Censuré

21 février 2008 | La vie de la cité | 6 Réponses

Marrant tout de même. Un de mes commentaires sur le site de campagne de Marie-Claire Carrère-Gée, tête de liste UMP dans le 14e arrondissement, a été purement et simplement invalidé. Non seulement ces procédés bananiers sont franchement risibles étant donné l’impact d’un tel commentaire, la forme tout à fait courtoise et neutre, mais en plus le responsable Internet du site a construit une justification pour rendre la décision moins idiote.

Je tombe hier sur un article somme toute instructif. Hervé Morin, hémisphère droit du Nouveau Centre, a apporté le soutien du parti à la liste UMP dans le 14e arrondissement et lui donne généreusement droit d’utiliser le logo du parti. Jusque là, aucun problème. Sauf que. Sauf que, sur tout Paris, deux arrondissements ont des listes Nouveau Centre indépendantes et investies par le parti (elles s’affichent comme telles) : le 18e arrondissement (David Pierre-Bloch) et… le 14e arrondissement (Pierre Vallet). Dans ces deux arrondissements naturellement, une liste UMP est en face : celle de Roxane Decorte dans le 18e, celle de Marie-Claire Carrère-Gée dans le 14e.

Etonnant donc, me dis-je, cette incohérence : il y a une liste Nouveau Centre dans le 14e, mais le Nouveau Centre apporte son soutien à l’UMP. Deux hypothèses, donc :

  1. Le Nouveau Centre a une stratégie d’alliance encore plus désarmante que peut l’être celle du MoDem : plutôt que d’être tantôt indépendante, tantôt alliée, elle est les deux à la fois et au même endroit !
  2. La candidature de Pierre Vallet est une dissidence

Je décide donc, ingénument, de laisser un commentaire :

« Mais alors, pourquoi Pierre Vallet présente-t-il une liste ayant reçue
l’investiture du Nouveau Centre. Serait-ce une candidature dissidente ?…»

Mon commentaire est immédiatement mis en attente de modération (comme tous d’ailleurs). Et quelques heures après, je reçois un mail écrit (non automatique), que je retranscris en intégralité :

Bonjour,

Vous avez posté un commentaire sur le site de Marie-Claire Carrère-Gée.

Ce commentaire n’est pas validé pour publication dans la mesure où il cite une personne tierce qui n’est pas en rapport avec la note, ni avec le projet municipal.

Pour votre information, Marie-Claire Carrère-Gée a reçu le soutien officiel du Nouveau Centre , de son président Hervé Morin et de la commission d’investiture du Nouveau Centre (voir note http://www.marieclairecarreregee.fr/archive/2008/02/18/il-nous-soutient.html).

Bien évidemment un parti politique ne peut soutenir qu’un seul candidat pour une élection municipale. Pour le 14e, c’est Marie-Claire Carrère-Gée.

Votre commentaire : « Mais alors, pourquoi Pierre Vallet présente-t-il une liste ayant reçue l’investiture du Nouveau Centre. Serait-ce une candidature dissidente ?…»

Cordialement

Sur ce blog de campagne, donc, il ne doit y avoir que 30 noms propres dans les commentaires : ceux des trente colistiers. Rajoutons celui de Nicolas Sarkozy. Tous les autres sont (ex)filtrés. Pire, on me dit que mon commentaire n’est pas en rapport avec la note. Dans le genre justification foireuse, on peut faire plus imaginatif.

On ne saura donc jamais si Pierre Vallet est dissent, investi, ou dissident investi. Le mystère reste entier. En tout cas, ça n’a pas l’air de déranger MCCG…

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Refuser l’immanence

20 février 2008 | Société | Aucune réponse

L’immanence, c’est le fait de rester à l’intérieur de soi. Immobilisme et résignation, confinement et apathie. C’est souvent l’argument le plus bête qui soit, et pourtant le plus terriblement efficace : « les choses ne peuvent jamais changer » ; « une chape de plomb nous écrase ». Pour les plus doués en rhétorique, les tautologies viennent tout recouvrir : « les choses sont ce qu’elles sont », « c’est ainsi », « la vie, c’est la vie ». Non, il n’y a rien de définitif.

Grâce à Quitterie Delmas [via la jeune et très active balbynienne Karima Bouache, rendons-lui grâce], je découvre ce soir un message poignant. Alors qu’on parle encore une fois des banlieues sur le plan sécuritaire (je ne conteste pas les faits passés de Villiers-le-Bel), qu’on fonde énormément d’espoirs sur le plan banlieues présenté par Fadela Amara, malgré des premières réserves, notamment sur les fonds alloués, je m’étonne qu’il ne soit jamais question de ces petites histoires du quotidien, de ces exempla particulièrement édifiants et qui valent toutes les promesses que quiconque pourra jamais faire, hommes politiques comme militants, que sont les récits d’expérience des banlieusards eux-mêmes.

Parce que la banlieue, ce n’est pas que de l’insécurité, de la délinquance, de la glandouille, et donc des territoires perdus de la République. Les banlieues ne sont pas des ghettos par définition. On y vit, on y travaille (dur), et on y réussit, parfois. On s’en extrait. Non pas qu’on la quitte et qu’on la désavoue, mais qu’on parvient à traverser les embûches, celles qui forgent un caractère et un regard.

Le rappeur Kery James a réuni un collectif de personnalités et de membres de la société civile, tous issus de la diversité, tous issus de la banlieue. Animateurs télé, avocats, mannequins, stylistes, designers, écrivains, professeurs, étudiants de second et troisième cycles, créateurs et chefs d’entreprise aussi, autant de talents d’aujourd’hui et de demain qui nous prouvent que la banlieue recèle de gens compétents dont les qualités ne demandent qu’à éclore, à être narrées dans les médias plus souvent.

J’en venais à douter.

[Edit : PS : Vivement qu'ils arrivent au Sénat et à l'Assemblée.]


Kery James – Banlieusard
envoyé par scoop-tz

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T’as signé sans réfléchir

19 février 2008 | La vie de la cité | Aucune réponse

Soit Maurice Leroy nous rejoue le sketch du flic de Coluche, soit il nous prend vraiment pour des imbéciles. J’en veux pour preuve sa déclaration à propos de la tribune publiée dans Marianne désormais consacrée « appel du 14 février » (sic).

Reprenons les faits. Jean-François Kahn, directeur de l’hebdo de gauche rose-orangée, à tout le moins MoDem-compatible, contacte à tour de bras des personnalités du centre et de la gauche pour signer une tribune réaffirmant les principes et valeurs fondateurs de la République et dénonçant ce que les signataires croient (à bon droit selon moi, mais le débat est ouvert) déceler d’un accommodement à ceux-ci par le chef de l’Etat. Maurice Leroy est de ceux-ci, bien calé entre Delanoë et Mamère.

Publication jeudi. Tollé samedi (voir article précédent). Pécresse dénonce l’instrumentalisation de la République, Jégo s’étrangle dans le complot et décroche une jolie médaille Cochin.

Ce matin, Leroy, expert en reculades, annonce tout de go s’être fait berner par Kahn et ne pas avoir soupçonné un coup politique et médiatique contre le Président. Soit Maurice Leroy est en hibernation totale et a oublié que Nicolas Sarkozy était Président, soit visiblement il ressemble à celui qui jette un caillou dans une vitre et court se carapater quand le propriétaire sort de sa maison.

Cela doit être la mode chez certains : manger à tous les rateliers politiques. Une dénonciation ? J’en suis ! Un manifeste ? On signe où ? Un collectif ? Gardez-moi une place ! Que Maurice Leroy n’ait pas prévu l’ampleur médiatique de l’appel, on peut le lui accorder (et encore, en lui faisant le reproche de ne pas être finaud). Qu’en revanche il affirme ne rien reprocher à Nicolas Sarkozy, c’est d’une mauvaise foi et d’une trouille clairement manifestes.

Je ne reproduis pas ici l’appel, mais rappelons-en quelques traits, à la manière d’une explic’ de doc’ de français au lycée, pour nous rafraîchir la mémoire :

  1. Le mot « Président » est prononcé 8 fois.
  2. Nicolas Sarkozy est nommément cité (avec une variante : « sarkozysme »)
  3. On utilise le vocable dépréciatif de Prince, réification exemplaire de la critique de la monarchie élective et républicaine.
  4. On évoque enfin la mairie de Neuilly.

On peut penser ce qu’on veut du contenu de l’appel, salvateur ou alarmiste. On peut penser ce qu’on veut des signataires, remparts ou pantins. On peut penser ce qu’on veut de la démarche, républicaine ou politicarde. En revanche, ce genre de pantalonnades effarouchées offre un spectacle bien affligeant.

J’espère au moins qu’il lit les propositions de lois et les amendements y afférent avant de les voter…

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La théorie du complot selon Yves Jégo

16 février 2008 | La vie de la cité | 5 Réponses

J’inaugure une nouvelle catégorie : les Cochineries. Ce que j’appelle une cochinerie, c’est toute déclaration ouvertement de mauvaise foi ou d’une ignorance crasse qui tente d’expliquer un réel par la théorie du complot. Le nom provient de l’historien Augustin Cochin, pour qui la Révolution française était l’œuvre de la franc-maçonnerie et de quelques obscures et secrètes sociétés de pensée.

Au fil de l’actualité, donc, seront remis des diplômes ès cochineries aux différentes personnalités faisant ouvertement montre d’une mauvaise foi paranoïde et comploteuse en espérant tromper leur monde. Mais, pas folle la guêpe ! nous veillons au grain.

Le premier à inaugurer cette catégorie est Yves Jégo, député UMP de Seine-et-Marne, pour sa superbe et malhonnête défense du roi de la République. Notons qu’il semble particulièrement intéressé par la théorie du complot puisqu’il a mis son nom co-écrit avec Denis Lépée une Conspiration Bosch (Timée Editions, 2006).

Ni une, ni deux, Jégo, porte-parole de l’UMP, met en application les doctes préceptes de la cochinerie, aussi réductible à l’expression : « C’est pas de notre faute, c’est les autres qui font rien qu’à nous embêter ». Un refus manifeste du réel, une impossibilité chronique et psychotique à reconnaître la contradiction sans penser à une conspiration souterraine de forces manipulatrices. Et surtout, dans l’aspect communicationnel, une vision paradigmatique perçue comme crevant les yeux d’évidence.

Salivons :

Les forces les plus secrètes du conservatisme doivent être très puissantes en France. Elles ont bien compris que Nicolas Sar­kozy veut engager la rupture dans tous les domaines et, du coup, elles ont décidé de s’attaquer à lui. Il y a d’un côté ceux qui désespèrent de la gauche, et qui, n’ayant plus d’armée officielle, veulent développer une forme de terrorisme intellectuel dans notre pays. De l’autre côté, viennent s’ajouter ceux qui veulent garder leurs avantages acquis et qui ont peur du changement. Il y a là une conjonction d’intérêts inédite sous la Ve République. C’est la première fois que l’on veut « abattre » avec tant de force un président de la République alors qu’il n’y a pas de crise politique et sociale, ni même de grèves massives.

Mastiquons :

  1. Visiblement, il y a en France un lobby conservateur. Outre qu’il y a une grande impudence à se déclarer maître dans l’art de décider qui est conservateur ou non (rappelons quand même que gauche et droite s’accusent mutuellement de conservatisme, et que les deux ont parfaitement raison), Yves Jégo résume sa pensée de manière parfaitement péremptoire. Qui compose ces forces ? On ne sait pas. A l’image du complot jésuite ou du complot juif, c’est un mouvement sans visage, sans nom. Jégo est persuadé qu’il existe, et c’est déjà beaucoup.
  2. On voudrait s’attaquer à Nicolas Sarkozy. Naturellement. Il est reconnu par tous que le Président est coupable d’activité. C’est là son seul crime. Qu’un Président ne soit élu que pour aller dîner dans les ambassades, serrer la louche à des chefs d’Etat, faire tomber le salaire et le prestige en tapant des mains, c’est l’image sanctifiée que les Français attendent. Pourquoi aurait-on besoin d’un Président, d’abord ? Pour faire des réformes ? Baste ! Quel gros mot en République. Que donc un Président souhaite engager le pays sur la voie de la réforme, voilà un crime républicain contre la fonction présidentielle ; voilà que l’on va sacrifier les Gracques sur l’autel de l’inertie.
  3. Le Président représente le Bien commun. Voilà le topos le plus dévastateur. C’est parce que Nicolas Sarkozy est l’espoir de la France (supposé comme tel), qu’il ne peut souffrir de contestation sans que celle-ci soit qualifiée de régicide homicide. Figure sacrée, inviolable, ultime recours, le Président n’est plus de la sphère du politique, mais de celle du fanatisme.
  4. Les fameux comploteurs ne veulent pas uniquement critiquer le Président, ils veulent porter un coup psychologique à la population française. Prenez garde, Français ! Peu importe l’objet du crime, c’est secondaire. Le principal est d’instaurer un climat de terreur, de sorte à retourner l’opinion non pas sur un programme, mais sur une atmosphère. La manipulation des esprits est ainsi parfaite puisqu’elle change la contrainte en adhésion.
  5. Le complot est total. Il ne s’agit pas de quelques Catilina égarés ou d’un faction cagoulée, mais d’une union de forces conjurées, dont le rassemblement produit la dangerosité. Entre les « désespérés de la gauche » et les « conservateurs d’acquis sociaux », on a brassé un éventail politique suffisamment large.

Ces modes de pensée sont dangereux. Ils sont même particulièrement manipulateurs. En accusant les autres de terrorisme intellectuel, Yves Jégo (et derrière lui l’UMP, faut pas se leurrer, il est piloté) fait lui-même du terrorisme. De violentes cabales dans l’histoire de la République, il y en a eu (citons Pierre Mendès France). Mais à chaque fois, la tentation victimaire n’a jamais été aussi paroxystique que cela. Surtout, elle n’a jamais été paradigmatique, et c’est là la grande nouveauté.

Ce côté paradigmatique, Marcel Gauchet l’a parfaitement analysé. Ce qui caractérise la théorie du complot, c’est de croire que tout s’explique par elle. De simple constatation factuelle ou conjecturale, on l’érige en système, en représentation du monde, et donc en paradigme. A continuer dans cette voie, les prochaines grèves ne seront plus l’expression d’un mouvement social, mais une conspiration pilotée. Le retour à la situation de guerre froide est évident, l’œil de Moscou en moins (mais qui sait si sous peu, les comploteurs ne seront pas nommés ?).

Je perçois aussi une curieuse conviction chez les libéraux, qui est d’ailleurs un trait à mon sens saillant depuis la fin du XIXe : l’éloge du mouvement. Peu importe ce que l’on fait, et comment on le fait, le mouvement vaut mieux que l’immobilité. Il y a une confusion permanente entre le mouvement et le progrès. Forcément, étant persuadés de l’idée d’un progrès perpétuel, on ne peut guère leur donner tort dans leur logique. Mais on en voit les conséquences. Parce que Sarkozy est un président actif, réformateur, c’est un bon président. Peu importe la réforme, qu’elle soit bonne ou mauvaise : puisque c’est une réforme, elle est positive. Or, il me semble que premièrement, aucun président de la République française n’a omis de lancer son pays sur la voie des réformes. Nicolas Sarkozy est logé à la même enseigne que les autres, sauf que sa rapidité, son regard sans concession ni langue de bois sur les maux du pays le rendent plus réformateur que ses prédécesseurs. Ensuite, réformer n’est pas améliorer. Sans entrer dans une logique binaire de la possession/dépossession, sans considérer non plus qu’ôter est diminuer, il faut bien reconnaître que sa vision des choses est extrêmement clivée : contester la réforme, c’est s’y opposer. Et voilà comment la fascisation des esprits se met en place : pas d’opposants, que des ennemis.

Un très beau diplôme ès cochinerie pour Yves Jégo, donc, que je lui envoie cependant par courrier recommandé. Je ne fraie pas avec les malotrus du réel, ni les brigands de la pensée. Dans mon panthéon spirituel, Honnêteté et Rigueur sont des divinités trop olympiennes pour les voir réduites par certains au simple rôle d’adjuvantes de la pensée.

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Vague mémorielle : stop

14 février 2008 | Histoire | Aucune réponse

Comme les vagues, les enjeux mémoriels reviennent inlassablement. Comme les rituels, on n’y échappe pas une bonne dizaine de fois par an. Et comme les piqûres de rappel, ça nous énerve…

Encore une fois, la mémoire de la Shoah est à l’ordre du jour. Rien de nouveau sous le soleil. Horreur, barbarie, ignominie, et donc valeur édifiante et étiologique. Logique bête et facile : ne pas répéter le Mal, annôner bêtement et radoter le Mal pour l’écarter de soi. Commémoration, commémoration, mémoire, mémoire… avec un tel arsenal, notre société n’en sera que mieux armée pour ne pas reproduire les erreurs du passé.

Notre Président-historien s’improvise dans les oripeaux des lecteurs du passé. Le visionnage de documentaires sur les camps ne suffisait plus ; les séances solennelles des professeurs d’histoire sur la vie des camps et sur le génocide juif n’était pas assez. Et donc le Président de proposer à chaque élève de CM2 de

se [voir] confier la mémoire d’un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah.

Sur des modalités purement techniques, la proposition est idiote. Sur les 11 000 enfants déportés, tous n’étaient pas français. Le « Mémorial des enfants juifs déportés de France », de Serge et Beate Klarsfeld le reconnaît lui-même. Et puis, les enfants n’ont-ils pas d’autres choses à vivre que de traîner tout le poids morbide d’un jeune enfant mort dans des conditions atroces ?

Le plus inquiétant est ce reflux violent initié depuis quelques années, et dont le président n’est pas étranger. Les lois mémorielles s’accumulent en dépit du bon sens, on vend de l’identité nationale, de la grande nation française à la louche, on pétrifie l’histoire de France dans une culture patrimoniale. Il n’y a plus d’histoire, il n’y a que de la mémoire.

Devant cette prise de possession de l’histoire, les historiens ont à juste titre réagi. Non pas pour s’échauffer que des historiens non professionnels viennent marcher sur leurs plates-bandes, mais parce que l’histoire a un rôle social. Les événements sont des complexes, surtout en ce qui concerne la Seconde Guerre mondiale. On ne peut pas les manier aussi simplement que cela, proposer des interprétations monocausales. A ce titre, expliquer, comme Nicolas Sarkozy, que « le nazisme est le fruit non pas « d’un excès de Dieu, mais de sa redoutable absence » (sic). On appréciera le ton péremptoire et le côté ultra-réactionnaire à la Joseph de Maistre. Au petit jeu du pronostic people, j’irais même jusqu’à avancer que Sarkozy et Zeev Sternhell s’entendent comme larrons en foire. Car ce qu’il y a d’évident, c’est que notre cher Président est convaincu que le reflux transcendantal et la poussée athée issues du siècle des Lumières ont constitué les prémices de la barbarie contemporaine. De là à dire comme Sternhell que la France a produit le terreau propice à l’émerge du fascisme, il n’y a qu’un pas…

Le CVUH, donc, constitué en 2005, a toujours considéré les enjeux mémoriels comme un sacerdoce, une mission sacrée. Cette note-ci me semble particulièrement juste.

Quand cessera-t-on de commémorer pour parler des choses de manière lucide et argumentée ? Sans manquer de respect à la vénérable figure de Lazare Ponticelli, dernier poilu français encore en vie, j’ai espoir que sa mort transforme radicalement la cérémonie du 11 novembre en cérémonie solennelle et citoyenne de refus de la guerre. Que de la simple réification du passé dans un défilé militaire et dans l’overdose de films, téléfilms et documentaires sur la Grande guerre, on passe à un débat public sur le danger des guerres. Que de commémoration, on passe au symbole. Et je plaide encore plus pour que l’on cesse de faire revenir inlassablement, comme les hirondelles au printemps, les horreurs de la Shoah.

Les Français sont informés, les Français sont conscients. La Shoah doit rester de l’ordre de l’histoire, et non pas de la mémoire, du sentimentalisme. Français issus de familles non déportées comme familles touchées par la déportation doivent faire ce travail de deuil mémoriel, surtout pour les premières citées, auxquelles on a imposé ce devoir de mémoire. Trois générations ont passé, c’est largement suffisant !

Mais, comme le rappelle Autheuil, il y a des lobbies en France, puissants et organisés, qui, en voulant mener un combat certes fort juste, récoltent à mon sens les fruits de la discorde. Ce n’est pas en surexposant la Shoah qu’on protège la mémoire des Juifs. Au contraire, c’est en laissant l’histoire faire son travail, en recouvrant la discrétion du temps qui passe. Les lois mémorielles produisent les effets contraires à ceux qu’elles souhaitent voir fleurir : une exacerbation des communautarismes et une lecture de l’histoire paralysée par les enjeux mémoriels portés au pinacle par des groupes de pression.

Car pendant qu’on parle de la Shoah, on ne parle pas d’autre chose. Et, surtout, on fait l’économie d’une relecture de l’histoire de la IIIe République. Silence sur Sétif. Silence sur Guelma. Silence sur la manifestation du 17 octobre 1961. Silence sur Charonne. Silence sur la Guerre d’Algérie. (Presque) silence sur la (dé)colonisation. Forcément, la repentance est interdite depuis quelques temps, et il est plus facile de dénoncer des horreurs auxquelles on n’a pas pris part plutôt que celles dont on est directement responsables. Mais c’est d’ailleurs parfaitement normal : dans le paradigme historique sarkozyen, il n’y a que des victimes, dont les vies ont été fauchées par des bourreaux sans visage ni nom. Du moins les connaît-on, mais ne veut-on pas les nommer. Trop polémique, trop repentant, et surtout trop intellectuel…

Je recommande pour terminer l’excellent livre de Christophe Prochasson sur le poids des émotions dans la société contemporaine et sur le danger d’un tel sentimentalisme sur la lecture de l’histoire.

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Friture sur la ligne

13 février 2008 | Coulisses | Aucune réponse

Je profite de mes quelques déboires pour faire un premier article sur ce blog.

J’ai très récemment acquis mon nom de domaine après avoir squatté par-ci, par- chez un copain. Mais il y a encore pas mal d’interférences au niveau de son serveur. Ce qui explique que ma balise <more>, qui me permet de couper les billets, ne marche plus. J’essaie d’arranger ça rapidement.

J’en profite également pour remercier Tom, créateur de mon thème. Très simple d’utilisation, graphismes impeccables, nombreuses fonctionnalités. C’est parfait.

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A droite, on veut virer à gauche

13 février 2008 | La vie de la cité | Aucune réponse

Ça commence à phosphorer à l’UMP. La splendide concrétion réalisée par Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, parvenant à rallier à son panache bleu-canard des centristes égarés et renégats, des anciens gaullistes historiques [exceptés ceux qui se disent plus gaullistes que le gaullisme, comme Nicolas Dupont-Aignan], des traîtres à la cause socialiste et des droitiers purs et durs, commence de voler en éclats. On s’était déjà gaussé des tensions au sein de la majorité générées par la politique d’ouverture du néo-président lors de la constitution du gouvernement. Certains porte-flingues à la langue bien pendue tentaient de masquer leur déception derrière un humour jaune : l’ »ouverture jusqu’aux sarkozystes » ! Et puis il y a ceux pour qui la mise en scène de la vie privée du président-people n’a jamais paru avoir une quelconque utilité dans sa fonction présidentielle, comme pour Jean-Louis Debré. Les sondages aidant, les maires investis par l’UMP avaient intimé à Nicolas Sarkozy de ne pas venir les soutenir de manière trop ostentatoire. Un président à l’image écornée, c’est pas glamour. Et, dernière grogne en date, celle des députés UMP à propos du rapport Attali, goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la patience et de la discipline. Un député court-circuité par une hyperprésidentialisation, à qui on impose des cadences folles à faire grimper les taux de méningite, pour des résultats peu évidents, cela a de quoi griser.

Mais depuis une semaine, et de manière plus aigüe depuis ce week-end, la machine s’enraye. Je ne reviendrai pas sur l’épisode neuilléen, si ce n’est pour dire qu’avec Arnaud Teullé, on voit bien que les allégeances locales sont en fait distendues et plus du tout tenues par la force de cohésion dont le président-candidat avait su faire montre. En décidant de mener une liste dissidente et d’argumenter son choix autour de la question de la fidélité (rhétorique classique de l’héritage représenté), Arnaud Teullé a engagé une bataille idéologique dont il faudra suivre les passes d’armes pendant la campagne municipale.

Ce soir, je tombe sur un article effarant et révélateur. Marie-Anne Montchamp, députée UMP du Val-de-Marne, invite à « refonder l’UMP ». En substance, il est dit que Sarkozy est allé trop loin, tant dans ses promesses de changement, de rupture, du « tout est possible », que dans son virage à droite. Selon elle, l’UMP risque la dérive fatale d’un parti qui, aveuglé par d’autres modèles, risque de louper l’ancrage à une société et à son histoire politique. On sent une remise en cause de la possibilité de faire coïncider la France avec une droite d’inspiration néo-libérale anglo-saxonne.

Cette sortie est révélatrice de deux choses. D’une part, le fait qu’un député inconnu fasse entendre une voix dissidente montre que la grogne n’est pas seulement limitée à ceux des cénacles qui n’ont eu que les miettes du festin de Job, mais aux chevilles ouvrières de la majorité présidentielle. Autrement dit, si Marie-Anne Montchamp est porte-parole d’un mouvement de contestation des sénateurs et députés « troisièmes couteaux » UMP, ça sent la fronde. D’autre part, la contestation du modèle idéologique choisi par le président offre clairement la possibilité d’une rupture sans précédent pour la droite, entre une droite néo-gaulliste (dont on ne sait pas encore de quoi elle sera constituée) et une droite néo-libérale. Etant donné la fascination du général, il se peut d’ailleurs même que les deux forces soient, peu ou prou, équitables en poids électoral et en élus.

Certes, relativisons. Marie-Anne Montchamp vient d’être suspendue du parti en raison du rififi provoqué à Nogent-sur-Marne, où elle présente une liste dissidente, ce qui peut expliquer une certaine amertume. Mais tout de même. Rappelons que Nicolas Sarkozy a rallié avant tout sur ses qualités d’(hyper)activité, de dynamisme, reconnues par tous. Mais nombreux ont été ceux qui se sont toujours maintenus au bord de la piscine UMP, et qui n’ont trempé que le bout des doigts de pied dans le décrochage idéologique depuis la présidentielle, comme Jean-Luc Moudenc et François Goulard, anciens UDF. Tout un bloc qui peut vite s’effriter et se désagréger.

Il reste à concrétiser cette philippique. Si effectivement cela se produit, alors on assistera à un drôle de bal. D’un côté, une droite bleu pâle qui se recentre en se « regaullisant » ; de l’autre, une gauche qui a compris que son avenir passe par une longue digestion de l’économie de marché et qui doit la rendre compatible avec son projet. Et au centre, une formation qui a fait de ce constat que les clivages sont dépassés et que droite et gauche peuvent se trouver des points communs. Braconnage ou effet tache d’huile pour le MoDem…

En tout cas, même si je crois peu à l’essor de ce cavalier seul dans l’avenir, voilà une intervention qui me laisse l’espoir d’être un jour réconcilié avec la droite. Je n’ai jamais été convaincu de la pertinence de lancer la France sur le modèle anglo-saxon. Les Français, d’une manière ou d’une autre, veulent mêler économie et social. Ils souhaitent autant l’ordre strict que la liberté autant que possible. J’ai toujours trouvé assez pertinente le trait d’esprit d’Edouard Herriot :

« Les Français ont le cœur à gauche et le portefeuille à droite » [Tout comme pour la citation "Ce qui ne tue pas nous rend plus fort", j'ai toujours eu du mal à attribuer un auteur à cette citation. Je me demande si elle ne vient pas en fait d'André Tardieu]

C’est certes caricatural, un peu trop catégorique, mais c’est particulièrement juste sur un point : les Français ne sont pas adeptes des solutions monocolores. Et à ce petit jeu-là, le pari d’un revival gaulliste peut être un coup fourré. Mais reste à trouver le nouveau De Gaulle.

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Vos maires : TB ou zéro pointé ?

12 février 2008 | La vie de la cité | Aucune réponse

A croire que c’est la mode. Après le gouvernement, après les profs d’université, après les enseignants du secondaire, voici qu’on se met à noter les 36 000 maires de France.

Alors, certes, cela ne vient pas de Versailles… pardon, de l’Elysée, on s’y perd ces derniers jours. L’initiative peut même apparaître comme un pied de nez humoristique à cette frénésie de la note, du résultat immédiat, du contrôle permanent de la productivité. Mais c’est tout de même une drôle d’évolution de la démocratie. D’un discours argumenté et raisonné, on se précipite sur une notation muette et fallacieuse (que veut dire un zéro ? que veut dire un cinq ?). Surtout, cela montre le perpétuel confinement du citoyen à son rôle d’électeur, de donneur de voix, de consommateur de la politique, serais-je tenté de dire. Une telle facilité dans l’expression de son point de vue est de plus le meilleur moyen d’agir sur un ressenti, une pulsion non mise en mots et donc jetée sans recul ni élévation. Tout sauf de la politique active, responsable, et citoyenne.

Je suis conscient d’exagérer la portée d’un tel amusement, qui reste au stade de l’humour, ne serait-ce que parce que tous les maires de France sont représentés (je n’ai pas tapé les 36 000 communes, mais en mêlant grandes villes et patelins paumés, le maillage me semble suffisamment serré et significatif), et qu’il n’y a donc pas, a priori, de volonté de mettre sous les feux des électeurs-correcteurs les maires des villes exposées.

En ayant mis une note de 3 (médiane supérieure) à tous, voici ce qu’il en ressort à 20h20 :

  1. Bertrand Delanoë est un mauvais maire (2,08 de moyenne. Peut mieux faire !)
  2. Françoise de Panafieu est une cancre (1,64 de moyenne. Au piquet !)
  3. Gérard Collomb a de très gros efforts à faire (1,88 de moyenne. Au travail !)
  4. Jean-Luc Moudenc (Toulouse) est un bon maire (3,50 de moyenne. Félicitations !), et Pierre Cohen va devoir souquer ferme pour le détrôner du Capitole (3,00 de moyenne dans la ville périphérique de Ramonville-St-Agne)
  5. Alain Juppé est un excellent maire (4,29 de moyenne. Bravo !) [C'est vraiment bidonné ces sondages]
  6. Jean-Claude Gaudin peut envisager sereinement sa réélection à Marseille (3,44 de moyenne)
  7. Jean-Marc Ayrault est sur un siège éjectable (1,80 de moyenne)
  8. Patrick Jarry gère Nanterre-la-Rouge d’une main de maître (5 de moyenne) [Eh ben...]
  9. Nicolas Perruchot (Nouveau Centre), barricade-toi derrière les remparts de Blois ! (1.64 de moyenne)
  10. Louis-Charles Bary, bien qu’en terrain conquis d’avance, ne fait pas l’unanimité à Neuilly (1,48 de moyenne)
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Adoubement raté ?

10 février 2008 | La vie de la cité | Aucune réponse

Il y a des jours où il ne fait pas bon être parachuté… Martinon l’apprend à ses dépends. D’ici demain, on aura la confirmation que l’UMP le lâche en pleine cambrousse pour soutenir une liste UMP-indépendante (concept génial dans la mesure où la liste dissidente-indépendante va devenir rapidement la liste officielle).

En tout cas, à la lumière du nouveau sondage publié par le JDD d’aujourd’hui, cela nous montre que :

  1. L’Elysée n’investit pas les maires.
  2. Personne n’est propriétaire des voix des citoyens français.
  3. Même dans les fiefs acquis, il peut toujours se passer de grosses surprises.


Les élections municipales restent un enjeu local, et c’est tant mieux. Il n’y a aucun argument rationnel et démocratique à vouloir utiliser son vote municipal pour soutenir ou sanctionner l’action du gouvernement. Si le président veut se rassurer quant à son action politique, il n’a qu’à engager sa responsabilité sur un référendum, seule procédure de démocratie directe et de sondage d’opinion consacrée comme telle dans la Constitution.

C’est en retissant le lien local, en raffermissant l’attachement de l’élu à sa municipalité, de sorte à ce qu’il lui soit dévoué corps et âme, qu’on fait un premier pas vers plus de démocratie. Les Français sont des citoyens, pas des électeurs. Avant d’être des votants, ils sont des habitants, avec leurs problèmes de logement, de propreté, de transports, tous ces petits tracas quotidiens qui font qu’ils veulent avant tout voter sur des programmes, et non pas sur des stratégies d’adoubement ou de placement.

Dans certaines villes ou certains arrondissements, les greffes prennent. Rachida Dati ne semble pas pouvoir être inquiétée ; Marie-Laure Harel (23 ans), en seconde position sur la liste UMP du XVIe arrondissement derrière Claude Goasguen, a été confortablement propulsée au Conseil de Paris. En vertu de quoi ? D’une amitié avec l’ex-first lady qui l’a acoquinée avec le président ; dans le genre piston, on ne fait guère mieux. Bruno Julliard, c’est la même chose : parachuté dans le XIIIe, et même rejeté par les militants socialistes. Et Jean-Marie Cavada peine franchement à s’imposer dans le XIIe. Au Mouvement démocrate, ce n’est guère mieux, parfois. Mais au moins, le siphonnage des élus a eu du bon : personne ne peut soupçonner le Modem de vouloir protéger quiconque, puisqu’il ne part vainqueur nulle part.

Fort heureusement, il y a des élus qui conçoivent un réel attachement à leur ville. Même si je conçois une sympathie pour Pierre Cohen, je reconnais le travail formidable fait par Jean-Luc Moudenc à Toulouse. Après le désastre Douste-Blazy, la quatrième ville de France en avait grand besoin. Mais les noms peuvent se multiplier : Jean Lassalle à Lourdios-Ichère, Jean-Marc Ayrault à Nantes, François Goulard à Vannes…

Vous avez d’autres exemples ?

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La France aux mille langues : ça existe encore ?

9 février 2008 | Société | Aucune réponse

Il y avait un temps en France où la diversité linguistique était elle qu’on doutait que le pays fût uni. Aujourd’hui, l’uniformité consacrée est telle qu’on doute que le pays ait un véritable patrimoine culturel.

Le sort fait aux langues régionales est directement corrélé à la définition de la notion de nation dès la période révolutionnaire. On sait tout l’effort mené par les Jacobins pour briser les patois et les dialectes et unifier la France, effort d’ailleurs déjà entamé par Louis XIV, et plus généralement par le pouvoir absolutiste, au moyen d’une littérature bon marché et colportant des images canoniques. Pour les Jacobins, la multiplicité, la diversité, est source d’incohésion, et donc de poudrière. Pour ériger la nation France, il faut la rendre une, parler le même langage, disposer de la même culture.

C’est directement de cet héritage que procède l’article deux de la Constitution de la Ve République. Par un ajout de la loi de révision constitutionnelle n°92-554 du 25 juin 1992,

« La langue de la République est le français. »

On est passé d’un extrême à l’autre. Les langues régionales ne constituent plus aujourd’hui un facteur de dissension nationale précisément parce que le jacobinisme est parvenu à ses fins : l’unification linguistique. Seulement, les langues régionales ne sont-elles pas aujourd’hui constitutives d’un patrimoine culturel au même titre que la grotte de Lascaux ou le St-Nectaire, soit autant de marques de la diversité française qui est d’ailleurs au fondement de l’identité nationale, concept tant mis en avant pendant la campagne présidentielle ?

Cela ne serait pas tant dérangeant si l’on excipait pas constamment de cet alinéa constitutionnel pour freiner le développement des écoles bilingues soutenues par l’Etat et considérées comme non menaçantes pour les valeurs républicaines. Tout un patrimoine risque de péricliter si on ne souhaite pas le préserver, pour des vagues chimères de résurgence du nationalisme. On peut comprendre que le cas de la Corse et du Pays Basque, communautés soudées autour d’une langue différente du français, et dans le cas du basque, totalement autonome linguistiquement, cela puisse poser quelques problèmes. Mais enfin il y a tant de langues et de dialectes en France qui sont constitutifs d’une véritable culture : l’alsacien, le béarnais, le provençal, et le breton !

Là encore, c’est à l’échelle européenne que les choses peuvent bouger. En novembre 1992, certains pays d’Europe ont signé la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, dont le but est de préserver de l’oubli les langues minoritaires. La France ne l’a pas ratifiée, le Conseil Constitutionnel s’y étant opposé. La langue de la République est toujours le français, et aucun mot sur les langues régionales.

Pendant la campagne présidentielle, on a peu dit à ce sujet, mais on a dit tout de même. Florilège :

Ségolène Royal : « Les identités régionales constituent une formidable valeur d’avenir et je crois que c’est en faisant le lien entre ces valeurs fondamentales qui font l’identité de toujours entre la France et la nation française dans sa diversité, dans son authenticité, dans ses traditions authentiques (…) que l’Etat fonctionne bien. »

Nicolas Sarkozy était quant à lui contre la ratification de cette charte, justement parce qu’elle aurait remis en cause les fondements de la République, une et indivisible. A la place, il proposait une loi de sécurisation des langues régionales. Protéger, certes, mais exclure, en marquant bien que ces langues ne sont pas officielles, ni en tant qu’unités linguistiques, ni patrimoniales.

François Bayrou, peut-être pour des raisons personnelles, y concevait un réel attachement :

« La défense du français n’est pas contradictoire avec la défense des langues de France, avec la défense de la diversité culturelle de notre patrimoine que chacune des langues régionales constitue ! Alors que nous nous battons pour la diversité culturelle, devrions-nous pas considérer que parce qu’une langue est minoritaire, elle est moins digne d’intérêt ? Ces langues sont victimes d’un ostracisme. [...] La loi doit imposer, non seulement le respect de ces langues, mais leur défense : le respect ne suffit plus ! Nous avons besoin de fonder une politique positive. L’inscription dans la loi de la défense de ces langues induira une décision politique de première importance : la signature par la France de la Charte des langues régionales ou minoritaires. Il s’agit de défendre un droit. En tant que citoyens français, nous avons tous le droit de pratiquer les langues qui nous ont faits ce que nous sommes. »

Alors que le traité de Lisbonne revient dans l’agenda parlementaire, des députés ont tenté de faire reparaître la question au Palais Bourbon. Je soutiens sans conditions leur démarche. J’adresse mes plus vifs encouragements à MM. Victor Lurel, Jean-Marc Ayrault, Paul Giacobbi, et Mmes Marylise Lebranchu et François Olivier-Coupeau. Je regrette cependant que ni François Bayrou, ni Jean Lassalle, n’aient apporté leur contribution à cette proposition de loi constitutionnelle.

Je ne crois pas qu’il puisse y avoir de menaces qu’un jour l’identité française soit menacée d’une quelconque manière. C’est au contraire en prenant acte d’une richesse patrimoniale qu’on construit une nation. Et je suis d’ailleurs fermement convaincu que c’est justement en ne reconnaissant pas des langues et des cultures dites minoritaires que l’on renforce d’autant les nationalismes et les régionalismes.

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