15 juillet 2009 | Coulisses, Internet |
Chers lecteurs,
Il y a une semaine, je publiais sur ce blog « Psychanalyse du web social ». Vous pouvez désormais retrouver l’article très refondu sur Slate.fr. Le titre a complètement changé (et je m’interroge d’ailleurs à son sujet, vu qu’il tronque un peu le contenu de l’article). Bonne lecture, et n’oubliez pas de mettre Slate dans votre agrégateur !
8 juillet 2009 | Internet |
Dans Pomme C, Calogero raconte l’histoire de ces dizaines de milliers d’usagers des sites de rencontre en ligne, qui s’embrasent par claviers interposés, tirent des plans sur la comète au moindre indice, et ouvrent leur coeur au tout-venant numérique quand il semble qu’il leur est difficile de le faire IRL (in real life). Et souvent, quand le charme factice de l’écran se dissipe, la réalité distordue par le prisme du web apparaît aux yeux des amants numériques dans toute sa vérité crue et sa complexité, souvent pour le pire, parfois pour le meilleur…
Le ring Twitter ?
Hier, je lisais l’excellent article de Vincent Glad sur Twitter et la rapidité avec laquelle les clash se propagent. Sur Twitter aussi l’on s’échauffe, et les petites éruptions émotionnelles momentanées arrivent plus souvent qu’à leur tour. Hier, nous en discutions brièvement lors d’une rencontre entre jeunes acteurs du web. Pour Vincent Glad, il y a une espèce de tare sur Twitter, qui fait que le service de microblogging est autant rempli de germes de clash que la rivière Ebola.
L’interface technique de Twitter serait la source principale de la pandémie frondeuse : « Twitter n’ayant pas de fonction d’annulation de l’envoi comme sur Gmail, il suffit de 5 secondes d’égarement pour se ruiner une carrière. Tout twitt envoyé passe immédiatement dans le domaine public, même si on cherche à la supprimer en douce. » J’y crois assez peu. Les decks Twitter, comme Twhirl, ont une fonction annulation (tout comme l’interface officielle, d’ailleurs). Même passé à la postérité, un tweet a besoin d’un temps minimal d’évolution pour avoir un petit écho, et un tweet lâché puis tué dans l’œuf a peu de chances d’être colporté avant que son auteur le supprime (toutefois faut-il réagir vite), sauf malchance.
Quand les tweets sont assumés, la rapidité du service fait le reste : en 140 caractères, personne n’a le temps de peser ses mots, curieusement. Faites le test sur tous les supports de chat : le lapidaire flingue le réfléchi. La froideur du texte fait le reste : il est souvent difficile de distinguer les registres de langue, ce qui rend les quiproquos et les malentendus fréquents. Tout pour exploser en clash.
Un problème de surmoi numérique
Pour autant, je ne crois pas vraiment à la particularité de Twitter dans la tendance naturelle du web à finir toute conversation en clash. Mais il permet de poser quelques questions.
Revenons à Calogero, et à tous les éminents psychologues, psychiatres, pédopsychiatres, pompiers de l’addiction qui pensent avoir pris le tournant de la culture numérique et pullulent sur les plateaux télé. L’écran et le clavier seraient des refuges de l’émotion, une manière de se couper du monde social. Le succès des sites de rencontres en ligne serait le signe d’une incapacité à affronter l’autre dans le jeu de la séduction, et l’adolescent qui veut une notoriété numérique par son blog ou son profil MySpace chercherait une échappatoire aux vraies relations sociales. Cette soupe, on l’a entendue de nombreuses fois. Même si elle est à côté de la plaque, elle repose sur un fondement scientifique assez intéressant : le rapport de soi au monde social sur le web.
Si les émotions s’expriment brutes sur le web, c’est qu’il y a une totale absence de surmoi numérique. En psychanalyse, le surmoi, c’est le « moi social », une espèce d’image déformée de soi qui est pétrie de codes de bonne conduite. C’est le moi qui est construit, en général, par la figure paternelle, puis par l’école, et en général par toutes les institutions éducatives (même l’Eglise pour les croyants). C’est l’instance de la personnalité qui intériorise les principes du Bien et du Mal, et de la justice. De là naissent les sentiments sociaux que sont la honte ou la bienséance, et qui modèlent un comportement policé. Lorsque la pression du surmoi est trop forte et empêche l’individu d’exprimer son moi intime, sa vraie personnalité, la névrose apparaît. Sur Internet, il n’y a pas de contrôle social, parce que l’on reste isolé derrière son écran. Personne n’est là pour juger positivement ou négativement les émotions que l’on exprime, et c’est ce qui explique que les sentiments qui affleurent sur le web soient toujours, peu ou prou, paroxystiques.
L’anonymat relatif que confère le web conduit finalement aux éruptions que l’on connaît. Pour les hommes politiques, la gestion de ce bal masqué est parfois compliquée, car la parole est libérée du poids de la pression sociale qui aplanit vers un niveau médian les sentiments et les affects. Finalement, quand Denis Olivennes se désole que le web soit devenu le « tout-à-l’égout de la démocratie », c’est le signe flagrant du chemin qu’il reste à parcourir dans l’appréhension de ce territoire décomplexé qu’est devenu le web social.
Web social et surmoi numérique
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Depuis environ 4 ou 5 ans, l’anonymat du web est battu en brèche jusqu’à n’être plus qu’une donnée relative, voire un mirage cruel. L’ascension des mastodontes Google et Facebook pose le délicat problème de l’archivage ad vitam aeternam de nos données numériques. Le nouveau réflexe des recruteurs de googliser le nom d’un potentiel candidat pour scruter sa présence sur le web et ainsi recueillir des informations masquées lors de l’entretien conduit de plus en plus les jeunes à censurer leurs profils Facebook, comme le montre une étude de l’université de Dayton.
Aujourd’hui, nombreux sont ceux à vivre du web ou à en être des acteurs. La question de la gestion de réputation devient alors un enjeu indispensable. On ne peut pas tout faire ou tout dire en toute impunité dès lors que l’on a acquis une visibilité sur le web social. Les récents déboires de Romain Libeau sur Twitter ont fait rire, puis un peu peiné. S’il semble qu’il y ait cependant une grande capacité d’oubli (peut-être due à l’impressionnant débit d’informations ?), une réputation peut effectivement vite se ruiner, comme le relevait Vincent Glad.
Toutefois, y a-t-il vraiment des mécanismes de prévention du clash ? Même en dépit de cette constitution progressive d’un espace social numérique, il ne semble pas qu’il y ait aujourd’hui un surmoi numérique. J’en tire deux hypothèses :
- Ou bien le web touche à un horizon indépassable, celui de l’impossibilité de matérialiser des rapports sociaux, auquel cas la société numérique qui se solidifie aujourd’hui est une pâle copie artificielle de la « vraie » société (hypothèse pessimiste)
- Ou bien le web organise un espace numérique différent de la société charnelle, en dissipant le surmoi social. On parvient alors à une société hybride où les individus s’expriment hors de tout contrôle social malgré un anonymat plus que relatif (et qui n’ira pas en s’arrangeant). Deux sociétés coexistent alors de manière complémentaire, les uns trouvant dans l’espace numérique une forme de refuge, les autres cherchant à explorer de nouveaux canaux d’expressions de leur personnalité
De cette modeste tentative de psychanalyse du web social, on tirera une conclusion : quel nom donner au complexe d’Œdipe numérique ?
24 mars 2009 | Internet |
Si j’en crois les élégies tragiques des supporters d’HADOPI, j’en suis pour mes frais. Avec Luc Besson, je suis un voleur. Avec Thomas Dutronc, je suis commissaire du génocide musical. Avec tous les barons de l’industrie musicale, je suis penaud de mon manque de savoir-vivre, moi qui ne reconnais pas la culture à sa juste valeur, qui considère même qu’elle n’a pas de prix, faisant crever des millions d’artistes qui ne peuvent pas vivre décemment de leur travail. Oui, vous le sentez poindre, le jugement moral : « Je ne dois pas m’approprier gratuitement le travail d’autrui », à copier 100 fois (m’en fous, sur ordinateur, en un copié-collé, c’est torché).
Et pourtant, je vais poser cette hypothèse simple : on peut justifier moralement le fait de télécharger illégalement.
Le paradoxe de l’action collective
Ni plus, ni moins, la loi HADOPI nous met en face de la théorie du contrat. On veut se procurer un bien (culturel), qui a un prix. L’échange prix-bien constitue le moment contractuel. Or, dans un système collectif comme l’est celui d’Internet et des réseaux peer-to-peer, la tendance naturelle de tout utilisateur est de vouloir obtenir le bien sans en supporter le coût.
Ce paradoxe de l’action collective a été mis en lumière par Mancur Olson dans les années 60 à partir de situations économiques et notamment de l’action des syndicats : c’est la logique du free rider. Un syndicat lutte pour un bien collectif (augmentation, retraites, etc) et requiert pour cela une participation de ses membres. Or, dans la mesure où le bien collectif obtenu reviendra à tous indépendamment de leur participation à l’obtention de celui-ci, le calcul rationnel de chaque individu sera de se défausser de sa participation à l’obtention du bien collectif et de recevoir le fruit de la participation des autres. Quand un syndicat se bat pour une augmentation et l’obtient, celle-ci s’applique à tous les travailleurs d’un secteur d’activité donné : pourquoi donc supporter les coûts individuels (financiers et humains) de l’action syndicale quand les autres peuvent le faire pour vous ?
Appliqué au téléchargement illégal, la logique fonctionne de la même façon. Il existe un bien (l’album, le DVD), et des coûts pour l’obtenir (débourser 15 ou 20 euros). Or, l’obtention du bien avec les réseaux peer-to-peer est dissociable des coûts pour l’obtenir : c’est le téléchargement. Pourquoi supporter des coûts individuels quand on peut avoir le bien gratuitement (sans payer et sans se déplacer) ? En outre, si l’on considère que dans l’acte d’achat du bien culturel réside non seulement une volonté d’acquisition personnelle du bien (écouter son CD), mais en plus une logique de bien collectif (participer à l’essor d’une culture nationale ou récompenser des artistes), le paradoxe de la logique de l’action collective fonctionne encore mieux : pour obtenir le bien collectif (récompenser les artistes et soutenir la culture nationale), je dois engager des coûts individuels ; par calcul rationnel, je préfère obtenir ce bien collectif (la satisfaction chauvine que mon pays est puissant culturellement) en me reposant sur les autres (les idiots qui continuent d’acheter des CD et des DVD).
Incitations sélectives
Revenons à Olson. Pour enrayer la logique individualiste et rationnelle, il faut casser le lien entre le bien collectif et les coûts individuels. A partir du moment où les coûts que l’on engage sont personnels, le bien ne peut pas être collectif, sans quoi la tendance naturelle pour qui fonctionne par calcul sera toujours d’en faire le moins possible, mettant ainsi en péril l’obtention même du bien : si dans un groupe donné tout le monde est rationnel, alors personne n’agira, et donc le bien ne sera pas obtenu. Il faut ainsi mettre en place ce qu’Olson nomme des « incitations sélectives », c’est-à-dire des raisons valables qui poussent chaque individu à engager les coûts individuels nécessaires à l’obtention du bien commun. Pour Olson, ils sont de deux types : coercitifs et incitatifs. Pour forcer un syndicaliste à être actif, vous pouvez le frapper d’amendes ou exercer sur lui une pression psychologique (dénigrement, menaces, etc). Mais vous pouvez aussi lui faire miroiter des biens individuels qui récompenseront son engagement en plus de l’obtention du bien collectif (promotion interne, valorisation auprès du groupe, etc). Dès lors qu’on use de la carotte et du bâton de manière individuelle (je doute que la coercition collective de type consigne générale fonctionne vraiment), on casse la logique du calcul rationnel, ou plutôt on lui ajoute une nouvelle donnée, qui tend à motiver l’individu vers l’action.
En outre, la communauté des téléchargeurs étant par nature anonyme, gigantesque et sans lien entre ses membres, le phénomène de pression sociale y est absent. Dans les petits groupes, le regard que chacun porte sur autrui agit comme un censeur des velléités de free riding : c’est l’exemple du village où tout le monde se connaît et où agir à l’encontre du bien commun vous exclut du groupe par les ragots qui circulent ou tout autre manifestation d’hostilité, agissant comme un contraceptif efficace et vous poussant vers l’action collective. Sur la toile, l’internaute est désinhibé, parce que le gendarme est au pire absent, au mieux invisible. La logique du calcul rationnel est alors complètement pure et non biaisée.
Punir et allécher
Dans HADOPI, ce sont ces deux logiques qui s’opposent.
Il y a d’abord ceux qui plaident pour de la répression à outrance, jusqu’à la suspension de l’abonnement à Internet. Plus d’Internet, plus de fraude. C’est une logique assez sommaire, et très nombreux sont ceux qui déclarent très justement que ce sera globalement inefficace. Le dispositif d’HADOPI est non seulement bancal techniquement, mais je doute qu’en plus il y ait une véritable peur du gendarme. A tel point que je vois bien s’organiser sur Internet des mutuelles de la fraude : chaque participant versera une cotisation et continuera à télécharger illégalement, et l’on puisera dans la caisse commune pour payer les amendes auxquelles la justice condamnera les contrefacteurs. En termes de calcul rationnel, le ratio sera très vite trouvé, et cela fera baisser le coût du bien culturel à des prix plus qu’hard discount.
Il y a ensuite ceux qui considèrent qu’il faut justifier la valeur du bien aux yeux de l’acheteur pour l’inciter à ne pas se le procurer gratuitement. Ici, l’action porte sur deux tableaux. Le premier est sur le plan de la valeur. On ne répètera jamais assez que les maisons de disque, préoccupées par la recherche d’amortissement et de profit sur du très court terme, privilégient les soupes culturelles, des usines à tubes jetables. La logique du Kleenex a été bien comprise des internautes : je télécharge, j’écoute, je partage, je jette. C’est ce que font les maisons de disque avec les artistes. Pour enrayer le phénomène, il faut que les consommateurs aient envie d’acheter. Cela passera par une meilleure offre artistique, mais aussi par un packaging différent. Aujourd’hui, la formule boîte-CD-livret (avec de grandes disparités dans la composition des livrets) ou la formule DVD-bonus, s’essouffle : il faut que chaque bien ait une plus grande valeur aux yeux de celui qui est susceptible de l’acheter. L’industrie du disque qui est prompte à s’étrangler des phénomènes de gratuité se fait une très haute idée de la valeur de l’offre qu’elle propose.
Le second tableau est typiquement olsonien : donnons au consommateur un bien unique ! On ne répètera jamais assez que l’évolution des supports est nécessaire et que, si les consommateurs achètent moins de biens culturels sur supports matériels, ils continuent cependant à aller au cinéma et dans les concerts. Là-bas, ils sont susceptibles de vivre des expériences culturelles individuelles, qui ne sont pas avec la technologie actuelle disponibles par le téléchargement. Même avec la meilleure sono du monde, rien ne remplacera jamais le concert en live. Etrangement, les maisons de disque et les boîtes de production cinématographique ont encore du mal à augmenter leur offre en marketing one-to-one. Si les produits culturels sont standardisés, qu’on ne s’étonne pas que l’on préfère avoir gratuitement la copie du voisin ! Les rencontres entre les fans et leur idole, les showcases, les concerts privés, la figuration dans les films ou les invitations aux festivals et cocktails… Les occasions de couplage achat-récompense sont incommensurables pour l’industrie de la culture, qui en reste à un modèle complètement éculé !
L’acteur rationnel est un bien précieux
Plutôt que de diaboliser l’acteur rationnel qui préfère se procurer gratuitement ce qu’on voudrait lui faire payer, il vaudrait mieux le considérer comme un régulateur du marché culturel. Je suis absolument frappé de voir à quel point l’adage qui veut que le client soit roi et que le marché soit tout entier à l’écoute de ses comportements et de ses habitudes soit à ce point battu en brèche sur la question d’HADOPI. Je croyais les grandes industries, toujours ingénieuses en matière de marketing, beaucoup plus créatives et résilientes. Les nouveaux comportements ne sont pas immoraux en eux-mêmes : ils sont rationnels. Et on adressera le même compliment aux grandes entreprises audiovisuelles qui préfèrent embaucher des intermittents à moitié payés par l’UNEDIC pour un travail de pro. Ou à toutes les autres entreprises qui préfèrent occuper certains départements ou certains métiers par un roulement incessant de stagiaires afin de réduire drastiquement leur masse salariale. Si ces grandes industries veulent être libérales, qu’elles jouent le jeu du libéralisme à fond. Ou alors qu’elles acceptent que la resquille soit partout traquée et endiguée, de la contrefaçon qui leur fait perdre un peu d’argent (encore faut-il prouver que tout bien téléchargé serait un bien acheté si le téléchargement n’existait pas) aux filouteries avec le droit du travail.
18 mars 2009 | Internet |
Vous en rêvez ? Vous en avez marre de voir le net sarko-trollé ? Ah ! qu’il était bon le temps où le net se passionnait pour d’autres sujets politiques ? Maintenant, ce ne sont que sarkoguignolades et autres bruniphobies pavloviennes. Et ça lasse.
Eh bien, sachez que désormais, il est possible de kärcheriser Sarko et Carla du web. L’outil est simple, c’est un petit module Firefox subtilement intitulé Kärcher. Téléchargez-le, installez-le sur votre bécane Firefox, et c’est magique : le nom de Sarko et de Carla disparaît du web !
Enfin, il existe encore quelques sites récalcitrants, comme celui du Figaro…
25 février 2009 | Internet, La vie de la cité |
Dans l’affaire qui l’oppose au groupe de rock américain MGMT, l’UMP propose de dédommager le groupe, dont ils avaient utilisé une des chansons lors du congrès de la Mutualité du 24 janvier et dans plusieurs vidéos publicitaires, à hauteur d’1 euro. L’offre a été refusée, et l’affaire n’est pas anodine, car la stratégie est dangereuse.
Ce qui est clair, c’est que l’UMP a proposé au groupe une conciliation en amont du jugement, de manière à retirer l’illégalité de l’acte. Ils reconnaissent avoir fait une bourde, mais ils essaient de s’arranger entre eux pour que MGMT retire sa plainte. Or, cette stratégie de dépénalisation est totalement incohérente en regard des cris d’orfraie qui sont poussés par les quelques roquets de la majorité et les majors de l’industrie du film ou du disque. Comment peut-on rendre illicite le téléchargement ou le streaming alors que la majorité qui veut faire passer la loi s’arrange pour ne pas être condamnée ? Cela voudra donc dire qu’au moment de chaque procès, chaque particulier qui se fera pincer pourra contourner la loi en proposant un dédommagement. Imaginez que vous vous faites piquer dans un magasin avec un vêtement sous votre pull et que vous vous proposez gentiment comme compensation de le payer. C’est incohérent !
Mieux encore : l’UMP estime le coût de l’infraction à 1 euro. Et pire encore : le montant du dédommagement n’est pas une estimation du manque à gagner pour le groupe, c’est symbolique. En gros on ne veut pas chiffrer le montant, et on se contente d’un petit geste histoire de dire qu’on a remboursé ! A moins que l’UMP considère qu’elle aurait pu se procurer le titre sur iTunes pour 0,99€, qui lui en donnait la pleine propriété… mais c’est oublier que c’est la propriété à l’usage privé ! Et cela, je doute que ça coûte les 0,01 euros restants ! Si l’on estime la diffusion (voire la possession, on ne sait pas si le titre a été téléchargé illégalement ou non) sans l’accord de l’auteur à 1 euro, voilà une jolie brèche dans laquelle pourront s’engouffrer tous les particuliers. A 1 euro la fraude, on peut être sûr d’une chose : non seulement ça n’endiguera pas le phénomène, mais en plus cela va coûter un max de blé à la justice pour déboucher sur des arrangements d’officine !
Cette histoire est assez révélatrice de l’état d’esprit qui entoure ce projet de loi. Quand le gouvernement réfléchit global, il s’alarme, car il voit que le montant du manque à gagner est astronomique (et encore) ; quand il se fait prendre la main dans le sac, il se dit que ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan et que ce n’est pas dramatique. Alors qu’il n’est pas du tout prouvé que l’on peut mettre bout à bout les actes individuels pour calculer le manque à gagner de l’industrie du disque et du cinéma, qui n’est pas forcément grevée par le téléchargement !
A moins que tout ceci soit un exemple du dicton : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais. »
25 février 2009 | Pratiques de sociabilité des blogueurs |
Je me suis souvent retrouvé face à une interrogation majeure quand je voulais linker un blogueur : comment dois-je l’appeler ? Par son nom de blogueur ? Par un terme symbolisant un lien d’attachement : confrère, compère, camarade, ami ? En fait, mon interrogation en appelait à d’autres, connexes : dans ce monde virtuel où cependant les liens hypertextes et les commentaires tissent des communautés, que ces communautés virtuelles peuvent être à l’origine de liens réels (professionnels, amicaux, ou autres), mon hésitation quant à l’appellation adéquate d’un blogueur revenait à m’interroger sur la proximité du lien qui m’attachait à lui.
Le web social a éclaté les murs qui cloisonnaient Internet en une multiplicité d’individus isolés, en leur permettant de se lier les uns aux autres. Ces réseaux sociaux, qui reproduisent sur le web des réseaux sociaux déjà existants dans la vraie vie (syndicats, confrérie, amicale, etc), permettent au blogueur de se sociabiliser, de s’ouvrir aux autres, de rejoindre des réseaux, mais également d’alimenter son appartenance aux réseaux dont il fait partie.
Derrière tout cela, je me demande de quelle manière nous tendons, nous blogueurs, à nous constituer en groupe social. Ne produisons-nous pas des marques distinctives de notre statut de blogueur ? N’établissons-nous pas des normes ? Nous organisons-nous en communauté (qui implique une frontière nette entre l’in-group et l’out-group, entre qui est blogueur et qui ne l’est pas) ou en société ? Dans le cas des blogs politiques, n’y a-t-il pas des marques par lesquelles nous nous forgeons une véritable conscience de blogueur (notamment vis-à-vis de notre regard sur les médias) ?
Je m’interroge également sur la frontière entre virtuel et réel. Nombreuses sont les rencontres entre blogueurs dans la vraie vie. Nous rencontrons-nous en tant que blogueurs ou en tant qu’individus ? Cette interrogation me semble assez fondamentale, car elle résoud la question de savoir si blogueur est une activité circonscrite au monde d’Internet, ou si Internet n’est que l’outil grâce auquel notre statut (ou conscience) s’exprime. De la même manière qu’un journaliste n’est pas journaliste uniquement lorsqu’il est devant sa machine à écrire/ordinateur, ou qu’un peintre n’est pas peintre uniquement lorsqu’il peint sur sa toile, nous adoptons peut-être le blog comme un mode de vie avec lequel nous nous sociabilisons différemment ou avec lequel nous repensons nos modes de sociabilité et notre perception de notre environnement.
Je ne sais pas où toutes ces réflexions me mèneront. Elles seront à coup sûr l’objet de plusieurs billets, sans prétendre à la somme érudite. Naturellement, puisque c’est notre de fonctionnement, les contributions extérieures sont les bienvenues à cette entreprise de colloque digital ! Qu’en pensez-vous ?
20 février 2009 | Internet, MoDem |
Comme beaucoup, j’ai découvert en direct live le nouveau média social du MoDem sorti hier. Les Démocrates.fr de son petit nom, surfe ainsi sur le succès de la plate-forme myBarackObama.com, même si, selon son concepteur Nicolas Voisin, il ne le reproduit pas entièrement.
L’objectif affiché est de créer une communauté MoDem sur la toile, où trois sphères pourront se rencontrer : les institutionnels du MoDem qui pourront produire du contenu, les militants qui pourront diffuser ce contenu et relayer le message décentralisé, mais également influer sur celui-ci par un système de vote, de proposition de contenu (tribunes), et les sympathisants ou curieux qui pourront trouver là la synthèse de la présence du MoDem en ligne.
Le grand avantage de cette nouvelle plate-forme, c’est qu’elle va enfin — j’espère — endiguer cette prolifération incommensurable de sites dérivés. Il y a longtemps que je peste contre cette dissémination qui ne produit rien que du flou. Entre le site du MoDem, le site de Bayrou, le site des soutiens de Bayrou en ligne, les milliers de sites personnels de candidats d’un jour plus mis en ligne depuis les élections, les sites des fédérations, etc., n’en jetez plus ! Pour celui qui n’est pas un as du web et qui souhaite s’informer sur le MoDem, c’est la croix et la bannière. Justement, le site centralise beaucoup de choses, et notamment les blogs. Maintenant, c’est le même régime pour tout le monde : nom.lesdemocrates.fr. C’est beaucoup plus clair, beaucoup plus lisible : en termes de communication, ça n’a pas de prix !
J’ai donc immédiatement testé la petite machine. L’ergonomie est intuitive, les graphismes sobres et contrastés. Pour un utilisateur de Facebook, la plate-forme est rapidement maîtrisée. En effet, comme sur Facebook, la communauté se tisse via un système de pages personnelles, de contacts qui figurent sur une liste, de groupes auxquels on adhère. Il existe comme sur Facebook une double messagerie : privée et publique (le wall de sa page). Il existe également un flux RSS interne à la plateforme, où l’on peut s’abonner à plusieurs blogs pour être informé en temps réel de leurs mises à jour. Là encore, les pertes de temps sont réduites à presque rien, c’est autant de temps de gagné pour faciliter les connexions horizontales entre militants. Justement, les militants pourront aisément se mettre en mouvement et se lier entre eux à la fois via la rapidité de la plate-forme, mais également via la page « Action » et « Réflexion ».
Je n’ai pu en revanche m’empêcher de relever quelques bugs dans le nouveau-né. D’autres l’ont fait avant moi, parfois avec le mauvais esprit du militant socialiste, comme Dagrouik. Le plus gros défaut du site est que, lorsqu’on s’inscrit pour la première fois et qu’on se connecte avec son compte, on tombe sur le back office de Wordpress. Pour un utilisateur de WP, on se doute qu’il y a un problème, mais on est en terrain connu. Pour celui qui n’est pas un as du web, c’est la débandade : il ne comprendra rien et s’en ira… C’est un bug à corriger immédiatement.
Enfin, mais ce n’est pas du fait des concepteurs, cette plate-forme ne servira malheureusement à rien si le MoDem ne se met pas à produire des idées intéressantes. Créer un outil pour relayer des messages-types qui pourront être diffusés à l’identique par les militants, c’est une excellente idée. Mais encore faut-il qu’il y ait un message à diffuser, que ce message soit audible, crédible, et constructif. Abreuver la plate-forme de pamphlets antisarkozystes ne sera d’aucune aide. Cet outil est un excellent moyen de lier les institutionnels et les militants, mais il faut que chacun accepte de jouer son rôle. Quand on apprend, en lisant Nicolas Voisin, que Bayrou ne s’est laissé convaincre qu’après 18 mois, on peut craindre pour la rapidité avec laquelle il apprivoisera la bête.
16 février 2009 | Chroniques de la vie quotidienne, Internet |
Les sites d’enchères inversées à l’aveugle, vous connaissez ? C’est le nouveau concept à la mode, né sur les décombres de la crise. Objectif affiché : vous faire gagner des objets très onéreux pour quelques centimes d’euros. Objectif caché : vous pomper un max de blé !
Ils sont plus d’une dizaine de sites à pulluler depuis l’automne dernier. Ils vous proposent de gagner aux enchères des objets de haute technologie : iPhone à moins de 3 euros, téléviseurs HD pour 50 centimes d’euros, cafetières à 1 euros, etc. Le principe ? Déposer l’enchère unique la plus basse. Chaque acheteur potentiel définit un prix pour l’objet convoité. Si au terme du processus d’enchères il est celui qui a proposé le prix le plus bas et est le seul à l’avoir proposé, il remporte l’objet.
Alléchants, les objets à prix ultracassé. Alléchants aussi, l’aspect graphique des sites. La plupart sont conçus de manière très 2.0, avec les meilleures technologies, un design sobre… et professionnel. Suffisamment pour donner l’impression de sérieux. Certains même se gargarisent d’avoir des paiements sécurisés, de donner toutes les garanties de transparence quant aux processus d’enchères ou d’avoir un siègle social en France. Car effectivement, ce sont des points qui suscitent la méfiance.
L’arnaque est quasiment invisible pour l’internaute. Mais avec un peu de jugeotte, elle est perceptible. Sachez déjà que pour avoir le droit de déposer une enchère, il vous faudra payer. Ce coût est exprimé en crédits, qui peuvent être achetés pour un somme modique. En moyenne, chaque enchère vous coûte entre 50 centimes et 2 euros, selon la valeur de l’objet. Certains sites vous offrent de quoi déposer une enchère en guise de cadeau de bienvenue. Après, il faudra passer à la caisse. Le consommateur intelligent qui croyait jusque là à une grande tombola tiquera : il faut donc payer. Chaque enchère est exprimé au centime d’euros près, ce qui donne un nombre extraordinaire de combinaisons possibles. Par exemple, les enchères montant rarement au-dessus de 10 euros, cela fait 1 000 possibilités d’enchères possibles. Soit, si vous faites le calcul, en moyenne 1 000 euros pour l’entrepreneur, voire plus si l’objet est de grande valeur. Ici réside la première arnaque : pour un objet vendu à 3 euros, le site en récupère deux ou trois fois la valeur !
Seconde arnaque : la possibilité de déposer plusieurs offres. C’est comme au Loto Foot : vous pouvez cocher plusieurs possibilités (victoire, nul, défaite), pour un même match. Plus vous cochez de possibilités pour un match, plus vous avez de chances de gagner ; mais plus vous payez aussi… Et c’est la même chose sur ces sites : possibilité est laissée de déposer jusqu’à une petite cinquantaine d’enchères pour un même objet, soit en moyenne 50 euros… Pour des espérences de gain encore très minimes (5%). Obnubilé par l’envie de gagner son iPhone à 3 euros, le gogo de base peut vite saler son ardoise !
Troisième arnaque : la résolution pas toujours très claire des processus d’enchères. Disons-le plus clairement : il y aurait des magouilles dans les secondes précédant la clôture d’un tour d’enchères. Les sites ne sont aucunement contrôlés par un huissier de justice, ce qui impose de s’en remettre à la confiance… de l’entrepreneur ! Plusieurs utilisateurs ont remarqué des mouvements suspects à l’approche de la clôture, voire carrément des enchères uniques devenir obsolètes parce qu’une autre enchère unique supérieure a été déposée ! Certains sites élimineraient donc des enchères uniques trop peu élevées pour leur privilégier d’autres utilisateurs prêts à payer plus cher.
Quatrième arnaque : y a-t-il vraiment des consommateurs heureux ? Comme pour les pilules minceur, les stimulateurs électriques, ou toutes les conneries vendues dans les téléachats, ces sites font en sorte de faire parler des utilisateurs satisfaits, comme gage de sérieux. C’est exactement ce qui fait douter de l’honnêteté du principe. Si ces sites se croient obligés de recourir à la communication par recommandation et bouche-à-oreille, c’est bien parce qu’ils sont incapables de produire un argumentaire de communication par des canaux normaux ! Hormis l’attraction par des prix alléchants, ils n’ont aucun argument pour avancer de la confiance et séduire. Parlons justement de ces fameux utilisateurs satisfaits : sur certains sites, ils se prennent en photo, et la prise de vue laisse parfois douter. On note par exemple des ressemblances extrêmement troublantes quant à la posture que prennent certains utilisateurs, comme si c’était à chaque fois un professionnel qui mettait en scène l’image. Les utilisateurs font souvent des têtes trop prononcées pour être authentiques. Quant aux commentaires… on se demande s’ils ne sont pas parfois rédigés par une seule et même personne !
Cinquième arnaque : un service après-vente défectueux. Une fois gagné, encore faut-il recevoir votre présent. C’est là que les choses se gâtent : de nombreux sites sont basés à l’étranger, où les législations sont plus douces. Un de ces sites a même acquis une boîte postale… en Californie, afin de pouvoir travailler selon sa législation. Ce même site a son service clients basé en Italie. Economie globalisée et cosmopolite ! Les délais de livraison sont très longs, et il arrive que les colis se perdent, ne soient pas livrés aux sociétés qui éditent les sites, ou qu’ils ne soient jamais envoyés.
Sixième arnaque : un vrai professionnalisme ? De nombreux éléments font parfois douter du caractère professionnel de ces sites. La communication y est déplorable : on peut lire sur un forum d’intérêt général le soit-disant « administrateur » d’une de ces sites répondre à des internautes mécontents avec acharnement et avec un ton tout sauf commercial. Le dogme du client qui a toujours raison et du profil bas semble inconnus de certains de ces sites. Passons sur les fautes de langage et d’orthographe, qui accroissent encore les soupçons. On ne peut que se méfier de sites qui n’ont pas de service de communication, surtout sur un secteur aussi borderline que celui-là, où il faut sans cesse déjouer les réticences. Parfois même, les sites proposent de venir échanger leurs expériences sur un forum… qu’ils éditent eux-mêmes ! Comme juge et partie, on ne peut mieux faire !
L’industrie du luxe croit fort au maintien de ses profits en temps de crise. Quand tout va mal, il faut offrir des paillettes, cela marche toujours ! C’est exactement ce qu’ont compris ces sites. Ils fonctionnent sur le paradoxe de l’individu moderne : même fauché, il continuera à consommer du superficiel. Il préfèrera sauter un repas tous les jours pour se payer un écran plasma ou le dernier téléphone à la mode. Alors, tant qu’ils trouveront des cons pour jouer à ces jeux débiles et plus qu’hasardeux, on ne leur tiendra pas grief de plumer ces pauvres gogos !
[Aucun de ces sites n'a été cité ni linké, à dessein. Je refuse de faire de la publicité gratuite pour ces arnaqueurs.]
6 janvier 2009 | Internet |
Ce n’est plus un secret : Frédéric Lefebvre est parmi ceux qu’on entend le plus depuis plusieurs mois. En tant que Porte-parole de l’UMP, la communication, c’est son dada. Mais à trop ouvrir son clapet, on s’expose à raconter de grosses conneries.
Avec Nadine Morano, Frédéric Lefebvre aime bien Internet. Il l’aime tellement qu’il ne le voit que sous deux angles : Internet est soit un outil de propagande merveilleuse pour un gouvernement toujours soucieux d’abreuver les Français sous des messages à la limite de l’honnêteté intellectuelle, soit un repaire de tous les maux de l’apocalypse technologique. Entre le chaos et le sublime, nul espace. Pour Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille, Internet est le nouveau Sodome cybernétique. Dans le magnifique clip de campagne cornaqué par le CSA, Arthur et la petite Anna prennent sacrément cher : entre la bande de néo-nazis venus lui vider la cervelle et la bande de pouffes sur talons venues lui vider la tête aussi, probablement, et le pervers libidineux aux verres à double foyer venu montrer son lapin à l’innocente blondinette, on se dit qu’Internet est un lieu de perdition. Cela ressemble peu ou prou à l’East End dans le Londres victorien : du cosmopolitisme terroriste, des putes, de l’alcool, des Jack l’Éventreur à tous les coins de rue. Tremblez, Français.
Le 15 décembre dernier, tout sûr de sa mission messianique, Frédéric Lefebvre venait apporter la bonne parole à l’hémicycle. Il était grand temps que l’action publique abatte son bras régulateur sur le chaos de la toile. Et puis merde, on va ne pas la lui faire à Fred 2.0, il est tout de même un homme de son temps, ultraconnecté en permanence.
Faudra-t-il attendre qu’il y ait des dégâts irréparables pour que le monde se décide à réguler Internet ? L’absence de régulation financière a provoqué des faillites. L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ?
Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde.
Mais pourquoi tant d’agitation sur Internet ?
Il s’agit sans doute de la théorie des vases communicants. Son alter-vase, André Santini, qui se trouve être par ailleurs son député titulaire, se fait de nouveau chatouiller par la justice, qui le marque à la culotte depuis juin 2006 dans une affaire de prise illégale d’intérêts sur la fondation Hamon. Un ministre qui traîne des casseroles derrières lesquelles court un Procureur, ça fait tâche. Mieux vaut l’éloigner de Matignon, histoire que le bruit des casseroles n’accroche pas la moumoute d’une perche son ou l’objectif d’une caméra. Et quel plus évident placard feutré que de retrouver, en vertu des nouvelles dispositions constitutionnelles, son fauteuil de député ? Exit Fredo, merci Sarko ! Un porte-parole de l’UMP aussi présent et qui n’a aucune légitimité à l’être, ça ferait tâche. Evincé par la porte, Fredo s’apprêterait ainsi à rentrer par la fenêtre, au poste de secrétaire d’État à l’Économie numérique, actuellement détenu par Éric Besson.
Vite, vite, si le portefeuille menace de vous échoir, mieux vaut potasser un peu son dossier. Touchant comme Frédo nous rappelle nos jeunes années étudiantes, celles où l’on se réveillait en catastrophe trois semaines avant les partiels sans rien avoir branlé du semestre et où l’on se mettait à bachoter comme un forcené en espérant que rien n’y paraisse.
Voilà donc que le même jour dans l’hémicycle, Frédo y allait gaillardement :
On va me répondre que je ne comprends rien à Internet, que je dépeins le retour de Big Brother, une atteinte à la liberté, que ma proposition n’est pas applicable, qu’elle pousserait les sites à s’installer à l’étranger, etc. En fait, je connais sans doute plus que d’autres le monde d’Internet pour des tas de raisons.
A coup sûr, la belle façon de se motiver que voilà. Il est prêt, notre Frédo. Il a suivi une préparation intensive de cyberpolitique, de cybercriminalité, d’économie numérique. Il s’est rajeuni. Il s’est fait des bouffes avec Nicolas Princen, est allé suivre des cours avec Mark Zuckerberg, et a fait son pèlerinage dans la Silicon Valley.
Il passait aujourd’hui l’examen blanc de sa licence d’Économie numérique. Pas de bol, il a tiré au sort Jean-Jacques Bourdin comme examinateur, pas le plus complaisant, du genre un peu hyène, qui ne vous rate pas si vous vous plantez. C’eût été Elkabbach, toujours prêt à vous repêcher pour tirer le meilleur de vous-même, l’exam’ se serait déroulé les doigts dans le pif. Mais là, grosses gouttes, caleçon trempé et dents qui claquent. Il tire le sujet : « C’est quoi le web 2.0 ? »
« Putain ! J’avais tout révisé sauf ça ! Meeeeeerde ! »
Eh oui, à trop rouler des épaules, voilà qu’on se fait prendre à revers. Et donc Frédéric Lefebvre d’ânonner avec force hésitation :
« Bah, le web 2.0 c’est tout simplement… »
On commence par faire croire que la réponse est simple, ça laisse un petit espoir d’impressionner le jury.
« Euuuh… l’Internet d’aujourd’hui… c’est-à-dire, euuuh… enfin… ce… ce sur quoi surfent tous les Français, moi comme les autres… »
« C’est à dire ? », réplique un Jean-Jacques Bourdin, pas dupe du jeu de cache-misère auquel se livre le candidat ignorant.
« Putain ! Mais y va m’lâcher, oui, avec ses questions ? »
« Bah, c’est-à-dire, Internet… d’aujourd’hui ! »
« Oui… c’est-à-dire ? »
« Comment vais-je m’en sortir ?… »
« Bah, j’sais pas c’que vous vous voulez m’faire dire en particulier… »
N’en voulant plus jeter, le professeur Bourdin lui donne la bonne réponse. Eh bien alors ? On veut être secrétaire d’État à l’Économie numérique sans connaître Myspace, Facebook, et tous les réseaux sociaux, mon cher Lefebvre ? C’est ça, l’Internet 2.0 ! Malin comme un singe, Frédéric Lefebvre, qui sait qu’il va se prendre un bon gros zéro qui risque de faire mal dans la moyenne, tente de gratter un point avec beaucoup d’audace :
« Bah, Facebook par exemple, vous savez, l’UMP aujourd’hui on est en train de lancer plusieurs grosses opérations sur Facebook. »
Exam’ blanc sacrément raté. Les bases ne sont pas sues. Le candidat tente maladroitement de cacher ses lacunes derrière des lieux communs et quelques talents de liant communicationnel (en langage commun : de la sacrée langue de bois). Pour réussir le concours, il va falloir se mettre à bosser, et sacrément, et arrêter de faire le mariole dans l’hémicycle à feindre de tout savoir. D’ailleurs, Beaumarchais le disait habilement, qui dans le Mariage de Figaro faisait dire à son héros de valet : « Feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce qu’on ignore [...] voilà toute la politique. » (III, 5)
3 janvier 2009 | Internet |
Voilà deux mois que Vendredi est né. Après dix numéros, les premières analyses sur les tirages sont plutôt bons : 10 000 exemplaires vendus en moyenne. Pour un journal qui débute, c’est encore peu en regard du business plan, mais c’est déjà encourageant. Il semble que Vendredi fidélise un lectorat de base qui se constitue sans publicité tapageuse, par le bouche-à-oreille, souvent fournisseur d’une clientèle bien moins volatile qu’avec une publicité mainstream.
La nouvelle année est propice aux innovations, souvent. Pour ce début d’année 2009, Vendredi nous promet quelques améliorations notables. En attendant, fidèle à l’esprit collaboratif, la rédaction réalise une grande enquête d’opinion. Vous qui êtes un lecteur régulier de Vendredi, un contributeur, qui êtes passé un jour devant l’hebdomadaire en le feuilletant et en vous demandant ce qu’était cet ovni médiatique, vous qui êtes aussi perplexe ou insatisfait, participez à cette grande enquête et venez apporter vos idées et contributions !
Et n’oubliez pas : il reste toujours possible de s’abonner. On peut même offrir un abonnement pour les étrennes : 15 numéros pour 15 euros ! On peut aussi s’empresser d’acheter deux ou trois numéros de Vendredi chaque semaine : un pour soi, le reste pour les copains, les collègues.
Le prochain numéro (11) sera en kiosque le 9 janvier. Courez Tentez de vous presser avec précaution pour cause de verglas pour l’acheter !