Démocratie participative ?

3 décembre 2008 | La vie de la cité | 6 Réponses

Depuis quelques jours, l’équipe de Barack Obama a mis en ligne le site change.gov, vaste structure post-électorale qui permet de maintenir le contact entre le nouveau président et les électeurs. A l’inverse du site elysee.fr, devenu une pâle copie du site de campagne de Nicolas Sarkozy, et dont l’objectif n’est que de promouvoir la communication du président, change.gov détourne l’attention non pas vraiment sur Obama (même si sa binette sera à coup sûr présente), mais sur l’orientation programmatique qu’il a choisi de mettre en avant : le changement.

Avec change.gov, Barack Obama montre tout de suite qu’il va au charbon, qu’on le jugera sur pièces. L’avenir dira en 2012 si effectivement tout a changé.

Un onglet du site change.gov permet à tous les Américains de donner des suggestions à Barack Obama et à ses services : ils peuvent mettre en ligne leur histoire, leurs idées, leurs projets pour l’Amérique. Une sorte de Désirs d’Avenir version service après vente.

Sur ce point, je n’y crois pas du tout. La démocratie participative en temps de pré-campagne ou de campagne, c’est du flan. C’est une posture démago qui ne vise bien souvent qu’à faire fonctionner des batteries de militants et de sympathisants pour pas grand chose. Il suffira juste de grapiller quelques idées ici et là pour donner l’illusion de la trajectoire bottom-up, idées qu’on prendra soin de remanier en disant qu’il faut la passer à la passoire règlementaire et technique, blabla. Mais en période post-électorale, quand le candidat est déjà au pouvoir, à quoi peut bien lui servir la démocratie participative ? A recueillir des flots et des flots de suggestions de comptoir, totalement hors des réalités ? A lire des ribambelles d’histoires larmoyantes qui, pour touchantes qu’elles seront, n’apporteront pas grand chose de nouveau à ce qu’on sait déjà ? A se faire suggérer l’ordre du jour par les Américains ?

L’équipe d’Obama met en place là un monstre de communication qui va employer beaucoup de monde. Même si d’après un récent sondage, la moitié des Américains déclarent des problèmes de compréhension de l’utilisation d’Internet, ça représente quand même un corpus d’internautes énormes, et trier dans les dizaines voire centaines de milliers de messages par jour le bon grain de l’ivraie ne se fera pas à l’artisanale. Beaucoup de personnes employées à une tâche sans vrai débouché. Les notes qui seront transmises seront à peine lues, et serviront à nourrir le broyeur à papier !

La démocratie de tous les instants est une dérive, celle de la défiance des électeurs envers leurs élus. Moins l’on a confiance en ses élus, plus on cherche à les contrôler, en amont (ordre du jour, programmes, etc) et en aval (agrément des actions entreprises, remise en cause d’une légitimité, etc).

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Le faux-nez de la fraude

22 novembre 2008 | La vie de la cité | 2 Réponses

Depuis ce matin, dirigeants socialistes comme militants ergotent sur la régularité du second tour de l’élection pour la désignation du Premier secrétaire du PS. Ségolène Royal se dit prête à user de tous les recours possibles pour se faire rétablir dans ses droits. Flanquée de son avocat-conseil Jean-Pierre Mignard, qui a troussé une déclaration sonnant comme un avertissement comminatoire, celle qui a voulu jouer les militants contre les apparatchiks se heurte maintenant à un mur.

Puisque pas un des deux camps ne veut désarmer, et que chacun, avant de se mettre d’accord pour faire la lumière, veut d’abord être rétabli dans ses droits — joli aplomb —, le Conseil national devra trancher, et l’avantage est maintenant à Martine Aubry lorsqu’on sait à quel point celui-ci est hostile à Ségolène Royal.

La furie socialiste qui tempète depuis ce matin est picrocholine à outrance. Les appels militants au recomptage, à la publication des votes section par section, voire à un nouveau scrutin ont perdu tout sens des réalités.

Si fraude il y a eu, elle n’a d’abord pas porté sur 50 000 bulletins. Les dirigeants du PS savaient que le scrutin serait sous haute tension et ont envoyé une circulaire aux fédérations pour s’assurer de la régularité des votes. Si, en dépit de ces précautions, il y a eu quelques fraudes, cela ne changera pas la face du monde.

Qu’il s’agisse de Ségolène Royal ou de Martine Aubry comme vainqueur officiel et sans fraude, cela ne masquera pas l’essentiel : il y a deux blocs concrets au PS qui, plus que divergents, semblent maintenant ennemis. Assurément, l’inimitié se situe plus au sommet qu’à la base : les militants sont plus préoccupés de la santé du parti que les barons du PS « à la papa »1. Si le vote du 6 novembre avait pu dégager une majorité claire, si le Congrès de Reims ne s’était pas soldé sur un échec cuisant, si les dernières tractations n’avaient pas tourné autour des seules querelles de personnes avec la constitution du front TSS, il n’y aurait pas eu tout ce foin autour de la fraude.

Que Martine Aubry ait gagné par triche avec 42 voix d’avance, ou que Ségolène Royal l’emporte après recomptage par 1 000 voix d’écart, c’est tout comme : le PS est malade de ne pas avoir un leader incontesté à défaut d’être incontestable — ce n’est jamais bon de n’avoir pas de débat dans un parti —, et le PS crèvera de son indiscipline érigée au rang de vertu démocratique.

  1. Duchesse, je vous ai citée. []
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Repenser les fondements de la démocratie ?

2 juillet 2008 | La vie de la cité, Société | 3 Réponses

Sur quoi repose notre régime politique depuis 1789 ? Sur le libre arbitre. Sur la délibération publique des citoyens. Alors, certes, durant tout le XIXe siècle, on a fait fonctionner les turbines pour trancher la question du suffrage1 : fallait-il un suffrage censitaire ou universel masculin ? Suffrage universel masculin ou suffrage universel ? Et quel poids lui accorder ? Les citoyens devaient-ils administrer eux-mêmes le pays par leur suffrage — démocratie directe — ou élire des représentants qui gouverneraient pour eux — démocratie représentative ? Babeuf, Raspail, Gambetta, Blanqui, et tant d’autres, se sont livrés une rude bataille idéologique. Pour le triomphe final de la démocratie représentative et du suffrage universel masculin, dans un premier temps.

Faut-il instruire le procès de ce XIXe siècle ?

La force et la fiabilité des fondements démocratiques du système politique français sont un vieux serpent de mer. A chaque crise, on ne sait que remettre en cause, le principe ou son application, le système ou sa complexion. A mesure que les affaires de corruption s’étalent dans les journaux depuis les années 70, que la communication politique devient une arme électorale offensive, que les médias relaient de plus en plus l’idée d’une manipulaiton des esprits par le contrôle des médias, dénoncent une démagogie galopante de la classe politique, voire, ultime paroxysme, une stratégie de fabrication de l’opinion — storytelling —, on en vient à douter de la force du libre-arbitre.

Vieux débat bourdieuso-sartrien. Choisissons-nous, ou notre environnement socioculturel nous enferme dans des cadres déterministes dont il est difficile de sortir ? Quelle liberté avons-nous ? Il s’agit là d’un strict débat de philosophie politique, voire d’anthropologie. L’homme est-il capable de choisir ce qui est bon pour lui ? Plus cynique : l’homme (politique) est-il capable de produire le bien de l’homme (citoyen) ? L’homme choisit-il ce qui est bon pour l’Homme, ou ce qui est bon pour lui (la théorie de la maximisation des intérêts personnels) ?

C’est dans ce débat que se situe Jon Eslter, professeur au Collège de France. Au sein de sa chaire Rationalité et Sciences sociales, il s’interroge sur le point de savoir si les citoyens choisissent rationnellement (libre-arbitre), ou s’ils se transforment en machines à équations, tournés vers l’intéressement et le soutien à celui des représentants qui satisfera le plus ses intérêts immédiats.

Y a-t-il d’autres modes de désignation des représentants et de gouvernement de la cité ? On rappellera par exemple qu’à Athènes, les bouleutes, globalement assimilables à des sénateurs, sont tirés au sort pour une période donnée. D’abord, sous Solon, au sein des quatre classes censitaires, puis, sous Clisthène, au sein des dix dèmes2.

Qu’en penser ? Le hasard et le roulement assurent une ventilation des gouvernants homogène et quasi sans faille. L’imprévisibilité de l’offre politique tue dans l’œuf toute manœuvre de séduction et de conviction du corps électoral. Cependant, on peut percevoir les limites d’une telle conception. Le tirage au sort transforme l’édilité non en vocation, mais en devoir. Nous avons déjà le devoir de nous constituer en jury d’assises si le tirage au sort nous désigne. Faut-il aller jusqu’à considérer comme un devoir citoyen le siège en assemblée ? Enfin, on remarquera le caractère censitaire et partiel de la démocratie athénienne, dont sont exclus femmes, étrangers, métèques, esclaves.

La Boulê remixée à la sauce moderne pour remplacer le Sénat ? Peut-être une révolution.

  1. A ce sujet, lire l’excellente trilogie de Pierre Rosanvallon : Le Peuple introuvable : Histoire de la représentation démocratique en France, Paris, Gallimard, 1998 ; La Démocratie inachevée. Histoire de la souveraineté du peuple en France, Paris, Gallimard, 2000 ; Le Sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, Paris, Gallimard, 2001 []
  2. On remarquera donc qu’il ne faut pas traduire demos par peuple, le dème clisthétien recouvrant une réalité socioéconomicopolitique bien plus complexe que ce que nous pouvons envisager aujourd’hui []
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Nick Carraway

I was still with Jordan Baker. We were sitting at a table with a man of about my age and a rowdy little girl, who gave way upon the slightest provocation to uncontrollable laughter. I was enjoying myself now. I had taken two finger-bowls of champagne, and the scene had changed before my eyes into something significant, elemental, and profound.

At a lull in the entertainment the man looked at me and smiled.

“Your face is familiar,” he said, politely. “Weren’t you in the Third Division during the war?”

“Why, yes. I was in the Ninth Machine-gun Battalion.”

“I was in the Seventh Infantry until June nineteen-eighteen. I knew I’d seen you somewhere before.”

We talked for a moment about some wet, gray little villages in France. Evidently he lived in this vicinity, for he told me that he had just bought a hydroplane, and was going to try it out in the morning.

“Want to go with me, old sport? Just near the shore along the Sound.”

“What time?”

“Any time that suits you best.”

It was on the tip of my tongue to ask his name when Jordan looked around and smiled.

“Having a gay time now?” she inquired.

“Much better.” I turned again to my new acquaintance. “This is an unusual party for me. I haven’t even seen the host. I live over there——” I waved my hand at the invisible hedge in the distance, “and this man Gatsby sent over his chauffeur with an invitation.” For a moment he looked at me as if he failed to understand.

“I’m Gatsby,” he said suddenly.

“What!” I exclaimed. “Oh, I beg your pardon.”

“I thought you knew, old sport. I’m afraid I’m not a very good host.”