Pourtant, Fleury, ça rime avec « Oui, oui ! »…

29 février 2008 | La vie de la cité | 7 Réponses

Pas de bol, Benoît Fleury ne bénéficiera pas des scansions rythmées et homophoniques qui ont cours ces derniers temps. Reçu premier à l’agrégation d’histoire de droit, Fleury veut se faire affecter à Poitiers. Oui, mais à Poitiers, on n’en veut pas, on blogue contre, on crie fort, on demande au Président de s’y opposer (mieux vaut s’adresser au bon Dieu qu’à ses saints, comme on dit…), et tout le tralala.

Pourquoi ? Oh, découvrez-le vous-même, c’est plus savoureux…

On râle que les universités soient toutes de gauche (hormis Assas), mais des fois, on se dit tant mieux… Entre la peste et le choléra…

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Ressac

27 février 2008 | Histoire, La vie de la cité | Aucune réponse

Vite dit, vite oublié. La proposition de Nicolas Sarkozy de confier la mémoire d’un élève juif mort dans les camps à un élève de CM2 a été enterrée par la commission chargée d’en évaluer les modalités et que présidait Simone Veil.

L’idée a été enterrée bien avant que l’on se réunisse

La vache, ça valait le coup de réunir une commission ! Ce serait quand même plus utile si on arrêtait de créer des foultitudes de « Commissions préparatoires à l’étude de la faisabilité de proposer en première main des solutions temporaires au problème XXX »… Surtout que les propositions arriveront dans deux mois.

EDIT : Un peu de lecture (vidéo inside)

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I’m fucking Matt Damon… You do ? Now let me tell you who I am fucking too

27 février 2008 | Internet | 1 Réponse

Ça buzze, ça buzze aux USA. Voici deux vidéos qui viennent de circuler sur le net. C’est jouissif à souhait, ça ne se prend pas au sérieux, et c’est d’un autre niveau que Cauet (je parle en tant qu’ex-fan). Pour la petite histoire, Sarah Silverman, actrice, à quelque chose à dire à son petit copain Jimmy Kimmel présentateur télé : cela fait longtemps qu’ils sont ensemble et…

Voici la première vidéo (VOSTF) :


Sarah Silverman se tape Matt DamonVidéo

Echaudé, Jimmy Kimmel lui répond quelques semaines plus tard. Incisif et hilarant (VO).


Jimmy_Kimmels_F@cking_Ben_Affleck
envoyé par blub02

Allez, soyons chauvins. Des acteurs qui ne se prennent pas au sérieux et qui nous font rire, il y en a aussi en France. Témoin ce sketch entre Valérie Lemercier et Antoine de Caunes aux Césars :

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Que devient Gérard Schivardi ?

26 février 2008 | La vie de la cité | Aucune réponse

On l’aurait presque oublié. Voici de ses nouvelles.

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Que messieurs les manipulateurs… commencent par ne pas dire d’âneries ?

26 février 2008 | La vie de la cité | 6 Réponses

Je suis tout bonnement effaré par l’édito d’Etienne Mougeotte dans Le Figaro daté d’hier. Où l’on apprend que les critiques envers Nicolas Sarkozy au sujet de sa demande au Président de la Cour de Cassation de procéder à une recherche de moyens juridiques pour appliquer la loi sans remettre en cause la décision du Conseil, mais en la remettant quand même en cause, est un « procès en sorcellerie ». Où l’on apprend que le principe de réalité doit s’imposer au principe de droit dans des cas exceptionnels comme celui-ci. Où l’on apprend (là je partage) que Nicolas Sarkozy cherche plus à faire passer sa loi pour protéger les Français qu’à briser les contre-pouvoirs. Où l’on apprend (j’ai failli avaler de travers) qu’il est insensé d’ »opposer les grands principes du droit à la sécurité légitime des Français ».

Une démocratie repose sur l’État de droit, mais le premier des droits du citoyen ordinaire est d’être protégé des psychopathes et des déviants

La phrase la plus paradigmatique. A partir de cette phrase, on peut construire une nouvelle société, à l’américaine. Une société où l’on n’apprend plus à cohabiter avec la violence et la folie, perçues comme le pendant naturel, bien qu’horrible, de la paix et de la raison, qu’on cherche à contenir au moyen de l’internement. Une société où la défense de soi, le droit des victimes, supplante l’intérêt général et la « collectivisation » de la sanction pénale.

La question que j’ai envie de poser à Mougeotte, c’est : « Qui a créé le fou et le déviant ? ». Qui l’a créé sinon un regard de la société elle-même sur le Normal et l’Anormal, le Même et l’Autre, la Règle et l’Anomie ? Qu’est-ce qu’un fou, qu’est-ce qu’un déviant, au sens médical du terme ? Un tuberculeux, je peux répondre : ses bronches et ses poumons sont aussi ravagés que le site d’AZF. Mais un déséquilibré ?

Foucault a proposé la définition la plus juste du fou (je grasse) :

Le fou, entendu non pas comme malade, mais comme déviance constituée et entretenue, comme fonction culturelle indispensable, est devenu, dans l’expérience occidentale, l’homme des ressemblances sauvages. [...] Il s’est aliéné dans l’analogie. Il est le joueur déréglé du Même et de l’Autre. Il prend les choses pour ce qu’elles ne sont pas, et les gens les uns pour les autres ; il ignore ses amis, reconnaît les étrangers ; il croit démasquer, et il impose un masque. Il inverse toutes les valeurs et toutes les proportions, parce qu’il croit à chaque instant déchiffrer des signes : pour lui les oripeaux font un roi. Dans la perception culturelle qu’on a eu du fou jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, il n’est le Différent que dans la mesure où iil ne connaît pas la Différence ; il ne voit partout que ressemblances et signes de la ressemblance ; tous les signes pour lui se ressemblent, et toutes les ressemblances valent comme des signes — Les Mots et les Choses, p. 63

Dans la troisième partie de l’Histoire de la Folie à l’âge classique, Foucault analyse le passage d’un fou de type dixseptièmiste au fou freudien. Il n’est plus accepté à sa place dans l’ordre social, il est maintenant exclu et interné. L’asile, c’est son lieu de confinement : il n’en sortira que lorsqu’il sera devenu « normal », c’est à dire lorsqu’il se sera conformé à des pratiques et des manières d’être décrétées normales. On est actuellement dans ce second temps de la folie. Le fou est anormal et dangereux.

Je ne sais que penser de ce genre d’articles. J’ai l’impression qu’on entre dans un troisième temps, où l’on cherche d’une manière ou d’une autre à mettre au ban le fou. Il ne s’agit plus d’hospitalisation ou d’internement (des mesures existent déjà). Il s’agit d’éliminer la folie non pas en la confinant, mais en l’éradiquant du corps social. Cela va même jusqu’à nier la folie du fou, comme on a pu le voir en août avec le débat sur l’irresponsabilité pénale.

Il est sûr que de revenir à une société de la victime est un net retour au passé. Cela légitime d’une part toutes les dérives. Je ne prête aucune mauvaise intention à Nicolas Sarkozy — il sait que la France rejette le modèle américain — mais faire sauter les garde-fous n’est pas une bonne chose. Prôner comme Mougeotte la prépondérance du droit des victimes et du droit à la sécurité sur la force du droit est totalement incohérent : le droit est rédigé de telle sorte qu’il monopolise la violence légitime et met en regard la victime, le fauteur, et la société. La société étant perçue non pas comme un capital monolithique sur lequel on vient scruter au microscope les rayures qu’a pu causer le fauteur, mais comme un principe total et paradigmatique. Et c’était très bien comme ça.

Je ne cèderai pas aux faciles tentations de rapprochement entre la loi de rétention et celle promulguée dans le Code pénal de la République de Weimar en 1933 (et signé de la main d’un certain Adolf H., qui a toujours eu une conception assez particulière de la déviance et des moyens de s’en prémunir…), ni aux sirènes prophétiques du « Vous verrez, dans la Constitution il sera marqué que le droit à l’autodéfense est un droit inaliénable ». Mais enfin, cette « revictimisation » de la société me semble être un indice d’un retour à la « brutalisation » des sociétés…

Qu’en pensez-vous ?

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République des Blogs )18(

25 février 2008 | La vie de la cité | Aucune réponse

Je serai présent mercredi soir pour la )18e( édition de la République des Blogs, malgré un emploi du temps super chargé.

En pleine rédaction d’un fichu mini-mémoire en une semaine (gageure), j’irai m’aérer l’esprit en allant épancher mon fiel disserter sur Nicolas Sarkozy.

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Friture sur la ligne #2

25 février 2008 | Coulisses | Aucune réponse

Voilà, mes quelques problèmes se sont arrangés. Le feed RSS fonctionne, les balises <more> aussi. Il ne s’agissait que de quelques fausses manip’ dans le htaccess qui empêchaient la redirection d’être complète.

J’en au profité pour faire quelques modifs sur mes plugins. On va voir ce que SimpleTags a dans le ventre.

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Le bal des faux-culs

25 février 2008 | La vie de la cité | Aucune réponse

Et ça continue. Après la boulette du Président, il faut naturellement que les matadors se tiennent prêts à lui porter l’estocade. Si je soutenais sur le fond l’appel du 14 février, non pas pour faire de l’antisarkozysme primaire, mais pour m’inquiéter de ce qui me semble être un mépris relativement éhonté pour l’Etat de droit et l’éthique républicaine [bien que depuis je m'interroge sur le bien-fondé de la forme, conquis par le récent clash entre JFK et JMA], en revanche je trouve abject et stupide cet empressement à dénoncer l’indénonçable, à s’échauder de l’insignifiant, et surtout à ne considérer l’épisode que de façon monolithique.

Depuis ce matin, les députés, ministres, secrétaires d’Etat et porte-flingues UMP en attente d’un nonosse montent au créneau pour défendre le Président. Parfois avec justesse, mais parfois franchement avec maladresse. Minimiser l’écart langagier du Président, c’était encore la meilleure chose à faire, et c’est d’ailleurs ce que se sont empressés de faire lesdits garde du corps présidentiels :

C’est un geste d’agacement dans une bousculade et il ne faut pas en faire une polémique — Valérie Pécresse

Tout y est : l’écart est assumé (geste d’agacement), en même temps qu’il est replacé dans son contexte (bousculade), et porte un jugement critique (il ne faut pas en faire une polémique). Sans doute la posture la plus sage à tenir. Et pourtant, il me semble que les membres de la majorité se prennent le plus souvent les pieds dans le tapis. Leur défense est efficace, mais elle me semble devoir alimenter à l’avenir ce genre de pratiques :

Il lui a répondu d’homme à homme, c’est tout, il faut pas s’en étonner — Michel Barnier

Je l’ai dit dans le billet précédent : on ne peut pas désacraliser la fonction présidentielle, qu’on en soit l’heureux porteur ou simple citoyen. Un président ne répond pas d’homme à homme, il doit répondre de président à homme… répondre à une provocation d’homme à président, naturellement. Barnier, au lieu de critiquer l’affront, ne fait en fait que l’empirer. Nicolas Sarkozy est un homme, avec ses sensibilités ; un autre homme l’invective vertement ; ergo, Sarkozy répond d’homme à homme. La logique est implacable en termes de rhétorique, mais question cohérence politique, on repassera.

Le comble de la mauvaise foi revient cependant à Copé et Pécresse, malgré deux sorties intéressantes (Copé : « Ce qu’on pourrait faire de mieux sur cette histoire c’est la remettre à ses justes proportions, je trouve qu’elle a pris une ampleur anormale »). Si l’incident a pris une telle ampleur artificielle, c’est à cause de l’évolution des médias. Webcams, portables, caméras cachés, micros, Internet : on met tout dans le même sac et on donne la bastonnade. C’est un peu trop facile. Qu’il y ait de la presse ou non, la faute est là, et mieux vaut d’ailleurs qu’elle ait été médiatisée.

De l’autre côté, en revanche, le bal des faux-culs a des airs de bal musette. Hémiplégique, l’opposition accorde ses violons pour jouer en harmonie une Marche funèbre.

Il fait des manquements à ce qui devrait être sa charge — François Hollande

Oui, certes, c’est implacable. Autant que lorsque Nicolas Sarkozy tranche une question de justice en se mettant du côté des victimes. Pris de manière unilatérale, on enlève tout le caractère complexe et bivalent pour ne laisser qu’une évidence béate. Badinter va même jusqu’à justifier cette unilatéralité :

[Un Président qui va] vers une foule anonyme, s’exposera inévitablement à des provocations, il le sait et il doit prévoir ce que sera son attitude

Traduction : il est absolument normal que de telles provocations aient lieu. Elles sont inhérentes au pouvoir, sont formulées de manière naturelle et cohérente, et donc l’homme politique doit s’y adapter. De la part de l’un des plus éminents juristes français, lettré et cultivé à l’envi, cela ne passe pas pour de la légèreté d’esprit. C’est à mon sens empreint soit d’une malhonnêteté, soit d’une étourderie passagère.

Devedjian, adepte de bons mots, offre une conclusion savoureuse :

L’opposition est de mauvaise foi : elle reproche à la fois une dérive monarchique et un manque de majesté.

Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise, dit la sagesse populaire…

[Edit : Un peu de lecture à ce sujet]

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Le langage fleuri du président

25 février 2008 | La vie de la cité | Aucune réponse

Ça fait le tour des sites de partage communautaire, des blogs, des discussions de comptoir, des articles de presse depuis ce week-end. Nicolas Sarkozy a été pris en flag’ d’insultes envers un visiteur au salon de l’Agriculture.



Deux traits sont particulièrement marquants dans cette histoire :

  1. Comme le souligne Pascal Riché, cet épisode est de prime abord totalement incompréhensible. Nicolas Sarkozy, lui le maître de la com’, lui l’importeur du storytelling, lui qui jusqu’alors maîtrisait le temps journalistique et savait se servir de la presse comme d’un outil particulièrement efficace pour sa campagne puis pour les débuts de sa présidence, vient de se faire avoir comme un bleu. Comment a-t-il pu ne pas se contrôler ? Oubli de la caméra ? Stratégie (ratée) ? Résignation ? En tout état de cause, et au vu des derniers sondages, il est clair que le temps serait plutôt à la discrétion et non à la multiplication des buzz et autres facéties langagières. En politique, l’adage marketing « Parlez-en bien, parlez-en mal, mais parlez-en » ne s’applique pas tout le temps…
  2. Le Président de la République, comme tout homme politique, est à notre image. « On a les hommes politiques qu’on mérite », pourrait-on dire. En effet, ce buzz est très largement artificiel, et je dirai même hypocrite et dangereux. Je ne passe pas pour être un farouche sympathisant de Nicolas Sarkozy, mais je m’inquiète en revanche d’une dérive dont on ne parle pas.Certes, les sondeurs et analystes s’accordent à dire que Nicolas Sarkozy s’est « autodéprésidentialisé« , qu’il a une conception somme toute légère, voire frivole, de sa fonction, et qu’une telle considération rejaillit sur le travail qu’il effectue, puisque cette vision de la présidence produit des confusions institutionnelles, des cafouillages de compétences, et flirte très souvent à la limite de l’orthodoxie constitutionnelle. Après deux tontonnats et douze ans de Chiraquie, les Français s’étaient bon gré, mal gré, habitué au président-sage, lointain anachorète reclus. Certes aussi les sondages marquent très nettement une défiance croissante des Français envers le président, défiance dûe à l’inefficacité des réformes et aux attentes déçues des promesses électorales. Défiance d’autant plus critique que la personnalité même du Président, empêcheur de tourner en rond, pourfendeur de l’immobilisme, et grand cliveur devant l’éternel, est propice à susciter les haines. De mémoire, il ne me semble pas qu’aucun président n’ait connu de manifestations contre sa personne dans les jours qui suivirent son élection. Manifestations sans aucune portée, mais signifiantes.Oui, Nicolas Sarkozy joue un jeu risqué. Si les réformes améliorent sérieusement les préoccupations des Français, il jouira d’une cote de popularité d’un triomphateur ; sinon, il se prépare de sérieux nervous breakdowns, et d’un genre nouveau par rapport à ses prédécesseurs. En voulant être comme tous les Français, il efface la frontière qui sépare le chef de l’Etat, premier des Français, aux citoyens.Pour autant, Sarkozy est le Président de la République. On ne peut pas déprécier les institutions comme cette personne l’a fait. Qu’il s’agisse d’un « enculé ! » comme au Guilvinec, ou d’un « touche-moi pas » comme samedi matin, ces comportements sont tout bonnement inadmissibles. On peut critiquer le Président, on peut ressentir une profonde inimitié contre lui. Il n’empêche que le Président est le Président, et qu’on lui doit les égards et honneurs dûs à sa haute fonction. Outre des aspects purement protocolaires et d’étiquette, c’est avant tout par respect pour les institutions que de tels agissements doivent disparaître.

    Insulter un président, ce n’est pas rapprocher deux mondes séparés, c’est effacer la frontière qui les sépare. Quand en 1757 Damiens tente de poignarder Louis XV, ne lui causant qu’une blessure abdominale superficielle, c’est la puissance du Roi qui est directement mise en cause. Car en effet, il existe depuis les débuts de la monarchie médiévale française un principe idéologico-politique que la Révolution française n’a à mon sens pas fait disparaître : la relation intime qui lie l’homme à sa fonction, ce que Ernst Kantorowicz appelait les Deux Corps du Roi. En clair, dans chaque président (comme dans chaque homme politique d’ailleurs) se mêlent la sphère intime et privée, son corps physique, fait d’humeurs et de passions, et la sphère publique et fonctionnelle, émanation du corps de l’Etat. Deux sphères qui naturellement se chevauchent et dont les frontières sont mouvantes, tout l’art étant de savoir nager…

    Nicolas Sarkozy a eu raison de réagir. On ne peut pas désacraliser à ce point les institutions. Voilà pourquoi je ne partage pas la tendance à l’indignation hypocrite qui peut émaner sur la blogosphère. Reste en revanche la barrière des mots. Quand Chirac se faisait accueillir au Salon par un retentissant « Connard ! », il avait la lucidité d’esprit pour répondre, à la Cyrano de Bergerac : « Enchanté, moi c’est Chirac ». Oui, sous d’autres présidences, le langage eût été plus fleuri, la répartie plus cinglante, propre à désamorcer une situation de crise. Mais là-dessus, le Président nous l’a suffisamment rappelé : non énarque, non intellectuel, il pense avec le bon sens populaire, il est du peuple, et réagit donc comme lui.

    On n’aurait pas pu trouver de meilleur exemple. Entre un président désacralisant sa fonction, et les plus radicaux des opposants qui ont des penchants quasi homicides, les deux rives n’ont jamais été aussi proches… Mais c’est toute la dialectique de la frontière : elle sépare ce qu’elle rapproche comme elle rapproche ce qu’elle sépare…

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La persistance d’un mythe

21 février 2008 | Médias | 3 Réponses

J’ai hésité à décerner une seconde médaille Cochin à la rédaction de l’Express pour ce qui va suivre.

Des mythes politiques, il y en a eus de très nombreux. Depuis la fin du XVIIIe siècle, la France en a connus trois principaux : le mythe du complot juif, le mythe du complot jésuite, et le mythe du complot… franc-maçon. Si les deux premiers ont jusqu’à présent bien reflués, voilà que le troisième ressort.

L’Express révèle donc depuis hier que Xavier Bertrand est franc-maçon, avec une étude très bien documentée, et une interview-aveux exclusive du ministre. La loge qu’il fréquente, les confidences de ses frères sur son assiduité, plein de détails croustillants.

Qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Même si j’ai personnellement une dent qui grince vis-à-vis de Xavier Bertrand, non pas dans son travail de ministre (il s’en sort d’ailleurs plutôt bien), mais dans sa manière d’aborder le débat et de considérer ses adversaires, toujours avec le mépris du lâcheur de petites phrases mesquines préparées à l’avance, pour éluder un débat de fond rationnel et argumenté, je trouve que l’Express se fourvoie totalement. Que Xavier Bertrand soit franc-maçon, musulman, kabbaliste ou sataniste, cela n’a aucune espèce d’importance.

Il y a bien longtemps que les franc-maçons n’ont plus de pouvoir réel. Certes leurs réseaux sont encore bien implantés, certes le Parlement et la haute fonction publique n’en sont pas vides (doux euphémisme). Mais franchement, mis à part lors de l’affaire des fiches, quand la franc-maçonnerie a-t-elle réellement joué un pouvoir ? Le mythe de la manipulation souterraine est complètement suranné, et l’article de l’Express s’en nourrit complètement. Cette révélation ne repose sur rien d’autre qu’un espoir sensationnaliste d’indignation publique.

Faisons un pari : puisque la comparaison aux années 30 est à la mode en ce moment, quel journal sera le premier à renouer avec les accents maurrassiens des « Etats confédérés », dont la franc-maçonnerie fait partie (avec les juifs, les métèques, et les protestants) ?

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