Et ça continue. Après la boulette du Président, il faut naturellement que les matadors se tiennent prêts à lui porter l’estocade. Si je soutenais sur le fond l’appel du 14 février, non pas pour faire de l’antisarkozysme primaire, mais pour m’inquiéter de ce qui me semble être un mépris relativement éhonté pour l’Etat de droit et l’éthique républicaine [bien que depuis je m'interroge sur le bien-fondé de la forme, conquis par le récent clash entre JFK et JMA], en revanche je trouve abject et stupide cet empressement à dénoncer l’indénonçable, à s’échauder de l’insignifiant, et surtout à ne considérer l’épisode que de façon monolithique.
Depuis ce matin, les députés, ministres, secrétaires d’Etat et porte-flingues UMP en attente d’un nonosse montent au créneau pour défendre le Président. Parfois avec justesse, mais parfois franchement avec maladresse. Minimiser l’écart langagier du Président, c’était encore la meilleure chose à faire, et c’est d’ailleurs ce que se sont empressés de faire lesdits garde du corps présidentiels :
C’est un geste d’agacement dans une bousculade et il ne faut pas en faire une polémique — Valérie Pécresse
Tout y est : l’écart est assumé (geste d’agacement), en même temps qu’il est replacé dans son contexte (bousculade), et porte un jugement critique (il ne faut pas en faire une polémique). Sans doute la posture la plus sage à tenir. Et pourtant, il me semble que les membres de la majorité se prennent le plus souvent les pieds dans le tapis. Leur défense est efficace, mais elle me semble devoir alimenter à l’avenir ce genre de pratiques :
Il lui a répondu d’homme à homme, c’est tout, il faut pas s’en étonner — Michel Barnier
Je l’ai dit dans le billet précédent : on ne peut pas désacraliser la fonction présidentielle, qu’on en soit l’heureux porteur ou simple citoyen. Un président ne répond pas d’homme à homme, il doit répondre de président à homme… répondre à une provocation d’homme à président, naturellement. Barnier, au lieu de critiquer l’affront, ne fait en fait que l’empirer. Nicolas Sarkozy est un homme, avec ses sensibilités ; un autre homme l’invective vertement ; ergo, Sarkozy répond d’homme à homme. La logique est implacable en termes de rhétorique, mais question cohérence politique, on repassera.
Le comble de la mauvaise foi revient cependant à Copé et Pécresse, malgré deux sorties intéressantes (Copé : « Ce qu’on pourrait faire de mieux sur cette histoire c’est la remettre à ses justes proportions, je trouve qu’elle a pris une ampleur anormale »). Si l’incident a pris une telle ampleur artificielle, c’est à cause de l’évolution des médias. Webcams, portables, caméras cachés, micros, Internet : on met tout dans le même sac et on donne la bastonnade. C’est un peu trop facile. Qu’il y ait de la presse ou non, la faute est là, et mieux vaut d’ailleurs qu’elle ait été médiatisée.
De l’autre côté, en revanche, le bal des faux-culs a des airs de bal musette. Hémiplégique, l’opposition accorde ses violons pour jouer en harmonie une Marche funèbre.
Il fait des manquements à ce qui devrait être sa charge — François Hollande
Oui, certes, c’est implacable. Autant que lorsque Nicolas Sarkozy tranche une question de justice en se mettant du côté des victimes. Pris de manière unilatérale, on enlève tout le caractère complexe et bivalent pour ne laisser qu’une évidence béate. Badinter va même jusqu’à justifier cette unilatéralité :
[Un Président qui va] vers une foule anonyme, s’exposera inévitablement à des provocations, il le sait et il doit prévoir ce que sera son attitude
Traduction : il est absolument normal que de telles provocations aient lieu. Elles sont inhérentes au pouvoir, sont formulées de manière naturelle et cohérente, et donc l’homme politique doit s’y adapter. De la part de l’un des plus éminents juristes français, lettré et cultivé à l’envi, cela ne passe pas pour de la légèreté d’esprit. C’est à mon sens empreint soit d’une malhonnêteté, soit d’une étourderie passagère.
Devedjian, adepte de bons mots, offre une conclusion savoureuse :
L’opposition est de mauvaise foi : elle reproche à la fois une dérive monarchique et un manque de majesté.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise, dit la sagesse populaire…
[Edit : Un peu de lecture à ce sujet]