Le parachutage n’existe pas aux européennes

8 mai 2009 | europe | 3 Réponses

Viennent les élections, et la parade des postes commence. Qui mettre où ? Comment ménager les susceptibilités ? Surtout, quelle place est la meilleure pour chacun ? On remarquera d’ailleurs qu’il est souvent coutume de s’interroger sur la provenance territoriale du candidat : est-il un enfant du pays ? Vient-il là pour nous défendre ou parce que c’est un tremplin aisé vers son ambition (en clair : une circonscription aisément gagnable).

N’a-t-on pas assisté au même cirque ces deux derniers mois ? Souvenez-vous de Vincent Peillon. Vincent Peillon, député européen depuis 2004 et élu dans la circonscription du Nord-Ouest, se dit que depuis la présidentielle et le congrès de Reims, sa pouliche Ségolène Royal a vu sa cote fortement augmentée, et celle de son staff, dont il fait partie, également. N’est-ce pas le moment, se dit-il, de faire un come back sur la scène politique française, et de quitter l’exil bruxellois auquel va être à l’inverse condamnée sa collègue Rachida Dati ? Pour ce faire, il faudrait nécessairement être élu dans la même circonscription, qui est proche de la Somme dont il fut député. Mais voilà : Martine Aubry est première secrétaire, et Martine Aubry contrôle le Nord, et sans doute ne l’entend-elle pas de cette oreille. Pour Vincent Peillon, ce sera le Sud-Est ou rien du tout. Et Vincent Peillon de s’étrangler : quel crève-coeur !

Aujourd’hui, Luc Ferry est en butte au même dilemme : l’UMP veut le parachuter en province. Mais Luc Ferry refuse : pas de parachutage ; c’était l’Île-de-France, ou rien.

Ces postures sont clairement hypocrites. Elles symbolisent surtout le manque de culture européenne des formations politiques françaises. En France, un poste de député européen est un mandat comme un autre, qui doit permettre une attache locale et une exposition médiatique certaine. Comment expliquer la complainte de Vincent Peillon sinon par son désappointement de devoir faire campagne là où il n’a pas pied ? Comment expliquer le refus poli de Luc Ferry de faire de même ?

Il faudra leur dire, un jour, que les circonscriptions européennes sont un découpage factice destiné à faciliter la procédure électorale. Il faudra leur dire que le Parlement européen ne vote pas de mesures s’appliquant à tel département. Il faudra leur dire qu’au Parlement européen, il n’y a que des représentants nationaux.

Peut-être parviendra-t-on à le faire comprendre en réalisant une idée de prime abord saugrenue, mais qui pourrait avoir une grande force symbolique : redessiner l’échiquier des circonscriptions en créant des circonscriptions européennes, transfrontalières, qui pourraient avoir le bénéfice de mieux correspondre à certaines logiques d’aménagement économique. Pourquoi ne pas faire sauter la barrière des Pyrénées et élire, de Bordeaux à Montpellier, de Toulouse à Barcelone, les mêmes députés européens ? Et de Lyon à Milan, de Marseille à Turin, à l’heure où l’on prépare le TGV ? Et de Lille à Rotterdam ? Sans doute que là, parachutés pour partie au-delà du territoire, les candidats au Parlement de Bruxelles auraient moins tendance à penser popote !

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Pour les Européennes, Libé fait confiance aux blogueurs

5 mai 2009 | Internet, europe | 3 Réponses

Je vous fais part du blog ouvert aujourd’hui par la rédaction de libé.fr. Vous m’y retrouverez jusqu’au 7 juin pour chroniquer la campagne européenne en compagnie d’autres glorieux contributeurs : Pierre Catalan, l’excellent Eurojunkie, Eric L’Helgouac’h de touteleurope.fr, Alexandre Delaigue d’Econoclaste, et mes deux camarades Dagrouik et Authueil. Une dream team plutôt de droite, ça change pour une fois !

Retrouvez-nous dès à présent sur ce blog collaboratif qui a pour objectif de chroniquer la campagne européenne selon divers points de vue. Pour ma part, j’essaierai plutôt de parler de la campagne en France. Vous pouvez lire dès à présent mon manifeste : « Nous sommes les baltringues de l’Europe ».

A très bientôt !

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Nous sommes les baltringues de l’Europe

5 mai 2009 | europe | 10 Réponses

Le 7 juin, vingt-sept pays vont élire leurs représentants au Parlement européen et renouveler pour cinq ans le contrat démocratique qui lie les 460 millions d’habitants de l’Union européenne aux 785 représentants actuels de la construction politique la plus innovante du siècle dernier. Certains vont les élire avec enthousiasme, d’autres avec défiance ; certains par suite d’un débat public, d’autre au milieu d’un désert médiatique. Bienvenue en Europe.

Rappelons sommairement que dans le terreau politique de l’Europe des peuples, labouré à force de guerres transversales et ensemencé par la politique des alliances depuis le XVIe siècle, la main française a toujours été prompte à manier le soc ou le sac à semis, jusqu’à faire de Marianne la semeuse au revers de nos francs jadis. L’Europe, même, après les campagnes napoléoniennes, c’est presque la France. Dans l’adolescence du XXe siècle, c’est encore Aristide Briand, l’indétrônable ministre des Affaires Etrangères de la IIIe République, qui est la cheville ouvrière de la diplomatie européenne et des premières ébauches de construction européenne. Faut-il enfin rappeler à quel point le plan Monnet fut géniteur de la première vraie communauté européenne ?

On décrit souvent les constructions institutionnelles avec un vocabulaire anatomique. Qu’il s’agisse de la désormais célèbre « banane bleue » (R. Brunet), du nom de la colonne vertébrale européenne s’étendant de Londres jusqu’à Milan en passant par Bruxelles et Francfort et dessinant une vaste mégalopole, de l’axe Paris-Berlin, centre neuromoteur de l’Union européenne depuis plus de vingt ans, ou encore de Strasbourg, centre névralgique des institutions européennes, la France est partout au cœur de l’Union européenne, et continue à vouloir y jouer un rôle. Elle en est géographiquement, et historiquement l’une des pièces maîtresses de l’ossature européenne, politiquement l’un des centres d’impulsion, démographiquement et économiquement l’un des muscles les plus puissants.

Et pourtant, tout fringants que nous étions, nous sommes devenus, toutes proportions gardées, « l’homme malade de l’Europe » qu’était l’empire ottoman jadis.

Un récent sondage a montré l’étendue du paradoxe : pour la majorité des Français, l’Europe a un fort rôle à jouer dans les défis à venir imposés par la crise économique et financière et par la nécessité de maîtriser notre empreinte écologique ; pourtant, en dépit de ces défis majeurs, peu nombreux sont les Français à signifier leur envie d’aller voter. L’Europe, si près, si loin… En 1979, lors des premières élections européennes, 40% des Français ne s’étaient pas déplacés pour aller voter ; en 2004, ils étaient 57%.

Disons-le tout net : nous sommes les baltringues de l’Europe.

Nous souhaitons plus d’Europe, et nous réussissons le tour de force de faire la fine bouche.

Nous voulons être à la tête de l’Europe, et nous figurons parmi les trois pays à avoir rejeté un traité constitutionnel par voie référendaire, freinant considérablement un processus de construction qui par l’unanimité impose le consensus – avec sa part nécessaire de compromis.

Nos dirigeants veulent faire bouger l’Europe, et ils y envoient les seconds couteaux, les recalés du suffrage universel français, les vieilles gloires de la politique française qui sentent encore la naphtaline, ou les poulains des barons nationaux, quand ils ne choisissent pas purement et simplement de sacrifier aux logiques négociatrices dignes des marchands de tapis les quelques députés européens qui, comme Alain Lamassoure, s’acquittent avec intérêt de leur mandat et sont reconnus par leurs pairs pour leurs offices.

Nous voulons parler de crise, de protection et de développement durable, et nous montons au créneau pour défendre le rosé menacé par la Commission européenne.

Nous demandons beaucoup de choses à l’Europe, en premier lieu de régler de nombreux problèmes. Nous faisons le procès des élites européennes, trop coupées des Français, trop technocrates, trop tout, mais nous refusons de leur apporter notre concours en les élisant et en les légitimant.

En un mot, nous voulons l’Europe, sans y participer. La belle affaire.

Le 7 juin, et pour la première fois, je serai électeur européen, et j’irai voter pour l’Europe. Qu’il s’agisse de voter pour une Europe qui protège ou une Europe volontariste, c’est affaire du choix de chacun ; mais dans les deux cas, ceux qui votent veulent l’Europe, sans se laisser berner par les chimères d’hypothétiques plans B sans lendemain. Aussi appelé-je chacun à voter. Non pas par europhilie, bien au contraire. Mais par chauvinisme : parce que je ne connais aucun Français qui puisse raisonnablement accepter d’être considéré comme un baltringue par toute l’Europe.

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Un coup de maître

17 janvier 2009 | La vie de la cité, europe | Aucune réponse

Dominique Baudis, emblématique maire de Toulouse, conduira la liste UMP aux prochaines européennes. L’UMP vient de réaliser un coup politique.

L’art de la stratégie politique, c’est de savoir humer le sol. Quand on veut imposer des solutions ou des tactiques sans les soumettre à l’expérience du terrain et à ses particularités, c’est la débandade assurée. Il n’y a qu’à se souvenir de Frédéric II de Prusse, tâtant le sol à Rossbach de la pointe de sa canne en 1757, pour se convaincre de l’importance de l’adaptabilité tant en politique que dans l’art des armes.

Dans le grand sud-ouest, la droite est historiquement faible. Depuis les débuts de la République, le grand quart sud-ouest est de gauche. Une gauche très modérée, qui fut d’abord radicale, avant de se convertir progressivement au socialisme à mesure que le parti radical perdait de son influence après 1945. Aujourd’hui, les derniers bastions du Parti radical de gauche sont dans le grand quart sud-ouest : Baylet dans le Tarn, Charasse dans l’Allier. Les quelques ilôts de droite du sud-ouest correspondent aux quelques villes qui sont toujours restées catholiques parmi l’océan protestant du Midi. Toulouse fait partie de ces villes dont les campagnes environnantes n’ont pas la même couleur politique.

La droite du sud-ouest a dû très clairement pâlir son discours pour pouvoir vaincre. A Toulouse comme ailleurs, il n’y a jamais eu de droite pure et dure, et ce n’est pas demain la veille qu’il y aura un sarkozyste patenté au Capitole. La droite du Midi, c’est principalement la droite modérée que représentait bien feue l’UDF. Une droite petite-bourgeoise, notabiliaire, peu encline à faire des vagues, qui convient très bien au tissu bourgeois catholique qui peuple les hôtels particuliers de la Ville Rose.

Sauf que si la droite a su conserver la mairie de Toulouse comme un bastion de droite au milieu d’un océan rose, les municipales ont changé la donne. Déjà aux dernières législatives, et pour la première fois, les huit députés haut-garonnais ont viré socialistes : même dans l’emblématique 1ère circonscription, celle du Capitole, la socialiste Catherine Lemorton (relativement inconnue) a battu Jean-Luc Moudenc, le maire en exercice qui avait réussi le tour de force de faire oublier Philippe Douste-Blazy (et ce n’était pas facile). Et aux municipales, pour la première fois depuis près de 40 ans, la mairie est devenue socialiste. Autant dire que la droite dans le sud-ouest, hormis à Bordeaux et dans le Pays Basque où la présence de Michèle Alliot-Marie dynamise un peu la majorité, c’est le désert complet. Pas de résultats dans les urnes, pas de leader.

L’UMP compte beaucoup sur la nationalisation des scrutins pour tirer les scores à son avantage. Sauf que dans le Sud-Ouest, la nationalisation, on n’aime pas trop ça. Dominique Baudis a toujours mené ses campagnes hors de l’emprise des partis. Jean-Luc Moudenc a adopté la même stratégie pendant son mandat et pour les municipales de mars dernier : refuser Paris, refuser les partis. Ni logo UMP sur les affiches et une carte rendue ; un refus catégorique d’être soutenu par Douste-Blazy, et un soutien officiel de l’UMP peu mis en avant comme poids électoral.

Alors, à la convergence des nécessités, il n’y a que Baudis. Maire sans failles, quasiment sanctifié depuis l’affaire Alègre, encore doté d’un potentiel de notoriété incroyable à tel point que le MoDem a songé à lui pour les municipales de 2008. C’est le profil-type pour faire gagner l’UMP : populaire, et suffisamment éloigné de l’idéologie classique de l’UMP pour ne pas plomber la majorité. Il faudra suivre très attentivement les résultats de la majorité aux prochaines européennes, car il risque d’y avoir un joli coup dans les urnes. Alain Lamassourre, excellent eurodéputé, sans doute le meilleur d’entre tous, peut s’en sentir floué, mais l’UMP a besoin de reprendre pied dans le coin.

Cela pourrait ouvrir une nouvelle stratégie pour l’UMP. On irait ainsi vers un système à l’allemande avec le CDU, parti chrétien-démocrate national, et le CSU, parti chrétien-démocrate bavarois, satellite régional chargé de faire le rabatteur pour le parti national en offrant une étiquette plus soucieuse de l’humeur politique bavaroise. C’est la stratégie qu’a voulu faire l’UMP en 2002 en provoquant une fracture dans l’UDF : cueillir au sein d’une grande fédération des sensibilités plus modérées pour se maintenir dans certains territoires. Mais l’assimilation a ses limites, et le vote-sanction que privilégient souvent les Français conduit généralement à des échecs patents. Un peu comme en football, quand le collectif faiblit, on est obligé de s’en remettre aux talents individuels, et ce sont alors les barons locaux qui réussissent à se maintenir et à éviter à tout l’édifice de s’écrouler.

Pierre Méhaignerie veut importer le modèle allemand en Bretagne. La Bretagne, très sarkophobe, est traditionnellement une terre de centre-droit, MRP, puis UDF. Pour faire basculer l’électorat de centre-droit définitivement dans le camp de l’UMP, il propose de créer une fédération UMP de l’Ouest, faux-nez de la majorité qui offrirait un visage plus accueillant pour l’électorat breton.

Les manœuvres pré-électorales sont toujours fantastiques. C’est là que les psychodrames éclatent, entre les enjeux collectifs, les velléités individuelles, les règlements de comptes et les promotions. Le plus stratège dans cette histoire, c’est Baudis. Celui qui rêve d’une retraite dorée à Bruxelles après avoir pris la présidence de l’Institut du Monde Arabe a tout simplement réussi à imposer ses volontés : il est l’homme de la providence. C’est toujours imparable en politique.

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Nick Carraway

I was still with Jordan Baker. We were sitting at a table with a man of about my age and a rowdy little girl, who gave way upon the slightest provocation to uncontrollable laughter. I was enjoying myself now. I had taken two finger-bowls of champagne, and the scene had changed before my eyes into something significant, elemental, and profound.

At a lull in the entertainment the man looked at me and smiled.

“Your face is familiar,” he said, politely. “Weren’t you in the Third Division during the war?”

“Why, yes. I was in the Ninth Machine-gun Battalion.”

“I was in the Seventh Infantry until June nineteen-eighteen. I knew I’d seen you somewhere before.”

We talked for a moment about some wet, gray little villages in France. Evidently he lived in this vicinity, for he told me that he had just bought a hydroplane, and was going to try it out in the morning.

“Want to go with me, old sport? Just near the shore along the Sound.”

“What time?”

“Any time that suits you best.”

It was on the tip of my tongue to ask his name when Jordan looked around and smiled.

“Having a gay time now?” she inquired.

“Much better.” I turned again to my new acquaintance. “This is an unusual party for me. I haven’t even seen the host. I live over there——” I waved my hand at the invisible hedge in the distance, “and this man Gatsby sent over his chauffeur with an invitation.” For a moment he looked at me as if he failed to understand.

“I’m Gatsby,” he said suddenly.

“What!” I exclaimed. “Oh, I beg your pardon.”

“I thought you knew, old sport. I’m afraid I’m not a very good host.”