compte-rendu de cette entrevue. Premièrement, je suis arrivé une demie-heure en retard, ce qui m’a permis de ne pas avoir à subir la cynique question « combien tu pèses ? » ; d’ailleurs, me l’eût-il posé que je lui aurais rétorqué : « 72 kilos et toi, gros ? ». Ensuite, je ne suis pas vraiment entré dans cettre entrevue trop fermée. Je n’étais pas forcément venu là pour jouer les pseudos-journalistes à poser des questions, et visiblement Minc attendait les questions pour déballer une réponse longue de 10 minutes à chaque fois. Et en plus, j’étais fatigué.
Comme CC, je vais réagir sur l’un des points qu’il a évoqués, à savoir le paradigme très fasciste et totalitaire avec lequel il observe la vie politique. Chez Vogelsong, vous lirez qu’il considère les écologistes comme des pétainistes, et que Strauss-Kahn est pour lui un Bayrou sans pétainisme. Pas de secret, vous vous souvenez de sa récente saillie sur Bayrou, qualifié de « Le Pen light ». Pour Alain Minc, Bayrou, grand populiste démagogue, fraie sur les traces de Le Pen au sujet de sa posture anti-establishment. Jeudi dernier, je l’ai un peu asticoté à ce sujet. Qu’on dise que Bayrou est un démagogue, pourquoi pas, c’est après tout assez vrai. Mais qui, dans la classe politique, n’est pas démagogue ? Sarko, Ségolène et Bayrou sont tous trois de grands démagogues, quoi qu’on en dise. Alors pourquoi comparer Bayrou à Le Pen alors que tous sont assimilables au cyclope de Saint-Cloud ? Alain Minc a bissé : Bayrou est un Le Pen sans le fascime.
Je poserais une première question : Le Pen sans le fascisme, c’est quoi ? Sur un plan politique, Le Pen ne se résume-t-il pas uniquement à cette bouillie nauséabonde fasciste ? Si l’on considère que Le Pen sans le fascisme c’est un démagogue, vous concluerez avec moi qu’il y a une grande différence entre dire clairement que Bayrou est un démagogue et dire que Bayrou est un lepéniste a-facsiste, donc démagogue. Et poursuivons plus loin, sans avoir peur de nous vautrer dans la théorie de Godwin. Qu’est-ce qu’Hitler sans le projet de la Shoah ? Un artiste raté ? Peut-on alors comparer tous les artistes ratés à des Adolf Hitler sans la Shoah ? A quoi vise la comparaison de Minc sinon à salir Bayrou ? C’est assez étrange d’ailleurs de la part d’un individu pourtant brillant de voir ces reductiones ad lepenum qui sont d’ordinaire le fait de personnes incapables d’argumenter rationnellement.
Mais Alain Minc est coutumier des approximations historiques. L’année dernière, il a commis cet attentat historiographique. Derrière sa vision très technocratique de l’histoire, uniquement centrée sur les grandes figures qui selon lui ont fait l’histoire (ommettant toute la tradition annaliste de l’histoire sociale), se cachent des perles qui ne peuvent que laisser pantois : on y apprend que Louis XI était mitterrandien (sic !). Naturellement, la focalisation sur la période vichyste est aussi présente dans son torche-cul, et il avance sans se démonter que la politique antiprotestante de Louis XIV « fait penser aux premières mesures antisémites de Vichy ».
Finalement, il n’est pas si brillant que ça. Je le trouve même un peu feldgrau sur les bords…
25 mars 2009 | La vie de la cité, europe |
S’il était réélu au Parlement européen le 7 juin, Jean-Marie Le Pen, en tant que doyen du Parlement, pourrait présider la séance inaugurale du 14 juillet comme l’indiquent les textes et comme le veut la coutume parlementaire, y compris en France. Pour certains, c’est absolument inadmissible. On ne peut pas laisser un homme d’extrême-droite comme président-doyen temporaire du Parlement européen. Et donc ils proposent de mettre en place des dispositifs tordus pour exclure Jean-Marie Le Pen de la présidence. La séance inaugurale devant avoir lieu le 14 juillet, le président du PPE Joseph Daul propose à Jean-Marie Le Pen de rester en France pour la fête nationale, pendant que par-derrière, on s’active pour modifier le règlement du Parlement.
Ce « cordon sanitaire » me laisse de marbre. Rappelons qu’en 1989 Claude Autant-Lara, cinéaste d’extrême-droite, avait déjà prononcé un discours inaugural en tant que doyen. Il en avait profité pour déblatérer un discours nauséabond sur la culture européenne. On avait alors réduit le temps de parole du président par interim pour l’empêcher de donner libre cours à son imagination. Le Pen, même facétieux, aura donc du mal à quitter le formalisme de sa mission. Reste ensuite le symbole de voir un homme d’extrême-droite à la tête du Parlement européen. Je renvoie tous ces bien-pensants à leurs chères études. Si Le Pen devient Président, c’est qu’il aura été élu : le principe du doyennat est certes une aubaine pour lui, mais en quoi cela importe-t-il ? Dès lors qu’il est élu, il est légitime. Si quelqu’un est à incriminer, ce seront les électeurs provençaux qui l’auront élu ! Mais en démocratie, qui serait assez fou pour faire la morale à des électeurs ? On préfère remettre en cause la légitimité des élus eux-mêmes.
Et que dire de l’inefficacité de la stratégie de diabolisation ? Le Pen se dit victime de « racisme francophobe ». Encore une fois, diaboliser le spectre du néo-fascisme contribue encore à souder son électorat pourtant en grande déperdition…
16 mars 2009 | La vie de la cité |
L’homme est un animal politique, disait Aristote ; on pourrait ajouter que l’homme politique est un drôle d’animal. Ils sont trop optimistes, ceux qui chantent la sérénade supradarwiniste de la suprématie de l’homme sur l’animal, fondement d’une domination justifiée. En fait, nos hommes politiques ne sont, comme nous, que des animaux évolués.
Prenez Frédéric Lefebvre. Si l’on en croit Emmanuelle Mignon, il appartiendrait à la famille des bêtes à cornes, aussi intelligentes que des animaux de trait et peu gracieuses quand il s’agit de labourer. Un gros bourrin, en somme, qui ne craint pas de meugler en tribune des philippiques hystériques et d’enfoncer profondément les sabots de la droite sarkozyste dans la gueule de tout ce qui se trouve sur son passage, de Julien Dray aux tontons macoutes du LKP. Pas de réflexion, de la vocifération. Jamais des sommets d’intelligence, ses déclarations, mais du bon gros trolling artisanal pour rassurer les électeurs UMP.
A l’autre extrémité du règne animal, vous avez les rapaces. Ceux-là sont les mêmes que les bourrins, sauf qu’ils ont des ailes, qui leur permettent de décoller et de poser partout où la viande sarkozyste/socialiste/syndicale commence à faisander. Piqué au flanc, François Chérèque traite les militants NPA de rapaces du mouvement social, qui prennent la température des usines comme les croquemorts de Lucky Luke les mensurations des duellistes. Quand Fabius prédit une révolution sociale au printemps si le gouvernement n’infléchit pas sa politique, Frédéric Lefebvre lui colle une cartouche : rapace, prends ça ! Pas très sport de la part du porte-parole d’un parti qui soutient une politique de l’autruche d’oublier sa conscience de volatile : un peu comme le corbeau de La Fontaine, Frédéric Lefebvre a une grande gueule qu’il aime bien ouvrir, sur tout et n’importe quoi d’ailleurs. A tel point qu’il en a laissé tomber un jour le gros fromage du portefeuille de l’Economie numérique auquel il était prédestiné. Et Ségolène Royal ? Son tour de métropole et d’outremer de la vacance sarkozyste ressemble à s’y méprendre à un vol piqué ; mais quand on vous demande de lui attribuer un nom d’espèce, l’hésitation vous gagne : buse ? charogne ? dinde ?
Manquent les charognards. Ceux-là sont presque pire que les rapaces. Ils ne vont pas au combat, ils attendent que ça tombe tout cuit dans le bec. Patientons jusqu’à ce que la bête crève, pour nous en repaître goulûment. En 2003, les Guignols caricaturaient Le Pen en charogne cyclope qui éructait un « J’attends », quand la bourrique Raffarin s’enlisait. Aujourd’hui, certains se réjouissent à vouloir chanter Fillon est mort ce soir. Mais ils n’ont plus la face du bouledogue de Saint-Cloud. S’ils ne sont pas bourrins, en tout cas ils aiment à murmurer à l’oreille des chevaux.