Janus en conférence de presse

15 avril 2008 | La vie de la cité, MoDem | 6 Réponses

Je réagis à la conférence de presse de François Bayrou cet après-midi, parce qu’elle m’a retardé dans mon dépouillement de l’année 1931 du journal Le Temps. L’oreille mobilisée sur LCI, l’œil sur la machine à microfilms, j’ai cependant retenu quelques enseignements.

Je ne m’attarderai pas sur la première partie de la conférence, le soliloque de Bayrou, car j’ai pris la conférence une demi-heure en retard. On en retrouvera un compte-rendu ici, , et enfin . J’ai en revanche suivi la séance de questions-réponses entre 16h30 et 17h. J’ai par ailleurs fait un live-twittering de mes réflexions (mais ça, on s’en fout).

Effet d’annonce. On se rappelle que ce week-end, le siège du MoDem nous pondait une convocation à la va-vite pour annoncer quelque chose d’important. Ce quelque chose n’est, à mon sens, pas venu. Bayrou aime attirer l’attention sur lui. Dans son monologue introductif, il revient longuement sur ses points d’opposition avec le gouvernement de la majorité et avec Nicolas Sarkozy, les mêmes qu’il a exposés à de nombreuses reprises à la radio, à la télé, dans l’appel du 14 février. Tout au plus les a-t-il réactualisés à la lumière des récentes annonces du gouvernement. Dans les séances de questions-réponses avec les journalistes, il a ressorti la même rengaine. Un centre indépendant, c’est premièrement un centre qui ne s’inféode pas, et donc garde son libre-arbitre pour voter, ou ne pas voter tel texte, de n’importe quel bord qu’il émane. Là-dessus, il a raison, et je crois que les Français le suivent. En revanche, il croit bon de poursuivre la réflexion plus loin en affirmant qu’un centre indépendant doit être capable de parler tantôt à la gauche, tantôt à la droite : à ce sujet, il n’a tiré aucun enseignement des échéances électorales depuis la présidentielle. Il n’a pas compris que ce qui offre des voix au MoDem, ce sont d’une part son projet, d’autre part son indépendance. Pas plus que l’UMP et le PS n’acceptent de faire alliance l’un avec l’autre ou de se désister l’un en faveur de l’autre, le MoDem ne doit le faire : s’il ne veut pas être un supplétif à géométrie variable, il doit jouer dans la cour des grands, dût-il avoir peu d’élus. Ce côté bravache, Bayrou s’y refuse, et mal lui en prendra.

D’ailleurs, un journaliste lui a posé la question : « Pourquoi nous avoir faits convoquer ? ».

L’annonce du jour. Pour couper court aux tentatives de déstabilisation, Bayrou annonce la consultation des adhérents dans un congrès extraordinaire, probablement au début de l’été. Ce qui est en jeu, c’est la détermination de la stratégie du MoDem, un peu comme au congrès de Lyon en 2006, où l’UDF avait voté l’indépendance vis-à-vis de la majorité présidentielle. Tous les dirigeants qui ne souhaitent pas s’inscrire dans la démarche de Bayrou pourront déposer une motion, lesquelles seront toutes votées, comme au PS. La motion qui remportera les suffrages décidera de la stratégie à suivre, stratégie qui s’appliquera immédiatement. Le vote démocratique aura parlé (en espérant qu’il le soit vraiment : pitié, pas de Villepinte reloaded…), et les dissidents n’auront que trois solutions : coopérer, la fermer, se casser. Ce sera la moindre des choses pour un processus démocratique.

Comme au Congrès de Villepinte, je ne doute pas que certains vont tenter d’activer les réseaux, et que les procus vont circuler. Mais avant de jouer les Cassandre, il faudra attendre la détermination des conditions du scrutin. S’il se fait à l’intérieur des fédés, par Internet, ou en congrès extraordinaire sur un site précis, cela changera tout.

Cette initiative est je pense la bonne. Un chef déstabilisé ou contesté doit soumettre son crédit et sa fonction aux suffrages de ceux qu’il représente, pour se renforcer. En revanche, Bayrou adopte à ce sujet une posture gaulliste que je n’apprécie pas du tout. J’ai cru comprendre en substance que si les militants le désavouaient, il laisserait tout tomber. Une manière déjà de prendre en otage le vote, exactement comme à Villepinte où il a donné son avis sur tous les amendements déposés par les militants, chaque vote se réduisant alors à une ratification de la volonté du chef. C’était un mauvais travers de De Gaulle : cette exigence de démocratie, elle doit être muette, pas affichée au grand jour. Démissionner suite à un vote favorable, oui ; mais l’annoncer comme une menace pour faire vibrer la corde fanatique, non.

Janus. Bayrou m’a fait l’effet de Janus. Lorsqu’on lui a posé des questions sur le fonctionnement du MoDem, il a été mauvais. Aucune perception de changement, un entêtement borné et béarnais (voir plus haut). S’agissant de l’UDF et de l’éventuelle bataille juridique, il se montre confiant et serein, et là-dessus il a raison : l’UDF a voté la dilution dans le MoDem, or et pierre compris. Seul le Congrès National peut voter la dissociation de l’UDF et du MoDem, donc les quelques dissidents ne peuvent pas décider seuls. Au passage, on continue la victimisation : je suis isolé, on me tape dessus, on me trahit de tous côtés. Comme Ségolène Royal, Bayrou joue la carte du martyr pour se renforcer, car cela contribue à radicaliser les opinions qu’on a de lui : les sympathisants deviennent fanatiques, les objecteurs pamphlétaires. Et l’un entretient l’autre.

Au passage, il sort une grosse énormité qui ne trompera personne. Une journaliste lui demande le nombre d’adhérents. Guilleret, il répond 60 000 : oui, nous avions une caisse noire de militants, en fait, et les chiffres étaient sous-estimés. Cette réserve a donc compensé tous les départs depuis juin… Mon œil : l’appel à renouvellement de cotisation vient tout juste d’être lancé, et si l’on dépasse les 50 000, c’est un exploit. Et je vois large, car il faut ajouter tous les militants actifs qui ont décidé de ne plus l’être.

En revanche, s’agissant des questions de société, que Bayrou a sollicitées comme pour botter en touche ( »On a droit à des questions hors MoDem, sur l’actualité, si ça vous intéresse… »), il a, je trouve, été très bon. Il n’a rien perdu de sa superbe des présidentielles. Les quelques grands sujets ont été évoqués (notamment les OGM et les émeutes de la faim). Si les réponses sont trop rapides pour être véritablement analysées (on attend des projets précis à développer), en revanche il se remet à parler du fond, ce qui est parfait pour rétablir une dynamique. En répondant à ces questions, il s’est de plus efforcé d’apparaître en Président, et j’irai même plus loin, en De Gaulle. Il a joué sur ses qualités en imposant sa stature, et s’il sait les mobiliser à bon escient, cela ne lui sera que profitable.

Toutefois, on a pu assister à une renaissance subite de Jaurès peinturluré en orange : répondant à une question sur le pouvoir d’achat, Bayrou a parlé de paupérisation de la France, des villes, des retraités… Il prépare un déménagement du siège à Carmaux ? Juste après cette incongruité, le live a coupé, il était 17h, l’heure du flash.

De Gaulle. La figure tutélaire de cette conférence de presse. Il planait. Bayrou en a parlé à de nombreuses reprises, que ce soit pour évoquer la traversée du désert avant le retour final, la trahison des bédouins, l’isolement parlementaire (de De Gaulle entre 1947 et 1951), ou quelques grandes idées comme le non alignement sur la politique de défense étatsunienne. Tout comme chaque dirigeant socialiste essaie d’être plus mitterrandien que Mitterrand, Bayrou s’efforce de marcher dans les pas de De Gaulle et de Pierre Mendès-France (au Panthéon du MoDem pendant la présidentielle, muet depuis). Attention ! À certains égards, Bayrou peut se réclamer de De Gaulle, notamment sur une posture au-dessus des partis et de la mêlée (là-dessus, il est assez clair qu’il plaide pour un Président-philosophe plus que pour l’hyperprésident sarkozyste). Mais il ne doit pas oublier que l’UDF rassemblait justement le centre-droit et la droite non gaulliste, et que le MoDem n’est pas l’UDR. Certains thèmes du gaullisme ne font pas consensus. De Gaulle devrait s’effacer un peu plus.

Blogosphère. Un journaliste parle de la déception de certains blogueurs MoDem, reprise dans la presse (notamment Le Monde du 27 mars, article en archive payante). A ce sujet, Bayrou a sorti un tissu d’énormités, même si je lui donne raison sur certains points. Les blogueurs déçus, en tant qu’adhérents pourront s’exprimer lors du référendum extraordinaire. Soit, c’est un truisme. Immédiatement après, il joue le Père la Morale. Je cite : « les blogueurs sont éruptifs ». Les mots ne sont pas retenus. Dès que tout va un peu mal, les blogueurs hurlent très fort ; dès que tout va bien, ils crient leur amour. Internet doit donc apprendre d’une part à se modérer et à prendre du recul, et d’autre part à « comprendre les sensibilités des adhérents traditionnels« . Je ne veux pas intenter un procès d’intention, mais selon moi, cela veut dire : « les jeunes adhérents, respectez les vieux adhérents, ceux-là même qui me sont le moins fidèles et ont un tropisme plus à droite ».

Au passage, on égratigne un peu les blogueurs PS, qui eux aussi s’interrogent. On dirait qu’il a consulté left_blogs…

Au sujet de la blogosphère MoDem, il y a un foutage de gueule manifeste. Bayrou surestime le poids de cette blogosphère, qui n’a absolument aucun pouvoir de propagande pour les électeurs. Son audience est très limitée. Hormis quelques blogs individuels, la plupart des blogs sont ceux des fédérations ou des mouvements municipaux, pour fonctionner en réseau et coordonner les actions et les informations. De plus, Bayrou prend un malin plaisir à tiquer lorsque le libre-arbitre d’un militant s’exprime clairement sur un blog alors même qu’il en fait un des piliers de son socle idéologique (si on peut l’appeler ainsi), en tout cas l’une des valeurs fondatrices du Mouvement. La concordance entre les paroles vers l’extérieur et les actes vers l’intérieur connaît encore quelques couacs… S’il continue, il va vraiment se mettre la blogosphère MoDem à dos.

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Μελανχολíα

14 avril 2008 | Nick Carraway | 5 Réponses

Μελανχολíα, torrent tortueux des terribles tourments,
Odieux afflux de noirs flux bilieux,
De ton drap de nuit tu viens couvrir, le geste ample, le bras séculier,
L’éclat luminescent de ma χαρα.

Quand de la noire pluie je méprise les gifles venteuses,
Du vent les cimes fatiguées qu’il brinquebale comme la coiffe de Méduse,
Ce n’est que par force que je m’extrais de ses traits ferreux.

J’accuse Οúρανóς d’exciter son fils à l’éventrer
De blancs éclairs jusqu’à toucher terre,
Quand jamais pour Clisthène
Le soleil ne brille aux `Εκατομβαíα.

Et tandis que Μελανχολíα, le sourire sardonique, se penche pour emporter
Le dernier joyau des humeurs blanches,
Elle laisse seul à seul Homère et les Γραíαι,
Qui de leur œil et de leur dent faisant tour à tour usage,
Jettent la peur et le dégoût sur les dalles branlantes
Du temple d’Athéna.

Le vacarme de ces démons tressautant glaive au poing,
Plongeant le fer dans la tordante chaleur des magmas
De l’esprit,
Réveille bientôt Homère qui, avalant son souffle rachitique,
Regarde de son front la sueur frapper le bois tendre de son banc
Percé.

Alors, balayant Χíμαιρα d’un revers vengeur,
Il dissipe la brume de ces nuits infinies,
Et pourchasse, paré tel un hoplite,
Les morsures de la tristesse
Jusqu’aux rives du Ληθη.

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Futiles pensées #6

13 avril 2008 | Brèves | 4 Réponses

Journalisme… enfin, je crois. Libé retranscrit l’entretien de Goasguen au JDD (voir billet précédent). C’est un catalogue de citations entrecoupées de structures verbales répétitives : « ajoute-t-il », « dit-il », « accuse M. Goasguen ». Je me demande à quoi sert cet article ; autant faire un lien ! La rengaine du moment, c’est de dire que le web 2.0, et donc les blogs, est en train de révolutionner le journalisme et la façon de concevoir et de traiter l’info. Quand on voit ces articles torchés, sans un apport quelconque, soit en terme d’analyse, soit en terme d’information, on se dit qu’effectivement, les pratiques des blogueurs peuvent en apprendre beaucoup. Et comme disait Coluche ici, « quand un journaliste, il en sait pas plus que ça, il devrait être autorisé à fermer sa gueule« .

Gratuit. C’est l’ère du gratuit en ce moment ! Vendredi, Libé sortait en kiosque pour la modique somme de zéro euros TTC. Une opération destinée à poursuivre l’essor d’audience du journal. « C’est pour faire comprendre l’originalité et la richesse de la presse payante que nous avons décidé de nous lancer dans cette aventure« , confiait Laurent Joffrin.

Aujourd’hui, c’est Canal+ qui s’y met. Le match de Premier League Manchester United-Arsenal est retransmis en direct et en clair sur Canal+, et en simultané sur la plateforme web. Une opération destinée à « recruter de nouveaux abonnés pour la chaîne tout en assurant un pic d’audience à son nouveau site web« . Il est vrai que Canal+ peut tabler sur un argument choc : son savoir-faire. Qu’il s’agisse de l’agencement des caméras et du choix de réalisation, ou de l’innovation constante en outils technologiques et graphiques pour décrypter les actions de jeu (les fameuses « palettes » de Philippe Doucet), Canal+ a fortement contribué à renouveler la manière de traiter et de regarder un match de football. Et dans un contexte de faible intérêt pour la Ligue1 (l’attribution des droits n’a pas déchaîné les passions cette année et la vente par lots a bien montré que les appétits étaient ciblés en fonction des recettes qu’ils pouvaient générer), c’est tout l’intérêt de Canal+ de démontrer son savoir-faire et de rendre agréable un match de football, dût-il ne pas être prolifique en buts.

Aujourd’hui encore, le JDD est lui aussi en ligne, et gratuitement ! Il ne s’agit par contre là pas d’une opération de promotion : pour des raisons d’acheminement « indépendantes de [la] volonté » du journal, il n’a pu être acheminé dans les kiosques. Joli geste commercial pour ne pas mécontenter les fidèles lecteurs, et possible opération promotion pour la plateforme web. L’afflux peut donner des idées futures…

Café des Blogs. Je fais ici mon rapide compte-rendu. Étaient présents à cette rencontre de blogueurs de gauche Julien Tolédano, Ronald d’Intox2007, Éric Mainville. Et parmi ceux qui n’étaient pas de gauche, MIP et Jérôme Charré. Au milieu de conversation intéressantes, qu’on retrouvera ici, j’ai assisté à une passe d’armes ahurissante entre deux socialistes, un ségoléniste, et un moscovite (ou moscovicieux, c’est selon). Deux heures de débat acharné, l’un (le moscovite) dénigrant l’autre, l’autre tentant de démontrer calmement certaines erreurs d’appréciation. La querelle de chapelles au PS est loin d’être un mythe. On aurait difficilement cru qu’ils étaient dans le même parti. D’accord sur rien : ni sur les têtes, ni sur les idées, dont ils s’accusent mutuellement de plagiat ou autre. Même sur l’immigration et la régularisation des sans-papiers, ils trouvent le moyen de ne pas être d’accord. Un comble ! Je sais maintenant pourquoi je n’y suis pas.

Troll. Jean-Luc Mélenchon, sujet de conversation au Café des Blogs, a réussi une jolie opération en parlant de la Chine et du Tibet. Il commençait à s’endormir doucement dans le cimetière des éléphants, le voilà sorti de sa léthargie. 1 552 commentaires pour sa note sur le Tibet. Joli score.

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Le Breton a la tête dure

13 avril 2008 | La vie de la cité | 6 Réponses

Penn-kalet, comme on dit dans mon deuxième chez moi. Le Breton est têtu et obstiné. Goasguen ne déroge pas à la règle. La défaite de la droite aux municipales à Paris, il ne la digère pas. Erreur de casting ; erreur de stratégie ; défaite annoncée. Et Goasguen de vouloir se positionner comme le chef de l’opposition au Conseil de Paris, le futur leader de la droite parisienne.

On se demande ce qui pousse Goasguen à être aussi virulent en ce moment. Témoin cette interview hallucinante dans le JDD. Ces saillies ont un nom : « chier dans les bottes« .

Intéressons-nous d’abord aux questions du journalistes, en faisant abstraction à la fois des réponses et de qui les prononce. On a clairement l’impression qu’il s’agit de l’interview d’un opposant à la majorité : le recul de Sarkozy sur la carte Familles Nombreuses, l’incident NKM, un sous-entendu rhétorique sur l’incapacité de Fillon à tenir ses troupes, un jeu de chamboule-tout sur les responsables des couacs qui couinent depuis la fin des municipales, et, point d’orgue, la question  » Quelles solutions préconisez-vous ? », prélude à l’érection d’un homme politique en redresseur de torts ou en chef d’opposition interne ou externe.

Et Goasguen s’en donne à cœur joie. Il se fait héraut de la grogne des députés, réduits au degré le plus extrême du godillotage, mis sur le fait accompli en ce qui concerne tous les projets. Pourtant, dit-il, les députés connaissent les réalités du terrain, et si on leur demandait leurs sages conseils, la pédagogie serait au rendez-vous, et les couacs remisés dans les placards.

Au passage, on en profite pour égratigner Sarko, ça ne mange pas de pain. L’ouverture, c’est bien, mais c’est un talon d’Achille (on se demande où il va chercher ça, l’ouverture ne produisant de couacs qu’au moment de distribuer les joujoux). La République césaristo-sondagière, c’est bien, mais quand ça marche ; quand ça marche pas (comprenez : quand vous êtes à 40% d’opinions positives), inutile de s’obstiner. L’hyperactivité du Président « s’étiole« , comme il dit joliment, et donc, par un système de vases communicants, les tirs se font moins précis (référence au « bombardement » de projets de lois et de mesures). On voit que Goasguen manque de finesse d’esprit : si j’avais tenu les mêmes propos que lui, j’en aurais profité pour dresser le parallèle bombardement/alignement atlantiste pour aller chatouiller Sarko sur sa politique étrangère, ça aurait fait rire dans les chaumières…

Le comble, à mon sens, est ce crime idéologique de lèse-majorité. Goasguen est pour la République parlementaire ! Un comble à droite. Ou plutôt est-il partisan de la « souveraineté parlementaire« . L’Afghanistan, on le lui a passé sans vaseline, et son orgueil de député en a été tout molesté. Ce concept de souveraineté parlementaire est cependant intéressant à suivre. Je crois que chez Goasguen comme chez d’autres députés de la majorité, on distingue la souveraineté parlementaire de la République parlementaire. A l’intérieur d’un cadre présidentiel, rétablir l’autorité du Parlement en imposant la coproduction législative et en supprimant toutes les mesures de court-circuit de la Chambre comme le 49-3, permet de rétablir la cohérence des institutions. Mais si l’on veut être cohérent jusqu’au bout, il faudra tôt ou tard reposer la question de la représentation proportionnelle…

On se demande ce que cherche Goasguen. Il n’est pas proche de l’aile gauche de la majorité, celle qui est crypto-putschiste. Allons plutôt chercher dans les petits règlements de compte entre amis au sujet de la distribution des postes à l’UMP. Mais à 60 balais, c’est un peu tard, Cloclo, pour vouloir être chef de quoi que ce soit…

EDIT : Le JDD, qui ne peut pas sortir aujourd’hui en kiosque, est disponible gratuitement en format pdf. Cliquez ici.

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Futiles pensées #5

11 avril 2008 | Brèves | Aucune réponse

Glissement. Si je ne prends pas garde, mon blog va ressembler à un agrégateur de faits divers. Depuis une semaine, les articles se font plus espacés, et les courts développements ont pris le dessus. Grr.

Droit international. Lu à l’instant même (raison de cet article) dans Le Temps du 22 novembre 1930 : l’article 8 du traité d’Utrecht, signé entre la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne en 1713, n’a été appliqué qu’à partir de… 1930 ! La raison de ce retard de deux siècles ? L’article sus-cité prévoyait la délimitation de la frontière de la Guyane (française) et du Brésil, délimitation jamais effectuée en raisons de multiples contraintes, techniques pour la plupart (percer la forêt, je suppose). Comme quoi, le droit international est impitoyable. Si ça se trouve, l’Angleterre peut encore nous contester Calais, Dunkerque, et l’Aquitaine.

Agapes. Dès que j’aurai terminé de compulser le mois de novembre 1930 du Temps, je m’en irai en relations clientèle au Café des Blogs partager frites et bière avec d’autres blogueurs (de gauche). Je suis toujours en retard.

Stratégie. Cet article a été spécialement conçu pour que ma trolleuse officielle, Marion, ne puisse pas poster un commentaire. C’est vendredi, c’est permis. ;-)

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Futiles pensées #4

9 avril 2008 | Brèves | 5 Réponses

Miam. La Commission des Affaires Sociales a adopté ce matin une proposition de loi visant à combattre l’incitation à l’anorexie, déposée par la député UMP Valérie Boyer. Où l’on apprend que l’anorexie est un fléau, et qu’il faut légiférer. Amusant de voir des députés, boulimiques de mandats républicains, combattre l’anorexie. Fort heureusement, ils n’ont pas osé porter le grotesque jusqu’à légiférer sur le pouvoir d’achat…

Timbrés. Selon Bakchich, certains sénateurs se serviraient de l’affranchissement d’affranchissement postal pour faire de la publicité privée. Tant qu’il ne s’agit pas d’activer ses réseaux en vue des prochaines sénatoriales…

Tecktonik. Qui eût cru qu’un jour la tecktonik serait matière à phosphorer pour les philosophes ? C’est aujourd’hui le cas. Selon Vincent Cespedes, la tecktonik serait l’expression d’une jeunesse apolitique, le réceptacle marketing pour tous les fils de pub issus de la génération fin 80’s début 90’s. « Vends-toi toi-même » comme devise personnelle. L’exhibition de soi comme valeur. L’individualisme exacerbé comme principe relationnel. Mouais. N’est-ce pas un peu trop extrapoler pour ce qui reste au final marginal, majoritairement raillé, qui est plus un marché qu’un mouvement ? Il y a une grande différence entre la Beat generation et la beat generation. Une majuscule : mais elle fait toute la différence.

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Nous sommes tous des intellectuels de gauche… ah bon.

9 avril 2008 | EHESS | 7 Réponses

300. C’est le nombre d’un film éponyme, mais c’est aussi le nombre de sans-papiers qui ont occupé l’EHESS, mon université, ce vendredi. Pour les faits de la semaine passée, je renvoie à André Gunthert et à Rue89. Au passage, je remarque que Cyril Lemieux, dont je suivais le séminaire de sociologie sur l’approche grammaticale de la domination, est toujours près d’un micro dès qu’on parle de l’EHESS : jadis (il y a peu) lors du projet de relogement, aujourd’hui pour les sans-papiers. C’est bien.

Aujourd’hui. 19 h. Je me rends à mon séminaire de sociologie des guérillas. Devant le 105, un attroupement. J’y reconnais mon professeur, Gilles Bataillon. Je questionne. Je comprends vite qu’il s’agit d’une occupation. Et je me rappelle avoir lu vendredi dans le blog sus-cité qu’il y avait eu occupation. A cette heure, il n’y a plus personne dans les locaux, mais par mesure de précaution, la présidence de l’EHESS a décidé de fermer les locaux à 19 h, pour prévenir toute occupation.

Gilles Bataillon devise avec des étudiants particulièrement stupides et naïfs. Analysons.

Ce qu’il faut d’abord comprendre, c’est que l’occupation de l’EHESS par les sans-papiers est stratégique. Le lieu en lui-même n’est symbolique de rien, ne compte pas parmi les universités les plus politisées (on a autre chose à foutre quand on est doctorant, pardonnez-moi le cynisme). Pourtant, dans le cadre du combat pour les sans-papiers, il l’est. En effet, outre qu’il y a un Centre d’Etudes Africaines, dont les thèmes de recherche sont étroitement corrélés à ce phénomène social qu’est l’immigration clandestine, de nombreux chercheurs soutiennent ce genre de combats. Et donc les sans-papiers, soutenus par d’autres personnes, d’y trouver une tribune intéressante.

Quelle était leur revendication ? Je la trouve ahurissante : un rendez-vous avec Brice Hortefeux.

C’est le premier point qui m’a marqué dans ce conciliabule sur le trottoir. Certains étudiants de l’EHESS vivent dans un doux rêve qui leur fera très mal s’il ne prennent pas la peine d’éclater leur douce bulle. La présidence de l’EHESS l’a dit clairement : elle n’est pas en mesure d’obtenir un rendez-vous avec Brice Hortefeux. Elle ne pèse pas suffisamment. Du temps de Jospin, elle avait un peu plus de poids, puisque la chère et tendre de l’ancien Premier Ministre, Sylviane Agacinski, était ATER (ou maître de conférences, je ne sais plus) en philosophie. Aujourd’hui, peanuts. J’ai entendu deux étudiants disserter sur le prétendu rôle de l’étudiant en sciences humaines, qui plus est à l’EHESS, de se faire le héraut de ces mobilisations sociales, en estimant juste et évident qu’ils sont une caisse de résonance. Mais dans quel monde vivent-ils ? On ne connaît pas (assez) l’EHESS. Donc on ne la considère pas comme la crème de l’intelligentsia française. On aura ainsi beau pérorer sur une barricade, personne ne vous entendra. Comme le résumait ainsi Gilles Bataillon (toujours sur le trottoir) : « Aujourd’hui, les écoles de commerce sont considérées comme le département d’archéologie d’Harvard. Vous aurez beau vous faire le porte-parole, ce sera comme avec Chirac : ça leur en touchera une sans faire bouger l’autre ! ».

Second point où j’ai senti ma tignasse se hérisser. Je précise que je parle là sous l’empire de mes lectures de presse et des bribes d’informations que j’ai. Un étudiant a joué la ritournelle de la violence policière, du refus de dialoguer, etc. Rappelons qu’effectivement la police est intervenue, qu’elle a extrait les sans-papiers de l’enceinte de l’université. Rappelons également que des femmes et des enfants occupaient aussi les lieux. Mais rappelons aussi, surtout aux amnésiques, que la présidence a négocié avec les forces de l’ordre pour qu’aucune arrestation n’ait lieu. Dans le cas de sans-papiers, c’est un geste particulièrement sage, et j’oserai même le qualificatif de « compréhensif ». Rappelons ensuite (avec guillemets), que les occupants se seraient servis des enfants pour stopper la progression des policiers. A chaque rencontre pour jauger le terrain, les enfants auraient été mis en première ligne. Comment alors oser se dire choqué qu’on ait exposé des enfants à la houle des policiers en manœuvre ?

Rien à faire, il n’y aura pas cours. Nous redescendons dans les bâtiments administratifs pour tenter de trouver une salle. Peine perdue. Et là, je tombe des nues. Une exposition, je dis bien une exposition, de photographies sur l’occupation des sans papiers est organisée, avec petit buffet. Petit buffet et agora dans le hall sur le sujet. Démentiel.

Le summum est atteint ce soir. Je tombe sur ce communiqué de la fédération SUD étudiant.

Nous étudiants de l’EHESS affirmons notre soutien à l’occupation, qui a lieu depuis la fin de matinée jusqu’à 15H, du bâtiment de l’EHESS situé au 105 boulevard Raspail, par la coordination du collectif de sans-papier du 75. Environ 350 personnes occupaient les locaux parmi lesquels des femmes avec des enfants en bas âge. Tous ont un emploi, ils demandaient à l’administration de l’EHESS de leur obtenir un rendez-vous avec le ministère de l’immigration afin de régulariser leur situation.

L’occupation se déroulait sereinement et dans le calme. Les étudiants présents et ayant décidé de soutenir cette mobilisation condamnent l’attitude l’administration de l’EHESS qui a pris la décision d’empêcher le déroulement des séminaires, d’évacuer les personnels et les étudiants, de faire obstacle à toute discussion avec les occupants et les étudiants et de recourir aux forces de l’ordre pour procéder à l’évacuation qui a lieu vers 15H.

Nous ? Qui nous ? Je suis suffisamment grand, intelligent, et politisé, pour me faire un avis moi-même. Je me représente moi-même, je n’ai pas besoin de SUD. Si je soutiens globalement la cause des sans-papiers, en revanche je ne cautionne pas les occupations, surtout celle-ci. L’EHESS n’a rien à voir là-dedans. Surtout, l’argumentaire est d’une profonde stupidité. Outre qu’on demande à une université de faire des miracles, on s’insurge que les séminaires aient été suspendus. Mais, là encore, dans quel monde vivent-ils ? Savent-ils, ces étudiants autoproclamés nouveaux intellectuels, ce que c’est que la gestion d’une université ? Qu’une occupation pose des problèmes de sécurité ? Elémentaire problème, mais l’université est responsable ! Savent-ils qu’en 2006, l’EHESS a été occupée, et même saccagée, par des étudiants débiles qui ont confondu militantisme et vandalisme ? Parfois non, ils l’ignorent, tout enfermés qu’ils sont dans leur bulle de savoir et leurs grandes utopies anthropologiques, ethnologiques, et sociologiques. Parfois oui, ils le savent, mais feignent de l’ignorer.

Naturellement, dans ce genre de débat entre des étudiants naïfs et rêveurs, appelant à sortir des rapports de force (on croit rêver), à renouer les vertus du dialogue (rappelons que les sans-papiers ne voulaient pas négocier autre chose qu’un rendez-vous avec Brice Hortefeux), à presque remettre en cause la légitimité de la police (savent-ils que la première définition d’un Etat, c’est le monopole de la violence légitime ?), on en vient à des reductio ad Hitlerum. J’ai entendu parler de déportation, de convois, même si mes oreilles étaient lointaines.

On voit bien tout ce qui sépare un étudiant d’un prof. Rappelons-le, les chercheurs de l’EHESS ne cachent pas leur préférence à gauche. Gilles Bataillon s’amuse même souvent à jouer le guerillero (il connaît très bien ce milieu). Mais on voit tout ce qui sépare les deux mondes : la sagesse et l’intelligence.

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Cadavre reloaded

7 avril 2008 | Coulisses | Aucune réponse

Je parlais il y a peu du rapatriement de quelques poignées des cendre de mon ancien blog. L’urne funéraire était basique.

Voilà un plus joli cercueil.

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Futiles pensées #3

7 avril 2008 | Brèves | 4 Réponses

[Mode JMA on]

Balkanisation. La balkanisation du centre est un truisme politique. Une vieille antienne. Le centre n’a jamais été uni, mais sa dispersion était jusqu’alors contenue. Maintenant, c’est la cacophonie. Rien que dans les anciens bataillons de Bayrou : MoDem, Nouveau Centre, Avenir Démocrate… C’est tout ? Non, il en manque un pour tenter un rééquilibrage à gauche. Charles Urgell, ancien candidat à la députation (3e circonscription de Haute-Garonne, la mienne, celle où Jean-Luc Moudenc est électeur également), sur la liste de Jean-Luc Forget à Toulouse, a lancé l’appel de Toulouse. Pour un parti social-démocrate européen. Un cavalier seul depuis une ville de province par un illustre inconnu : tous les ingrédients d’un échec annoncé. Et Arthuis, où va-t-il ? Ni au Nouveau Centre, ni à l’UMP… Non, pas un nouveau club de réflexion, j’espère ?

A l’extrême-droite, ça balkanise aussi. Le FN se déchire et, à l’instar de la scission de 1999, une nouvelle scission se reproduit. Marine Le Pen ne fait apparemment pas que des émules.

Accordons-nous un jeu de mots. Et la balkanysation du centre ? Patience, on risque d’en parler. Le versant politique de l’affaire de l’UIMM, comme arrosoir financier des partis politiques, ne devrait pas tarder à reparaître dans les unes. Et si l’UDF a touché…

Modernisation. Ça n’a pas l’air, comme ça, mais le paysage politique français est en train de se moderniser. En quittant son exception politique pour se mettre au diapason des formations européennes. L’extrême-droite se déchire entre une ligne tradi représentée par Marine Le Pen et une ligne européenne représenté par les schismatiques. En se durcissant, le FN se modernise. Au centre, c’est pareil, sauf que ça ne se concrétise pas en actes. Si l’on en croit son petit surnom (PSLE), le Nouveau Centre se réclame du social-libéralisme, tandis que des voix éparses au MoDem demandent une social-démocratie. A l’extrême-gauche, on attend le communisme 2.0, plus italien que stalinien. Et au PS ? On attend. On ne sait pas ce qu’on attend, mais on attend.

Lubrifiant. Etrange tribune d’Eric Le Boucher dans Le Monde. Evoquant la difficile réforme de l’Etat (ou RGPP pour les intimes), il la compare à « l’huile de ricin« . Quelle connotation ? Rappelons-en quand même les différents usages :

  1. Au début du XXe siècle, les hommes l’utilisaient comme cosmétique pour se lisser les cheveux (Pento préhistorique). Veut-il dire par là que la RGPP est orchestrée uniquement pour se faire beau ?
  2. Dans l’industrie du chocolat, on l’utilise comme substituant du beurre de cacao pour faire des économies. La RGPP permettrait-elle de remplacer une coûteuse augmentation des prélèvements publics ?
  3. En pharmacie, c’est un laxatif… Faites le rapprochement.
  4. Dans l’Italie fasciste, les camicie nere faisaient ingurgiter aux opposants (surtout entre 1919 et 1922, avant la marche sur Rome) des quantités d’huile de ricin pour les humilier, l’huile provoquant des diarrhées aiguës. Reductio ad Mussolinum de la part du journaliste ? En allant plus loin, ajoutons que les Chemises noires usaient aussi facilement du manganello (gourdin). Dans cette analogie, qu’est-ce qui incarne le gourdin ?

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L’anneau rose

7 avril 2008 | La vie de la cité | 3 Réponses

« Les droits de l’homme ne sont pas une politique » affirmait dans les années 80 Marcel Gauchet dans un article paru dans la revue Le Débat, avant d’opérer un aggiornamento en sens inverse en 2002 dans « Les droits de l’homme sont une politique ». Et maintenant, on tranche de quel côté ?

Si j’avais à écrire un article à ce sujet, je l’intitulerais « Liquider 1789″. Et j’y mettrais du mauvais esprit. Esprit cynique, ironie, rire sardonique, en bref l’arsenal qui préserve du dépit.

Qui eût cru que les maximes pragmatiques d’Henri IV seraient dépoussiérées jusqu’à permettre une compilation ? Après « Paris vaut bien une messe », on avait eu le désagrément de connaître « Un Rafale vaut bien une dénégation« , rapport à la visite de Khadafi à l’automne. Et là, on se prend au jeu : « Un réacteur nucléaire Areva vaut bien un étouffement des droits de l’Homme« . Notez qu’au fil des siècles, la métonymie, qui donne toute sa saveur littéraire et lapidaire aux formules pragmatiques, perd en précision.

Les droits de l’Homme sont un morceau de notre histoire particulièrement complexe. Reconnaissons-lui un avantage et un inconvénient, tous deux ataviques. Si vous êtes un wanna-be du pouvoir, gloser à leur sujet vous sert. Le sujet est consensuel, et qui voudrait les remettre en cause ? Une fois votre bataille électorale gagnée, vous quittez la sphère de « je veux » pour celle du « je fais ». Et là ? Bam. Vous vous prenez les pieds dans le tapis des droits de l’Homme.

Les droits de l’Homme deviennent les droits de l’homme d’affaires. Parce que, comme le disait le Généralissime, « il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités« . Et l’on se rend compte là que les droits de l’Homme sont une donnée complexe, diplomatiquement complexe.

La raison principale ? Les droits de l’Homme ne sont pas universels, ni logiques, ni évidents, ni quoi que ce soit. Il y autant d’arguments valables à prôner la liberté d’expression qu’à la réduire par la coercition. Autant de raisons pour accepter la pluralité des idées qu’à vouloir un monisme idéologique. Autant de raisons à accepter la diversité dans ses diverses manifestations qu’à vouloir un peuple et une Nation unis et identiques en tous points. Les droits de l’Homme ne sont pas un donné, mais un construit. Une idée, une ambition, un paradigme politiques. Et comme tout paradigme, il n’est circonscrit qu’à ceux qui y adhèrent. On peut jeter l’opprobre sur la Chine, mais alors il faut reconnaître son occidocentrisme. Un jour peut-être, le paradigme sera total (plus d’holocauste sur l’autel de la Realpolitik) et universel (plus de pays réfractaire).

Et donc, butant contre cet horizon indépassable, vous vous rendez compte qu’on ne gouverne pas avec des idées, surtout quand votre interlocuteur ne les partage pas. Car, en bon intelligent que vous êtes, vous savez que seules les idées opposent les hommes, et que tout le reste, globalement, les fait converger. Cela tombe bien, vous ne souhaitez pas alimenter des relations diplomatiques pour leur vendre les droits de l’Homme, mais des Falcon, des Rafale, des réacteurs EPR deuxième génération, des TGV, des Airbus, etc. Ajoutez à cela qu’il y a une grande impudence à venir faire la morale aux dirigeants d’un pays dans lequel vous vous rendez. Faire de la politique ne vous exonère pas de respecter les règles les plus élémentaires de la civilité, celles que, normalement, on vous a appris à l’école et dans la famille. Tels sont les ressorts de la Realpolitik.

Quel problème alors dès lors qu’on retourne aux premiers amours de Marcel Gauchet ? L’utilisation abusive des droits de l’Homme.

Janus s’invite à la table. La Realpolitik ne peut pas être une solution de rechange, une pierre d’achoppement sur votre parcours. Car tout le monde sait qu’elle est un obstacle aux discours humanistes. Soit vous vous en réclamez, affichez au grand jour votre foi dans la mise en sourdine des grands principes éthico-politiques au nom du compromis, soit vous jouez la carte du radicalisme, en refusant toute relation diplomatique avec qui ne se sera pas converti à votre paradigme. Mais les droits de l’homme ne peuvent pas être tantôt un grelot pour gogos, tantôt une épine dans le pied.

Derniers exemple en date ? Après la fameuse demande de « retenue » à la Chine, l’affaire du badge. Jules l’a évoqué. Ce badge, une escroquerie. De la conviction molle. De la demi-action. Un slogan tout droit sorti du pays de Candy ou de Casimir. Cela ne mange pas de pain : on n’attaque personne, et on a la satisfaction d’avoir « porté la voix. » Ou, comme faisait dire Nicolas Canteloup à Bernard Kouchner il y a quelques jours, « tapé du doigt sur la table« .

Sur le fronton de la mairie de Paris, une banderole a été déployée, mais difficilement, et vu le message (Paris défend les droits de l’homme partout dans le monde), on peut difficilement dire que la mairie de Paris a mis les pieds dans le plat.

Plus bel exemple cependant : la passe d’armes entre Rama Yade et Kouchner. Samedi, Yade accorde un entretien dans lequel elle pose trois conditions pour que le président se rende à la cérémonie d’ouverture des JO. Spectre d’un éventuel boycott politique qui porte une signification importante. Elle n’en est pas à son premier coup d’essai. Déjà en novembre, elle a judicieusement refusé que la France soit assimilée à un paillasson. Comme en novembre, rétropédalage : elle affirme aujourd’hui que Le Monde a mal retranscrit ses propos et qu’elle n’a jamais parlé de « conditions« . Rétro-rétropédalage de Kouchner qui court-circuite la déclaration de Rama Yade : oui, elle a retiré ses mots.

Dans ce salmigondis de prêchi-prêcha du bout des lèvres, on ne s’y retrouve plus. Un pas en avant, deux pas en arrière ; deux pas en avant, un pas en arrière… En tout cas, puisque le mot d’ordre est de contenter l’opinion sans mécontenter les Chinois, je propose que le CNOSF, solennellement, décide de remplacer l’anneau bleu, symbole de l’Europe, par un anneau rose, particulièrement en phase avec le mouvement.

Ou au moins d’arrêter l’hypocrisie. Soyons franc.

[EDIT : Dernier mot laissé à Telos.]

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