La chasse à l’homme, une mauvaise stratégie politique

18 mai 2009 | La vie de la cité, MoDem | 6 Réponses

Comment faire descendre Bayrou ? Enigme irrésolue pour l’UMP depuis le second tour de la présidentielle, casse-tête insoluble pour le PS. La majorité, en voulant isoler le troisième homme de la présidentielle, l’a renforcé. A un point tel qu’il n’y a qu’une alternative pour l’abattre : la mort ou la souillure.

François Bayrou, c’est le mystère scientifique de la vie politique française. Comment un député et conseiller municipal, tout président de parti qu’il est, battu pour la deuxième fois à une élection présidentielle, dont l’électorat s’effrite à longueur de scrutin, lâché par les élus qu’il croyait être ses amis, et dont les ambitions présidentielles s’ébruitent à longueur d’articles et de lapsus, fait-il pour conserver intacte sa puissance audimétrique ? J’en connais à l’Elysée qui doivent ravaler chaque jour que Dieu fait leur haine renfrognée : malgré tous les coups de boutoir, le charançon béarnais est bien difficile à écrabouiller. Diantre.

Les ruses du gibier Bayrou

Pourtant, l’UMP n’y va pas de main morte depuis deux ans. A la manière des clubs de foot approchant dans les vestiaires les joueurs-clés de l’équipe adverse avant le match avec de juteux contrats sous le bras, Nicolas Sarkozy a pris le parti d’arracher à François Bayrou le bloc le moins solidaire de feue la vieille UDF. Sans doute est-ce là l’avantage d’être ami avec le grand patron d’LVMH : lorsqu’on parle maroquinerie gouvernementale, on est gage de sérieux. Et voici que, main par la main, la farandole d’anciens soutiens bayrouistes, dont tous ont voté en janvier 2006 au congrès de Lyon le principe de l’indépendance vis-à-vis de l’UMP, acte fondateur de la stratégie présidentielle du ni-ni (ou du et-et, c’est une question de point de vue), ont tourné talons et retourné veste pour s’en aller bras dessus, bras dessous, avec une majorité leur faisant les yeux doux : « Reviens à la maison, chérie, c’est pas grave, je te pardonne, et je t’offrirai même un cadeau ». Cela ne suffisant pas, l’UMP s’est mis en tête de poursuivre la destruction de la vieille grand-mère centriste : Jean Arthuis et Hervé de Charette faisant planer le spectre d’une renaissance de l’UDF, dont l’un possède apparemment le nom, Michel Mercier titillé par des envies gouvernementales ; tout est fait, ou presque, pour déshabiller Bayrou.

Du côté du PS, c’est un son de cloche différent. En quittant la majorité le baluchon orange sur l’épaule, le nomade Bayrou a entamé sa conquête de l’ouest de l’échiquier politique. Les politologues lui disaient apparemment que l’herbe y était plus verte : les écolos Yann Wehrling, Jean-Luc Bennahmias et Corinne Lepage lui ont somme toute donné raison, qui tous trois ont choisi de rejoindre en marche le pèlerinage solitaire du Christ nu de la politique française. « Hors de mes terres, visage pâle », lui ont rétorqué dles socialistes peu enchantés par l’invasion centriste. Et ceux-ci, autocentrés comme une tribu indienne, de repousser Bayrou à leurs marges : c’est un homme de droite, de droite vous dis-je, le monde doit le savoir.

Aujourd’hui encore, la récente sortie de son livre Abus de pouvoirs attise la rancœur de ses chasseurs : catapulté premier opposant de France, ils sont 44% à estimer envisageables un retour en grâce et une éclipse centriste du soleil socialiste. Plus de 80 000 exemplaires de son livre vendus en une quinzaine, selon sa maison d’édition. A côté, le feu de paille de Dominique Paillé reste sans effet. Caramba, encore raté ! Et maintenant, le poil à gratter de la gauche et de de la droite se met en tête de perturber la campagne des européennes, maintenant le MoDem dans les sondages à un étiage plus que satisfaisant. Las : traqué, pourchassé par une meute d’aboyeurs, force est de constater que le gibier Bayrou parvient à « ruser », comme disent les veneurs pour qualifier un gibier qui parvient à s’échapper.

Mais comment diable celui qui vagabonde dépouillé, le front meurtri de ses échecs politiques, et ne drague avec lui qu’un chapelet de pauvres hères, derniers dans la hiérarchie des bankable people, mais à qui il promet d’être les premiers dans l’Au-delà démocratique, fait-il pour exister toujours dans les médias ?

Seul, mais soutenu : l’innombrable foule silencieuse

A vouloir l’isoler pour l’affaiblir, la majorité n’a réussi qu’à le renforcer. Pour affaiblir le PS, il suffit de soutenir en sous-main les ambitions des seconds couteaux : le combat de coqs fait le reste. Mieux valent trop de chefs que pas assez, et voilà l’erreur de l’UMP. Seul à bord de la galère centriste, Bayrou en est le maître incontesté. Il marche à pas cadencé sans que personne au MoDem ne lui puisse contester le droit d’appuyer sur le champignon. La critique du pouvoir autoritaire, de l’ambition personnelle ? Si seulement les Français y étaient sensibles… à moins qu’ils soient en fait lucides et comprennent que ce n’est là qu’une métastase ? L’agrégé de grammaire aurait sans doute son idée sur les procédés rhétoriques utilisés par la majorité pour l’occire.

En outre, vouloir en démocratie réduire quelqu’un au silence est une entreprise avortée dans l’œuf. Si les médias plébiscitent Bayrou à due concurrence des cadres des autres partis, c’est aussi parce qu’en voulant réduire un homme au silence, la majorité menace un parti. Et les médias, tous à l’unisson derrière Plenel, prédicateur en chef d’une démocratie à sauvegarder par la plume et l’encre, de refuser ces petites morts de la démocratie. Quand Alain Minc pérore en affirmant que Bayrou est un nouveau Le Pen, il a raison sur un point : Bayrou devient le nouveau pestiféré, une figure qu’on voudrait repoussoir pour endiguer le tropisme centriste si courant chez les Français depuis qu’on les sollicite aux urnes. Du moins c’est ce que voudrait la majorité, et ce dont rêvent secrètement les socialistes. Et pourtant, Bayrou comme Le Pen n’ont jamais été aussi audibles que lorsqu’on a cherché à les museler.

Dans la posture de Bayrou, le petit qui résiste fièrement aux grosses machines, il y a quelque chose du petit village d’Astérix. Il y a plus de prestance à choisir le long et dur chemin de la solitude, le risque démocratique de tout perdre, qu’à accourir vers les gamelles clinquantes dès que la famine menace. La bravachitude de Bayrou a quelque chose de courageux et de gaulois, que les Français soutiennent : en estime pour le moment ; en voix s’il les convainc.

Est-ce à dire qu’il n’est jamais possible d’anéantir un adversaire en politique ? Nullement. Mais il faut jouer serré. Ne subsistent que deux voies possibles : attendre la mort de l’ennemi ou le faire tomber en disgrâce. De mort, il ne saurait être question maintenant, à moins d’un funeste coup du sort : au milieu de sa cinquantaine, François Bayrou est encore fringant, et la vie politique française suffit à nous convaincre qu’il existe sur Terre des hommes toujours dans leur adolescence au demi-siècle passé. Pensez, Serge Dassault commence à peine à être nommé senior. La disgrâce est une infortune si imprévisible et pourtant si délicieuse : un scandale est si vite arrivé, et peu sont ceux capables de s’en remettre. Encore faut-il choisir le bon. Chercher dans le passé ministériel de François Bayrou et ressortir la grande manifestation contre le rétablissement de la loi Falloux ? Technique éculée, d’autant plus que par décret Nicolas Sarkozy vient de la rétablir en principe. A-t-il des amitiés dans le monde de la finance, des tentations collusives ? Pour sûr, démontrer irréfragablement que celui qui refuse le règne de l’Argent comme modèle de société est en fait riche serait une enquête dont Bayrou se passerait bien : mais hormis une passion pour les chevaux, somme toute assez commune, point de folie. Y a-t-il donc quelque scandale à chercher chez cet homme-là ? Peu évidente est la réponse. Sauf qu’en France, les seuls scandales qui font recette sont ceux d’argent, jamais de chair. Difficile de trouver autre motif.

Si l’UMP et le PS veulent tant que cela affaiblir Bayrou, ce n’est pas en le bâillonnant qu’ils y parviendront. Tout tribun vit aux dépens de ceux qui l’écoutent : c’est en convainquant son auditoire qu’on fait taire le tribun, réduit à plastronner devant des rangs clairsemés. Sauf qu’en politique, il est toujours plus facile de mettre l’autre à l’amende que de s’amender soi-même. Tant que ni l’un, ni l’autre, ne sauront satisfaire l’oreille de ceux qui se sont distraits d’eux, il faudra toujours attendre que le charme du centre se fane ou se rompe.

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La campagne des européennes bat son plein (oui)

15 mai 2009 | europe | 2 Réponses

A longueur de semaines, nous nous lamentons que la campagne pour les européennes tarde à pointer le bout de son nez. Et pourtant, elle a bel et bien commencé depuis plus d’un mois.

Une campagne frugale

En cause en premier lieu sans doute, la procédure française de dépôt des listes, ouverte le 11 mai dernier. Plus la date est tardive, plus le phénomène de date-butoir prend de l’ampleur, et l’on peut gager que si le dépôt des listes avait été avancé dans le calendrier, celles-ci auraient été constituées plus tôt. Mais cela ne permet pas d’expliquer qu’en dépit de listes déjà connues depuis plusieurs semaines, le PS ne parvienne pas à entamer un débat national.

Serait-ce une question programmatique ? Difficile en effet de faire campagne sans idée, sauf à se contenter de slogans de morale grand-parentale comme l’ânonne l’UMP avec son « Quand l’Europe veut, l’Europe peut ». Clairement, les partis ont été plus soucieux de modeler le visage des listes avant de les doter d’un cerveau fonctionnel et riche d’idées. Guère étonnant en effet quand on sait la faible culture européenne qui anime les grands partis français, ceux-ci considérant Bruxelles comme un vaste placard éloigné où sont remisées les anciennes gloires et glorioles de la vie politique française ou les bannis de la Cour élyséenne condamnés à l’exil bruxellois. Mais, nous dira-t-on, le PS a un programme depuis longtemps, c’est le PSE Manifesto. Effectivement.

On pourrait alors accuser de concert médias et électeurs français. Les premiers pour n’avoir pas tenté de surtraiter un enjeu électoral certes difficilement abondé par les formations politiques, les seconds pour assister goguenards à la campagne. Pour la campagne présidentielle, les médias n’ont pas hésité à se mettre en ordre de bataille dès les préliminaires à l’automne 2006 en couvrant massivement la primaire socialiste. En 2005, ils firent de même avec le TCE, allant jusqu’à organiser de longues soirées de catéchisme référendaire sur les principales chaînes. Et l’on sait que lorsque les médias s’y mettent, les Français s’y intéressent. Pure logique médiatique. Or, lions deux faits : l’Express a attendu ce lundi pour entamer une série d’articles comparatifs sur les programmes des différents partis. Et, lundi dernier, ils étaient pourtant encore 53% des Français à s’y désintéresser.

Très clairement, ce démarrage poussif de la campagne est le résultat croisé d’une paresse tant médiatique que politique. Les premiers se défendront de ne pas survendre un sujet au-delà de l’intérêt que leur accordent les formations politiques, les secondes seront muettes sur la chose. Pour Harlem Désir, tête de liste PS en Île-de-France, l’UMP « fait tout pour éviter le débat ». Effectivement, l’UMP n’a guère d’intérêt à lancer un débat trop tôt, qui risquerait, manque de culture européenne oblige, de se transformer en campagne nationale de protestation contre le gouvernement. Bien semble lui en avoir pris : les principales formations politiques appellent au vote-sanction, et la dissémination des votes de protestation, en dispersant les mécontentements, ne peut qu’être de nature, sur un scrutin à un tour, à profiter à la majorité : c’est la version démocratique de la formule machiavélienne « diviser pour mieux régner ».

Pour autant, il est trop simple de résumer cette campagne à un duel national et médiatisé proposé par toutes les formations et refusé précieusement par l’UMP.

Mobiliser son camp

Le PS et l’UMP refusent en effet tous deux de se livrer à une campagne pleine et entière. Regardons les différentes villes dans lesquelles l’UMP a démarré sa campagne : Rueil-Malmaison, Maisons-Alfort, et Nîmes, trois villes UMP. Au PS, même son de cloche : le 24 avril, le PSE entrait dans la campagne française à Toulouse, l’un des symboles de la victoire socialiste contre le gouvernement aux dernières municipales. La ville dans laquelle on lance une campagne est symboliquement forte : elle donne une clé précieuse pour analyser ce que sera la campagne. Or, avec les meetings socialistes qui ont suivi (Paris, Strasbourg, Clermont-Ferrand : autant de villes de gauche), on s’aperçoit très vite de la réalité de la campagne européenne : elle est une campagne de mobilisation plus qu’une campagne de conversion.

Et la campagne de mobilisation bat son plein depuis longtemps déjà. Il ne s’agit pas, pour l’un comme pour l’autre, de convaincre massivement des électeurs : le fort taux d’abstention quasiment acquis conduirait à gaspiller de l’énergie pour des résultats faibles. Or, quand l’abstention est forte, tout stratège politique sait ce qu’il reste à faire : mobiliser son propre camp et compter sur son socle électoral habituel pour virer en tête.

Si l’on regarde la campagne Internet du PS et de l’UMP, ce point de vue est corroboré. Michel Barnier, tête de liste UMP en Île-de-France, a fait appel à l’agence de communication en ligne Spintank pour mettre en place un site communautaire de campagne. Le principe est simple : sur le modèle de mybarackobama.com, le site de campagne s’adresse aux sympathisants et militants UMP en leur permettant de se lier entre eux afin de stimuler la mobilisation et l’engagement sur le terrain et de diffuser cette mobilisation à ses propres cercles de sociabilité afin de réaliser un maillage au plus serré en Île-de-France, qui permettra de ne pas perdre trop de monde en route. En outre, l’UMP a pris le parti de la proximité militante avec le bus de campagne de l’UMP, chargé de sillonner et d’« animer les fédérations ». Le PS, quant à lui, a lancé une série de vidéos virales dont l’objectif est clairement destiné à renforcer les convictions parfois fléchissantes de certains électeurs plus qu’à en convaincre d’autres.

On ne le répètera jamais assez, l’antisarkozysme, l’anti-barrosisme ou quoi que ce soit d’autre, n’est pas une politique lorsqu’on est un challenger.

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Le piège de l’ouverture

11 mai 2009 | Idées, La vie de la cité | 1 Réponse

Souvenez-vous : l’ouverture, c’est ce thème de campagne qui est apparu avec François Bayrou en 2007, et qui se résumait en une maxime simple, « faire travailler ensemble les hommes de bonne volonté ». Cela fleurait bon les coalitions des IIIe et IVe Républiques, quand nos aînés à rouflaquettes et à fumes-cigarettes s’activaient pour ébaucher des majorités consolidées au centre (déjà divisé en deux à l’époque : les radicaux-socialistes et les républicains de droite) : plusieurs partis, pour un même gouvernement et une même gouvernance. Curieusement ou non, il s’est vite trouvé que l’ouverture, les Français aimaient ça pendant la campagne : 65% de plébiscite en juin 2007, 64% en mars 2008. En toile de fond, se dessinait ni plus, ni moins, qu’un refus net du clivage gauche-droite tel qu’il est aujourd’hui organisé, couvert du vernis « blanc bonnet et bonnet blanc » et catalysé par une crise sous-jacente qui fait toujours reparaître le spectre de l’Union sacrée, de la cohésion d’une Nation tout entière faisant fi de ses divisions pour le salut de son âme.

L’ouverture, un thème plébisicté par les Français ? Il n’en fallait pas plus pour que Nicolas Sarkozy en fît un outil stratégique : ce que Bayrou veut, je le fais. Premier coup de pioche dans la roche bayrouïste. « Débauchage ! Déstabilisation ! », ont crié les contempteurs de l’ouverture sarkozyste. Et ils ont eu raison. Rien n’a fonctionné comme une vraie ouverture. Le PS ni l’UMP ne se sont pas mariés, laissant l’ouverture être désignée par quelques trajectoires individuelles : Eric Besson est allé à Canossa en allant jusqu’à prendre des responsabilités au sein de l’UMP ; Jack Lang, Michel Rocard et Claude Allègre, ont été aiguillonnés à coup de petits maroquins, qui à Cuba, qui chez les pingouins, qui par le secret espoir de redevenir ministre. Et que dire du Nouveau Centre ? Lui qui croyait avoir noué une alliance solide et équitable, se retrouve maintenant un vrai parti croupion, accroché aux basques de la majorité. François Sauvadet, président du groupe NC à l’Assemblée, s’étrangle à chaque fois que le groupe UMP fait cavalier seul et ne respecte pas son partenaire, qui se croyait son égal ; Hervé Morin, qui caressait le doux rêve de voir des listes NC aux européennes, a rapidement déchanté et s’est retrouvé à batailler… pour arracher trois places éligibles !

L’ouverture sarkozyste est donc tout sauf un contrat synallagmatique : le Nouveau Centre s’engage à voter les réformes… mais à quoi s’engage l’UMP ? A faire tomber de la table les miettes du festin de Job ?

Surtout, l’ouverture sarkozyste est tout sauf un partenariat. C’est une entreprise d’acculturation. Kouchner, Bockel et Besson comme ambassadeurs du socialisme au gouvernement ? Fadaises ! Bockel est discrédité par son nanisme, Besson se retrouve à exécuter les basses œuvres les plus droitières de la politique gouvernementale. Et Kouchner ? Le voilà aujourd’hui pris au piège de l’ouverture. Car, en Sarkozie, peut-on jamais coopérer avec le gouvernement et conserver une âme de gauche ? Fadela Amara voulait s’en convaincre, qui pérorait en janvier 2008 qu’elle ne voterait pas Sarkozy en 2012 ; peine perdue, deux jours plus tard, elle se dédisait, rattrapée par la patrouille.

Revenons à Bernard Kouchner, sans nul doute la plus belle proie socialiste du gouvernement, la figure la plus emblématique d’un socialisme de bonne conscience, fait de bonhomie médicale sur fond d’Afrique noire ; bref, tout pour faire vibrer la corde sentimentale d’un socialisme tout désigné pour résoudre les problèmes de l’Humanité. Une capture qui a valu un psychodrame au PS, obligé ipso facto d’exclure les renégats du socialisme, comme il le fut lors du vote de la réforme constitutionnelle de juillet dernier. Ce week-end, au détour d’une interview, Bernard Kouchner a été coincé : va-t-il voter UMP ? « J’attends de voir les programmes ! », a-t-il louvoyé. Aujourd’hui, c’est la cabale : Harlem Désir traite le traître de « concessionnaire qui hésiterait à vous accompagner dans la voiture qu’il vous vend » ; Xavier Bertrand enchaîne : « Si Bernard Kouchner regarde ce qu’il y a dans les projets des différents partis pour ces élections européennes, je sens qu’il ne votera certainement pas pour le Parti socialiste ». Un programme, l’UMP ? Pardi !

Celui qui n’a voté Sarkozy ni au premier, ni au deuxième tour, obligé de passer avec armes et bagages du côté de la majorité ? C’est ce qu’il semble aujourd’hui se passer : Kouchner doit boire la cigüe en avouant qu’il votera pour Michel Barnier.

Voilà le donc le triste sort d’une ouverture inégale, faite d’alibis bon teint et de liberté de ton et de pensée pour peu qu’elle ne diverge pas de la ligne fixée par l’UMP. Une espèce de liberté surveillée, de mise sous assistance respiratoire jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’autres choix que la mort… ou la souillure. C’est ce qu’endureront les députés du Nouveau Centre, devenus en un tournemain les communistes de la majorité, et qui en 2012 n’auront que trois choix : rester un satellite qui tourne dans le vide, se fondre complètement dans la majorité en renonçant à leur étiquette, ou revenir vers Bayrou et devoir passer sous les fourches caudines. Et c’est ce qu’endurera également Bernard Kouchner, obligé désormais de faire jouer son entregent pour dégoter un poste de haut-fonctionnaire grassement payé ou honorifique lorsque son temps sera fini.

Pour autant, il serait trop simple de taper sur la majorité. Si l’ouverture est un combat de gladiateurs, c’est aussi parce que le PS n’en a pas la culture. Le système majoritaire contribue à solidifier deux camps, opposition et majorité, avec chacun son rôle, et hermétiquement fermés l’un à l’autre : la majorité et l’opposition ne se peuvent regarder fixement, pourrait-on dire en parodiant La Rochefoucauld. Si l’on veut changer cet état de choses, il faudra nécessairement passer par un système plus proportionnel qui, en fragilisant les blocs, demandera obligatoirement un renfort en mastic. Et ce mastic, c’est la coopération. Comme quoi, tout se tient.

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Le parachutage n’existe pas aux européennes

8 mai 2009 | europe | 3 Réponses

Viennent les élections, et la parade des postes commence. Qui mettre où ? Comment ménager les susceptibilités ? Surtout, quelle place est la meilleure pour chacun ? On remarquera d’ailleurs qu’il est souvent coutume de s’interroger sur la provenance territoriale du candidat : est-il un enfant du pays ? Vient-il là pour nous défendre ou parce que c’est un tremplin aisé vers son ambition (en clair : une circonscription aisément gagnable).

N’a-t-on pas assisté au même cirque ces deux derniers mois ? Souvenez-vous de Vincent Peillon. Vincent Peillon, député européen depuis 2004 et élu dans la circonscription du Nord-Ouest, se dit que depuis la présidentielle et le congrès de Reims, sa pouliche Ségolène Royal a vu sa cote fortement augmentée, et celle de son staff, dont il fait partie, également. N’est-ce pas le moment, se dit-il, de faire un come back sur la scène politique française, et de quitter l’exil bruxellois auquel va être à l’inverse condamnée sa collègue Rachida Dati ? Pour ce faire, il faudrait nécessairement être élu dans la même circonscription, qui est proche de la Somme dont il fut député. Mais voilà : Martine Aubry est première secrétaire, et Martine Aubry contrôle le Nord, et sans doute ne l’entend-elle pas de cette oreille. Pour Vincent Peillon, ce sera le Sud-Est ou rien du tout. Et Vincent Peillon de s’étrangler : quel crève-coeur !

Aujourd’hui, Luc Ferry est en butte au même dilemme : l’UMP veut le parachuter en province. Mais Luc Ferry refuse : pas de parachutage ; c’était l’Île-de-France, ou rien.

Ces postures sont clairement hypocrites. Elles symbolisent surtout le manque de culture européenne des formations politiques françaises. En France, un poste de député européen est un mandat comme un autre, qui doit permettre une attache locale et une exposition médiatique certaine. Comment expliquer la complainte de Vincent Peillon sinon par son désappointement de devoir faire campagne là où il n’a pas pied ? Comment expliquer le refus poli de Luc Ferry de faire de même ?

Il faudra leur dire, un jour, que les circonscriptions européennes sont un découpage factice destiné à faciliter la procédure électorale. Il faudra leur dire que le Parlement européen ne vote pas de mesures s’appliquant à tel département. Il faudra leur dire qu’au Parlement européen, il n’y a que des représentants nationaux.

Peut-être parviendra-t-on à le faire comprendre en réalisant une idée de prime abord saugrenue, mais qui pourrait avoir une grande force symbolique : redessiner l’échiquier des circonscriptions en créant des circonscriptions européennes, transfrontalières, qui pourraient avoir le bénéfice de mieux correspondre à certaines logiques d’aménagement économique. Pourquoi ne pas faire sauter la barrière des Pyrénées et élire, de Bordeaux à Montpellier, de Toulouse à Barcelone, les mêmes députés européens ? Et de Lyon à Milan, de Marseille à Turin, à l’heure où l’on prépare le TGV ? Et de Lille à Rotterdam ? Sans doute que là, parachutés pour partie au-delà du territoire, les candidats au Parlement de Bruxelles auraient moins tendance à penser popote !

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Pour les Européennes, Libé fait confiance aux blogueurs

5 mai 2009 | Internet, europe | 3 Réponses

Je vous fais part du blog ouvert aujourd’hui par la rédaction de libé.fr. Vous m’y retrouverez jusqu’au 7 juin pour chroniquer la campagne européenne en compagnie d’autres glorieux contributeurs : Pierre Catalan, l’excellent Eurojunkie, Eric L’Helgouac’h de touteleurope.fr, Alexandre Delaigue d’Econoclaste, et mes deux camarades Dagrouik et Authueil. Une dream team plutôt de droite, ça change pour une fois !

Retrouvez-nous dès à présent sur ce blog collaboratif qui a pour objectif de chroniquer la campagne européenne selon divers points de vue. Pour ma part, j’essaierai plutôt de parler de la campagne en France. Vous pouvez lire dès à présent mon manifeste : « Nous sommes les baltringues de l’Europe ».

A très bientôt !

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Nous sommes les baltringues de l’Europe

5 mai 2009 | europe | 10 Réponses

Le 7 juin, vingt-sept pays vont élire leurs représentants au Parlement européen et renouveler pour cinq ans le contrat démocratique qui lie les 460 millions d’habitants de l’Union européenne aux 785 représentants actuels de la construction politique la plus innovante du siècle dernier. Certains vont les élire avec enthousiasme, d’autres avec défiance ; certains par suite d’un débat public, d’autre au milieu d’un désert médiatique. Bienvenue en Europe.

Rappelons sommairement que dans le terreau politique de l’Europe des peuples, labouré à force de guerres transversales et ensemencé par la politique des alliances depuis le XVIe siècle, la main française a toujours été prompte à manier le soc ou le sac à semis, jusqu’à faire de Marianne la semeuse au revers de nos francs jadis. L’Europe, même, après les campagnes napoléoniennes, c’est presque la France. Dans l’adolescence du XXe siècle, c’est encore Aristide Briand, l’indétrônable ministre des Affaires Etrangères de la IIIe République, qui est la cheville ouvrière de la diplomatie européenne et des premières ébauches de construction européenne. Faut-il enfin rappeler à quel point le plan Monnet fut géniteur de la première vraie communauté européenne ?

On décrit souvent les constructions institutionnelles avec un vocabulaire anatomique. Qu’il s’agisse de la désormais célèbre « banane bleue » (R. Brunet), du nom de la colonne vertébrale européenne s’étendant de Londres jusqu’à Milan en passant par Bruxelles et Francfort et dessinant une vaste mégalopole, de l’axe Paris-Berlin, centre neuromoteur de l’Union européenne depuis plus de vingt ans, ou encore de Strasbourg, centre névralgique des institutions européennes, la France est partout au cœur de l’Union européenne, et continue à vouloir y jouer un rôle. Elle en est géographiquement, et historiquement l’une des pièces maîtresses de l’ossature européenne, politiquement l’un des centres d’impulsion, démographiquement et économiquement l’un des muscles les plus puissants.

Et pourtant, tout fringants que nous étions, nous sommes devenus, toutes proportions gardées, « l’homme malade de l’Europe » qu’était l’empire ottoman jadis.

Un récent sondage a montré l’étendue du paradoxe : pour la majorité des Français, l’Europe a un fort rôle à jouer dans les défis à venir imposés par la crise économique et financière et par la nécessité de maîtriser notre empreinte écologique ; pourtant, en dépit de ces défis majeurs, peu nombreux sont les Français à signifier leur envie d’aller voter. L’Europe, si près, si loin… En 1979, lors des premières élections européennes, 40% des Français ne s’étaient pas déplacés pour aller voter ; en 2004, ils étaient 57%.

Disons-le tout net : nous sommes les baltringues de l’Europe.

Nous souhaitons plus d’Europe, et nous réussissons le tour de force de faire la fine bouche.

Nous voulons être à la tête de l’Europe, et nous figurons parmi les trois pays à avoir rejeté un traité constitutionnel par voie référendaire, freinant considérablement un processus de construction qui par l’unanimité impose le consensus – avec sa part nécessaire de compromis.

Nos dirigeants veulent faire bouger l’Europe, et ils y envoient les seconds couteaux, les recalés du suffrage universel français, les vieilles gloires de la politique française qui sentent encore la naphtaline, ou les poulains des barons nationaux, quand ils ne choisissent pas purement et simplement de sacrifier aux logiques négociatrices dignes des marchands de tapis les quelques députés européens qui, comme Alain Lamassoure, s’acquittent avec intérêt de leur mandat et sont reconnus par leurs pairs pour leurs offices.

Nous voulons parler de crise, de protection et de développement durable, et nous montons au créneau pour défendre le rosé menacé par la Commission européenne.

Nous demandons beaucoup de choses à l’Europe, en premier lieu de régler de nombreux problèmes. Nous faisons le procès des élites européennes, trop coupées des Français, trop technocrates, trop tout, mais nous refusons de leur apporter notre concours en les élisant et en les légitimant.

En un mot, nous voulons l’Europe, sans y participer. La belle affaire.

Le 7 juin, et pour la première fois, je serai électeur européen, et j’irai voter pour l’Europe. Qu’il s’agisse de voter pour une Europe qui protège ou une Europe volontariste, c’est affaire du choix de chacun ; mais dans les deux cas, ceux qui votent veulent l’Europe, sans se laisser berner par les chimères d’hypothétiques plans B sans lendemain. Aussi appelé-je chacun à voter. Non pas par europhilie, bien au contraire. Mais par chauvinisme : parce que je ne connais aucun Français qui puisse raisonnablement accepter d’être considéré comme un baltringue par toute l’Europe.

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Dictionnaire posthume du capitalisme ?

27 avril 2009 | Internet | Aucune réponse

Dans quelques jours sortira le Dictionnaire posthume de la finance, coécrit par David Abiker,  journaliste bien connu des blogueurs, et Évariste Leuvre, économiste à Natixis. Pour l’occasion, ils ont mis en place un petit site collaboratif qui propose aux blogueurs de faire la définition de quelques mots associés à la grande débâcle financière et à l’effondrement des objets ostentatoires de la réussite matérielle : stock-options, banksters, crise… mais également Rolex et achats par les blogueuses modes qui ont aussi leur bon mot à livrer sur la crise ambiante !

Alors j’ai également participé, et j’ai soumis une définition. Elle tranche un peu avec le titre du Dictionnaire, puisqu’elle interroge le mot « posthume » : mort ou pas, le capitalisme ?

Mort, le capitalisme ? Occises, les stock-options ? Eradiqués, les financiers véreux ? Moralisée, la frénésie spéculatrice sur des actifs fictifs ? C’est ce qu’on aimerait tous croire.

Toutes proportions gardées, la grande entreprise de salubrité financière que les gouvernements mondiaux organisent depuis plusieurs mois à coups de déclarations fracassantes, a tout du processus de résilience. En physique comme en psychologie, la résilience, c’est la capacité à subir un choc sans se déformer, à subir un traumatisme sans sombrer dans une profonde dépression. Alors nous parlons de choc, de krach, nous réfléchissons aux causes, nous prévoyons les conséquences, nous déterminons les prescriptions nécessaires ; en un mot, nous parlons du mal, pour ne pas que la mal nous emporte. Le G20 ressemblait à s’y méprendre à une grande communauté résiliente, les mêmes que celles que l’on met en place quand les tornades et les inondations s’abattent sur un pays.

Mais le capitalisme, lui-même, n’est-il pas aussi résilient ? Il vient de subir un choc profond en plongeant les places boursières dans la pagaille financière, ceux qui le manipulent sont vilipendés par tous, ses grands manitous comme Madoff sont derrière les barreaux, les parachutes dorés sont criblés de balles dès que les grands patrons sautent du navire volant, ceux qui s’en gobergent comme les cadres d’AIG sont voués aux gémonies gouvernementales et menacés fermement par les autorités publiques de voir leurs profits hautement taxés. Et pourtant, a-t-on eu l’impression que quelque chose avait vraiment changé, que la pantalonnade de la liste grise-noire des paradis fiscaux avait une quelconque utilité dès lors que certains paradis fiscaux bien cachés dans les pays du G20 étaient subtilement omis ?

Et si la capitalisme pouvait subir un krach profond sans jamais se déformer et tout continuer comme avant ? Ce serait vraiment pas de bol.

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Représentants du peuple ?

24 avril 2009 | Idées, La vie de la cité | 5 Réponses

Non seulement le vote pantalonnesque sur HADOPI a fait rire dans les chaumières, mais il a également servi à faire refluer sur le rivage de la théorie politique la vague de parlementaro-scepticisme. Les derniers classements de la qualité des députés, que ce soit en France ou au Parlement européen, témoignent de cette volonté de contrôler au moyen d’obscurs critères l’activité des représentants du peuple.

Avec 36 députés présents sur 577, l’excuse était tout trouvée pour expliquer la pantalonnade : le cumul des mandats ! Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, livre aujourd’hui une tribune salée contre le cumul des mandats, où il démonte minutieusement les arguments des tenants de l’ordre établi. Le cumul permettrait aux députés de conserver une attache locale et d’être soucieux des préoccupations des citoyens ? Balivernes ! tonne-t-il, les « députés ne sont pas élus pour représenter le territoire et la population d’une circonscription électorale ; ils représentent la nation tout entière ». Surtout, cet argument est l’arbre qui cache la forêt : si le cumul est aujourd’hui la règle et le non-cumiul l’exception, c’est essentiellement parce que les députés veulent tenir de main de maître leur circonscription, afin de s’augurer des campagnes faciles et d’augmenter substantiellement leurs revenus mensuels. Pour Girard, les députés sont l’expression du peuple dans son ensemble, irréductible à des stratifications géographiques, sexuelles, raciales ou quoi que ce soit d’autre.

Je lui concède volontiers que les sérénades enamourées des parlementaires quant à leur souhait de ne pas être déconnectés du peuple sont une farce : s’ils ont besoin du cumul pour ne pas s’éloigner de la plèbe, c’est la mort de la démocratie ; vouloir être député, ce n’est rechercher les ors et les tapis feutrés, c’est avant tout se préoccuper des gens. Dès lors que la politique vous éloigne de ces sollicitations premières, que l’orgueil dont vous êtes gonflé est fait d’hélium et que partant, il vous faut une solide corde pour vous rattacher à la terre, c’est que le sens même de la politique et de l’ordre contractuel qui en découle est dévoyé.

En revanche, l’extraterritorialité des députés m’a tout l’air d’un défi intellectuel. Comment peut-on dire que les députés représentent la Nation dans son ensemble dès lors qu’ils sont élus à l’intérieur d’une circonscription par les gens de cette circonscription ? Il y a là une simple symbolique : lorsque on ne vous appelle pas à élire tel individu, cet individu ne vous représente pas ; un individu auquel on a soumis votre jugement suffragier, même s’il a été élu sans votre concours, vous représente ; pas à moins. C’est le propre même du système électif : l’élu ne peut prétendre représenter que ceux qui étaient en mesure de l’élire, et ainsi M. Zapatero ne représente nullement le Perpignanais voisin.

Si l’on veut seulement que les députés soient élus nationalement, et partant représentent l’ensemble de la Nation, il n’y a pas trente-six solutions : il faut supprimer les circonscriptions et organiser des scrutins de liste. Les partis présenteront 577 candidats à la législative. Les Français ont pour les représenter géographiquement des conseillers généraux, et c’est assez pour régler des questions locales. Et comme il faudra rompre avec le système majoritaire pour éviter que le Parlement soit monocolore (the winner takes it all), une dose très sérieuse de proportionnelle devra être établie pour maintenir l’équité du vote démocratique. Jusqu’à présent, cette solution n’est envisagée que par les petits partis, que la proportionnelle intégrale avantage toujours mathématiquement. Mais Jean-François Copé a dit qu’il était contre, au prétexte fumeux que la harpie instable de la IVe République reparaîtrait instantanément.

Ou alors, on peut aussi considérer que la territorialisation des députés est loin d’être le problème, et que le cumul ne s’arrangera pas par des triturages dans le mode d’élection. Comme on peut aussi considérer que la proportionnelle intégrale ne porte pas en son sein le germe de l’instabilité. Des majorités moins nettes imposent des coalitions respectueuses ; le cumul est avant tout affaire de carriérisme. Pour un cas comme pour l’autre, c’est une modification de la pratique politique qu’il faudra mettre en place. Pour un cas comme pour l’autre, la balle est dans le camp des députés. Renoncer aux fiefs et acquérir la culture du débat et de la coopération, voilà deux révolutions coperniciennes qu’il faut mettre en place immédiatement !

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Le Grand Pardon II

20 avril 2009 | La vie de la cité, Médias | 2 Réponses

A l’instar du buzz Susan Doyle, dont on dit qu’il faut revenir d’Irak pour ne pas en avoir entendu parler, ce week-end il fallait vraiment s’enterrer dans un abri antinucléaire pour ne pas entendre parler du Grand Pardon de Ségolène Royal, volume 2. Après la sortie du premier épisode dans toutes les salles de métropole et du Sénégal, le second volume était attendu au tournant.

Je suis allé le voir. J’ai été déçu. Le premier ne m’avait déjà pas vraiment emballé : le personnage principal était un peu trop fantoche, trop madone, trop pleureuse ; on n’y croyait pas, à ce personnage d’opposante qui veut se tailler la carrure d’une présidente en taillant des costards au Présidents. Et puis, dans le genre personnage bouffie d’arrogance, je préfère Hubert Bonnisseur de La Bath, qui me décroche au moins des rires à m’en déboîter la mâchoire. C’est peu dire que j’ai visionné le second épisode avec beaucoup de circonspection et, pour le coup, d’a priori. Je ne suis pas sorti de ces jugements.

Si j’ai pu a posteriori reconnaître une certaine habileté au contre-discours de Dakar, joli coup stratégique en dépit d’un profond mépris pour l’ordre constitutionnel, qui doit pourtant être la pieuse Bible de tout postulant à la magistrature suprême, en revanche ce second opus est d’une indigence crasse. J’ai trouvé chez Aliocha une très bonne critique à laquelle je n’ai rien à ajouter : le comique de répétition va bien cinq minutes, mais la stratégie de Ségolène de développer un nombre incalculable de spin-off à la manière des Experts lasse très vite.

J’espère pour Ségolène que les producteurs (qui sont tous de gauche, vous le savez) la rappelleront en 2012 : c’est si triste de voir une actrice bankable connaître la déchéance publique.

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Martine Aubry séquestrée ?

15 avril 2009 | Brèves | 3 Réponses

C’est l’hôpital qui se fout de la charité, dit l’adage populaire. Qui eût cru qu’alors même que des salariés séquestrent leurs patrons à tours de bras pour attirer les projecteurs sur la situation sociale désastreuse de certaines entreprises et sur l’impossibilité de trouver une once de dialogue social entre patrons et salariés, et que le PS, tout heureux de pouvoir surfer sur la contestation, il se retrouverait lui-même pris par la patrouille ?

L’affaire a de quoi faire sourire. Au moment où Ségolène Royal évoque sa profonde et sincère compréhension pour ces salariés à bout qui recourent à la privation temporaire de liberté, voici qu’au siège du PS, rue de Solférino, les permanents font sourdre la colère. Selon un tract émanant d’une centaine de salariés, les griefs reprochés fleurent bon ceux scandés à Gandrange ou à Clairoix : « violation de la convention collective », « non-remplacement de plus de 20 postes vacants », « réorganisation sans évaluation préalable des besoins », n’en jetez plus. Il ne manquerait plus que Besancenot fasse un passage médiatisé à Solférino !

« Le dialogue social : actif à l’intérieur et ça se voit à l’extérieur ». Voilà un slogan qu’il est bon pour les européennes !

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