Journée de la Femme

8 mars 2009 | Antiféminisme | 1 Réponse

Après la polémique Vendredi, la semaine se clôt aujourd’hui sur la Journée de la Femme. L’occasion naturellement de rappeler que la législation doit progresser vers plus d’égalité entre hommes et femmes, notamment au plan de l’égalité salariale et dans les foyers. L’occasion aussi de rappeler que  la société du XXIe siècle n’est plus aussi machiste qu’il y a trente ans, que les mentalités ont évolué, et que si elles ne se ressentent pas au niveau des postes de pouvoirs, c’est parce que ceux-ci sont encore tenus pour quelques années par la génération des baby boomers. Le renouvellement générationnel qui s’amorcera dans quelques années s’accompagnera d’un changement léger de société et des mentalités qui la composent au niveau des rapports hommes/femmes.

L’occasion aussi de rappeler à certains que la revendication de l’égalité ne signifie pas nécessairement féminisme, et inversement, qu’on peut vouloir le premier en refusant le second. Il existe aujourd’hui en matière de féminisme des progressismes sages et des révolutions naturalistes qui ont tout d’un totalitarisme en escarpins. Rappelons aussi à celles qui s’alarment qu’avancer à petit pas revient à prolonger l’attente de l’égalité qu’une société ne réagit pas à la secousse, au bouleversement et à la brutalisation. Si elle peut légèrement réagir aux symboles, elle se transforme au quotidien, par la proximité. Cessons de nous focaliser sur des actions symboliques en s’imaginant que les femmes et la société n’attendent que ça pour être éclairés : la parité à l’Assemblée est un objectif, pas un acte messianique. Un objectif s’atteint par touches successives, et les progrès accomplis depuis trente ans sont déjà significatifs.

Pour finir sur une touche d’humour (d’autres s’y sont livrés avant moi) : voilà ce que peut donner la parité à l’Assemblée quand on se trompe de tactique :

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Ségolène fait des petit(e)s

7 mars 2009 | La vie de la cité | 6 Réponses

Si Ségolène n’est plus avec François, au moins ceux-là ont-ils pensé avant leur rupture à faire des petits. Souvenez-vous de Ségolène, celle qui n’hésitait pas à surjouer de son statut de femme, allant même jusqu’à répondre pendant les primaires socialistes de l’automne 2006 qu’entre elle et les deux autres candidats masculins, il y avait déjà une différence, « visible » (au choix : les cheveux longs, le tailleur, les escarpins, ou la paire de seins). La même Ségolène qui ramenait toutes les critiques qu’on pouvait faire sur son programme ou sa carrure présidentielle à une question sexuelle et sexuée. Critiquer Ségolène, dire qu’elle ne ferait pas une bonne présidente, c’était forcément être un affreux macho rétif au changement, comme si Ségolène était la figure la plus aboutie de la féminitude, le nec plus ultra de la politique avec un « e » à la fin.

Souvenons-nous aussi de la promesse de Ségolène de faire de la politique autrement, de refuser les petits jeux d’appareil, les combinaisons de couloir ; souvenons-nous de ses appels à la fra-ter-ni-té, ses philippiques contre ces socialistes qui ne veulent pas s’aimer et ses recommandations bibliques. Autant d’éléments qui l’ont conduite à être caricaturée par les humoristes comme la Sœur Sourire de la vie politique française, qui fait d’ailleurs un bon pendant avec Martine Aubry, Mère Supérieure du couvent socialiste.

Or, Ségolène, c’est tout sauf cet espoir de faire de la politique autrement. Comme ses collègues burnés, Ségolène pratique les jeux de couloir, peut-être pas directement, mais en envoyant ses sous-fifres continuer à souffler sur les braises. A présent que les royalistes ont réintégré la direction du PS, on les entend un peu mieux.

Mardi, ce sont deux élèves de la maîtresse Ségolène qui se sont rendues sur le plateau du Grand Journal. La technique est identique : mettre en avant sa jeunesse, sa féminité, et sa soit disante pureté absolument exempte d’opportunisme pour mieux ringardiser le reste de la classe politique. Textuellement, ce n’est pas « Votez pour moi, je suis jeune et femme », mais ça y ressemble.

Dimanche, Aurélie Filippetti a évoqué sa candidature aux européennes. Si vous allez sur son blog, vous lirez un joli panégyrique de son engagement européen, mais également une critique en règle contre le redécoupage des circonscriptions. Extrait :

« Dans le cadre du « redécoupage » de la carte électorale, la 8ème circonscription de Moselle dans laquelle vous m’avez élue va être non seulement remodelée, mais en fait totalement dépecée ! Les scenarios envisagés visent clairement à empêcher ma réélection en Moselle. Est-ce le prix à payer pour avoir défendu les salariés de Gandrange comme je l’ai fait ? ou est-ce encore une fois le machisme politique, bien connu, qui fait qu’il est plus facile de supprimer des circonscriptions tenues par des femmes non cumulardes. [...] Sans doute veut-on éviter que cela donne des idées aux électeurs d’autres circonscriptions ! Mais on ne m’empêchera pas de continuer à me battre pour les ouvriers de Gandrange, de Total, et les autres, et je pense que c’est au Parlement européen que je pourrai le faire pendant les années qui viennent. »

Voilà donc Aurélie Filippetti qui se met à faire du royalisme pur crin. Si l’on supprime sa circonscription, c’est nécessairement parce que c’est une femme, socialiste de surcroît, et qu’elle ne cumule pas. Le complot des barons est en marche ! Vous noterez au passage qu’elle justifie habilement sa reconversion à Bruxelles. On lui supprime sa circonscription, peu importe : la voix des ouvriers de Gandrange et de ceux qui ont les poumons plein d’amiante auront leur porte-parole à Bruxelles. Ne chercherait-elle pas tout simplement à obtenir un nouveau mandat alors qu’on risque de lui sucrer le sien ? Vous savez, cette technique éculée en politique qui doit s’appeler l’opportunisme, la même qui conduit les vieux dinosaures mitterrandiens ou chiraquiens à s’exiler dans le placard doré qu’est Bruxelles ?

Visiblement, quand je pose la question à Aurélie Filippetti sur son blog, elle a l’air d’en prendre ombrage, à tel point que je suis censuré. Surtout, il ne faudrait pas ébruiter les mauvaises intentions de la Madone de Moselle…

C’est assez intéressant, ce verrouillage des hommes polittiques de la logique participative. J’en avais déjà fait les frais pendant les municipales. Participer, c’est donc forcément encenser, louer, lécher les pieds (ou autre chose). Dès que vous grattez un petit peu et que vous les asticotez, ça se referme comme une huître. Finalement, le web, c’est comme les médias : il faut que ça vous serve sans vous desservir. Un peu comme Ségolène à Marbella ?

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Pourquoi je n’achèterai pas le numéro 19 de Vendredi

6 mars 2009 | Antiféminisme, Internet, Médias | 20 Réponses

La journée de la femme arrive à grand pas, et Vendredi sort un numéro entièrement écrit par des femmes. Comme prévu, ça trolle partout et ça fait débat. Je vous invite à aller lire ici, ici, ici, ici et ici. Ce numéro, je ne l’achèterai pas.

Après réflexion, l’orientation féministe du numéro spécial n’est pas nécessairement le pire de mes griefs. Je déplore cependant qu’il soit impossible, au XXIe siècle, d’être un tant soit peu critique envers certains discours et actions féministes sans être taxé de machos qui a des problèmes avec sa virilité. Ces femmes qui crient haut et fort qu’elles veulent faire de la politique autrement et qu’elles ont des qualités que les hommes n’ont pas, visiblement sont incapables de débattre sans se jeter des anathèmes qui ne font pas avancer le schmilblick, et de se remettre en question.

Je fais partie de ceux qui plaident pour l’égalité salariale, pour une meilleure législation qui permettrait de mieux concilier travail et vie familiale, et évidemment pour une meilleure représentation des femmes à l’Assemblée (mais pas uniquement : il y a d’autres composantes sociales qui manquent à l’Assemblée). Pour autant, ça ne m’empêche pas d’exécrer les féministes, qui sont dans leur très grande majorité focalisée sur le chiffre de la parité plus que sur son principe.

Quand je vois Olympe faire des calculs d’apothicaire sur le classement Wikio pour déplorer que sur les 20 blogs politiques les plus influents, il n’y ait pas assez de femmes, je trouve ça risible. De même quand je l’entends dire qu’elle a effectué des statistiques (!) sur les numéros de Vendredi pour connaître le taux de publication des blogs de femmes. Au bout d’un moment, il faut savoir coopérer : ou bien les féministes jouent les inspecteurs des travaux finis et passent leur temps à harceler tous ceux qui n’ont pas atteint la parité, ou bien on est un tant soit peu progressistes et on considère que le principe vaut mieux que le résultat lui-même. Vendredi a toujours publié des blogs de femmes, certes moins que les hommes (et pas pour les raisons machistes qu’évoquent Olympe et d’autres). Il a toujours fait primer le contenu du billet sur leur auteur, même si je trouve depuis quelques numéros que le pool de blogueurs tend à se fossiliser autour d’une vingtaine de blogs.

Encore une fois, on prend un classement qui ne signifie rien pour le détourner à des fins politiques. Le collectif des Femmes Engagées, c’est comme les Left Blogs : se linker mutuellement, se bombarder de commentaires mutuels, pour grimper artificiellement dans le classement. C’est une pure démarche d’affichage. Il s’agit d’attester qu’il y a des blogs féminins qui sont lus et qui sont influents. Influents par leur qualité ? On s’en fiche ! C’est la même démarche que ceux qui prennent à tout prix des femmes sur leurs listes électorales, sans regarder leurs compétences concrètes. Je ne crois pas que ce soit servir la cause des femmes que de les utiliser comme ça.

Si je n’achèterai pas Vendredi aujourd’hui, c’est parce que ce numéro va à l’encontre du projet qu’on m’avait proposé au moment des numéros d’essai. L’objectif de Vendredi, qui figure toujours en slogan en une, c’est « chaque semaine, les meilleures infos du net. » Or, ce n’est absolument pas ce qu’on aura dans ce numéro, qui est centré sur la femme. Que Vendredi invite un collectif de femmes à jouer les rédactrices en chef et à sélectionner elles-mêmes les billets, je trouve l’idée très séduisante, et on pourrait la reproduire pour d’autres groupes (blogs de gauche, de droite, européens, etc) : chacun à une sensibilité différente vis-à-vis de l’information, et le pluralisme est une bonne chose. Mais que ces femmes rédactrices en chef d’un jour ne publient que des blogs de femmes, je ne vois pas l’intérêt. C’est l’auteur du blog qu’on veut mettre en avant, et pas l’information qu’il publie ! Le journal est détourné de sa fonction première pour d’autres fins, et ça ne me plaît pas. Comme ça ne me plairait pas de lire un journal qui ne publie que des articles ouvertement de gauche, ou autres combinaisons.

Et pour répondre à celles et ceux qui sont focalisés sur le chiffre de « 1 numéro dans l’année, c’est 1/52e, c’est pas la mer à boire », je répondrai que ça ne change rien. Allez plaider devant un juge que certes, vous avez volé, mais c’était un petit montant. Ca n’enlève en rien le principe initial. Alors certes, ce n’est qu’un numéro, inutile d’en faire toute une montagne. Mais ça n’est pas une raison pour ne pas en parler, ni non plus pour ne pas l’acheter. Il y aura donc un trou dans ma collection, et il y en aura à chaque fois que le journal tombera dans l’entre-soi.

Ce qui ne m’empêche pas de soutenir encore et toujours le projet du journal. Mais avec esprit critique.

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L’hypocrite crève-cœur de Vincent Peillon

1 mars 2009 | La vie de la cité, europe | 5 Réponses

Vincent Peillon est grave dégoûté : il ne conduira pas la liste PS dans le Grand-Ouest, mais a été recasé dans le Sud-Est. Pourquoi crache-t-il dans la soupe ? Parce que le Nord-Ouest, c’est son fief.

Cette posture est parfaitement ridicule et hypocrite. Aux élections européennes, la circonscription importe peu, car les enjeux et les problématiques locaux ne sont pas traités comme tels. Les politiques communautaires sont impulsées à grande échelle. En fait, si Vincent Peillon l’a mauvaise, c’est qu’il comptait faire de son ascension dans l’appareil du parti un argument pour revenir jouer les premiers rôles sur le plan national. Et quand on a des prétentions nationales, mieux vaut effectivement avoir un fief qu’on peut tenir d’une main de fer. Rejeté dans le Sud-Est, on peut comprendre alors qu’il soit amer !

Encore un exemple de politique notabiliaire…

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Gauche caviar et droite œufs de lump

1 mars 2009 | La vie de la cité, Société | 1 Réponse

Il y a des bons mots qu’on aurait toujours aimé sortir. Le concept de droite œufs de lump, sorti en pleine campagne présidentielle par Serge Moati, est de ceux-là. Il résume en une expression rapide une double situation : la façon dont la droite a réalisé sa mue culturelle en laissant à la gauche le monopole de la culture des élites et en récupérant la culture populaire, et la manière que nous avons de ramener les hommes politiques à la gastronomie pour les qualifier et les mépriser.

Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. Depuis les temps fondateurs de la démocratie, la politique est affaire de commensalité. Chez les Grecs, le sacrifice, réactualisation récurrente du lien qui unit les hommes et les Dieux et organise la vie cosmogonique et terrestre en répartissant rôles et statuts, est l’acte central de la vie civique. Les banquets qui suivent les hécatombes (sacrifices de cent bœufs) ont quelque chose de la consultation électorale d’aujourd’hui : ils sont un moment visible de la démocratie où les participants affirment leur appartenance à la Cité. Ne pas manger avec les citoyens, c’est s’exclure de la cité : c’est ce qu’assument les Cyniques, Diogène de Sinope en tête, qui, non contents de ne pas manger avec les citoyens, vont jusqu’à subvertir les rites de la manducation : ils ne mangent pas comme les hommes, ils bâfrent comme les bêtes.

Manger est en outre un marqueur social. Selon ce que vous mangez, vous engloutissez un statut social. En Grèce ancienne, les os et les graisses, imputrescibles, sont offerts grillés aux Dieux, immortels ; à l’inverse les chairs, putrescibles, sont offertes bouillies aux hommes, mortels, et c’est ainsi que s’organise la répartition des pièces et des statuts : les pièces nobles aux Dieux, les basses pièces aux hommes. Dans le monde mortel, les pièces de viande servent aussi à distinguer les hommes : les prêtres, intermédiaires entre Dieux et hommes, mangent les intestins grillés, mélangeant un mode de confection divin et une qualité de l’aliment humaine (le putrescent grillé). Au Moyen Age, les types de viande renvoient symboliquement au cloisonnement social : le gibier est le privilège exclusif des seigneurs, puisque la chasse est un droit et les territoires une propriété ; les volatiles majestueux (cygnes, canards et paons) sont laissés aux nobles, car ces carcasses ailées s’approchent du Ciel immortel (on estime d’ailleurs que la chair du paon est imputrescible) ; à l’inverse, les animaux terrestres (bœufs, porcs, volailles qui ne volent pas) sont consommés par les bourgeois ; quant aux serfs… Même le pain devient par nature un marqueur social : le pain blanc, fait de farine de froment, c’est le pain des riches ; le pain noir, à la basse farine, le pain des pauvres ; et le tranchoir, grande tranche de pain qui fait office d’assiette, sert d’abord aux seigneurs pour manger avant d’être donnée aux chiens ou aux serfs…

Aujourd’hui encore, politique et gastronomie entretiennent des liens étroits. Manger est une fonction métabolique mais également un privilège socioéconomique, et l’égalité démocratique décrétée depuis 1789 conduit à faire de la nourriture un élément de lutte politique par lequel s’expriment des contestations de l’ordre social. Dénigrer un homme ou une formation sur le plan gastronomique, c’est toucher au rapport qu’elle entretient avec les groupes socioéconomiques qui constituent sa base électorale. Le concept de gauche caviar renvoie ainsi à un paradoxe destructeur : il existerait une fracture gastronomique entre la base et le sommet censé la défendre. Peu importe qu’ils aient les mêmes idées et le même objectif : la distinction gastronomique qui les marque symbolise pour la droite l’hypocrisie d’une classe dirigeante socialiste qui se paie de mots et fait mine de défendre un peuple, mais après le festin, qu’elle peut aisément se payer grâce à ses revenus confortables. Cette déconsidération par la nourriture se retrouve dans de nombreux pays : en Australie, on les appelle les Chardonnay socialists ; au Royaume-Uni, les Champagne socialists (et également Smoked salmon socialists) ; en Scandinavie, les socialistes vin rouge. On remarquera avec chauvinisme que dans le monde anglo-saxon et scandinave, le luxe qui sert à dénigrer le socialisme est français, et que la marque du luxe est plus centrée sur le boire que sur le manger.

L’exemple français recouvre en fait des réalités socioélectorales plus profondes : en l’espace d’une vingtaine d’années, les bases électorales se sont recomposées et sont à l’origine de nouveaux positionnements dans les cultures politiques. Jadis, le monde de la gauche, c’est celui des ouvriers, des enseignants et des classes moyennes, en un mot l’univers populaire, celui qui aime la pêche le dimanche, Édith Piaf qui braille dans le transistor, et la Super 5 Renault avec l’autocollant de l’intégriste breton. A droite, c’est le monde des élites sociales, économiques, et partant culturelles, plus adepte de bel canto que de Canto, plus polo que Paris-Turf. Or, la fracture culturelle qui frappe la gauche depuis une décennie a déplacé la fraction ouvrière et populaire vers la droite, qui cherche naturellement à consolider cette base.

Il n’est qu’à voir l’état culturel de la Sarkozye ambiante. La droite a laissé à la gauche le monopole de la Kultur, celle des superesthètes professionnels parisianistes qui tiennent un discours normatif sur l’excellent et le médiocre, celle de l’art engagé (rire) qui veut crier son rejet du monde moderne, en un mot celle de l’art chiant. Elle lui préfère l’art populaire, sans doute pas le meilleur artistiquement parlant, mais celui qui fait recette, qui réussit à toucher le grand public. Cali s’oppose à Johnny, Torreton à Clavier. Le casting culturel de Sarkozy pendant la campagne présidentielle était à ce titre criant de stratégie : Johnny en « plus populo que moi, tu meurs », Faudel et Doc Gynéco comme ambassadeurs jeunes et banlieusards d’un sarkozysme en délicatesse avec les encapuchonnés des barres d’immeubles, Mireille Mathieu comme étendard formolé d’une fraction septuagénaire azuréenne et pourtant non négligeable, et Jean Reno et Christian Clavier comme apôtres des comédies franchouillardes bien grasses. Le mépris de Nicolas Sarkozy pour la Princesse de Clèves est l’exemple le plus frappant de ce rejet de la culture savante.

Cette culture populaire est poussée à l’extrême. L’UMP a abandonné avec joie le caviar à la gauche ; elle préfère récupérer les œufs de lump. Quand il a pris les rênes de l’UMP, Xavier Bertrand a promis d’en faire un Mouvement populaire. Cela avait déjà commencé à Royan, où la Madame Michu de la majorité, Nadine Morano, se déhanchait à l’envi en une ridicule sarabande, renvoyant Ségolène et son corps tout crispé qui tente une danse sur Diam’s au placard. Et que dire d’un Nicolas Sarkozy ayant fait une OPA sur le parler popu’ de Georges Marchais ? Le fameux « Mam’ Chabot » est si loin de l’imparfait du subjonctif qu’utilisait à loisir François Mitterrand. Nicolas Sarkozy, c’est le triomphe de l’oralité sur l’écrit. Le temps de l’oral, c’est le temps de l’action, de la décision. C’est le PDG qui dicte ses lettres à sa secrétaire. A l’inverse, l’écrit, c’est le temps de la réflexion, de la bureaucratie qui n’avance pas, de l’intellectuel coupé du monde et de son dynamisme tourbillonnant. Il n’est guère étonnant, dans ce cas, de voir autant de fautes d’orthographe dans la majorité : Nicolas Sarkozy refuse de « fréquenter l’infrécantable » quand les communiqués de presse de Frédéric Lefebvre lui auraient valus un beau zéro en dictée. La mauvaise maîtrise de l’orthographe rapproche la majorité de sa base électorale, celle qui n’a jamais vraiment aimé l’école et a souvent des difficultés avec le bien parler et le bien écrire.  Cela devient même un véritable enjeu de communication, et je suis quasiment sûr que la relecture est un luxe grossier dont la majorité se passe volontiers, voire que les fautes sont parfois parsemées à dessein.

Pendant mai 68, on déclarait la grammaire et l’orthographe comme autant de conventions bourgeoises qu’il fallait briser. Quand les Jeunes Pop’ affirment que la jeunesse révolutionnaire a changé de camp, ils ont en partie raison. La droite rejette de plus en plus les conventions culturelles bourgeoises : le monde de la culture, jadis soixante-huitard, est maintenant installé dans une bourgeoisie bobo et conservatrice. La polémique Dany Boon sur les Césars en est l’un des symboles criants. On peut hurler contre cette désubstantialisation de la culture opérée par la droite, qui voudrait en faire une culture utilitaire, et dont les projets de réforme de l’école n’en sont que le corollaire (n’apprendre que l’essentiel, ne pas se goinfrer de culture confiture) : on peut cependant difficilement lui retirer son caractère profondément révolutionnaire, en ce qu’elle tente de déboulonner les colosses chryséléphantins de la gauche culturelle. Chacun jugera du bien-fondé des révolutions : à droite, on exhorte au descellement des tours d’ivoire ; à gauche, on crie à l’avilissement culturel.

Que sortira-t-il de ce grand écart que veut réaliser la droite entre des milieux socioéconomiques marqués par un niveau culturel élevé et les milieux populaires ? Il y a un monde entre Roselyne Bachelot qui s’envoie en l’air avec les rugbymen français, quand elle ne porte pas ses Crocs, et Christine Lagarde, grande bourgeoise rigide qui symbolise cette froideur culturelle d’une frange élitiste de la droite traditionnelle. Il est étrange, d’ailleurs, de s’apercevoir que Christine Albanel soit Ministre de la Culture : elle symbolise encore et toujours cette technocratie de la culture, clairement peu accoutumée à la culture populaire. Elle bat des mains quand les slammeurs récitent, pépie quand les rappeurs envoient, mais qu’y comprend-elle, dans le fond ?

Cette culture popu’ a tout de la poule aux œufs d’or : c’est une fraction électorale qu’on capte sans grande difficulté par les beaux discours, aisément impressionnable par des codes culturels et communicationnels cousus de fil blanc, et numériquement stratégique. Mais sur le long terme, est-il possible de faire cohabiter droite œufs de lump et droite champagne ?

C’est vers cela que s’emploie énergiquement Xavier Bertrand. Il a déjà un argument dans sa besace : UMP est un anagramme de PMU.

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Cali, ça suffit !

1 mars 2009 | Médias | 7 Réponses

Comment passer de la subtilité de l’artiste engagé au ridicule grossier de l’artiste encarté ? C’est Cali qui nous éclaire le mieux. Jadis, les aînés, Ferré ou Brassens, inséraient dans leurs chansons cette poésie subversive et éminemment politique. Le génie faisait le reste : il en résultait que les chansons formaient un tout, sans scorie politicarde et pseudo-rebelle. Aujourd’hui tout a changé.

Cali est de ces artistes qui nous servent une soupe rebellocrate arrosée de militantisme vulgaire. Les chansons ne sont plus originellement subversives, elles sont retravaillées pour le format télévisuel : les paroles changent, les saillies politiques lors des bridges ou des fins de chanson font mine de donner ce caractère improvisé et donc totalement rebelle en regard du cadre si bourgeois et formaté de la prestation télévisuelle en direct. Cali ne fait pas de chansons engagées : il détourne ses chansons pour faire passer un message, souvent d’une affligeante bêtise.

Ses passages télévisuels se résument souvent à proférer cette bouillie politicienne du haut de son statut d’artiste, à tel point que le CSA l’a inscrit dans la liste des personnalités socialistes dont le temps de parole est à décompter. Quand on l’asticote sur cette posture faussement rebelle, Cali s’énerve. Il veut qu’on parle de ses chansons, pas de ses positions politiques. J’ai un conseil : qu’il se borne donc à chanter. A vouloir prouver son engagement plutôt que de l’éprouver, il prend en otage un public à qui il vocifère des prescriptions morales et politiques

Hier soir, aux Victoires de la Musique, j’ai eu l’impression que nous étions sous l’Occupation. Expulsions, rafles, horribles âges obscurs de la démocratie, qu’il nous mettait sous les yeux. Cali venait nous dessiller les yeux. Hier j’ai compris que le second prénom de Nicolas Sarkozy était Adolf, et qu’il nous fallait entrer en résistance et prendre le maquis contre les vieux démons qui menacent la liberté et la dignité mondiales.

Cali, c’est le Sarkozy de la chanson française : un histrion gesticulant, sautillant partout, insaisissable aux caméras qu’il fait ainsi semblant de fuir, mais dont il se goberge pourtant. Un dynamisme scénique entrecoupé de paroles de chanson qu’on oublierait presque. Cette même façon de faussement se défendre de faire de la politique brute.

Mais quand on gratte un peu, on comprend mieux le personnage. Alors qu’il avait juré de ne jamais servir la soupe aux émissions de téléréalité, voici que sa dernière chanson est choisie comme générique de la première Star Academy québécoise. Gênant, n’est-ce pas ? C’est ainsi que terminent tous les faux artistes engagés : vendus à la course aux disques, bourgeoisement installés dans de grands appartements. Dans le monde du tout médiatique, qui adore ces disruptions politiques dans les prestations en direct parce qu’elles génèrent de l’audience, ces artistes feraient bien de comprendre qu’ils ne sont que des pions. Et d’en adopter les comportements qui s’imposent : ne pas faire de vagues, ou quitter la scène médiatique.

On pardonne tout aux artistes qui ont du talent et de la subtilité. Alors brûlons Cali.

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Sarkozy, un nouveau Louis XV

27 février 2009 | Histoire, La vie de la cité | 3 Réponses

Quand on évoque Sarkozy, on pense immédiatement à Napoléon III, Napoléon le Petit, comme le taxait Victor Hugo, à qui il reprochait ses vaines gesticulations et son goût immodéré pour les paillettes et l’argent. Autant de reproches qu’aux temps de la bling-bling présidence, on trouvait particulièrement pertinents. Si l’on veut jouer cependant à monarchiser les présidents, c’est du côté de Louis XV qu’il faut tenir la comparaison.

Louis XV et Nicolas Sarkozy, c’est l’histoire d’un désamour croissant de l’opinion. Seul survivant de la famille royale quand le long règne du Roi Soleil s’éclipse, Louis XV s’extrait de la Régence de Philippe d’Orléans, parent le plus proche de Louis XIV. Le Roi Soleil n’avait pas manqué d’inclure dans son testament des clauses très restrictives pour limiter le pouvoir du Régent, qu’il soupçonnait de vouloir prendre la couronne ; le Régent fera casser ce testament. En 1722, arrivé majeur, Louis XV parvient à reprendre les rênes du pouvoir. Nicolas Sarkozy, c’est un peu la même histoire : un long règne de Chirac Ier, un testament officiel en faveur de Dominique de Villepin, et un Régent de droit, Nicolas Sarkozy, président de l’UMP ! Sauf que l’issue est différente.

Dès les premières années de son règne, Louis XV est porté par un fort assentiment populaire : il en garde jusqu’à sa mort le surnom de Bien-Aimé. Une épiclèse qui seyait bien au président à l’été 2007, dans le grand raout ringard et patriotique de la fête de la Concorde, les joggings matinaux et les Ray-Ban en permanence sur les yeux.

Comme le monarque, Nicolas Sarkozy est un grand fan du pouvoir personnel. Les deux veulent tout diriger, tout contrôler. Cela passe par les cabinets secrets, qui dépossèdent les ministres de leurs propres attributions. Claude Guéant, David Martinon, Jean-David Lévitte, François Pérol, sont les nouveaux d’Argenson, Machault d’Arnouville, et la Pompadour. A la volonté royale, il ne peut y avoir nul obstacle : aussi l’un comme l’autre accordent-ils un grand soin à mettre au pas les Parlements, dont les délibérations verbeuses ne font qu’entraver la marche de l’État.

L’un comme l’autre finissent désavoués par l’opinion. Les réformes de Machault d’Arnouville sur la justice fiscale et la création d’un impôt pour les grandes fortunes échouèrent lamentablement ; les nombreuses guerres laissèrent un déficit de plus de 100 millions de livres qui ne fut jamais comblé. Les frictions avec le Parlement se cristallisèrent à un point tel que le roi fut taxé de tyrannisme, et le Parlement se fit le défenseur naturel des lois fondamentales du royaume, auxquelles les rois ne pouvaient déroger (comprenez : un ancêtre de Constitution), et pourtant arbitrairement bafouées. Toute ressemblance avec un enlisement des réformes actuel, des tensions grandissantes avec le Parlement, y compris avec le parti du roi-président, et des agissements à la limite de la légalité, est naturellement tout à fait fortuit.

Comme toujours, quand il s’agit d’être impopulaire, ce sont les femmes qu’on incrimine, ces avaricieuses intrigantes qui exercent un pouvoir par l’oreiller. La Pompadour, c’est la Rachida Dati de l’Ancien Régime, à ceci près que la diva de la Place Vendôme n’est pas un ministre sans portefeuille, mais plutôt un portefeuille sans ministre. Ah ! que le Bien-Aimé n’eut fait tomber en disgrâce la Pompadour pour faire remonter sa cote de popularité ! Le nez plus fin, le Jadis-Bien-Aimé a largué les poids lourds auparavant joyaux de luxe pour faire remonter l’aéronef. Peine perdue : la disgrâce du Garde des Sceaux à la Cour élyséenne et les génuflexions déférentes et enamourées de Rama Yade ne seront sujettes à remise en cause.

En 1757, Robert François Damiens commet le crime de lèse-majesté en égratignant superficiellement d’un canif la bedaine royale emmitouflée dans ses habits d’hiver. En février 2008, un sombre et anonyme régicide commet le crime de lèse-président en égratignant superficiellement l’amour-propre présidentiel. En l’espace d’un millénaire, les monarques français ont perdu de leur superbe : au tournant de l’An Mil, on leur donnait des pouvoirs thaumaturgiques : par l’apposition des mains, les rois pouvaient guérir les purulentes écrouelles ; au salon de l’Agriculture, le Président de la République a des mains sales dont il doit se garder de les poser sur ses augustes sujets. Quand Damiens l’érafle, Louis XV, tout enveloppé de la majesté royale, conserve un calme olympien ; quand l’odieux régicide l’alpague, notre jadis-bien-aimé Président sort de ses gonds : « Casse-toi pauv’ con ». L’élégance est décidément une vertu royale. Mais il n’est pas dit, foi de monarque, qu’en monarchie, même élective, les odieux régicides ne soient pas sévèrement punis pour restaurer la majesté égotique royale dans sa diginité. Damiens est écartelé en place de Grève après avoir subi moult châtiments destinés à démontrer ostensiblement le terrible bras vengeur de la puissance royale. Pour un pannonceau vulgaire, on promet au citoyen Hervé Éon les foudres apocalyptiques (et même plus) de la justice ; mais las ! la condamnation est symbolique : ah ! ces magistrats, encore un obstacle à la volonté présidentielle ! Et tant d’autres, encore, ont avili la digne majesté présidentielle, et devront croupir dans les immondes geôles du Châtelêt !

En 1774, Louis XV, devenu depuis plusieurs années neurasthénique et profondément déprimé, meurt de la petite vérole. Un signe prémonitoire ?

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De Marbella à la République des Blogs

26 février 2009 | Internet, La vie de la cité, Médias | 11 Réponses

Ségolène Royal est furibarde. Paris-Match, le journal des politiques-qui-voudraient-vivre-l’über-vie-de-Beyoncé, a publié des clichés pseudo-volés de Ségolène Royal main dans la main avec un homme d’affaires français. Ah la la, ça ne se passera comme ça, qu’elle dit la Ségolène : allez, au trou les journalistes gonzo ! C’est que les photos, publiées juste après son passage en Guadeloupe, font un peu « télescopage », comme elle dit. Ah ! les grandes figures de la gauche qui couchent dans des draps de soie avec des barons d’affaires dans des palmeraies sublimes et qui, la braguette rezippée, s’en vont pourfendre le capitalisme destructeur ! Toujours ce paradoxe irrésolu : Julien Dray fait dans ses chausses quand on révèle son goût pour les montres et Ségolène Royal toussotte quand on photographie ses batifoleries andalouses. Du côté de la Madone du Poitou, on crie au viol de la vie privée et à l’avilissement de sa dimension politique, qu’on voudrait décrédibiliser en la rétrogradant au rôle plastique d’icône people. Du côté de Paris Match, on tonne à l’hypocrisie : « Mais la peste soit de la suffisante Ségolène ! Quelle déplorable manie est-ce là que ces hommes politiques qui courtisent les journalistes quand il faut se faire flasher en terrain politique, et qui refusent toute image compromettante ? » Pointe-à-Pitre, touché. En effet, Ségolène est prise à son propre piège. Sa stratégie politique est identique à celle de Sarkozy : monter grâce aux médias. Son voyage en Guadeloupe, c’est communication de tarmac à tarmac. Ses frasques obamaniaques, c’est délire présidentiel et médiatique. Sauf que les médias sont moins bêtes qu’ils en ont l’air : vous leur donnez le doigt, ils réclament légitimement le bras. Si tu veux être star comme Beyoncé, attention dans ce cas à ne pas sortir sans maquillage ou lardée comme une truie !

Hier, Benoît Hamon était à la République des Blogs, pour débattre des élections européennes. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a déçu. Tout le monde attendait un débat informel, autour d’une mousse, avec podcasting à mort et éclairages merdiques. Oui mais Benoît il aime pas ça. Il veut contrôler chaque image. Alors on s’arrange pour faire venir CAPA qui se chargera de vendre le sujet à Canal, histoire de montrer que Ben, c’est grave un djeunz politique. De toute façon, blogs ou autres médias, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, comme il l’a dit hier. C’est vrai qu’à l’heure des iPhone et autres sorcelleries technologiques, un petit off qui buzze serait si vite arrivé, comme un doigt un peu turgescent qui gigoterait, ou un montage exclusif de « Euuuuuuuuuh… » Pas bon, pas bon, tout ça, pour la communication.

N’ont-ils pas encore compris que cela ne sert pas à grand chose de vouloir tout contrôler par peur de la petite phrase assassine ? Allez Benoît, viens prendre une mousse à la RDB. Tu verras, les blogueurs aiment bien qu’on ne les prenne pas pour des journalistes charognards ; ils aiment le contact personnalisé et informel, sincère et sans arrière-pensée. Et (mais chut c’est un secret) il paraîtrait même que ça serait une super occasion pour engendrer du buzz positif. Les marques ont commencé à le piger.

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Kiwis

26 février 2009 | Internet | 6 Réponses

« Civis en latin, c’est le citoyen mais également la politique. Nous sommes un cercle de blogueurs indépendants et d’opinions diverses qui avons décidé de nous réunir autour de quelques valeurs et principes (cf. ci-dessous). L’objectif est de fournir aux lecteurs un panel de blogs que nous pensons être de qualité et de favoriser le débat, le dialogue et l’échange. Comme le Kiwi, ce curieux oiseau néo-zélandais, nous tentons d’être originaux – peut-être sommes nous, nous aussi, une espèce en voie de disparition… »

Vous voulez rejoindre ce sympathique cénacle de blogueurs politiques, à la plume fine et aux analyses pertinentes ? Alors rendez-vous ici et faites comme moi !

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Vente YSL/Bergé : la Chine coule un bronze

26 février 2009 | La vie de la cité | 4 Réponses

Sarkozy s’était à peine réconcilié avec les Chinois en refusant de rencontrer le Dalaï-Lama que tout se durcit autout de la vente aux enchères de deux statuettes chinoises par Pierre Bergé. Les Chinois, qui veulent désormais jouer dans le concert des grandes nations, cherchent à tout prix à effacer toutes les marques historiques de leur ancien statut de puissance dominée. Finalement, ces statuettes, d’une valeur artistique somme toute relative (on est loin du chef-d’œuvre !), ne sont qu’un instrument du nationalisme chinois. D’ailleurs, un Chinois millionnaire a déjà racheté plusieurs têtes d’animaux du palais d’été, dont une à près de 9 millions d’euros, geste qualifié de « patriotique » par les autorités. C’est un peu comme un ancien obèse devenu svelte qui voudrait détruire derrière lui toutes les photos de son ventre énorme, allant jusqu’à cambrioler ses amis pour récupérer les photos !

Cette question est en fait épineuse. Les biens culturels appartiennent-ils nécessairement au pays qui les a produits ? Ces biens ont été pillés, mais dans un contexte particulier, celui de la seconde guerre de l’opium. Cela change tout ! La bienséance diplomatique s’arrête là où commence la guerre : en temps de guerre, on tue, on saccage, on pille ! Je ne vois pas au nom de quoi ces biens appartiendraient, d’après les Chinois, de droit à leur peuple. Les biens culturels ne sont pas régis par une convention internationale, et dans le cas où il le serait, ce serait une grande partie du patrimoine culturel français qui partirait en fumée. Rappelons que sur la place Vendôme, la colonne du même nom a été coulée avec des canons prussiens et autrichiens saisis à Austerlitz !

Les Chinois auraient mieux fait de ne pas saisir la justice française, et de déplacer le curseur sur la diplomatie. Les Chinois ont voulu jouer la carte de la virulence, sans doute excités par Pierre Bergé qui a agité le chiffon rouge en faisant un remake de l’opération « pétrole contre nourriture », et mal leur en a pris. En 2001, les Sud-Africains ont demandé au gouvernement français le droit de pouvoir récupérer la dépouille de Saartjie Baartman, dite la Vénus hottentote, devenue une bête de foire pour les cirques européens en raison de l’exubérance de son fessier, dont le corps a été dépecé pour servir à l’établissement de thèses pseudo-scientifiques établissant des différenciations raciales : jusqu’en 1974, le moulage était exposé au Museum national d’histoire naturelle ! Pour les Sud-Africains, Saartjie Baartman est le symbole de l’humiliation du peuple noir face à la domination occidentale. Et pourtant, ils sont passés par la voie législative et diplomatique, sans aller jusqu’à des menaces !

Toute cette histoire n’est qu’une démonstration de force des Chinois, qui désormais veulent faire les gros yeux sur la scène internationale. Les menaces envers Christie’s sont pitoyables. Après avoir exigé que Sarkozy ne reçoive pas le Dalaï-Lama, voilà qu’ils exigent que ces statuettes soient rendues. Même Raffarin, devenu subitement sinophile, s’y met ! Prochaine étape : Lakshmi Mittal qui prend une pince-monseigneur pour désenchasser le Koh-i-Nor du sceptre de la monarchie britannique ?

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