Qui va à la chasse perd sa place

27 mars 2009 | La vie de la cité | 6 Réponses

En juin 2008, Georges Fenech a été frappé d’inéligibilité pour irrégularité de ses comptes de campagne. Comme la procédure l’exige, des élections législatives anticipées ont été organisées, à la suite desquelles son suppléant a été élu dans un fauteuil. Pas perso pour deux sous, son suppléant devenu député, Raymond Durand, lui adressa cette jolie déclaration d’amour : « Tiens bon, Georges, lorsque ton inéligibilité cessera fin mars 2009, je démissionnerai pour que tu puisses te représenter. » Oui mais voilà. Raymond Durand aime bien le Palais-Bourbon, et il trouve que c’est über-cool d’être député. Alors quand Georges Fenech lui rappelle que maintenant il est tout propre et qu’il serait temps de démissionner pour qu’il retrouve son siège, son ancien suppléant refuse. Tralalilalère. Horreur ! Enfer et damnation ! Tu m’as trahi ! Tu quoque vicarii1 ! Georges Fenech se répand en lamentations contre le traître (dép)utérin, qui en plus n’a pas honoré sa promesse de rejoindre l’UMP, demeurant encore dans l’antichambre aplaventriste du Nouveau Centre.

Bien fait pour Fenech.

Il retiendra deux morales de sa douloureuse fable du pigeon trop crédule. Premièrement, lorsqu’on veut contraindre son suppléant à la démission, il faut peser lourd, être condor plus que moinillon. Quand Christian Estrosi a quitté l’Outremer, il a demandé (euphémisme) à son suppléant, Charles-André Ginésy, de démissionner pour qu’il retrouve son siège de député, la règle du retour automatique n’étant pas alors effective puisque la réforme de la Constitution n’était pas encore votée. Si Ginésy refusait, il se mettait à dos tout l’appareil de l’UMP ; autant dire qu’il valait mieux faire profil bas. Fenech ne représente pas grand chose, et ne peut compter dans ce cas que sur de maigres appuis, et pas forcément les plus menaçants. Ensuite, il a reçu le juste retour de bâton : frappé par une décision de justice pour contrevenance aux règles de financement de campagne, le voilà qui a essayé de rentrer par la fenêtre en précipitant son retour ! Encore un qui considère son mandat comme une gamelle et qui, cette fois-ci, a été mis au régime forcé.

Cette leçon vaut bien un fromage (allégé) sans doute.

  1. Toi aussi, mon suppléant ! []
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Le Pen président… d’un jour

25 mars 2009 | La vie de la cité, europe | 5 Réponses

S’il était réélu au Parlement européen le 7 juin, Jean-Marie Le Pen, en tant que doyen du Parlement, pourrait présider la séance inaugurale du 14 juillet comme l’indiquent les textes et comme le veut la coutume parlementaire, y compris en France. Pour certains, c’est absolument inadmissible. On ne peut pas laisser un homme d’extrême-droite comme président-doyen temporaire du Parlement européen. Et donc ils proposent de mettre en place des dispositifs tordus pour exclure Jean-Marie Le Pen de la présidence. La séance inaugurale devant avoir lieu le 14 juillet, le président du PPE Joseph Daul propose à Jean-Marie Le Pen de rester en France pour la fête nationale, pendant que par-derrière, on s’active pour modifier le règlement du Parlement.

Ce « cordon sanitaire » me laisse de marbre. Rappelons qu’en 1989 Claude Autant-Lara, cinéaste d’extrême-droite, avait déjà prononcé un discours inaugural en tant que doyen. Il en avait profité pour déblatérer un discours nauséabond sur la culture européenne. On avait alors réduit le temps de parole du président par interim pour l’empêcher de donner libre cours à son imagination. Le Pen, même facétieux, aura donc du mal à quitter le formalisme de sa mission. Reste ensuite le symbole de voir un homme d’extrême-droite à la tête du Parlement européen. Je renvoie tous ces bien-pensants à leurs chères études. Si Le Pen devient Président, c’est qu’il aura été élu : le principe du doyennat est certes une aubaine pour lui, mais en quoi cela importe-t-il ? Dès lors qu’il est élu, il est légitime. Si quelqu’un est à incriminer, ce seront les électeurs provençaux qui l’auront élu ! Mais en démocratie, qui serait assez fou pour faire la morale à des électeurs ? On préfère remettre en cause la légitimité des élus eux-mêmes.

Et que dire de l’inefficacité de la stratégie de diabolisation ? Le Pen se dit victime de « racisme francophobe ». Encore une fois, diaboliser le spectre du néo-fascisme contribue encore à souder son électorat pourtant en grande déperdition…

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Dangereux individus !

24 mars 2009 | La vie de la cité | Aucune réponse

Le Président l’a dit et répété aujourd’hui à Saint-Quentin : la seule appartenance à une bande pourra désormais être passible jusqu’à trois ans de prison.

Tout obséquieux que je suis, j’accepte de dénoncer une dangereuse bande, menée par un gourou belge répondant au nom d’André V.

Regardez ces costumes chamarrés et psychédéliques. C’est assurément une bande d’ultragauchistes violents :

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HADOPI : justification morale de la contrefaçon

24 mars 2009 | Internet | 10 Réponses

Si j’en crois les élégies tragiques des supporters d’HADOPI, j’en suis pour mes frais. Avec Luc Besson, je suis un voleur. Avec Thomas Dutronc, je suis commissaire du génocide musical. Avec tous les barons de l’industrie musicale, je suis penaud de mon manque de savoir-vivre, moi qui ne reconnais pas la culture à sa juste valeur, qui considère même qu’elle n’a pas de prix, faisant crever des millions d’artistes qui ne peuvent pas vivre décemment de leur travail. Oui, vous le sentez poindre, le jugement moral : « Je ne dois pas m’approprier gratuitement le travail d’autrui », à copier 100 fois (m’en fous, sur ordinateur, en un copié-collé, c’est torché).

Et pourtant, je vais poser cette hypothèse simple : on peut justifier moralement le fait de télécharger illégalement.

Le paradoxe de l’action collective

Ni plus, ni moins, la loi HADOPI nous met en face de la théorie du contrat. On veut se procurer un bien (culturel), qui a un prix. L’échange prix-bien constitue le moment contractuel. Or, dans un système collectif comme l’est celui d’Internet et des réseaux peer-to-peer, la tendance naturelle de tout utilisateur est de vouloir obtenir le bien sans en supporter le coût.

Ce paradoxe de l’action collective a été mis en lumière par Mancur Olson dans les années 60 à partir de situations économiques et notamment de l’action des syndicats : c’est la logique du free rider. Un syndicat lutte pour un bien collectif (augmentation, retraites, etc) et requiert pour cela une participation de ses membres. Or, dans la mesure où le bien collectif obtenu reviendra à tous indépendamment de leur participation à l’obtention de celui-ci, le calcul rationnel de chaque individu sera de se défausser de sa participation à l’obtention du bien collectif et de recevoir le fruit de la participation des autres. Quand un syndicat se bat pour une augmentation et l’obtient, celle-ci s’applique à tous les travailleurs d’un secteur d’activité donné : pourquoi donc supporter les coûts individuels (financiers et humains) de l’action syndicale quand les autres peuvent le faire pour vous ?

Appliqué au téléchargement illégal, la logique fonctionne de la même façon. Il existe un bien (l’album, le DVD), et des coûts pour l’obtenir (débourser 15 ou 20 euros). Or, l’obtention du bien avec les réseaux peer-to-peer est dissociable des coûts pour l’obtenir : c’est le téléchargement. Pourquoi supporter des coûts individuels quand on peut avoir le bien gratuitement (sans payer et sans se déplacer) ? En outre, si l’on considère que dans l’acte d’achat du bien culturel réside non seulement une volonté d’acquisition personnelle du bien (écouter son CD), mais en plus une logique de bien collectif (participer à l’essor d’une culture nationale ou récompenser des artistes), le paradoxe de la logique de l’action collective fonctionne encore mieux : pour obtenir le bien collectif (récompenser les artistes et soutenir la culture nationale), je dois engager des coûts individuels ; par calcul rationnel, je préfère obtenir ce bien collectif (la satisfaction chauvine que mon pays est puissant culturellement) en me reposant sur les autres (les idiots qui continuent d’acheter des CD et des DVD).

Incitations sélectives

Revenons à Olson. Pour enrayer la logique individualiste et rationnelle, il faut casser le lien entre le bien collectif et les coûts individuels. A partir du moment où les coûts que l’on engage sont personnels, le bien ne peut pas être collectif, sans quoi la tendance naturelle pour qui fonctionne par calcul sera toujours d’en faire le moins possible, mettant ainsi en péril l’obtention même du bien : si dans un groupe donné tout le monde est rationnel, alors personne n’agira, et donc le bien ne sera pas obtenu. Il faut ainsi mettre en place ce qu’Olson nomme des « incitations sélectives », c’est-à-dire des raisons valables qui poussent chaque individu à engager les coûts individuels nécessaires à l’obtention du bien commun. Pour Olson, ils sont de deux types : coercitifs et incitatifs. Pour forcer un syndicaliste à être actif, vous pouvez le frapper d’amendes ou exercer sur lui une pression psychologique (dénigrement, menaces, etc). Mais vous pouvez aussi lui faire miroiter des biens individuels qui récompenseront son engagement en plus de l’obtention du bien collectif (promotion interne, valorisation auprès du groupe, etc). Dès lors qu’on use de la carotte et du bâton de manière individuelle (je doute que la coercition collective de type consigne générale fonctionne vraiment), on casse la logique du calcul rationnel, ou plutôt on lui ajoute une nouvelle donnée, qui tend à motiver l’individu vers l’action.

En outre, la communauté des téléchargeurs étant par nature anonyme, gigantesque et sans lien entre ses membres, le phénomène de pression sociale y est absent. Dans les petits groupes, le regard que chacun porte sur autrui agit comme un censeur des velléités de free riding : c’est l’exemple du village où tout le monde se connaît et où agir à l’encontre du bien commun vous exclut du groupe par les ragots qui circulent ou tout autre manifestation d’hostilité, agissant comme un contraceptif efficace et vous poussant vers l’action collective. Sur la toile, l’internaute est désinhibé, parce que le gendarme est au pire absent, au mieux invisible. La logique du calcul rationnel est alors complètement pure et non biaisée.

Punir et allécher

Dans HADOPI, ce sont ces deux logiques qui s’opposent.

Il y a d’abord ceux qui plaident pour de la répression à outrance, jusqu’à la suspension de l’abonnement à Internet. Plus d’Internet, plus de fraude. C’est une logique assez sommaire, et très nombreux sont ceux qui déclarent très justement que ce sera globalement inefficace. Le dispositif d’HADOPI est non seulement bancal techniquement, mais je doute qu’en plus il y ait une véritable peur du gendarme. A tel point que je vois bien s’organiser sur Internet des mutuelles de la fraude : chaque participant versera une cotisation et continuera à télécharger illégalement, et l’on puisera dans la caisse commune pour payer les amendes auxquelles la justice condamnera les contrefacteurs. En termes de calcul rationnel, le ratio sera très vite trouvé, et cela fera baisser le coût du bien culturel à des prix plus qu’hard discount.

Il y a ensuite ceux qui considèrent qu’il faut justifier la valeur du bien aux yeux de l’acheteur pour l’inciter à ne pas se le procurer gratuitement. Ici, l’action porte sur deux tableaux. Le premier est sur le plan de la valeur. On ne répètera jamais assez que les maisons de disque, préoccupées par la recherche d’amortissement et de profit sur du très court terme, privilégient les soupes culturelles, des usines à tubes jetables. La logique du Kleenex a été bien comprise des internautes : je télécharge, j’écoute, je partage, je jette. C’est ce que font les maisons de disque avec les artistes. Pour enrayer le phénomène, il faut que les consommateurs aient envie d’acheter. Cela passera par une meilleure offre artistique, mais aussi par un packaging différent. Aujourd’hui, la formule boîte-CD-livret (avec de grandes disparités dans la composition des livrets) ou la formule DVD-bonus, s’essouffle : il faut que chaque bien ait une plus grande valeur aux yeux de celui qui est susceptible de l’acheter. L’industrie du disque qui est prompte à s’étrangler des phénomènes de gratuité se fait une très haute idée de la valeur de l’offre qu’elle propose.

Le second tableau est typiquement olsonien : donnons au consommateur un bien unique ! On ne répètera jamais assez que l’évolution des supports est nécessaire et que, si les consommateurs achètent moins de biens culturels sur supports matériels, ils continuent cependant à aller au cinéma et dans les concerts. Là-bas, ils sont susceptibles de vivre des expériences culturelles individuelles, qui ne sont pas avec la technologie actuelle disponibles par le téléchargement. Même avec la meilleure sono du monde, rien ne remplacera jamais le concert en live. Etrangement, les maisons de disque et les boîtes de production cinématographique ont encore du mal à augmenter leur offre en marketing one-to-one. Si les produits culturels sont standardisés, qu’on ne s’étonne pas que l’on préfère avoir gratuitement la copie du voisin ! Les rencontres entre les fans et leur idole, les showcases, les concerts privés, la figuration dans les films ou les invitations aux festivals et cocktails… Les occasions de couplage achat-récompense sont incommensurables pour l’industrie de la culture, qui en reste à un modèle complètement éculé !

L’acteur rationnel est un bien précieux

Plutôt que de diaboliser l’acteur rationnel qui préfère se procurer gratuitement ce qu’on voudrait lui faire payer, il vaudrait mieux le considérer comme un régulateur du marché culturel. Je suis absolument frappé de voir à quel point l’adage qui veut que le client soit roi et que le marché soit tout entier à l’écoute de ses comportements et de ses habitudes soit à ce point battu en brèche sur la question d’HADOPI. Je croyais les grandes industries, toujours ingénieuses en matière de marketing, beaucoup plus créatives et résilientes. Les nouveaux comportements ne sont pas immoraux en eux-mêmes : ils sont rationnels. Et on adressera le même compliment aux grandes entreprises audiovisuelles qui préfèrent embaucher des intermittents à moitié payés par l’UNEDIC pour un travail de pro. Ou à toutes les autres entreprises qui préfèrent occuper certains départements ou certains métiers par un roulement incessant de stagiaires afin de réduire drastiquement leur masse salariale. Si ces grandes industries veulent être libérales, qu’elles jouent le jeu du libéralisme à fond. Ou alors qu’elles acceptent que la resquille soit partout traquée et endiguée, de la contrefaçon qui leur fait perdre un peu d’argent (encore faut-il prouver que tout bien téléchargé serait un bien acheté si le téléchargement n’existait pas) aux filouteries avec le droit du travail.

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Street marketing

23 mars 2009 | La vie de la cité | Aucune réponse

D’un côté, 2 millions de manifestants (moyenne des chiffres avancés par la police et les syndicats). De l’autre, 1 500 personnes au Zénith. D’un côté, des rues qui ne finissent plus de se remplir : ouvriers, cadres, enseignants, lycéens, chercheurs, magistrats, n’en jetez plus. De l’autre, une antre médiatique qui fait autant salle comble que pour les concerts de Cindy Sander. Et dans les deux cas, un PS vent debout contre le gouvernement, à la queue de la contestation du bitume.

Comparé aux 4 000 spectateurs de la Fête de la Fra-ter-ni-té ou aux 6 000 clampins de Mélenchon, le petit millier fait pâle figure. Pourtant, Martine Aubry avait bien pompé la même recette : des discours, et des intermèdes musicaux. Mais certains ont préféré décliner son invitation : à défaut de Cali, zébulon sautillant mou du cigare, Martine a eu Sanseverino, version roots et gaucho-compatible du vrai socialisme, pas le socialisme royaliste bien-pensant à mèche rebelle et à pantalon slim (par ailleurs compatible avec la technique gesticulatoire, suivez mon regard). Mais Titine cependant avait refusé la comparaison : « Ce ne sont pas des chanteurs qui viennent en soutien d’une personnalité, mais des chanteurs dont le message est en rapport avec les atteintes aux libertés. » Mais las ! le manque d’organisation et de communication leur a été clairement fatal.

Surtout, le PS a fait ce week-end l’éclatante preuve de sa difficulté à mobiliser en dehors du mouvement syndical. Le PS est à la remorque depuis le début de la crise : un contre-plan de relance qui est une soupe délayée et qui arrive après le déluge, un mutisme sur la plupart des sujets, une absence de propositions concrètes qui monte à 76% le nombre de Français socialo-sceptiques. Reste alors à s’accrocher au wagon de la contestation sociale, sans précédent depuis 1995, mais qui, si elle a montré le 19 mars qu’elle jetait plus de monde dans les rues, prouve cependant qu’elle mobilise moins sur les grèves : en temps de crise, on réfléchit à deux fois avant de balancer son frichti. Alors oui, les socialistes, militants et éléphants, peuvent bien se gargariser d’être visibles et présents dans les manif. Mais ils comptent surtout sur la locomotive syndicale pour reprendre du poil de la bête : massivement les Français expriment un mécontentement, que le PS cherche à récupérer, croit-il très aisément. Il a eu son retour de bâton ce week-end.

Quand les manifestations dégénèrent en violence, cela sert toujours l’ordre établi : voyez mai 68. Les manifestations d’aujourd’hui n’ont certes rien à voir avec le violent spectre grec qu’on a pu craindre avant Noël. Mais même non-violent, le mouvement de contestation est une splendide opération de street marketing pour l’UMP dans la perspective de 2012. Il montre un parti incapable d’insuffler la marche de la contestation autour d’idées structurantes ; il met en lumière un parti qui aboie avec la meute et se comporte en syndicat politique (ce n’est pas son rôle) ; et quand il essaie de rassembler, il se gamelle. De Nation au Zénith, la tactique de la rue du PS met le PS à la rue, ni plus, ni moins.

Martine Aubry refuse le parti des éléphants. Elle a réussi à créer un parti de gros poulets : ceux qu’on voit aux abords des magasins, tracts en main, qui déambulent sur leurs ergots pour faire la promo de la grosse boutique d’en face.

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Faire disparaître Nicolas Sarkozy et Carla Bruni du web ?

18 mars 2009 | Internet | Aucune réponse

Vous en rêvez ? Vous en avez marre de voir le net sarko-trollé ? Ah ! qu’il était bon le temps où le net se passionnait pour d’autres sujets politiques ? Maintenant, ce ne sont que sarkoguignolades et autres bruniphobies pavloviennes. Et ça lasse.

Eh bien, sachez que désormais, il est possible de kärcheriser Sarko et Carla du web. L’outil est simple, c’est un petit module Firefox subtilement intitulé Kärcher. Téléchargez-le, installez-le sur votre bécane Firefox, et c’est magique : le nom de Sarko et de Carla disparaît du web !

Enfin, il existe encore quelques sites récalcitrants, comme celui du Figaro

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SciencesPo occupé

18 mars 2009 | La vie de la cité | 3 Réponses

Hier, environ 200 étudiants et quelques professeurs d’université ont mené une expédition éclair et discrète d’occupation de SciencesPo. D’après la dépêche AFP, ces étudiants viendraient des autres universités parisiennes : Paris I, Paris III, Paris X (Nanterre), Paris VIII (Saint-Denis), Paris XIII, l’EHESS et Normale Sup’. Aux cris de « Dissolution des IEP ! », ils ont forcé le passage et occupé des salles du premier étage, en plein cours. Ils dénonçaient SciencesPo comme le « symbole de la ségrégation sociale et de l’établissement fermé ». Finalement, ils sont repartis sans rien de concret. L’objectif n’était pas vraiment de débattre mais de faire une action coup de poing pour qu’on parle d’eux. M’est avis que le buzz a été plus que moyen.

Surtout, je suis assez interloqué par plusieurs points. La composition des manifestants, déjà. Voir des Normaliens et des mecs de l’EHESS dénoncer SciencesPo, ça me fait doucement rigoler. Quand on est Normalien, on n’a rien à envier à SciencesPo : on a le salaire qui vous sort de la précarité et le prestige de l’institution ; et à moins de s’appeler Nicolas Princen, on n’a pas vraiment vocation à terminer dans les sphères de formation de SciencesPo ; et quand bien même  on le voudrait, croyez-moi qu’un Normalien avec un tant soit peu de bagoût parviendra toujours à se vendre dans les hautes sphères ! Et que dire de l’EHESS ? Là, je ne comprends vraiment pas ! Ces mecs (dont je fais partie) sont formés à la recherche dans l’un des établissements les plus à la pointe de la recherche française en humanités, ils se destinent à la recherche, et les IEP sont quand même des symboles élitistes ! Jusqu’à preuve du contraire, les IEP n’ont clairement pas une vocation de recherche, et le CEVIPOF, qui truste les médias dès qu’il s’agit de commenter l’actualité politique, ne se démarque pas par une qualité très transcendante de ses travaux. Ca reste de l’analyse fine de tendances d’opinion, une sorte de super-institut de sondages maquillé avec de l’histoire, de la sociologie et de la géographie électorale, mais sans vraiment de profondeur épistémologique derrière. Que craignent-ils alors ?

D’après ce que j’ai pu en lire, les étudiants de SciencesPo, hormis quelques délégués syndicaux qui sont allés au turbin, se sont complètement désintéressés de cet happening militant. Assez curieux, pour des étudiants en sciences politiques, de ne rien avoir à foutre de la réforme des universités. Ça montre aussi et surtout le complet désintérêt pour une réforme qui ne les concerne pas : comme quoi la mobilisation, c’est souvent affaire d’intérêt personnel…

Du côté des manifestants, on a sombré dans la caricature la plus idiote. Oui, SciencesPo connaît une fraction minoritaire de ses effectifs qui viennent d’un milieu très privilégié : mais cela représente une infime partie par rapport à l’ensemble ! Assimiler tous les étudiants de SciencesPo à une nouvelle aristocratie d’État n’a strictement aucun sens, elle dessert le mouvement. Et dissoudre les IEP ne servira à rien non plus : ce sont des écoles qui ont une qualité de formation incroyablement performante et qui forment des élites dirigeantes dont nous avons quoi qu’on en pense besoin. Comme le dit justement un délégué de l’UNEF interrogé, « plutôt que de ramener l’IEP au niveau des autres le mieux serait d’élever les universités au niveau de Sciences Po ».

Là est le vrai problème. Si les IEP sont aussi florissants, récupèrent les meilleurs étudiants en sciences humaines, et ont des résultats stratosphériques dans la formation et le placement des élites dirigeantes, c’est parce qu’en face, il n’y a pas de concurrence !

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Rapaces et bourrins

16 mars 2009 | La vie de la cité | Aucune réponse

L’homme est un animal politique, disait Aristote ; on pourrait ajouter que l’homme politique est un drôle d’animal. Ils sont trop optimistes, ceux qui chantent la sérénade supradarwiniste de la suprématie de l’homme sur l’animal, fondement d’une domination justifiée. En fait, nos hommes politiques ne sont, comme nous, que des animaux évolués.

Prenez Frédéric Lefebvre. Si l’on en croit Emmanuelle Mignon, il appartiendrait à la famille des bêtes à cornes, aussi intelligentes que des animaux de trait et peu gracieuses quand il s’agit de labourer. Un gros bourrin, en somme, qui ne craint pas de meugler en tribune des philippiques hystériques et d’enfoncer profondément les sabots de la droite sarkozyste dans la gueule de tout ce qui se trouve sur son passage, de Julien Dray aux tontons macoutes du LKP. Pas de réflexion, de la vocifération. Jamais des sommets d’intelligence, ses déclarations, mais du bon gros trolling artisanal pour rassurer les électeurs UMP.

A l’autre extrémité du règne animal, vous avez les rapaces. Ceux-là sont les mêmes que les bourrins, sauf qu’ils ont des ailes, qui leur permettent de décoller et de poser partout où la viande sarkozyste/socialiste/syndicale commence à faisander. Piqué au flanc, François Chérèque traite les militants NPA de rapaces du mouvement social, qui prennent la température des usines comme les croquemorts de Lucky Luke les mensurations des duellistes. Quand Fabius prédit une révolution sociale au printemps si le gouvernement n’infléchit pas sa politique, Frédéric Lefebvre lui colle une cartouche : rapace, prends ça ! Pas très sport de la part du porte-parole d’un parti qui soutient une politique de l’autruche d’oublier sa conscience de volatile : un peu comme le corbeau de La Fontaine, Frédéric Lefebvre a une grande gueule qu’il aime bien ouvrir, sur tout et n’importe quoi d’ailleurs. A tel point qu’il en a laissé tomber un jour le gros fromage du portefeuille de l’Economie numérique auquel il était prédestiné. Et Ségolène Royal ? Son tour de métropole et d’outremer de la vacance sarkozyste ressemble à s’y méprendre à un vol piqué ; mais quand on vous demande de lui attribuer un nom d’espèce, l’hésitation vous gagne : buse ? charogne ? dinde ?

Manquent les charognards. Ceux-là sont presque pire que les rapaces. Ils ne vont pas au combat, ils attendent que ça tombe tout cuit dans le bec. Patientons jusqu’à ce que la bête crève, pour nous en repaître goulûment. En 2003, les Guignols caricaturaient Le Pen en charogne cyclope qui éructait un « J’attends », quand la bourrique Raffarin s’enlisait. Aujourd’hui, certains se réjouissent à vouloir chanter Fillon est mort ce soir. Mais ils n’ont plus la face du bouledogue de Saint-Cloud. S’ils ne sont pas bourrins, en tout cas ils aiment à murmurer à l’oreille des chevaux.

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Sarkozy, un nouveau Caligula ?

13 mars 2009 | Histoire, La vie de la cité | 6 Réponses

Il y a peu, je me demandais si Sarkozy n’était pas un nouveau Louis XV, tant les similitudes entre les deux souverains sur leur manière de considérer les intermédiaires entre eux et le peuple ou sur le parcours déclinant qui leur a fait connaître les cimes de la popularité avant de finir bassement frappés par des crimes de lèse-majesté.

Aujourd’hui, je me demande si Sarkozy n’est pas un nouveau Caligula. Souvenez-vous, Caligula, cet empereur romain fou et incestueux, devenu par l’aide du pouvoir profondément tyrannique et mégalomane. L’historien romain du IIe siècle Dion Cassius livre d’ailleurs un portrait a posteriori très bien croqué :

« De plus alors qu’il avait au début interdit qu’on lui élevât des statues, il entreprit de se consacrer des images ; il supprima aussi un décret instaurant des sacrifices à sa fortune, au point qu’il le fit graver sur une stèle, mais il imposa ensuite temples et sacrifices en son honneur, comme à un dieu. La foule, la solitude lui plaisent tour à tour. [...] L’argent, il le dépensait sans compter, mais il thésaurisait aussi de façon sordide. Ceux qui le flattaient, ceux qui lui parlaient librement, il les traitait pareillement avec irritation et joie. [...] Quant à ses compagnons, il en flattait certains sans mesure, pendant qu’il outrageait les autres à l’excès. »

Toute ressemblance avec les hordes de militants UMP venus faire la claque au salon de l’Agriculture pour montrer que le peuple est toujours présent, qui soutient le président, avec le bouclage des rues lors de la tournée des vœux pour éviter que les cris des grévistes n’accrochent un micro, avec la complaisance dans un culte de l’image de soi, et avec les cloisonnements d’amitié parmi les ministres (G7, organigramme de l’UMP, et autres combinaisons), serait naturellement purement fortuite.

On épargnera à Sarkozy l’outrage d’être traité de pécheur de chair. On amoindrira la cruauté de sa tyrannie. A Rome, les cadavres politiques sont aussi des cadavres humains ; en Sarkozie, les cadavres politiques choient et ressuscitent au bon vouloir du monarque. Ceux qui jadis incarnaient la grâce du pouvoir sarkozyste sont tombés en disgrâce ; mais rien n’est jamais définitif comme chez aucun monarque, et les bannissements de cour sont souvent commués en peines de bagne, soit à Strasbourg, soit au fond d’un cachot à manger son pain noir (pardonnez-moi le rapprochement allusif avec Rama Yade) pendant quelques années.

Abonder dans le culte sarkozyen de l’image narcissique de soi, jusqu’à la sanctuariser pour qu’on n’y touche pas, s’affadit toutefois parce qu’on en a presque tout dit, un peu comme un café trop passé. Tous les hommes politiques sont, d’une manière ou d’une autre, tyranniques ou narcissiques. Etre un homme politique, c’est se projeter dans le corps social, et l’on veut être considéré par ses concitoyens plus que par ses pairs. Le besoin de reconnaissance sociale, en psychanalyse, traduit généralement une absence ou une lâche proximité avec la figure du père. N’entrons pas dans ces considérations-là, même si Nicolas Sarkozy ne cache pas que son père a été absent de sa vie.

En revanche, Nicolas Sarkozy tombe dans un travers qui est assez peu commun des hommes politiques : la volonté exacerbée d’entrer dans l’histoire. En tous points, il est dans une course névrosée au Robert des noms propres. C’est à se demander si ses multiples lapins-du-chapeau et ses réformes tous azimuths ne sont pas une volonté de puissance. Il veut être l’homme qui réformera le pays entier, de la carte judiciaire au congé parental, de la carte électorale à la mémoire nationale. On peut saluer la volonté d’être sur tous les fronts, de réaliser la métamorphose complète du pays. Si l’ambition est noble, on doute cependant de la capacité de réussite de l’entreprise. Réformer pour réformer, parce qu’on veut être celui qui a réformé, n’a aucun sens. On ne peut pas soumettre le sort d’un pays au souhait mégalomane d’un de ses dirigeants.

Rappelez-vous la prédilection de Sarkozy pour les sujets historiques. Quand il était Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait remis sur le tapis la question de la laïcité, plus adaptée selon lui à la nouvelle carte religieuse de la France du XXIe siècle ; dans son discours du Latran, il lâchait une expression (malheureuse ?) profondément rétrograde, subordonnant la morale républicaine à la morale religieuse ; lors de la visite du pape en France, il a récidivé avec force édulcoration, retissant sur sa toile religieuse le concept de « laïcité positive ». Souvenez-vous de Guy Môquet ; souvenez-vous du Mont Valérien ; souvenez-vous en général de son goût pour les commémorations, de son appétence pour les questions de mémoire nationale ; souvenez-vous du prochain musée de l’histoire de France, redondant à mourir avec d’autres. Et rappelez-vous que cette subite componction pour la profondeur historique tranche très nettement avec son milieu culturel. Que connaît-il de l’histoire, hormis que tout chef d’État doit parler d’histoire ?

Cette semaine, Nicolas Sarkozy a signé le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Il a finalement touché au symbole auquel les présidents depuis De Gaulle n’avaient pas voulu toucher. Avant cette semaine, la France avait déjà un pied et demi dans l’OTAN, mais elle n’avait pas un orteil dans l’organe le plus symbolique. Qu’est-ce qui a donc poussé Sarkozy, encore une fois, à attirer les projecteurs sur lui par une décision symbolique ? Le retrait de la France dans le commandement intégré de l’OTAN fait partie de ces événements qui ont forgé l’histoire diplomatique de la France contemporaine. Ce qui ne veut pas dire cependant qu’on ne peut y toucher ; mais que lorsqu’on y touche, ce n’est jamais innocemment. Pas avec Sarkozy en tout cas.

Et que dire des ballets incessants, du pousse-toi-d’là-que-j’m'y-mette auquel il joue avec Barack Obama ? A Gaza, Nicolas Sarkozy s’est empressé d’atterrir avant Obama pour ne pas se faire voler la vedette. Quand on évoque Obama en termes trop élogieux, Sarkozy s’agace ; et pourtant, il cherche absolument à le rencontrer au plus vite. Ne serait-ce pas parce que, encore une fois, Sarkozy est dépassé sur le plan historique ? Que vaut un histrion pseudo-réformateur face à un homme qui a réussi le tour de force d’avoir été élu à la tête d’un pays qui a pratiqué l’esclavage pendant longtemps jusqu’à provoquer une guerre civile, en portant l’espoir d’une réconciliation nationale ?

Aujourd’hui, la maison France, soumise au pas sarkozyen, menace de s’écrouler. Les contestations et les mécontentements sont tellement généralisés qu’ils donnent l’impression d’une société entière hostile à son président. Trop prompts à qualifier les rétifs de corporatistes et d’immobilistes, les soutiens sarkozystes ne voient pas que les Français sont particulièrement démunis contre l’action présidentielle, qui ne procède d’aucune autre logique que celle de la folie du matin, changeante et floue.

Ou celle de faire de la politique pour soi. Egotisme criminel.

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Lutte contre le spam à l’Assemblée

11 mars 2009 | Chroniques de la vie quotidienne, La vie de la cité | 2 Réponses

Parfois, quand vous rentrez chez vous après une dure journée de boulot, le premier réflexe en entrant dans l’immeuble, c’est de jeter un coup d’œil à la boîte aux lettres. Je ne sais pas si comme moi vous vous faites des défis insurmontables comme réussir à retirer tout le courrier rien qu’en passant la main à travers la fente de la boîte aux lettres sans vous servir de votre clef (pour ceux qui ont une boîte aux lettres à ouverture verticale dans ce style). Quand vous vous adonnez à ce genre de trekkings urbains, l’importance des courriers est inversement proportionnelle à la difficulté avec laquelle vous les retirez. Les lettres, ça s’extirpe d’un coup, surtout quand elles sont empilées : curieusement, les factures plus facilement que le reste. Les cartes postales, c’est d’une difficulté intermédiaire : de toute façon, pour lire que Mamie se rôtit sa peau de poulet dans le Var, on s’en fout un peu. Et en dernier, tout au fond (car oui, ils passent avant le facteur !), les tracts publicitaires. Ils sont tout fins, souples, parfois organisés en double page : un calvaire à vous faire regarder à droite à gauche si personne n’est dans les parages pour sortir votre clef et abandonner contre l’infâme ogre publicitaire.

Autant dire qu’au moment de jeter un œil sur les réductions de chez Carrefour, le pauvre prospectus n’a plus longtemps à vivre. Qu’il vous énerve parce que votre boîte aux lettres est spammée de pubs dont vous n’avez rien à foutre (non, les toboggans de jardin ne rentrent pas dans votre studio), qu’il vous exaspère parce que bordel, c’est marqué en gros sur la boîte qu’on ne veut pas de pubs, ou qu’il vous fasse fulminer parce que vous vous êtes écorché les doigts à un jeu de gamins à la con pour un prospectus qui ne l’est pas moins et qui, bien souvent, comporte le défaut cumulé d’être relevable des deux points ci-dessus, cette merde en papier glacé finit rapidement dans la corbeille, au milieu de tous ses congénères.

Au moins vous vous dites que les spams personnalisés qui vous proposent d’augmenter la taille de votre vit ou de vous procurer les petites pilules bleues vous auront été épargnées. Quand l’anonymat du web vous propose sous le manteau un vaste marché commercial de vos phobies et de vos hontes sociales inavouables, le spam postal, lui, ne fait rien qu’à vous faire saliver devant les rôtis bien ficelés et les kits super-dégraissants que promis la photo « après » c’est bien une photo du truc dégueulasse, où onze porcs s’y sont mis collectivement pour fabriquer une tâche inhumaine, après le nettoyage, et pas une vulgaire photo d’un truc sorti d’usine. Quand l’un vous câline, l’autre vous rapine. C’est la magie du commerce.

On pourra douter cependant du business plan qui se cache derrière cette stratégie de publicité outrancière. Un spam électronique, ça ne coûte rien et ça peut rapporter pas grand chose. Un spam postal, ça coûte déjà plus cher : impression, encre, et personnel de livraison. Et ça ne rapporte presque rien. Et c’est sans compter les réactions psychologiques dévastatrices : peu importe les qualités et la mise en scène du produit, le simple fait d’être publicité le rend hostile en bloc au futur acheteur. Quel intérêt de maintenir un système dispendieux, inutile et horripilant, pour des résultats hasardeux ? Avant d’avoir un message séduisant, la publicité doit être formellement acceptée, sinon c’est un non-buzz ou un buzz négatif assuré !

Et je n’ai pas parlé de l’empreinte écologique de ce spam publicitaire, qui naturellement est plus prégnant dans les centres urbains, déjà surpollués. C’est finalement la grande faiblesse de ce type de publicité : c’est par là qu’ils sont attaquables. Dans la mesure où les tractages et les boîtages ne sont pas sollicités par les récipiendaires, on ne peut pas rejeter sur ceux-ci la responsabilité des dégâts engendrés : jonchage de merdes en papier glacé sur la voie publique quand on vous le colle sous l’essuie-glace, ou remplissage (et même débordement) de poubelles d’immeubles. Les impacts de salubrité et de pollution incombent aux sociétés éditrices de ces flyers.

C’est précisément sur ce point que veut agir Eric Ciotti en déposant une proposition de loi visant à limiter le spam matériel. Je doute cependant de l’efficacité d’une telle loi. Voici ce qu’il propose :

Article 1er

Après l’article L. 541-10-1 du code de l’environnement, il est inséré un article L. 541-10-1-1 ainsi rédigé :

« Art. L. 541-10-1-1. – I. – Est interdite la distribution directe à domicile de publicités non adressées dès lors que l’opposition du destinataire est visible lors de la distribution, notamment à travers l’affichage, sur le dispositif destiné à la réception du courrier, d’un autocollant visible contenant un message clair et précis dans ce sens. Cet autocollant pourra être artisanal ou officiel.

« II. – Le non-respect de cette interdiction est passible d’une amende dont le montant est fixé par voie réglementaire. »

Franchement,vous, citoyen et propriétaire d’une boîte aux lettres dans un immeuble, ne voyez-vous pas l’inutilité du principe ? Les sociétés qui éditent ces prospectus ne sont absolument pas réglementées. Les coursiers qui sont embauchés sont rémunérés en fonction des tracts qu’ils distribuent. A partir du moment où un certain nombre de tracts est édité, on ne veut pas avoir de retours ! Or, chacun sait qu’il existe par malheur dans chaque immeuble une boîte aux lettres inanimée, parce que le propriétaire n’est jamais, ou parce que c’est un logement locatif inoccupé. Et que croyez-vous qu’il arrive ? Elle sert de boîte fourre-tout ! A l’heure actuelle, dans mon immeuble, deux boîtes non adressées sont spammées jusqu’à la gueule : les démarcheurs y glissent les prospectus, et les usagers les refourguent à l’intérieur quand la poubelle est pleine ! Cet article ne vise qu’à éviter les désagréments des usagers qui en ont plus qu’assez d’avoir à jeter les prospectus. En clair, il vous propose de vous décharger de la nécessité de cliquer sur « supprimer ». Pour autant, y aura-t-il moins de pub néfaste ? Non : il y en aura toujours autant d’imprimées, mais un peu moins de distribuées personnellement. Question écologie, on repassera !

Article 3

Après l’article L. 541-10-1 du code de l’environnement, il est inséré un article L. 541-10-1-3 ainsi rédigé :

« Art. L. 541-10-1-3. – I. – Par principe, dans un souci de développement durable et notamment pour lutter contre les déchets sur la voie publique, l’apposition de tracts publicitaires ou de prospectus sur les pare-brises des véhicules à moteur est interdite.

J’ai fait moult recherches. J’ai sollicité la contribution éclairée de mes amis Twitter. J’en ai maintenant la certitude : il n’existe pas de véhicules non motorisés avec pare-brise ayant autorisation de circuler sur la voie publique (rires). Et j’irai même plus loin : il n’existe pas de véhicules non motorisés ayant un pare-brise avec essuie-glaces (condition sine qua non pour se faire spammer sur la voie publique). Non seulement vous n’avez pas le droit de garer votre bobsleigh ou votre planeur sur les emplacements de stationnement, mais en plus ceux-ci ne sont pas éligibles aux tracas publicitaires du conducteur de voitures. Très jolie perle redondante des rédacteurs. J’irai même jusqu’à leur souffler que les véhicules à moteur concernés sont uniquement les voitures, sous toutes leurs formes (de la petite citadine jusqu’à l’utilitaire) : les vélo- et cyclomoteurs n’ont pas d’essuie-glace, et les camions ont un pare-brise trop haut pour que les tracteurs jouent les funambules. Pourquoi utiliser une périphrase quand on peut nommer directement les choses. Langage administratif, quand tu nous tiens…

Le spam publicitaire a de beaux jours devant lui.

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