Vente YSL/Bergé : la Chine coule un bronze

26 février 2009 | La vie de la cité | 4 Réponses

Sarkozy s’était à peine réconcilié avec les Chinois en refusant de rencontrer le Dalaï-Lama que tout se durcit autout de la vente aux enchères de deux statuettes chinoises par Pierre Bergé. Les Chinois, qui veulent désormais jouer dans le concert des grandes nations, cherchent à tout prix à effacer toutes les marques historiques de leur ancien statut de puissance dominée. Finalement, ces statuettes, d’une valeur artistique somme toute relative (on est loin du chef-d’œuvre !), ne sont qu’un instrument du nationalisme chinois. D’ailleurs, un Chinois millionnaire a déjà racheté plusieurs têtes d’animaux du palais d’été, dont une à près de 9 millions d’euros, geste qualifié de « patriotique » par les autorités. C’est un peu comme un ancien obèse devenu svelte qui voudrait détruire derrière lui toutes les photos de son ventre énorme, allant jusqu’à cambrioler ses amis pour récupérer les photos !

Cette question est en fait épineuse. Les biens culturels appartiennent-ils nécessairement au pays qui les a produits ? Ces biens ont été pillés, mais dans un contexte particulier, celui de la seconde guerre de l’opium. Cela change tout ! La bienséance diplomatique s’arrête là où commence la guerre : en temps de guerre, on tue, on saccage, on pille ! Je ne vois pas au nom de quoi ces biens appartiendraient, d’après les Chinois, de droit à leur peuple. Les biens culturels ne sont pas régis par une convention internationale, et dans le cas où il le serait, ce serait une grande partie du patrimoine culturel français qui partirait en fumée. Rappelons que sur la place Vendôme, la colonne du même nom a été coulée avec des canons prussiens et autrichiens saisis à Austerlitz !

Les Chinois auraient mieux fait de ne pas saisir la justice française, et de déplacer le curseur sur la diplomatie. Les Chinois ont voulu jouer la carte de la virulence, sans doute excités par Pierre Bergé qui a agité le chiffon rouge en faisant un remake de l’opération « pétrole contre nourriture », et mal leur en a pris. En 2001, les Sud-Africains ont demandé au gouvernement français le droit de pouvoir récupérer la dépouille de Saartjie Baartman, dite la Vénus hottentote, devenue une bête de foire pour les cirques européens en raison de l’exubérance de son fessier, dont le corps a été dépecé pour servir à l’établissement de thèses pseudo-scientifiques établissant des différenciations raciales : jusqu’en 1974, le moulage était exposé au Museum national d’histoire naturelle ! Pour les Sud-Africains, Saartjie Baartman est le symbole de l’humiliation du peuple noir face à la domination occidentale. Et pourtant, ils sont passés par la voie législative et diplomatique, sans aller jusqu’à des menaces !

Toute cette histoire n’est qu’une démonstration de force des Chinois, qui désormais veulent faire les gros yeux sur la scène internationale. Les menaces envers Christie’s sont pitoyables. Après avoir exigé que Sarkozy ne reçoive pas le Dalaï-Lama, voilà qu’ils exigent que ces statuettes soient rendues. Même Raffarin, devenu subitement sinophile, s’y met ! Prochaine étape : Lakshmi Mittal qui prend une pince-monseigneur pour désenchasser le Koh-i-Nor du sceptre de la monarchie britannique ?

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Les ravages de l’occidentalisme

1 mai 2008 | Société | 7 Réponses

J’en avais parlé dans ce billet, et notamment dans ce passage :

La raison principale ? Les droits de l’Homme ne sont pas universels, ni logiques, ni évidents, ni quoi que ce soit. Il y autant d’arguments valables à prôner la liberté d’expression qu’à la réduire par la coercition. Autant de raisons pour accepter la pluralité des idées qu’à vouloir un monisme idéologique. Autant de raisons à accepter la diversité dans ses diverses manifestations qu’à vouloir un peuple et une Nation unis et identiques en tous points. Les droits de l’Homme ne sont pas un donné, mais un construit. Une idée, une ambition, un paradigme politiques. Et comme tout paradigme, il n’est circonscrit qu’à ceux qui y adhèrent. On peut jeter l’opprobre sur la Chine, mais alors il faut reconnaître son occidocentrisme.

En lisant une tribune de la philosophe Chantal Delsol, je me félicite de lire une analyse similaire à la mienne. A savoir : l’Occident est trop centré sur lui-même.

C’est un reproche vieux comme Hérode. L’Occident, berceau de la civilisation mondiale, a toujours considéré le monde avec ses yeux. L’Autre est étranger aux yeux de l’Occident sans que l’Occident estime être étranger aux yeux de l’Autre. Cette structure mentale de l’altérité conditionne encore aujourd’hui la plupart des réactions politiques et des dogmes établis.

L’Occident commet en effet de graves erreurs sur la Chine et sur la structure anthropologique de son système politique. Celui-ci est en effet équivalent à deux aires, l’une géographique, l’autre historique. La Chine considère l’humain comme un être perpétuellement immature qu’il faut élever sur l’autel de la Rationalité et de la Civilisation. On reconnaît par là le discours que portait Jules Ferry à propos de l’aventure coloniale ( »Si nous avons le droit d’aller chez ces barbares, c’est parce que nous avons le devoir de les civiliser. (…) Il faut non pas les traiter en égaux, mais se placer au point de vue d’une race supérieure qui conquiert.« ). Mais c’est également le modèle qui s’est développé dans toute l’Amérique Latine. Le foco, foyer insurrectionnel commun à la grande majorité des guerrillas latino-américaines, impose une conscience du dehors. Le chef de la guerilla est un père dont l’objectif est de porter à maturation ses guerilleros.

Les contempteurs de ce modèle anthropologique du social diront que c’est là la porte ouverte au totalitarisme. Il y a en effet dans ce projet d’éducation des masses une composante commune au léninisme, notamment. A la seule différence, fondamentale, près : les moyens de parvenir à cette structure anthropologique. Chantal Delsol, en bonne disciple d’Hannah Arendt, revient sur la distinction aujourd’hui presque oubliée entre totalitarisme et autocratie :

Le communisme (comme le nazisme, d’une autre manière) répondait à une volonté utopique de refaçonner autrement le monde humain. De refaire l’homme, ou, comme aurait dit Rousseau, de le «renaturer ». Il y avait là une idée profondément terroriste, parce que destructrice de réalité. [...] Il n’en va pas de même pour une autocratie, ce qu’est la Chine. Il s’agit là d’un régime politique historiquement bien connu. Il ne se fonde pas sur la volonté de nier l’humain réel et de le transformer en quelque ange improbable. Il s’enracine seulement dans une vision de l’homme qui n’est pas la nôtre. Il considère le gouvernant comme un père, les gouvernés comme des gens immatures qu’il faut mener à la vertu préalablement définie, avec bonté et fermeté.

On a oublié ce qu’était un totalitarisme. L’épisode de la Shoah a tellement commotionné la société occidentale qu’elle lui en a fait perdre tous ses repères. Le totalitarisme est devenu le spectre du mal ; et comme tout spectre, il a des contours flous et angoissés, ce que montrent parfaitement l’apparition des Reductio ad Hitlerum ou autres Points Godwin, ou l’empressement affolé de certains, particuliers ou organisations mondiales, à vouloir trop sommairement qualifier des hécatombes liées à des agissements humains comme génocides, en ne prenant que l’argument du nombre sans celui de la conception philosophique même du génocide. Et c’est précisément parce que la notion de totalitarisme s’est perdue dans les hauteurs de l’angoisse et dans l’infini du passé révolu que les approximations et anachronismes reparaissent de manière flagrante.

Deux structures anthropologiques du modèle social s’opposent. D’un côté, la structure chinoise, paternaliste et autoritaire, pour qui l’autorité politique est la garante d’un modèle nomographique de valeurs et d’attitudes qu’il faut diffuser aux masses pour les rendre civilisées. De l’autre, la structure occidentale, libérale et hédoniste, pour qui l’homme ne doit pas vivre contraint mais trouver lui-même les voies nécessaires à son épanouissement. On pourrait presque parler de modèle idiographique. Deux structures didactiques entrent alors en conflit : la structure nomographique, qui définit des normes anthropologiques, un modèle auquel se conformer, et une structure idiographique, qui a la particularité de définir l’indéfinissable, en fait une multiplication à l’infini de modèles anthropologiques, celui de l’épanouissement personnel.

Rien d’insurmontable dans ce choc de paradigmes anthropologiques s’il n’y avait pas une lutte de préemption de l’un sur l’autre. Mais l’Occident a ceci de particulier qu’il rejette au final une certaine forme de relativisme culturel, de considérer avec Savinien Cyrano de Bergerac, Voltaire, ou Montesquieu, qu’il puisse y avoir d’autres mondes ou d’autres sociétés fondées sur d’autres valeurs et d’autres conceptions, et qu’il n’y a pas de supériorité déclarée des unes sur les autres.

Chantal Delsol avance d’ailleurs un argument bougrement intéressant :

En mettant l’accent sur les valeurs asiatiques, la déclaration de Bangkok de 1993 confirme sa conviction de l’universalité des droits de l’homme, mais insiste pour affirmer la diversité de son interprétation, dans des contextes culturels et historiques différents. Certains pays asiatiques, comme Singapour, ont mis en valeur une incompatibilité entre la démocratie libérale et les valeurs asiatiques. Au fond, la spécificité de l’Occident, ce n’est pas la défense des droits de l’homme, mais la défense des droits de l’homme comme individu. Et les convictions anthropologiques chinoises, et aussi musulmanes d’une autre manière, sont enracinées dans le holisme, ou vision de la société comme communauté : l’individu n’y existe vraiment comme valeur que dans son groupe, sans lequel il perd sa signification.

J’avais donc tort de penser que les droits de l’Homme n’étaient pas universels. Ils le sont, mais leur interprétation ne l’est pas. Ce qui tend au final à démontrer que le spectre du totalitarisme est très globalement dissipé à l’heure actuelle, car les grandes aires culturelles ont une pensée philosophique et anthropologique centrée sur l’homme. Qu’on propulse l’homme vers la sanctuarisation de son être même comme c’est le cas en Occident ou qu’on considère qu’on peut le tuer de manière légitime et légale, c’est une même chose. L’homme n’est pas nié en tant qu’individu.

J’ai souvent eu l’occasion de constater les obstacles de tels paradigmes dans des conversations ou des cours. J’avais l’année dernière un enseignement sur la littérature précoranique, et je me suis rendu compte, avec tristesse, que beaucoup d’islamologues français butaient contre cet horizon indépassable de l’Altérité. Des amis aussi, incapables de penser la question du voile (pas du voile à l’école, du voile) ou des rapports hommes/femmes dans l’aire islamo-musulmane autrement qu’avec les conceptions occidentalistes de la liberté. Ce qui m’inspire le plus de souci n’est pas que d’autres visions ne trouvent pas grâce à leurs yeux, mais qu’elles vont jusqu’à être inconcevables. On n’arrive pas à se représenter que d’autres modèles anthropologiques puissent exister, que le discrédit du sexe ou du corps féminin montré puisse être autre chose qu’un retard civilisationnel, ou que le monisme idéologique chinois puisse procéder d’une conception particulière de la pensée politique. Deux mondes qui se comprennent mais se dénigrent, je ne sais pas où cela peut mener. Mais deux mondes qui ne se comprennent pas ?

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L’anneau rose

7 avril 2008 | La vie de la cité | 3 Réponses

« Les droits de l’homme ne sont pas une politique » affirmait dans les années 80 Marcel Gauchet dans un article paru dans la revue Le Débat, avant d’opérer un aggiornamento en sens inverse en 2002 dans « Les droits de l’homme sont une politique ». Et maintenant, on tranche de quel côté ?

Si j’avais à écrire un article à ce sujet, je l’intitulerais « Liquider 1789″. Et j’y mettrais du mauvais esprit. Esprit cynique, ironie, rire sardonique, en bref l’arsenal qui préserve du dépit.

Qui eût cru que les maximes pragmatiques d’Henri IV seraient dépoussiérées jusqu’à permettre une compilation ? Après « Paris vaut bien une messe », on avait eu le désagrément de connaître « Un Rafale vaut bien une dénégation« , rapport à la visite de Khadafi à l’automne. Et là, on se prend au jeu : « Un réacteur nucléaire Areva vaut bien un étouffement des droits de l’Homme« . Notez qu’au fil des siècles, la métonymie, qui donne toute sa saveur littéraire et lapidaire aux formules pragmatiques, perd en précision.

Les droits de l’Homme sont un morceau de notre histoire particulièrement complexe. Reconnaissons-lui un avantage et un inconvénient, tous deux ataviques. Si vous êtes un wanna-be du pouvoir, gloser à leur sujet vous sert. Le sujet est consensuel, et qui voudrait les remettre en cause ? Une fois votre bataille électorale gagnée, vous quittez la sphère de « je veux » pour celle du « je fais ». Et là ? Bam. Vous vous prenez les pieds dans le tapis des droits de l’Homme.

Les droits de l’Homme deviennent les droits de l’homme d’affaires. Parce que, comme le disait le Généralissime, « il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités« . Et l’on se rend compte là que les droits de l’Homme sont une donnée complexe, diplomatiquement complexe.

La raison principale ? Les droits de l’Homme ne sont pas universels, ni logiques, ni évidents, ni quoi que ce soit. Il y autant d’arguments valables à prôner la liberté d’expression qu’à la réduire par la coercition. Autant de raisons pour accepter la pluralité des idées qu’à vouloir un monisme idéologique. Autant de raisons à accepter la diversité dans ses diverses manifestations qu’à vouloir un peuple et une Nation unis et identiques en tous points. Les droits de l’Homme ne sont pas un donné, mais un construit. Une idée, une ambition, un paradigme politiques. Et comme tout paradigme, il n’est circonscrit qu’à ceux qui y adhèrent. On peut jeter l’opprobre sur la Chine, mais alors il faut reconnaître son occidocentrisme. Un jour peut-être, le paradigme sera total (plus d’holocauste sur l’autel de la Realpolitik) et universel (plus de pays réfractaire).

Et donc, butant contre cet horizon indépassable, vous vous rendez compte qu’on ne gouverne pas avec des idées, surtout quand votre interlocuteur ne les partage pas. Car, en bon intelligent que vous êtes, vous savez que seules les idées opposent les hommes, et que tout le reste, globalement, les fait converger. Cela tombe bien, vous ne souhaitez pas alimenter des relations diplomatiques pour leur vendre les droits de l’Homme, mais des Falcon, des Rafale, des réacteurs EPR deuxième génération, des TGV, des Airbus, etc. Ajoutez à cela qu’il y a une grande impudence à venir faire la morale aux dirigeants d’un pays dans lequel vous vous rendez. Faire de la politique ne vous exonère pas de respecter les règles les plus élémentaires de la civilité, celles que, normalement, on vous a appris à l’école et dans la famille. Tels sont les ressorts de la Realpolitik.

Quel problème alors dès lors qu’on retourne aux premiers amours de Marcel Gauchet ? L’utilisation abusive des droits de l’Homme.

Janus s’invite à la table. La Realpolitik ne peut pas être une solution de rechange, une pierre d’achoppement sur votre parcours. Car tout le monde sait qu’elle est un obstacle aux discours humanistes. Soit vous vous en réclamez, affichez au grand jour votre foi dans la mise en sourdine des grands principes éthico-politiques au nom du compromis, soit vous jouez la carte du radicalisme, en refusant toute relation diplomatique avec qui ne se sera pas converti à votre paradigme. Mais les droits de l’homme ne peuvent pas être tantôt un grelot pour gogos, tantôt une épine dans le pied.

Derniers exemple en date ? Après la fameuse demande de « retenue » à la Chine, l’affaire du badge. Jules l’a évoqué. Ce badge, une escroquerie. De la conviction molle. De la demi-action. Un slogan tout droit sorti du pays de Candy ou de Casimir. Cela ne mange pas de pain : on n’attaque personne, et on a la satisfaction d’avoir « porté la voix. » Ou, comme faisait dire Nicolas Canteloup à Bernard Kouchner il y a quelques jours, « tapé du doigt sur la table« .

Sur le fronton de la mairie de Paris, une banderole a été déployée, mais difficilement, et vu le message (Paris défend les droits de l’homme partout dans le monde), on peut difficilement dire que la mairie de Paris a mis les pieds dans le plat.

Plus bel exemple cependant : la passe d’armes entre Rama Yade et Kouchner. Samedi, Yade accorde un entretien dans lequel elle pose trois conditions pour que le président se rende à la cérémonie d’ouverture des JO. Spectre d’un éventuel boycott politique qui porte une signification importante. Elle n’en est pas à son premier coup d’essai. Déjà en novembre, elle a judicieusement refusé que la France soit assimilée à un paillasson. Comme en novembre, rétropédalage : elle affirme aujourd’hui que Le Monde a mal retranscrit ses propos et qu’elle n’a jamais parlé de « conditions« . Rétro-rétropédalage de Kouchner qui court-circuite la déclaration de Rama Yade : oui, elle a retiré ses mots.

Dans ce salmigondis de prêchi-prêcha du bout des lèvres, on ne s’y retrouve plus. Un pas en avant, deux pas en arrière ; deux pas en avant, un pas en arrière… En tout cas, puisque le mot d’ordre est de contenter l’opinion sans mécontenter les Chinois, je propose que le CNOSF, solennellement, décide de remplacer l’anneau bleu, symbole de l’Europe, par un anneau rose, particulièrement en phase avec le mouvement.

Ou au moins d’arrêter l’hypocrisie. Soyons franc.

[EDIT : Dernier mot laissé à Telos.]

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Nick Carraway

I was still with Jordan Baker. We were sitting at a table with a man of about my age and a rowdy little girl, who gave way upon the slightest provocation to uncontrollable laughter. I was enjoying myself now. I had taken two finger-bowls of champagne, and the scene had changed before my eyes into something significant, elemental, and profound.

At a lull in the entertainment the man looked at me and smiled.

“Your face is familiar,” he said, politely. “Weren’t you in the Third Division during the war?”

“Why, yes. I was in the Ninth Machine-gun Battalion.”

“I was in the Seventh Infantry until June nineteen-eighteen. I knew I’d seen you somewhere before.”

We talked for a moment about some wet, gray little villages in France. Evidently he lived in this vicinity, for he told me that he had just bought a hydroplane, and was going to try it out in the morning.

“Want to go with me, old sport? Just near the shore along the Sound.”

“What time?”

“Any time that suits you best.”

It was on the tip of my tongue to ask his name when Jordan looked around and smiled.

“Having a gay time now?” she inquired.

“Much better.” I turned again to my new acquaintance. “This is an unusual party for me. I haven’t even seen the host. I live over there——” I waved my hand at the invisible hedge in the distance, “and this man Gatsby sent over his chauffeur with an invitation.” For a moment he looked at me as if he failed to understand.

“I’m Gatsby,” he said suddenly.

“What!” I exclaimed. “Oh, I beg your pardon.”

“I thought you knew, old sport. I’m afraid I’m not a very good host.”