Jurisprudence prélégislative ?

25 février 2009 | Internet, La vie de la cité | 2 Réponses

Dans l’affaire qui l’oppose au groupe de rock américain MGMT, l’UMP propose de dédommager le groupe, dont ils avaient utilisé une des chansons lors du congrès de la Mutualité du 24 janvier et dans plusieurs vidéos publicitaires, à hauteur d’1 euro. L’offre a été refusée, et l’affaire n’est pas anodine, car la stratégie est dangereuse.

Ce qui est clair, c’est que l’UMP a proposé au groupe une conciliation en amont du jugement, de manière à retirer l’illégalité de l’acte. Ils reconnaissent avoir fait une bourde, mais ils essaient de s’arranger entre eux pour que MGMT retire sa plainte. Or, cette stratégie de dépénalisation est totalement incohérente en regard des cris d’orfraie qui sont poussés par les quelques roquets de la majorité et les majors de l’industrie du film ou du disque. Comment peut-on rendre illicite le téléchargement ou le streaming alors que la majorité qui veut faire passer la loi s’arrange pour ne pas être condamnée ? Cela voudra donc dire qu’au moment de chaque procès, chaque particulier qui se fera pincer pourra contourner la loi en proposant un dédommagement. Imaginez que vous vous faites piquer dans un magasin avec un vêtement sous votre pull et que vous vous proposez gentiment comme compensation de le payer. C’est incohérent !

Mieux encore : l’UMP estime le coût de l’infraction à 1 euro. Et pire encore : le montant du dédommagement n’est pas une estimation du manque à gagner pour le groupe, c’est symbolique. En gros on ne veut pas chiffrer le montant, et on se contente d’un petit geste histoire de dire qu’on a remboursé ! A moins que l’UMP considère qu’elle aurait pu se procurer le titre sur iTunes pour 0,99€, qui lui en donnait la pleine propriété… mais c’est oublier que c’est la propriété à l’usage privé ! Et cela, je doute que ça coûte les 0,01 euros restants ! Si l’on estime la diffusion (voire la possession, on ne sait pas si le titre a été téléchargé illégalement ou non) sans l’accord de l’auteur à 1 euro, voilà une jolie brèche dans laquelle pourront s’engouffrer tous les particuliers. A 1 euro la fraude, on peut être sûr d’une chose : non seulement ça n’endiguera pas le phénomène, mais en plus cela va coûter un max de blé à la justice pour déboucher sur des arrangements d’officine !

Cette histoire est assez révélatrice de l’état d’esprit qui entoure ce projet de loi. Quand le gouvernement réfléchit global, il s’alarme, car il voit que le montant du manque à gagner est astronomique (et encore) ; quand il se fait prendre la main dans le sac, il se dit que ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan et que ce n’est pas dramatique. Alors qu’il n’est pas du tout prouvé que l’on peut mettre bout à bout les actes individuels pour calculer le manque à gagner de l’industrie du disque et du cinéma, qui n’est pas forcément grevée par le téléchargement !

A moins que tout ceci soit un exemple du dicton : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais. »

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Les pratiques de sociabilité des blogueurs

25 février 2009 | Pratiques de sociabilité des blogueurs | 1 Réponse

Je me suis souvent retrouvé face à une interrogation majeure quand je voulais linker un blogueur : comment dois-je l’appeler ? Par son nom de blogueur ? Par un terme symbolisant un lien d’attachement : confrère, compère, camarade, ami ? En fait, mon interrogation en appelait à d’autres, connexes : dans ce monde virtuel où cependant les liens hypertextes et les commentaires tissent des communautés, que ces communautés virtuelles peuvent être à l’origine de liens réels (professionnels, amicaux, ou autres), mon hésitation quant à l’appellation adéquate d’un blogueur revenait à m’interroger sur la proximité du lien qui m’attachait à lui.

Le web social a éclaté les murs qui cloisonnaient Internet en une multiplicité d’individus isolés, en leur permettant de se lier les uns aux autres. Ces réseaux sociaux, qui reproduisent sur le web des réseaux sociaux déjà existants dans la vraie vie (syndicats, confrérie, amicale, etc), permettent au blogueur de se sociabiliser, de s’ouvrir aux autres, de rejoindre des réseaux, mais également d’alimenter son appartenance aux réseaux dont il fait partie.

Derrière tout cela, je me demande de quelle manière nous tendons, nous blogueurs, à nous constituer en groupe social. Ne produisons-nous pas des marques distinctives de notre statut de blogueur ? N’établissons-nous pas des normes ? Nous organisons-nous en communauté (qui implique une frontière nette entre l’in-group et l’out-group, entre qui est blogueur et qui ne l’est pas) ou en société ? Dans le cas des blogs politiques, n’y a-t-il pas des marques par lesquelles nous nous forgeons une véritable conscience de blogueur (notamment vis-à-vis de notre regard sur les médias) ?

Je m’interroge également sur la frontière entre virtuel et réel. Nombreuses sont les rencontres entre blogueurs dans la vraie vie. Nous rencontrons-nous en tant que blogueurs ou en tant qu’individus ? Cette interrogation me semble assez fondamentale, car elle résoud la question de savoir si blogueur est une activité circonscrite au monde d’Internet, ou si Internet n’est que l’outil grâce auquel notre statut (ou conscience) s’exprime. De la même manière qu’un journaliste n’est pas journaliste uniquement lorsqu’il est devant sa machine à écrire/ordinateur, ou qu’un peintre n’est pas peintre uniquement lorsqu’il peint sur sa toile, nous adoptons peut-être le blog comme un mode de vie avec lequel nous nous sociabilisons différemment ou avec lequel nous repensons nos modes de sociabilité et notre perception de notre environnement.

Je ne sais pas où toutes ces réflexions me mèneront. Elles seront à coup sûr l’objet de plusieurs billets, sans prétendre à la somme érudite. Naturellement, puisque c’est notre de fonctionnement, les contributions extérieures sont les bienvenues à cette entreprise de colloque digital ! Qu’en pensez-vous ?

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L’armée mexicaine du PS

25 février 2009 | La vie de la cité | 4 Réponses

Après s’être déchirés à Reims, il semblerait que les socialistes veuillent enterrer la hache de guerre et mettre un terme à la Guerre des Deux-Roses. Du moins c’est ce qu’il apparaît de la réintégration des royalistes dans la direction du PS. Car dans la réalité, il en est autrement : la douzaine de secrétaires nationaux royalistes qui ont rejoint la direction sont tous des seconds couteaux ! Rebsamen, Bianco, Valls et Peillon, pour le moment, ceinture ! Cela prouve que la réconciliation est encore loin d’être acquise.

Quant au nombre des secrétaires généraux, c’est une vraie armée mexicaine : le record d’Hollande après le congrès du Mans a été battu ! Pourtant, Martine Aubry avait promis une direction resserrée pour organiser un shadow cabinet efficace. Mais comme d’habitude, les alliances, les ralliements, s’achètent à coup de places. C’est comme la vénalité des offices sous l’Ancien Régime, sauf que l’argent est remplacé par la promesse de se tenir tranquille et de ne pas faire chier. Même logique au gouvernement : quinze ministres, avec parité, pour la vitrine, et derrière, une ribambelle de secrétaires d’État pour caser les petits copains !

Le problème du leadership du PS vient de là en particulier : comme dans les armées révolutionnaires latines, comme dans la nomenklatura stalinienne, on crée des postes pour récompenser un homme et non pas pour répondre à une situation. Le gouvernement peut le faire lui, car il n’a rien à prouver, il n’est pas dans l’opposition. Mais pour le PS, avancer avec autant de monde, c’est l’assurance de n’arriver à rien du tout !

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Chirac n’est pas mort

23 février 2009 | La vie de la cité | 1 Réponse

Au soir du 6 mai 2007, tout le monde se disait : « Formidable, on a enterré Chirac comme on a enterré De Gaulle ; une page se tourne. » Eh bien pas du tout.

Chaque jour apporte son lot de raisons de croire que le virage idéologique de la droite est fragile. Ça a commencé avec l’amendement Mariani sur les tests ADN : tous effrayés, mais tous dociles, le petit doigt sur la couture du pantalon. Sauf François Goulard, qui n’a plus rien à perdre : il avait déjà soutenu Bayrou à la présidentielle et tient bien son fief à tel point qu’il pourrait ne plus être investi qu’il gagnerait quand même. Il y a eu aussi la fronde parlementaire, qui s’accroit de jour en jour : concédons-le, il s’agit ici moins d’une fracture idéologique que d’une réaction corporatiste des députés qui en ont marre de se faire tondre la laine sur le dos. Et puis en ce moment, il y a l’OTAN, qui fait racler des gorges, surtout celle d’Alain Juppé. L’atlantisme total, c’est guère un thème de la droite chiraquienne ça, qui préférait le soutien en dessous de table et l’indépendance à la tribune.

Les nouveaux convertis donnent le change pourtant : Besson et Hortefeux jouent les hardcore gamers, plus royalistes que le tsar, Rachida a bien compris le bling-bling style de la présidence Sarkozy, Darcos a bien récité la leçon du gouvernement-qui-tiendra-ses-réformes-jusqu’au-bout-malgré-la-pression-de-la-rue. Franchise, persévérance et paillettes, ce sont les trois pieds du tabouret sarkozyste. Et de concert, tous les ministres ont entonné la cantate : « Nous sommes des réformistes actifs. » ; charpente du sarkozysme : tout réformer tous azimuths. Ah pour sûr, un sarkozyste n’est pas un roi fainéant, lui ; et pourtant on en a connu !

Malgré ça, Chirac n’est pas mort. Une poignée de vieux de la vieille tentent apparemment d’activer les réseaux pour une candidature improbable. Les fidèles restent toujours fidèles, et fomentent une conjuration de Catilina pour 2012. Le peuple le prend de nouveau en sympathie, qui en a assez de la dynamique vanité du pouvoir en place. Le cadavre bouge encore, même s’il ne cherche pas à faire de l’ombre à qui est plus petit que lui.

Mais voilà : Sarko se chiraquise. La réforme du lycée est à moitié enterrée : Richard Descoings est chargé de tenter la voie de la consultation nationale, sortira ce qu’il en sortira. Pécresse pédale dans la semoule avec les chercheurs, et doit reculer pour mieux sauter. Les promesses non tenues commencent à s’accumuler. La promesse du président du pouvoir d’achat ressemble curieusement à celle de la fracture sociale : un concept de campagne efficace et mobilisateur, mais qui ne débouche sur rien. Des engagements tonitruants comme à Gandrange, avant de baisser la queue quelques temps après. Et que dire des sondages de popularité, voilà qu’ils dévissent ! Comme Chirac, Sarko est désormais contraint de devoir gouverner avec une opinion réfractaire et dubitative.

Et que croyez-vous qu’il arrivera en 2012 ? Sarko se représentera, avec la méthode Chirac : celui d’avant c’était pas moi, on va changer de politique. En politique comme ailleurs, c’est dans les vieux pots (fainéants) qu’on fait les meilleures confitures.

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Un voyage inutile

23 février 2009 | La vie de la cité | Aucune réponse

Ségolène Royal se fait vertement tancer sous le soleil des Antilles. Alors que ce week-end, au Salon de l’Agriculture, on craignait que le Président succombât de nouveau à l’appel de la poésie popu, c’est de Pointe-à-Pitre qu’est venu l’hivernal « Casse-toi ! ». Le MEDEF guadeloupéen a donc gentiment invité Ségolène Royal à « se casser » de la Guadeloupe.

To fly or not to fly, that was the question. Entre les allers-retours éclairs d’Yves Jégo, le déplacement tardif de Besancenot, le suspense si factice de la non-venue du Président, le clivage tranchant entre la mobilité métropolitaine de Sarkozy et sa paralysie ultramarine, il n’a jamais été autant question de voyager que durant ces derniers jours. Oui, mais voyager pour quoi ? C’est précisément la question que ne s’est pas posée Ségolène Royal. Et c’est précisément ce pour quoi elle se fait gicler.

Ségolène Royal veut jouer le jeu du off-parti depuis le congrès de Reims. Sa défaite ne lui a pas servi de leçon. Puisqu’on lui a volé sa victoire et qu’elle est victime d’une purge dans la nomenklatura socialiste, elle a décidé d’exister à côté du parti, mais en même temps dedans, vous comprenez bien, c’est chaud quand même de tenter un baroud solitaire. En gros, Ségolène se place comme opposante au sein de l’opposition. Géniale subdivision. Sauf que, aujourd’hui, Ségolène Royal n’est plus que présidente de région. Sa candidature à l’élection présidentielle de 2007 et ses velléités pour 2012 ne sont pas de nature à lui conférer une légitimité d’aucune sorte en France et au PS. Besancenot s’est déplacé là-bas en tant qu’envoyé du NPA ; Jégo en tant que Secrétaire d’Etat ; les socialistes n’ont pas voulu y aller, chargeant les députés ultramarins dont Victorin Lurel et Taubira de jouer les canonniers de l’opposition pendant qu’ils concentrent le tir sur les mécontentements sociaux métropolitains afin de faire péter la baraque sarkozyste.

Eh voilà ce qui arrive quand on s’imagine encore jouer les premiers rôles en France : on se fait rétamer. Elie Domota rencontre Ségolène Royal, mais refuse de s’afficher avec elle. Victorin Lurel et des maires guadeloupéens ont tiqué quand ils ont appris qu’elle débarquait. Martine Aubry la lâche en rase campagne en refusant qu’elle joue le rôle de représentante du parti. Alors au nom de quoi vient-elle ?

Le pire dans tout cela, c’est que ça ne sert pas la cause des Guadeloupéens. Quand un mouvement social est récupéré par des luttes politiques, on est sûr d’une chose : le mal ne se résorbera pas.

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Statistiques au Vatican

21 février 2009 | La vie de la cité | 2 Réponses

Une étude récemment publiée par l’Osservatore Romano, quotidien de l’État pontifical, prête à sourire. Deux théologies se sont appuyés sur un dépouillement statistique de données collectées dans le confessionnal pour dresser une cartographie sexuée des manières de pécher. Oui, vous avez bien entendu : des curés italiens ont soigneusement collecté les confessions de dizaines de milliers de fidèles pour dresser des listes statistiques. Pour le secret du confessionnal, on repassera !

Quels enseignements les théologiens-sondeurs en ont-ils tirés ? Des truismes. Je cite :

« L’homme est en fait plus enclin à avoir des aventures (escapades) et à pécher par la bouche (gorge) (les vices qui distinguent l’homme moderne sont, dans l’ordre, la luxure, la gourmandise et la paresse), tandis que la femme qui ne suit pas la doctrine chrétienne pèche par orgueil, envie, et colère. »

Après ça, on dira que les catégorisations des comportements masculins et féminins sont artificielles. Les chiffres parlent, là, et le secret du confessionnal confère à l’étude une grande authenticité, puisqu’a été évité le syndrome de la transformation sondagière !

Un tableau qui n’est pas sans rappeler celui, admirable, peint par Musset dans On ne badine pas avec l’amour (II, 5) :

« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées [...] »

Quel dommage que Robert Thomas soit mort : après Mon curé chez les nudistes et Mon curé chez les Thaïlandaises, la série des Mon curé aurait pu s’allonger avec Mon curé chez IPSOS !

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Taubira souffle sur les braises

20 février 2009 | Histoire, La vie de la cité | 4 Réponses

Alors que le conflit en Guadeloupe s’enlise, certains n’hésitent pas à politiser le conflit. On attendrait des élus du peuple qu’ils sachent prendre la mesure de la gravité des événements pour amorcer une sortie de crise convenable. Mais voilà, sur les 10 députés des Antilles, il n’y a que deux députés UMP. Certains n’hésitent pas alors à surajouter à la crise sociale qui commence à se radicaliser des comportements proprement politicards pour dessouder la majorité.

Taubira souffle sur les braises. Elle réclame, tenez-vous bien, la « fin de l’apartheid social ». Allons bon, voilà une belle connerie ! L’esclavage n’a donc jamais été aboli en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe. Les Noirs antillais se font toujours fouetter. Les bus, les parcs, les écoles, ne sont pas mixtes. Les unions interraciales sont prohibées. Les descentes de Blancs dans les quartiers noirs sont légion, avec au passage des massacres gratuits et alétoires, des incendies, des desctructions de commerce, etc. On échappe aux lois de Nürenberg, mais c’est pas loin !

Le comportement de Taubira est typique du militantisme pavlovien. On a une grille de lecture, on n’en sort pas, quitte à se survictimiser. Rappelons que l’on doit à Christiane Taubira la fameuse loi éponyme qui érige la traite des esclaves en crime contre l’Humanité. Moi je veux bien, sauf que dans l’architecture de cette loi figure un mot qui a été effacé pour plaire au Conseil constitutionnel : « noirs ». Cette loi est une loi de repentance française vis-à-vis du commerce négrier. Moi je veux bien qu’on érige internationalement l’esclavage en crime contre l’Humanité. Mais dans ce cas, parlons de tous les esclavages. N’oublions pas que les noirs aussi ont eu des esclaves blancs, et que les Musulmans ont organisé également un commerce d’esclaves blancs en Méditerranée pendant tout la période moderne. Je concède que les proportions sont inégales. Mais si l’esclavage est par nature déshonorant pour la personne humaine, il est exclusif de toute couleur de peau : tout acte d’esclavage est par nature crime contre l’Humanité, parce qu’un homme supprime la liberté d’un autre. Mais curieusement, on n’a jamais entendu Taubira amorcer le moindre mot de tout ceci.

Ces comportements sont dangereux. Quand on est trop enfermé dans une grille de lecture déconnectée des réalités, on en arrive à proférer des mots et à plaquer des concepts qui ne sont évidents que pour son esprit étriqué. C’est la même chose avec les féministes, qui voient du machisme partout. Guadeloupe ou classement Elle-Wikio, même constat !

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Un doux air de IVe République sur les rives du Joudain

20 février 2009 | Histoire, La vie de la cité | Aucune réponse

Après la victoire du Kadima de Tzipi Livni, la bataille à couteaux tirés s’est vite lancé. Le Likoud de Netanyahou, en deuxième position, a réussi à bénéficier d’une formidable percée du parti nationaliste Israël Beytenou. Associée à la décrépitude des travaillistes d’Olmert, le rapport de forces a été sacrément renversé. Une seule alternative : soit la coalition Kadima-Likoud, une première après la scission fondatrice de 2005, soit Kadima passe dans l’opposition.

Aujourd’hui, le président Peres a donc tranché : ce sera Netanyahou. Ce dernier doit se présenter devant la Knesset (le parlement israëlien) pour obtenir un vote de confiance avant un délai de 28 jours. Si la Knesset se prononce pour à la majorité, ce sera une nouvelle fois Netanyahou ; à défaut, le président de la République israélienne proposera de nouveau un nom.

Tout cela fleure bon la IVe République. Comme le rappelle mon camarade Authueil, la longévité des hommes politiques israéliens a quelque chose d’incroyable : près de 70 ans de vie politique pour Shimon Pérès, une éternité comparée aux misérables quarante ans de Chirac ! Mais surtout, regardons attentivement la liste des Premiers ministres israéliens depuis 1948 :

David Ben Gourion (1948-1954)
Moshé Sharrett (1954-1955)
David Ben Gourion (1955-1963)
Levi Eshkol (1963-1969)
Ygal Allon (1969-1969, intérim suite au décès de Levi Eshkol)
Golda Meir (1969-1974)
Yitzhak Rabin (1974-1977)
Menahem Begin (1977-1983)
Yitzhak Shamir (1983-1984, par intérim suite à la démission de Menahem Begin)
Shimon Peres (1984-1986)
Yitzhak Shamir (1986-1992)
Yitzhak Rabin (1992-1995)
Shimon Peres (1995-1996, par intérim suite au décès de Yitzhak Rabin)
Benyamin Netanyahou (1996-1999)
Ehud Barak (1999-2001)
Ariel Sharon (2001-2006)
Ehud Olmert (2006-)

Cela n’est pas sans rappeler la liste des présidents du conseil sous la IVe République : 3 gouvernements Queuille, 3 gouvernements Bidault, 3 pour De Gaulle en comptant les deux gouvernements du GPRF, 2 pour Schuman, 2 pour Pléven… Et la longévité était tout aussi record ! Pour le renouvellement de la classe politique, France-Israël, même combat !

Heureusement pour les Israéliens, ils n’ont pas hérité de l’instabilité gouvernementale  parce que malgré la proportionnalité du suffrage législatif, la bipolarisation est suffisamment marquée entre travaillistes (et maintenant Kadima) et Likoud. Avec le bourbier palestinien depuis 60 ans, une instabilité gouvernementale aurait viré au chaos !

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Facebook MoDem ?

20 février 2009 | Internet, MoDem | 4 Réponses

Comme beaucoup, j’ai découvert en direct live le nouveau média social du MoDem sorti hier. Les Démocrates.fr de son petit nom, surfe ainsi sur le succès de la plate-forme myBarackObama.com, même si, selon son concepteur Nicolas Voisin, il ne le reproduit pas entièrement.

L’objectif affiché est de créer une communauté MoDem sur la toile, où trois sphères pourront se rencontrer : les institutionnels du MoDem qui pourront produire du contenu, les militants qui pourront diffuser ce contenu et relayer le message décentralisé, mais également influer sur celui-ci par un système de vote, de proposition de contenu (tribunes), et les sympathisants ou curieux qui pourront trouver là la synthèse de la présence du MoDem en ligne.

Le grand avantage de cette nouvelle plate-forme, c’est qu’elle va enfin — j’espère — endiguer cette prolifération incommensurable de sites dérivés. Il y a longtemps que je peste contre cette dissémination qui ne produit rien que du flou. Entre le site du MoDem, le site de Bayrou, le site des soutiens de Bayrou en ligne, les milliers de sites personnels de candidats d’un jour plus mis en ligne depuis les élections, les sites des fédérations, etc., n’en jetez plus ! Pour celui qui n’est pas un as du web et qui souhaite s’informer sur le MoDem, c’est la croix et la bannière. Justement, le site centralise beaucoup de choses, et notamment les blogs. Maintenant, c’est le même régime pour tout le monde : nom.lesdemocrates.fr. C’est beaucoup plus clair, beaucoup plus lisible : en termes de communication, ça n’a pas de prix !

J’ai donc immédiatement testé la petite machine. L’ergonomie est intuitive, les graphismes sobres et contrastés. Pour un utilisateur de Facebook, la plate-forme est rapidement maîtrisée. En effet, comme sur Facebook, la communauté se tisse via un système de pages personnelles, de contacts qui figurent sur une liste, de groupes auxquels on adhère. Il existe comme sur Facebook une double messagerie : privée et publique (le wall de sa page). Il existe également un flux RSS interne à la plateforme, où l’on peut s’abonner à plusieurs blogs pour être informé en temps réel de leurs mises à jour. Là encore, les pertes de temps sont réduites à presque rien, c’est autant de temps de gagné pour faciliter les connexions horizontales entre militants. Justement, les militants pourront aisément se mettre en mouvement et se lier entre eux à la fois via la rapidité de la plate-forme, mais également via la page « Action » et « Réflexion ».

Je n’ai pu en revanche m’empêcher de relever quelques bugs dans le nouveau-né. D’autres l’ont fait avant moi, parfois avec le mauvais esprit du militant socialiste, comme Dagrouik. Le plus gros défaut du site est que, lorsqu’on s’inscrit pour la première fois et qu’on se connecte avec son compte, on tombe sur le back office de Wordpress. Pour un utilisateur de WP, on se doute qu’il y a un problème, mais on est en terrain connu. Pour celui qui n’est pas un as du web, c’est la débandade : il ne comprendra rien et s’en ira… C’est un bug à corriger immédiatement.

Enfin, mais ce n’est pas du fait des concepteurs, cette plate-forme ne servira malheureusement à rien si le MoDem ne se met pas à produire des idées intéressantes. Créer un outil pour relayer des messages-types qui pourront être diffusés à l’identique par les militants, c’est une excellente idée. Mais encore faut-il qu’il y ait un message à diffuser, que ce message soit audible, crédible, et constructif. Abreuver la plate-forme de pamphlets antisarkozystes ne sera d’aucune aide. Cet outil est un excellent moyen de lier les institutionnels et les militants, mais il faut que chacun accepte de jouer son rôle. Quand on apprend, en lisant Nicolas Voisin, que Bayrou ne s’est laissé convaincre qu’après 18 mois, on peut craindre pour la rapidité avec laquelle il apprivoisera la bête.

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OTAN ne pas raconter de bêtises

17 février 2009 | La vie de la cité | 2 Réponses

La réintégration de la France dans le commandement de l’OTAN, c’est un vrai parcours du combattant ! De Gaulle a laissé depuis 50 ans un héritage diplomatique d’indépendance de la France et de méfiance vis-à-vis de l’atlantisme total. On a au moins gagné la bombinette grâce à cela. Mais réintégrer pleinement l’OTAN résonne à gauche comme à droite comme une soumission à la suprématie militaire américaine dans une période où la France en perte de vitesse dans l’influence mondiale veut encore s’accrocher à quelques haillons symboliques. Avec De Gaulle, on avait de quoi rivaliser et refuser les deux blocs ; aujourd’hui, c’est une autre paire de manches.

Autant ne pas se raconter d’histoires : une armée puissante et influente coûte cher. Or, avec des déficits budgétaires croissants et une dette galopante, il est nécessaire d’opérer des choix. A dire vrai, ce n’est même pas le montant qu’on débloque qui importe, c’est ce qu’on en fait. Une armée pour faire quoi ? Pour jouer les justiciers mondiaux comme les Américains, au risque de tomber dans la surenchère guerrière ? Pour se déployer sur des théâtres d’opération localisés, avec des missions précises, peu coûteuses en hommes (tant en termes d’effectifs mobilisés que d’effectifs perdus au combat) ? A l’heure où l’on parle de solder la Françafrique (même si on a énormément de mal à s’en séparer), c’est le plus gros champ d’exercice qui va disparaître, rendant encore moins évidente la nécessité d’une grande armée.

Reste le jeu diplomatique du « qui a la plus grosse ». Comme les chats, on tord l’échine pour impressionner l’autre. Sauf que ce jeu-là ne prend plus. Voilà longtemps que les guerres sont mondiales, et désormais les quelques pays qui ont maille à partir avec la diplomatie planétaire devront affronter et leur adversaire, et une coalition de nations unies pour préserver la paix mondiale, tant et si bien que le gugusse qui voudrait faire joujou devrait combattre deux ennemis : la paix et son adversaire. Autant dire qu’aujourd’hui, à moins d’une gigantesque atomisation diplomatique, on est loin de retrouver des guerres analogues aux trois siècles derniers. Mais on n’entretient pas une armée pour faire peur : c’est une folie budgétaire dont on se passe en temps normal, alors en temps de crise !

Est-ce pour autant qu’il faut courber l’échine et réintégrer l’OTAN ? Ce qui apparaît clair, c’est qu’il ne s’agit pas d’un acte anodin. La position de la France vis-à-vis de l’OTAN fait partie du patrimoine historique français, parce qu’il a su mobiliser l’aplomb de la vieille tradition gauloise : seul, torse bombé, contre les tout-puissants. Quoi qu’on en dise, même si les Français sont préoccupés par leur pouvoir d’achat, ils le sont tout autant par la place qu’occupe la France dans le monde, parce qu’ils aiment l’idée que le monde se fait une haute et respectueuse opinion d’eux. Aucun sondage n’a encore été effectué, mais je suis pratiquement convaincu qu’une majorité se prononcerait pour trancher l’affaire par voie de référendum, ce à quoi s’oppose Hervé Morin.

Les Américains en tout cas attendent avec impatience le retour de la France. Pour preuve, les explications avancées par un expert militaire américain à la récente collision de deux sous-marins nucléaires français et britannique. Les deux sous-marins étant indétectables (Dieu merci !), c’est l’OTAN qui joue le rôle de contrôleur maritime pour que les patrouilles sous-marines ne croisent pas leurs routes. Puisque l’OTAN empêche les collisions ; puisque collision il y a eu ; puisque la France ne fait pas partie de l’OTAN ; alors la France doit faire partie de l’OTAN. Limpide logique !

Il faudra sans doute d’autres arguments pour faire passer la pilule. Surtout, m’est avis que Nicolas Sarkozy n’osera pas se lancer dans une telle opération s’il y a de profondes divisions dans la majorité. A l’heure où le climat social est particulièrement explosif, tout devient polémique. Si on ne gouverne pas avec les sondages, en tout cas bien fol serait celui qui les mépriserait.

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