Redécoupage électoral : les moules et le rocher

14 avril 2009 | Idées, La vie de la cité | 25 Réponses

img_0918 Ah ! Ça ne se passera pas comme ça, je vous le dis, moi !

Les socialistes sont vent debout : Alain Marleix, figure de proue du charcutage électoral, veut s’attaquer à leurs circonscriptions. La menace se précise : sur les 33 circonscriptions qui seront sacrifiées, 9 sont détenues par la droite et 23 par la gauche ; la trente-troisième concernée est celle de Creuse, qui dispose actuellement de deux circonscriptions, avec deux députés, l’un PS, l’autre UMP. Leur prochaine fusion laissera place en 2012 à un combat à mort entre Michel Vergnier, moustache blanche et casaque rose, et Jean Auclair, raie sinistrogyre et casaque bleue.

On taxe ainsi vite le redécoupage Marleix de magouille électorale. On dénonce que l’expert en carte électorale chargé de redécouper démocratiquement les circonscriptions soit le même que le « monsieur élections de l’UMP » ;  sans doute à gauche aurait-on préféré Bruno Le Roux, histoire d’être mieux servi. Pourtant, le redécoupage à volume de députés constant n’est pas nécessairement une fragilisation de l’opposition. Toute circonscription supprimée ou fusionnée sera recréée ailleurs, de sorte qu’il y ait après le redécoupage le même nombre de députés, soit 577. Si donc les socialistes récupèrent dans un autre département un député perdu ici ou là, le scandale ne sera pas démocratique ; il sera baronnial et féodal.

Avantage à la droite ?

Selon les informations publiées par le ministère de l’Intérieur, 11 départements devraient gagner une circonscription (l’Ain, le Gard, la Gironde, l’Ille-et-Vilaine, l’Isère, le Loiret, la Savoie, la Haute-Savoie, le Var, le Vaucluse, et le Val-d’Oise), et 4 départements bénéficieront de deux circonscriptions supplémentaires (la Haute-Garonne, l’Hérault, la Seine-et-Marne et la Réunion). Parmi les 11 départements qui gagneront une circonscription,  8 sont pour le moment favorables à l’UMP (l’Ain, le Gard, le Loiret, la Savoie, la Haute-Savoie, le Var, le Vaucluse, le Val-d’Oise), et 3 à la gauche (la Gironde, l’Ille-et-Vilaine, l’Isère). Parmi les 4 départements qui gagneront deux députés, la Seine-et-Marne et l’Hérault sont quasiment acquis pour l’UMP (la Seine-et-Marne est acquise, puisque les 9 députés sont UMP), la Haute-Garonne est acquise au PS même si la 1ère circonscription, celle emblématique de la droite, n’est que fraîchement tombée en 2007, et la Réunion est partagée entre UMP et PS. Pour la Réunion comme pour l’Ille-et-Vilaine et l’Isère, l’enjeu sera dans le choix des cantons, car ces trois départemens connaissent une fracture géographique : l’Ille-et-Vilaine est à gauche à l’ouest, à droite à l’est (5e, 6e et 7e circonscription) ; l’Isère est majoritairement de gauche à l’est, UMP à l’ouest (6e, 7e et 8e circonscription) ; la Réunion est un patchwork géographique de gauche et de droite. Ainsi, ce n’est pas la création d’une ou deux circonscriptions qui importera, mais l’endroit où elles seront implantées.

Pourtant, dans tous ces calculs d’apothicaire, une variable très importante est minorée : l’électeur. Conjecturer sur les pertes, les fragilisations, les renforcements en 2009, c’est bien beau, mais on oublie une variable d’importance : la gauche est actuellement lésée à suffrages égaux en 2012. Qui nous dit qu’en 2012, la gauche ne remportera pas les élections législatives, provoquant un raz-de-marée comme en 1981 ? Depuis 2002, les législatives sont un vote de ratification, et qui remporte la présidentielle a de fortes chances de colorier la carte électorale de sa propre couleur. Et quand bien même la gauche ne remporterait pas les élections présidentielles, elle pourrait se maintenir ou améliorer son score aux législatives. L’exemple de 2007 nous l’a bien prouvé : on n’est jamais à l’abri d’un lapsus malheureux comme la fameuse TVA sociale ou simplement d’un désir d’équilibrer le jeu politique afin de ne pas donner les pleins pouvoirs à un parti.

Pourquoi tant de cris d’orfraie alors ? C’est principalement parce que ce sont les moules accrochées à leur rocher qui crient, balayées par les embruns sur le rivage. Touche pas à ma circo ! Dans ce jeu politique, comment est-il seulement possible de proposer de faire un redécoupage dépolitisé ? Si le redécoupage est favorable à un camp, c’est un scandale démocratique. Faut-il donc que l’exigence d’équilibre prime sur l’argument démographique ? En clair : faut-il faire un redécoupage qui arrange les installés ou un redécoupage qui prenne en compte les données démographiques ?

Géologie électorale

Allons au-delà de la simple volonté de nuisance de la part de l’UMP. Il est un fait qu’actuellement la proposition de redécoupage est à l’avantage de la droite. Il est peut-être aussi un autre fait, qui lui est corrélé : l’argument démographique est à l’avantage de la droite. Ici, on touche à un point beaucoup plus sensible : lorsque la victoire par les urnes est légitimée par un processus qu’il faudra bien mettre en place un jour. En clair : « Mais c’est pas de notre faute si les endroits où y’a plein de gens votent pour nous ! ».

Au début du XXe siècle, André Siegfried proposait une lecture géologique de l’électorat. Pour résumer, il avançait que les terrains granitiques, où les points d’eau sont nombreux et dispersés, favorisaient un habitat dispersé, et donc la domination politique des grands propriétaires terriens. A l’inverse, sur les terres calcaires, l’eau est plus rare et impose les regroupements de population autour des lieux où elle jaillit ; l’eau est ainsi à la source d’une sociologie villageoise beaucoup plus égalitaire. Cette théorie, pour stimulante qu’elle soit, ne fonctionnait qu’une fois sur deux au moment où Siegfried écrivait ; alors que dire aujourd’hui, où le clivage politique n’est plus entre propriétaires terriens et villageois citadins ! Cependant, cette théorie par la terre ne manque pas d’interroger. Et si la sociologie électorale fossilisait les circonscriptions ? L’héliotropisme des retraités vers le soleil méditerranéen, en vieillissant l’électorat, l’a déporté sur sa droite, si bien qu’aujourd’hui, s’il eût été encore vivant, Édouard Daladier se serait sans nul doute fait voler sa circonscription de Carpentras par Jean-Michel Ferrand.

Dès lors qu’un critère somme toute démocratique (maintenir autant que possible un ratio d’un député pour 100 000 habitants) favorise les départements aux aires géographiques densément peuplées, il faut s’interroger sur la pertinence du critère en terme démocratique et sur les raisons qui le conduisent à favoriser tel camp ou tel autre. Si le critère démographique favorise les concentrations urbaines du sud, ne peut-on pas y voir une question qui ressort essentiellement de l’aménagement du territoire ? Il faudrait mener de plus grandes études à ce sujet, mais nul doute que la clé est là : pourquoi les gens s’agrègent sur tel territoire et pas sur tel autre ? Dès lors, comment découpe-t-on ce territoire de manière la plus juste possible ? Dans la mesure où la mixité sociale, vaste projet de la gauche, n’a jamais véritablement existé, et dans la mesure où la majorité du territoire français n’est pas radicalement arc-bouté sur une couleur politique mais est doté d’une marge de renversement, une des solutions serait peut-être d’agir au premier échelon, le canton, en favorisant les éclatements iconoclastes, voire, pourquoi pas, les ruptures de continuité territoriale.

Quoi qu’il en soit, c’est sur l’argument démographique qu’on attend le PS. Oui ou non les conclusions d’Alain Marleix ont-elles suivi le principe de solde démographique ? Si le solde démographique favorise la droite, c’est un hasard heureux, mais alors il faut choisir : ou maintenir une carte vieille de 1986 pour contenter les socialistes, ou la réformer, quitte à fracasser certains fiefs au passage dont les seigneurs ne manqueront pas de faire du bruit. Surtout, il faut voir à long terme : quoi qu’il arrive, le principe démographique appliqué stricto sensu favorisera l’un ou l’autre camps, sauf hasard de l’équité ; mais jusqu’à preuve du contraire, en France, ce sont les électeurs et leur libre choix qui décident de la composition du Parlement ; pas leur déterminisme sociologique et géographique.

Plutôt que de hurler au champ de ruines, le PS devrait se mettre en ordre de bataille tout de suite. Vingt-cinq députés de perdus, ce n’est pas un mal ; ils en récupèreront déjà trois ou quatre avec les créations Marleix. Les autres sont à chercher sur le terrain, dans les départements de droite. Hardi les gars !

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To link or not to link

13 avril 2009 | Pratiques de sociabilité des blogueurs | 6 Réponses

C’est souvent dans la vie de tous les jours que surgissent, au hasard du quotidien, des réflexions et des idées. A l’instant même, je viens d’assister à un petit ballet qui m’a laissé profondément songeur.

En ce week-end pascal d’ordinaire bien vide, la résurrection du journal 20ans nous a sauvés, par son bad buzz, d’un morne ennui que pas même l’ingestion parfois émétique d’œufs en chocolat n’aurait pu combler. Le journal 20ans donc, englouti comme tant d’autres titres de presse par l’indigence de ses ventes, renaît de ses cendres après trois ans d’absence. Jeudi, on apprenait que la rédactrice en chef était une jeune femme de 19 ans ; le jour-même, un mème était lancé. Mais derrière le vernis glossy de la nouvelle, le bad buzz s’est très vite installé. Plusieurs blogueuses ont publié le mail envoyé par la rédaction qui leur propose des piges à 20 euros. Des blogueurs relaient le buzz, d’autres analysent. Le site 20minutes.fr porte l’estocade et assassine la campagne de com’ de la nouvelle mouture. Finalement, ce soir, la rédaction de 20ans se roule dans le ridicule en menaçant de procès ceux qui ont relayé l’article de 20minutes.fr.

Parmi ceux qui ont parlé de l’affaire, un blogueur s’est montré particulièrement élogieux. Mry est parfois en délicatesse avec les femmes, qu’il n’hésite pas à traiter de salopes, de putasses, à faire poser nues dans un buzz blog. Mry est détesté des féministes, apprécié des geekettes, comme quoi le féminisme n’est pas le combat de toutes les femmes. CyCee, talentueuse blogueuse féministe, en publiant cet article, a linké Mry. Horreur et sacrilège ! Immédiatement, la faute est dénoncée, et CyCee retire son lien en lui substituant celui-ci, dont le titre est évocateur : « Mry est un con ».

Tout ceci me laisse songeur. Que représente un lien dans le monde de la blogosphère ? Dans cette petite parabole, j’y vois clairement la définition d’un lien comme vecteur d’une puissance, celle de la visibilité. Ici, le lien est un appeau à Wikio. Linker Mry, c’est contribuer à le référencer, à le faire grimper dans les classements et donc à le rendre encore plus visible, lui dont les propos, pour ceux qui refusent de le linker, ne valent pas d’être mis en tête de gondole.

Or, je me trouve ici clairement en porte-à-faux. Lorsque je linke, je ne le fais pas par égard pour telle ou telle personne. Je ne me refuse pas à linker tel blogueur ou tel autre parce qu’il n’a pas la même étiquette politique que moi, par exemple. Comme vous vous en apercevrez dans cet article, je donne au lien une double fonction :

  1. Resituer l’article du blog dans une chaîne de publication : un blogueur est la plupart du temps inspiré par une matière. La blogosphère politique, surtout, est plus souvent commentatrice que productrice d’information. Nos sources sont soit des articles de presse en ligne, soit des articles lus ici et ailleurs. Linker, c’est donc signifier au lecteur le chemin qui a mené à l’écriture du billet. Par le lien, nous l’invitons à remonter le courant de l’information, parfois dans ses nombreux méandres comme je l’ai fait dans la parabole de 20ans.
  2. Donner au lecteur les clés de lecture : je blogue comme je rédige. En tant que padawan historien (plus pour longtemps), je suis obligé de donner la source de tous mes propos. Le link n’est autre qu’une note de bas de page qui permet de localiser le propos avancé pour permettre à chacun de vérifier la véracité de mes propos s’il me trouve suspect, ou de retrouver aisément le matériel que j’ai mobilisé pour, à son tour, critiquer, prolonger, ou dériver à partir de ce que j’ai dit.

Dans les deux cas, il s’agit ni plus, ni moins, que de s’insérer dans une gigantesque et tentaculaire communauté d’information. A mon humble échelle, cela impose non pas de considérer le lien en fonction de la personne qui l’a commis, mais sur son contenu. Peu m’importe que je ne partage pas le propos de celui que je linke, ou que mon lien est une contribution à sa visibilité à cause de la stupidité de l’algorithme Wikio : si j’en suis amené à parler de lui, c’est qu’il m’inspire une réflexion que je compte partager à mes lecteurs, réguliers comme de passage. Et c’est pour cette raison que je me sens obligé de linker, parce qu’il est une partie intégrante du processus de blogging et qu’à ce titre, il doit être inséré dans la chaîne de production de l’information et de germination de ma réflexion.

Et naturellement je pense que tout le monde devrait faire de la sorte.

[EDIT : Vous pouvez suivre la fabuleuse vie de 20ans sur ce faux-compte Twitter]

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Jean Sarkozy député : suite et fin

13 avril 2009 | Brèves | Aucune réponse

La rumeur courait il y a une dizaine de jours. Joëlle Ceccaldi-Raynaud, députée de Neuilly-sur-Seine, voulait partir au Parlement Européen et demandait une place éligible en contrepartie de sa démission de l’Assemblée Nationale. Eh bien, il semblerait qu’elle y ait renoncé, assombrissant momentanément l’horizon ascendant de Jean Sarkozy, déjà conseiller général de Neuilly-Sud, et dont le canton se trouve en plein dans la circonscription de Joëlle Ceccaldi-Raynaud. Si l’on en croit Xavier Bertrand, ce chassé-croisé viendrait de ce que « pour lui, c’est vraiment trop tôt ; [il] veut prendre son temps. »

Et 2011, c’est trop tôt ?

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Libertas contre-attaque

11 avril 2009 | Internet, europe | 7 Réponses

Alors que la majorité des partis, surtout le PS et l’UMP, tardent à s’organiser, le parti Libertas, « l’accord programmatique conjoncturel » entre Nihous et de Villiers (appréciez la jolie novlangue qui évite de parler d’alliance), a entamé sa stratégie de communication antieuropéenne en frappant fort ; faut dire qu’ils y mettent les moyens sur ces européennes.

Pour le moment, le PS a produit une petite vidéo pseudo-virale représentant Nicolas Sarkozy sur Facebook. Elle fait sourire, mais est quand même d’assez mauvaise qualité. C’est bourré de clichés (le clavier en or…), l’imitation est mauvaise (et ça décrédibilise la vidéo), et la réalisation pas forcément très réaliste pour le coup (la navigation sur l’écran est simulée informatiquement). Libertas, à l’inverse, vient de livrer deux vidéos virales où l’on sent qu’on a mis le paquet pour les produire. Ils ont repris la technique de Mozinor, connu pour ses détournements de vidéos, surtout celle sur Luc Besson, en parodiant Star Wars.

Je vous laisse apprécier. Malgré toute la non-considération que j’ai pour les souverainistes bruxellophobes, je suis obligé de leur tirer un grand coup de chapeau. Maintenant, restent aux autres partis à répondre sur le même mode et avec le même film !

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L’élection sur un plateau

10 avril 2009 | Brèves, La vie de la cité | 5 Réponses

Il y a une semaine, je vous parlais de la forte probabilité de voir débarquer Jean Sarkozy à l’Assemblée Nationale, dans le cas où Joëlle Ceccaldi-Raynaud serait élue au Parlement européen. Mais il fallait pour cela satisfaire à la loi, à savoir toucher les 23 ans. Eh bien, croyez-le ou non, la députée de Meurthe-et-Moselle Valérie Rosso-Debord vient de déposer conjointement deux propositions de loi, l’une visant à abaisser à dix-huit l’âge nécessaire pour postuler et être en possession d’un mandat électif national, et l’autre visant à faire de même au Parlement européen, ce qui permet de faire sauter l’obstacle de l’âge. Jean Sarkozy va donc pouvoir aisément être élu avant l’été afin d’aller se faire bronzer les orteils. Magique.

Au passage, quand on dit « mandat électif national », il faut entendre tout mandat électif, même celui présidentiel…

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Les étiquettes

8 avril 2009 | Histoire, Internet | 31 Réponses

Cela fait plusieurs semaines que je rumine ce billet. Depuis quelques temps dans la blogosphère politique, la question des étiquettes est un sujet de débat stérile mais qui pourtant agite tout le monde. Il y a d’abord eu le psychodrame LHC, initié par certains blogueurs de gauche. Depuis hier, c’est la tragédie Renovatio Occidentalis qui fait bruire ses fuseaux. Ce soir, je lis un twitt de Marc Vasseur très éloquent.

Que lit-on à chaque fois ? Qu’untel est de droite, qu’untel est un fasciste. Voilà une attitude extrêmement révélatrice.

Derrière le vernis classificatoire se cache en fait un sectarisme très marqué. Il ne s’agit pas de classer les blogs sur l’échiquier politique par plaisir de savoir à qui l’on parle, mais pour savoir qui est respectable et qui ne l’est pas. A gauche, on fonctionne volontiers en circuit clos : les blogs de gauche lisent des blogs de gauche, où chacun est quasiment d’accord sur tout, et surtout n’allons pas linker ou commenter chez les frères ennemis de la droite, ça tacherait les esprits. A droite, c’est presque quasiment pareil, encore que la blogosphère de droite est moins développée.

Avez-vous vu comme le dialogue est impossible entre les différentes sensibilités ? C’est le magnifique triomphe des étiquettes. On les colle sur le front des blogueurs pour mieux les identifier de loin. Avec cette idée très foucaldienne et très lacanienne que le lieu précède le discours, en clair que votre étiquette parle avant vous-même. Et c’est parce qu’on colle ces fichues étiquettes que la blogosphère se sectarise de jour en jour : impossible d’être d’accord avec un mec de droite quand on est un blogueur de gauche, c’est juste politiquement impensable. Pas étonnant, donc, que sur certains blogs militants, il devienne impossible d’apporter la moindre contradiction, comme chez CSP et Dagrouik. A chaque fois qu’on y va, même en étant neutre et doucereux, c’est un tombereau d’injures qui vous pleut dessus.

Pourtant, il me semblait bien que les mêmes qui ont commencé à bloguer peu avant la présidentielle voulaient faire de la blogosphère un lieu d’expression libre, fruit d’une société civile en mouvement, désireuse de porter une parole publique, d’échanger. Il me semblait aussi que les blogueurs formaient une sorte de confrérie, de communauté virtuelle fondée sur la discussion amicale, l’échange. En fait non, le politique s’infiltre partout. On dresse des étiquettes qui ne sont en fait que des cloisons qui servent à tenir l’autre à distance, pour ne pas discuter avec lui. Et mieux rester dans l’entre-soi.

C’est d’ailleurs assez révélateur. Parmi les quelques blogueurs de gauche que je côtoie fréquemment, les seuls avec qui je trouve parfois des points d’accord sont Vogelsong et Eric. Les deux ne sont pas encartés. Pour tous les autres, et notamment les ségophiles (voire ségolâtres), il est impossible de leur faire admettre la moindre critique : Ségolène est belle, brillante, elle a raison sur tout. Même chose avec les bayroulâtres incapables de voir plus loin que leur engagement. Mais où donc est passée cette blogosphère impertinente, volontiers irrespectueuse du silence militant que veulent leur imposer les divers bureaux partisans, et qui porte l’esprit critique comme un tatouage tribal au milieu du visage ?

Triste destin de la blogosphère.

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Madame Je-sais-tout

7 avril 2009 | La vie de la cité | 10 Réponses

Ségolène Royal aime bien aller à l’encontre des hiérarchies établies. Après le verdict du scrutin du congrès de Reims, elle affichait sa détermination à ne pas reconnaître la défaite, quitte à être une anti-première secrétaire comme il y avait au Moyen Age des antipapes contestant la légitimité du pape romain. Elle semble tout autant contester le verdict du 6 mai 2007, jour où Nicolas Sarkozy a été élu avec 53% des suffrages… la reléguant au statut de valeureuse candidate, mais de candidate défaite tout de même. Et donc Ségolène Royal a décidé d’être une sorte d’antiprésidente, présente partout où le pouvoir sarkozyste n’est pas. Cela avait déjà été le cas en Guadeloupe, où elle s’était rendue avec beaucoup de démagogie et de populisme pour essayer de surfer sur la vague de mécontentements, à tel point qu’Elie Domota avait pris soin de ne pas trop s’afficher avec elle pour ne pas se carboniser.

Bis repetita placent. Ségolène Royal est à Dakar, autolégitimée par le fait qu’elle y soit née et qu’elle y a vécu petite. Et elle ne se prive pas pour revenir sur les propos de Nicolas Sarkozy lors du discours de Dakar. Au nom de la France, donc, elle s’excuse pour les propos tenus.

« Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n’auraient jamais dû être prononcées et qui n’engagent pas la France. Car vous aussi, vous avez fait l’histoire, vous l’avez faite bien avant la colonisation, vous l’avez faite pendant, et vous la faites depuis. »

Mais de quoi se mêle-t-elle ? Quelle légitimité a-t-elle pour parler au nom de la France ? La représente-t-elle ? Non pas. Qui représente-t-elle aujourd’hui ? La région Poitou-Charentes ; même pas le Parti socialiste ! Au passage, comme le relève judicieusement Aliocha, elle commet une bourde en tronquant la citation de Nicolas Sarkozy, ce qui en change complètement le sens.

Parfois, le silence est meilleur conseiller.

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Pêche aux trolls

7 avril 2009 | Coulisses, Internet, Médias | Aucune réponse

Parfois, on se rend compte avec amertume et cynisme qu’il y a des sujets extrêmement racoleurs. Quand je tape sur Sarkozy, ça m’amène parfois un nombre incroyable de visites. Quand je parle de la grossesse de Rachida Dati sur Facebook et Twitter, les gens se ruent plus que d’ordinaire sur mes liens. Quand je parle de Quitterie Delmas ou d’une déclaration fracassante sur Bayrou, la blogosphère MoDem accourt alléchée. Récemment, j’ai trouvé un autre aspirateur à polémique : les billets critiques sur le féminisme. Le sensationnalisme paie toujours, et c’est parfois dommage quand on aimerait aborder d’autres sujets.

Tout blog qui se respecte et qui est un tant soit peu visible est truffé de mouchards à spam. A l’heure actuelle, Akismet avec ses petits bras musclés m’en a interceptés près de 4 000 en quelques mois. Mais parfois il arrive qu’il en laisse passer et que ceux-ci se retrouvent dans l’antichambre de ma page de commentaires, à un cheveu de se retrouver dans le fil des discussions de mes brillants lecteurs (je n’ai jamais eu à me plaindre de la qualité des discussions sur mon blog jusqu’à présent). Aujourd’hui, à la suite de mon dernier billet malicieusement titré autour du clitoris et du pénis (ça va encore aspirer les spams, ça), un généreux site m’a envoyé le commentaire suivant (cliquez pour voir en plus grand) :

Le site Internet en lien hypertexte vaut son pesant de cacahouètes. Et la technique de postage aussi. On reprend le commentaire de l’auteur avec un faux compliment (même pas en français en plus…). Ils sont de plus en plus ingénieux.

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Décadence début-de-siècle

7 avril 2009 | Histoire, Internet, Société | 4 Réponses

Décidément, la blogosphère est un écosystème qui grouille de vie. Sous la canopée du classement Wikio les blogs se déplacent, naissent et disparaissent, s’agrègent et se délitent. Un nouveau réseau de blogs semble se mettre en place : Renovatio Occidentalis. Ce qui les lie, c’est une même sainte horreur de la décadence de l’Occident à l’heure de la réintégration de la France dans l’OTAN et de sommets internationaux qui contribueront peut-être à donner une nouvelle impulsion à ce XXIe siècle naissant.

Certains crient déjà au loup. Fascistes ! nazis ! Ce sont les mêmes qui ont la pensée un peu courte, et souvent hémiplégique. Les mêmes qui hiérarchisent les extrêmes, rejettent culturellement l’extrême-droite mais accueillent à bras ouvert l’extrême-gauche en adoptant par jeu certains de ses codes linguistiques (goulag, Politburo), certes désubstantialisés. Les mêmes pourtant qui crieraient à l’horreur si l’on utilisait les mots de stalag, d’oflag, si un patron cynique lâchait à des ouvriers grévistes le terrible adage inscrit sur le linteau du portail en fer forgé qui mène au camp d’Auschwitz : « Arbeit macht frei ». Certains autres comme Le Chafouin1, dont j’apprécie de plus en plus les positions posées et intellectuellement honnêtes, rejettent avec vigueur ces paresses intellectuelles.

Pourquoi Renovatio Occidentalis, au-delà des idées qui sont les siennes et dont il appartient à chacun de juger son degré de proximité avec elles, est en soi intéressant ? Parce qu’il renseigne sur les mouvements décadentistes dans leur ensemble. D’une certaine manière, il y a du Robert Aron dans Criticus, certes avec moins de talents de prosateur et même d’intellectuel, mais une même crainte de la dissolution morale d’une nation entière. En 1931, Robert Aron publiait Décadence de la Nation française et le Cancer américain, deux vitrines du groupe de droite conservatrice Ordre Nouveau, l’un des piliers, avec la revue Esprit d’Emmanuel Mounier, du mouvement personnaliste français2. Pour les personnalistes français, la faillite morale provenait à la fois de l’individualisme issu de la pensée capitaliste et du reflux du spirituel. Rénover la nation et la pensée françaises passait donc pour eux par la recherche d’une troisième voie entre marxisme et capitalisme, et par le retour de la Primauté du spirituel, comme le titrait le philosophe catholique Jacques Maritain en 1927.

Nous sommes effectivement en ce moment dans une période où nous interrogeons les moindres aspects de notre société. La crise économique mondiale et les tribunaux d’Inquisition morale qu’on dresse sur la place publique pour juger les patrons engraissés amoralement aux stock-options et aux retraites dorées nous imposent de faire une introspection du modèle capitaliste actuel et de corriger immédiatement les dérives qui sont les siennes, dussent-elles le vider de sa substance. Les nouveaux enjeux géopolitiques et les déplacements des foyers de conflit qui ont suivi le 11 septembre nous imposent eux aussi de considérer un nouvel ordre mondial, qui passe par la question de la sécurité mondiale et des jeux d’alliance. Quant à la pensée… voilà plus de vingt ans que l’on fait le procès d’un Occident désintellectualisé, où la vie intellectuelle est repoussée aux marges des salons feutrés, repliée sur de l’entre-soi.

Ce procès de la faillite culturelle et intellectuelle est-il juste ou biaisé ? Chacun jugera. Quoi qu’il en soit, la situation actuelle, toutes proportions gardées, n’est pas sensiblement différente à celle des années 30, avec cette impression d’un monde qui craque de toutes parts, dont on ne sait pas encore ce qu’il peut sortir. Ce matin, les radios revenaient sur les violents incidents de Strasbourg ; depuis la crise économique, quand la violence descend dans la rue, la comparaison avec le 6 février 1934 titille certains. D’autres prédisent une troisième guerre mondiale avec le monde musulman. D’autres enfin sont persuadés que la crise économique est équivalente à celle de 1929. Difficile de dresser une comparaison scientifiquement satisfaisante d’un point de vue historique. Ce qui importe le plus, peut-être, ce n’est pas tant que les faits soient identiques, c’est la comparaison possible de la symbolique : un monde est peut-être en train de mourir, à nous de le rénover (droite) ou de le reconstruire (gauche).

D’ordinaire, le décadentisme est un mouvement typiquement fin-de-siècle ; pour la première fois aujourd’hui, il est début-de-siècle. Tout change.

  1. Le Chafouin vous renverra vers plein de liens intéressants sur cet OVNI blogosphérique []
  2. Si le mouvement personnaliste vous intéresse, je vous conseille vivement la lecture du livre de Jean-Louis Loubet Del Bayle, Les Intellectuels non-conformistes des années 30, Paris, Seuil, rééd. 2001 []
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Classement Wikio : le clitoris est-il un pénis atrophié ?

6 avril 2009 | Antiféminisme, Brèves, Internet | 9 Réponses

Ah, Wikio ! Je me souviens de mes premiers émois du mois de mai dernier où, tout hardi de mon classement dans le Wikio ancien régime, je me prenais des rêves de grandeur… et de profondeur auprès d’anciennes gloires du classement qui en sont désormais sorties.

Wikio, finalement, est un rocher de Sisyphe. Soyez en bas du classement, et vous êtes sur le versant ascendant, vertueux, et Wikio n’a que des avantages en termes de visibilité et de socialisation. Soyez en haut du classement, et celui-ci ressemble pour vous à la lex de maiestate antique : une liste hiérarchisée de noms à abattre. Soyez en haut, et ce n’est que concert de critiques aigres, qui vous poussent souvent à demander à Saint Wikio de vous retirer de son annuaire.

J’ai déjà exprimé mes critiques envers Wikio. D’autres que moi le font aujourd’hui. Ce n’est plus un secret de polichinelle : Wikio est pollué par des stratégies de linking mutuel afin de truster artificiellement les premières places. J’avais déjà décrié ce genre de pratiques il y a un an avec d’autres acteurs. Aujourd’hui, un nouvel avatar de ces filouteries blogosphériques apparaît avec la sortie du classement d’avril : dans plusieurs catégories du classement, les blogs féminins venus des tréfonds insondés et quasi-invisibles de la blogosphère font des remontées spectaculaires, jusqu’à détrôner par surprise des vieux barons installés.

Certaines femmes s’en félicitent. Enfin, dans Wikio, il y a des femmes aux premières places du classement politique ! Enfin, les femmes sont reconnues comme bonnes à autre chose qu’à causer couture ou chiffons ! Enfin, la blogosphère politique, machiste forcément, est renvoyée à ses chères études par cette poussée d’œstrogène printanière !

C’est que depuis quelques temps, la blogosphère féminine s’organise. Il y eut d’abord ce collectif des Femmes Engagées, porte-étendard de la parole féminine sur le politique et les sujets de société, aspirateur à liens et finalement catalyseur d’une stratégie globale parmi les blogueuses politiques de linking mutuel qui depuis deux mois leur font gagner de nombreuses places. Une certaine blogueuse justifie cette filouterie vis-à-vis de l’algorithme de Wikio par le fumeux projet de rendre visible une blogosphère politique féminine, avec de nouveaux regards, d’autres sensibilités, d’autres sujets de prédilection aussi. J’ai déjà à ce sujet exprimé de profondes réserves. Le précepte machiavélien qui veut que la fin justifie les moyens me laisse vraiment de marbre.

Après avoir écouté les arguments de certains défenseurs de ces démarches d’autopromotion pseudo-charitables, je me suis dit que peut-être, effectivement, ces stratégies de visibilité artificielle pouvaient nous faire découvrir d’autres blogs tenus par des femmes. Encore que nombreux sont les hommes du classement Wikio à ne pas prêter attention au sexe de l’auteur, et à être accoutumés à lire des blogs de femmes, qui n’ont pas attendu ce cirque blogosphérique pour se faire entendre !

Sauf que ce qui apparaît comme un processus innocent est en fait d’une grande hypocrisie. Chez Olympe, on est au royaume d’Ubu : elle qui plaide pour une coexistence harmonieuse et pacifiée des hommes et des femmes dans les sphères économiques, médiatiques et de pouvoir, bref une parité totalement acceptée et perçue comme naturelle, joue les guerrières, couteau entre les dents, en ce qui concerne Wikio. Citation :

« C’est un peu comme dans la vraie vie, quand des femmes arrivent à quelque sommet on les accuse généralement d’avoir couché. Comme cela semble difficile dans le cas présent c’est donc qu’elles ont utilisé des outils déloyaux. Effectivement elles se sont linkés outrageusement, sauf qu’elles n’ont pas inventé cette pratique qui a largement fait ses preuves par le passé pour les blogs high tech ou les lefts blogueurs. On ne voit donc pas pourquoi ce serait réservé aux hommes. »

Encore et toujours cette vieille antienne qui sent le renfermé. Soyez critiques, et vous êtes machistes. Soyez un poil caustique, et votre prostate est atrophiée. Ces arguments sexistes sont prisés des femmes, comme je le disais dernièrement. Sauf qu’à avancer à chaque fois le mors entre les dents, on n’adoucit jamais rien. Ça me rappelle ceux qui s’escriment à hurler pour demander le silence ou à guerroyer de manière dispendieuse pour avoir la paix. Un peu contradictoire.

Et puis, arrêtons l’hypocrisie avec Wikio. Il y aurait donc d’un côté les hommes qui s’intéressent au classement Wikio pour faire un concours de quéquettes, et les femmes, qui se serviraient de Wikio de manière totalement non narcissique ? Arrêtons avec ce vieux concept des filles qui naissent dans les roses et les garçons dans les choux. Non, les filles ne sont pas différentes des garçons : pénis ou clitoris, même combat, ça gonfle quand c’est excité, et truster le classement Wikio c’est le shot d’adrénaline du début de mois pour le blogueur. Arrêtons de nous cacher derrière des paravents fallacieux de ceux qui le font pour la gloriole, et ceux qui le font pour le Socialisme, le Féminisme, ou tous les autres concepts faussement essentialisés pour justifier son reflet dans le miroir.

Je reste toujours surpris de ce combat absolu de la femme pour la parité partout, comme si c’était un but en soi. Comme disait Renaud dans sa chanson « Miss Maggie » : « un génocide, c’est masculin, comme un SS, un torero » (amitiés au Toréador par ailleurs — hop, un lien). Allez-vous Mesdames, exiger la parité dans les exactions guerrières, les scandales boursiers, les crimes patronaux ?

Le perdant, dans toute cette histoire, c’est Wikio et ces blogs féminins. On se fait mousser, on remplace quantité par qualité, ou en tout cas on fait considérer que la quantité est un gage de qualité, ce qui n’est pas toujours le cas. Wikio est critiqué parce qu’il est subvertible et bouffon dans sa hiérarchisation des producteurs de contenus, et les blogs féminins se font ouvertement critiquer parce qu’ils grimpent autrement que par un talent « naturel ». Fermez le ban !

Et rassurez-vous, Mesdames : nos prostates vont bien.

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