Repenser les fondements de la démocratie ?

2 juillet 2008 | La vie de la cité, Société | 3 Réponses

Sur quoi repose notre régime politique depuis 1789 ? Sur le libre arbitre. Sur la délibération publique des citoyens. Alors, certes, durant tout le XIXe siècle, on a fait fonctionner les turbines pour trancher la question du suffrage1 : fallait-il un suffrage censitaire ou universel masculin ? Suffrage universel masculin ou suffrage universel ? Et quel poids lui accorder ? Les citoyens devaient-ils administrer eux-mêmes le pays par leur suffrage — démocratie directe — ou élire des représentants qui gouverneraient pour eux — démocratie représentative ? Babeuf, Raspail, Gambetta, Blanqui, et tant d’autres, se sont livrés une rude bataille idéologique. Pour le triomphe final de la démocratie représentative et du suffrage universel masculin, dans un premier temps.

Faut-il instruire le procès de ce XIXe siècle ?

La force et la fiabilité des fondements démocratiques du système politique français sont un vieux serpent de mer. A chaque crise, on ne sait que remettre en cause, le principe ou son application, le système ou sa complexion. A mesure que les affaires de corruption s’étalent dans les journaux depuis les années 70, que la communication politique devient une arme électorale offensive, que les médias relaient de plus en plus l’idée d’une manipulaiton des esprits par le contrôle des médias, dénoncent une démagogie galopante de la classe politique, voire, ultime paroxysme, une stratégie de fabrication de l’opinion — storytelling —, on en vient à douter de la force du libre-arbitre.

Vieux débat bourdieuso-sartrien. Choisissons-nous, ou notre environnement socioculturel nous enferme dans des cadres déterministes dont il est difficile de sortir ? Quelle liberté avons-nous ? Il s’agit là d’un strict débat de philosophie politique, voire d’anthropologie. L’homme est-il capable de choisir ce qui est bon pour lui ? Plus cynique : l’homme (politique) est-il capable de produire le bien de l’homme (citoyen) ? L’homme choisit-il ce qui est bon pour l’Homme, ou ce qui est bon pour lui (la théorie de la maximisation des intérêts personnels) ?

C’est dans ce débat que se situe Jon Eslter, professeur au Collège de France. Au sein de sa chaire Rationalité et Sciences sociales, il s’interroge sur le point de savoir si les citoyens choisissent rationnellement (libre-arbitre), ou s’ils se transforment en machines à équations, tournés vers l’intéressement et le soutien à celui des représentants qui satisfera le plus ses intérêts immédiats.

Y a-t-il d’autres modes de désignation des représentants et de gouvernement de la cité ? On rappellera par exemple qu’à Athènes, les bouleutes, globalement assimilables à des sénateurs, sont tirés au sort pour une période donnée. D’abord, sous Solon, au sein des quatre classes censitaires, puis, sous Clisthène, au sein des dix dèmes2.

Qu’en penser ? Le hasard et le roulement assurent une ventilation des gouvernants homogène et quasi sans faille. L’imprévisibilité de l’offre politique tue dans l’œuf toute manœuvre de séduction et de conviction du corps électoral. Cependant, on peut percevoir les limites d’une telle conception. Le tirage au sort transforme l’édilité non en vocation, mais en devoir. Nous avons déjà le devoir de nous constituer en jury d’assises si le tirage au sort nous désigne. Faut-il aller jusqu’à considérer comme un devoir citoyen le siège en assemblée ? Enfin, on remarquera le caractère censitaire et partiel de la démocratie athénienne, dont sont exclus femmes, étrangers, métèques, esclaves.

La Boulê remixée à la sauce moderne pour remplacer le Sénat ? Peut-être une révolution.

  1. A ce sujet, lire l’excellente trilogie de Pierre Rosanvallon : Le Peuple introuvable : Histoire de la représentation démocratique en France, Paris, Gallimard, 1998 ; La Démocratie inachevée. Histoire de la souveraineté du peuple en France, Paris, Gallimard, 2000 ; Le Sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, Paris, Gallimard, 2001 []
  2. On remarquera donc qu’il ne faut pas traduire demos par peuple, le dème clisthétien recouvrant une réalité socioéconomicopolitique bien plus complexe que ce que nous pouvons envisager aujourd’hui []
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Cravate

2 juillet 2008 | Brèves | Aucune réponse

Le député vert François de Rugy propose de tomber la cravate dans l’hémicycle pendant le mois de juillet afin de faire des économies sur la climatisation. On est tenté de dire « pommade sur une jambe de bois ». Bientôt les séances dans le jacuzzi ? Au moins, ça a le mérite de montrer le symbole. A défaut d’action concrète.

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Off the record et rhétorique de la désinvolture

1 juillet 2008 | Médias | 4 Réponses

Nouveau buzz. Ça commence à circuler partout, on se refile l’info, vidéo virale, effet tâche d’huile. Un Président de la République au naturel, « off the record », comme on dit dans le jargon journalistique, qui discute avec des journalistes et des techniciens de France 3. Échanges pas toujours très amicaux, notamment avec un technicien, qui refuse de lui dire bonjour (ça rappelle quelque chose). Comme avec l’esthéticienne, le président, échaudé par sa houleuse prise de bec au salon de l’Agriculture, se contrôle. Un petit coup de morale pour dire que c’est pas bien de ne pas saluer les invités d’un plateau, a fortiori quand on est sur le service public, etc. Échanges formels et assez froids avec Paul Nahon et Audrey Pulvar : pas vraiment la rigolade.

Ah, ça croustille. On nous avait fait le coup deux fois, avec Rachida Dati. On aime ça, farfouiller. Nos hommes politiques dans l’intimité, la petite phrase malencontreuse, vite montée en épingle, et le bataillon de journalistes prompts à se constituer en tribunal de l’éthique politique.

Chez Embruns, on partage mon avis. Cette information est une non-information, un pot de miel sur lequel se jettent de « noirs bataillons de larves » affamés de scoop. Rien à ronger sur l’os, pourtant. Pas de vitupération de Nicolas Sarkozy, une ambiance tendue mais non houleuse. Oh, de-ci, de-là, quelques sous-entendus qu’on éclaire à la lumière de la commission Copé, notamment un cinglant « ça va changer », mais, dans le fond, rien.

Chez les journalistes autoproclamés, on ne partage pas l’analyse des « blogueurs autoproclamés » (on ne reviendra pas sur le débat oiseux au sujet de l’arlésienne des blogueurs influents). Guy Birenbaum, dont la distance critique est aussi courte que le prénom, livre sur l’excellent Post.fr (ironie inside) une réponse en forme de pamphlet à Embruns. Extraits :

Parce que, justement, rien n’est plus révélateur qu’une séquence comme celle-là et ce, quel que soit l’intéressé. [...]

Parce que, justement, la différence entre la communication et l’information suinte uniquement dans ces interstices où la vraie personnalité affleure et se révèle.

Parce que, justement, tout politique et tout journaliste installé(s) sur un plateau sait/savent évidemment que, dix minutes avant l’antenne (et après encore), des caméras tournent, que les micros sont ouverts et qu’on les enregistre en régie… Et que, donc, tout peut sortir. Président ou pas. [...]

Parce que Gloaguen, enfin, ne sait absolument rien des devoirs d’un journaliste. Le premier est simplement le devoir d’irrespect… [...]

On y vient. Le rôle du journaliste n’est pas d’informer, mais d’emmerder. Chercher la petite bête, mener l’enquête indépendante, investiguer, chercher la vérité derrière la vérité officielle, démonter le complot. Tout cela, par irrespect. Par mission bienfaitrice et charitable. Alors, l’homme politique devient non pas un être respectable, mais un être potentiellement dangereux, manipulateur. Les mots qu’ils prononcent ne sont que des paravents, des écrans de fumée intolérables pour celer la vérité.

Et puis la politique, c’est quoi ? Un miroir aux alouettes ? Un jeu de l’être et du paraître. Procès de l’impuissance de l’action publique, dilution du politique et du diplomatique, asservissement de ceux-ci aux intérêts économiques (Kadhafi et le Tibet). Alors, en bon journaliste citoyen irrespectueux, on a le devoir de mépriser l’action publique, de bousculer les hommes politiques.

C’est cela, la « rhétorique de la désinvolture » qu’a analysée Michel Truffet. Une rhétorique qui naît directement avec la pratique underground du journalisme pendant mai 68 et s’institutionnalise dans les années 70 via la presse satirique de gauche ou d’extrême gauche, dont Hara-Kiri ou Charlie Hebdo. J’en ai parlé ici. Une rhétorique qui avilit l’action publique au moyen d’un ton irrévérencieux, mobilise le doute méthodique de Descartes au rang de principe réflexif, et utilise le mauvais esprit comme une marque de fabrique.

Tout n’est pas à jeter dans ce journalisme. Bakchich, iPol, Dimanche+ sont les fils de cette presse irrévérencieuse et désinvolte, cette soif de déguinder le politique. Tant qu’on se rend compte que c’est une posture, nul souci. Quand, comme Birenbaum, on est prêt à l’enseigner dans les écoles de journalisme en considérant que c’est l’article premier, sinon le préambule, du code déontologique du métier de journaliste, on peut douter de l’avenir des médias.

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Petite leçon de maljournalisme

30 juin 2008 | Médias | 1 Réponse

Lundi 30 juin, début de semaine. L’Espagne vient de gagner l’Euro 2008 hier, par une courte mais franche victoire sur la Deutsche Mannschaft. Et donc, ça turbine dans les rédactions. Il faut non seulement traiter l’information d’hier, la décortiquer, mais se coltiner en plus toute la synthèse de ces trois semaines de compétition ?

Que dire ? Comment analyser ? Quels enseignements en tirer ?

Mercredi soir, au Pavillon Baltard lors de l’anniversaire de la République des Blogs, Thomas Clerc, de l’équipe de Minuit/Dix, prononçait sa chronique sur le commentaire sportif, où il déplorait que les sportifs retraités se fissent journalistes alors qu’ils n’en avaient pas les qualités rhétoriques.

D’autres n’ont pas froid aux yeux. Christophe Barbier, grand sportif devant l’éternel, et non moins excellent journaliste (quand il veut), s’essaie à l’analyse politico-sportive. Politico-sportive car il essaie de lier l’Euro 2008 à la présidence française de l’Union européenne.

Alors, comment fait-on du maljournalisme en quelques étapes ?

  1. Se laisser prendre au piège de l’actualité. La chronique vidéo de Christophe Barbier surfe sur l’actualité. Chaque jour, un sujet à traiter, souvent le matin, d’ailleurs. Deux minutes chrono, pour effectuer un rappel des faits, décrypter, conjecturer. C’est court. Mais l’esprit de Christophe Barbier est court, il prend des raccourcis. Peu importe, il s’agit de débiter, d’attester et de convaincre plutôt que de constater. Alors, dans la frénésie de la production forcée d’informations, on râtisse large, et on prend tout et n’importe quoi. Ce qui fait la une des titres. Ce qui est en tête de gondole dans les kiosques. Ça permet de rester in.
  2. Faire de la téléologie. Le discours de Christophe Barbier est orienté vers un but : montrer que l’Europe, c’est important. Qu’il faut de l’énergie, de l’impulsion, ne pas manquer le rendez-vous. Discours non pas journalistique mais convictionnel. Tout est bon pour arriver à ce but : raccourcis, écrans de fumée, distorsions, parallèles grossiers, et j’en passe. Ou comment parvenir à comparer deux faits avec leur plus petit commun dénominateur. Et ça commence par le titre : sport et société sont liés (il est au moins cultivé), donc allons-y, j’ai la bénédiction du champ universitaire.
  3. Tartiner de truismes. Ça ne coûte pas cher et ça fait toujours de l’effet. On donne le change. Premier truisme, celui qui saute aux yeux et qui est tout sauf porteur d’enseignement : le joli parcours de la Turquie et de la Russie. Signe des temps ? Indice que l’Europe des géo-technocrates n’a aucun sens ? Ah. Fallait-il que la Russie et la Turquie arrivassent en demi-finales pour qu’on s’en rende compte ? La Turquie est membre de l’UEFA depuis 1962, la Russie depuis sa création, en 1954 ! L’Euro n’invente en rien le concept d’Europe des idées et des valeurs : l’Eurovision aussi accueille la Russie, il l’a même sacrée cette année.

    Les grands d’Europe, ah le beau concept ! Joliment embrayé d’ailleurs par tous les pseudos-analystes du dimanche qui ébauchent des corrélations idiotes entre résultats sportifs et moral national. Les grands gagnent ? Ils se renforcent. Ils perdent ? Ils se fragilisent. Même raisonnement pour Christophe Barbier. On a cru un temps que la Russie ou la Turquie supplanteraient les grandes nations du football, mais non, ouf ! les grandes nations reprennent leur droit, l’Europe ne s’en portera que mieux ! Et l’Angleterre, absente du tournoi ? Encore une marque d’euroscepticisme forcené.

    Le clou de l’édito : la leçon sur l’offensive. Pour gagner, il faut attaquer. Oui, mais encore faut-il bien le faire. Les eurodéputés et Nicolas Sarkozy feraient donc bien de s’inspirer de la grinta de Cristiano Ronaldo ou de l’inspiration d’un Xavi. Fernando Torres comme père de l’Europe : Jean Monnet relégué au placard, trop vieille école, trop lent, pas assez technique. L’Euro contre la CECA, le cuir contre le charbon. Nouvelle époque, nouveau modèle.

Vous aussi, faites dire à un événement ce qu’il ne dit pas en devenant journaliste. Vous aussi, privilégiez à la rigueur analytique la fumée du verbe bien maîtrisé et du style fleuri. Vous aussi, dressez des parallèles. Ce matin, j’ai pu tirer des conclusions de mon petit-déjeuner pour la présidence française. Il faudra des vitamines, d’abord, pour impulser l’énergie nécessaire. Des glucides lents, ensuite, pour tenir la distance, car 6 mois, c’est long, et gare au coup de fringale. Du calcium, à la fois pour bien faire fonctionner la machine à idées et pour consolider le fragile édifice déjà branlant du traité de Lisbonne. Il faudra bien s’armer dès le début de la présidence pour éviter le coup de barre de l’automne, si ravageur pour l’action politique !

Je n’ai pas le droit ? Pourtant, la politique, c’est d’abord, et depuis des temps immémoriaux, affaire de commensalité.

J’ai un conseil pour Nicolas Sarkozy : chausser des crampons.

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Futiles pensées #9

27 juin 2008 | Brèves | 2 Réponses

Caricature. Les socialistes unis, ça existe ? Oui, et Marianne en apporte la preuve.

Bizarre. Lu sur le blog de Sébastien Fontenelle, cet article assez étrange, rédigé dans une langue qui ressemble à du français, mais avec beaucoup de néologismes et de fumé(tt)es syntaxiques. Extraits.

Incontestablement : depuis que Sarkozy a été hissé au(x) pouvoir(s), son copain Martin (Bouygues) se grossit le pouvoir d’achat – durant que nous, t’as noté ?

Il appert donc, ici, que la droite régimaire, dans sa déclinaison reagano-exaltée, serait mieux bénéfique aux riches [...]

Non content, neffet, qu’il vend du cerveau à des sodeurs

Non moins turellement : sitôt que Sarkozy, après avoir dûment étrillé la pauvrasse, retournera vers l’avocature d’affaires (afin que d’y faire de l’argent)

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Anniversaire (bis)

25 juin 2008 | Internet | Aucune réponse

Ce soir, je serai présent aux 2 ans de la République des Blogs, qui a commencé depuis 25 minutes.

L’occasion de faire la fête après avoir fait la fête ce midi et ce début d’après-midi, même si j’ai sorti fouet et menottes et que je me suis solidement ligoté à ma chaise de bureau afin de finir cet article sur les paradoxes de la corruption politique que l’administration de l’EHESS me réclame à cor et à cri (au moins à cri). Et en plus, j’ai fait une sieste trop longue et je me dois me doucher.

Car oui, je sentirai bon.

L’occasion aussi de voir certains blogueurs que je commence à bien connaître, d’achever Raveline sur la question du statut de l’épistémologie même si j’ai pas d’argument nouveau depuis, de papoter boulot avec Quitterie Delmas, toussa toussa.

Réjouissez-vous. Le Prince arrive.

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Anniversaire

23 juin 2008 | Coulisses, Internet | Aucune réponse

Centième article de ce blog. Un petit retour s’impose.

En presque 5 mois de blogging, j’ai donc publié cent articles, soit une moyenne d’un article toutes les 36 heures. On n’entrera pas dans le calcul de la médiane et de l’écart-type, mais il m’est arrivé de ci, de là, d’espacer les billets (notamment des deux dernières semaines). Au début, j’y suis allé sur un coup de tête, après avoir été inspiré par un commentaire laissé sur Rue89. Échaudé par la faible audience de mon précédent blog, trop peu mis à jour d’ailleurs, trop enclavé, j’avais quelques craintes, mais je décidai finalement d’y aller.

En cent articles, j’ai tenté de parler de sujets d’actualité en y instillant quelques réflexions. Ce qui fait, d’ailleurs, que je suis moins compulsif que d’autres. Mes méninges fonctionnent encore à l’instinct, au déclic. Et puis, sur d’autres sujets, j’ai tenté de sonder derrière la pâleur du fait divers les tréfonds du fonctionnement de notre société : éducation, occidocentrisme, euthanasie, etc. Comment nous lire ? Qui sommes-nous ? Autant de questions qui m’ont toujours obsédées et ont congestionné mon ciboulot depuis de nombreuses années. Et puis enfin, j’ai souhaité ouvrir deux espaces plus personnels, l’un sur ma vie d’étudiant apprenti chercheur, l’autre sur mon avatar bloguesque. Malheureusement, j’ai eu peu le temps d’alimenter ces catégories ; mais l’été sera sans doute le moment propice pour proposer sous formes d’articles courts les quelques réflexions que j’ai pu bricoler à l’arrache pendant cette année sur mon sujet d’étude (que je rappelle ici : « L’affaire Oustric (1930-1931). Mécanismes de production d’un scandale politico-financier »).

En cinq mois de blogging, je me suis prêté au jeu de la communauté blogosphérique. Via les quelques blogs très visibles comme Authueil, Versac ou Embruns, j’ai découvert pas mal de blogs que j’ai aspirés dans mon univers Netvibes. D’autres sont venus sur ma route au travers de ma route en venant ici partager mes réflexions, qu’elles les aient approuvées ou contredites. En cinq mois de blogging, je me suis également laissé embrigader dans des regroupements politico-communautaires (tiens en fait non, je n’y suis pas ;-)), ai participé à des rencontres, comme le Café des Blogs, Paris Carnet, ou la République des Blogs du mois de mars et de mai, ou participé à des expériences très enrichissantes.

Pour passer brièvement aux statistiques, mes cinq billets les plus lus (j’exclus la page « Qui suis-je ? ») ou les plus populaires ne sont pas curieusement ceux dont je suis le plus fier. En fait, je remarque que chaque billet s’est adressé à un type précis de public :

  • Mon billet le plus lu (en deux parties), est mon poisson d’avril sur le MoDem et la délicieuse révélation de la supercherie qui est venue le lendemain. C’est aussi celui qui m’a curieusement apporté le plus de commentaires. Étrange.
  • Mes deux billets sur l’EHESS, l’un de présentation, l’autre sur mai 68, ainsi que celui sur l’affaire Islam Alaouchiche, sont ceux qui ont été le plus consultés via la recherche Google. On notera aussi deux autres articles consultés une fois par jour.
  • Enfin, l’article sur Nicolas Princen est celui qui a suscité chez les blogueurs le plus d’intérêt dans la mesure où c’est celui qui m’a offert le plus de visibilité et de liens. Je me suis à l’occasion fait traiter d’érudit et de philosophe. Méchants.

En cinq mois enfin, quelques petites consécrations. Cité chez Luc, consacré dans le saint des saints, descendu chez CSP.

Voilà donc une expérience riche en rencontres et en débats. Pourvu que ça dure.

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C’est l’été

23 juin 2008 | Coulisses | Aucune réponse

Tout comme je change de brosse à dents à chaque changement de saison, j’en profite cette fois-ci pour changer le thème de mon blog. Après plusieurs essais non concluants, j’ai trouvé Statement. Sobre et chic. Il intègre pas mal de fonctionnalités en peu de place.

Attention à la peinture fraîche, je fignole les derniers détails.

Et oui, c’est l’été. Tout va marcher au ralenti. Les bibliothèques se vident, les rues se remplissent (de touristes), les lunettes de soleil sont sorties, les Vélib’ sont pris d’assaut. Et je dois dire que passer l’été à Paris est une expérience.

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Claque et séquestration

18 juin 2008 | Société | 4 Réponses

J’apprends ce soir via Authueil que le Conseil de l’Europe souhaite faire abolir, que ce soit en public ou au sein de la famille, les châtiments corporels envers les enfants. En farfouillant de-ci, de là, je trouve quelques bribes d’arguments.

« Aucune religion, situation économique ou méthode d’éducation ne saurait justifier de frapper un enfant, de le gifler, de lui donner la fessée, de le maltraiter, de l’humilier ou de recourir à toute pratique qui porte atteinte à sa dignité » — Le Monde

En bannissant la violence physique — résumée curieusement sous le terme de violence —, le Conseil de l’Europe entend inciter les familles européennes à adopter une « parentalité positive ». On voit clairement la logique qui est à l’œuvre. La parentalité se définit négativement dès lors que la coercition légitime qu’elle exerce devient brutale. Pire, cette brutalité est considérée par certains, pédopsychiatres en tête, comme un échec éducatif, le rebord de l’abîme, vers ce qui, au mieux, fait tomber dans une sorte d’ « aparentalité » — les parents perdant la légitimité de leur statut de parents dès lors qu’ils ne peuvent assurer la mission d’éducation de leur progéniture qui leur est assignée —, au pire vers une brutalisation qu’on s’empresse de qualifier de barbare.

A considérer que toute violence est violence physique, on se donne bonne conscience. Une fois les lanières du martinet tranchées, les claques rangées dans leur boîte, les fessées ravalées au rang de pulsion punitive refoulée par la pression sociale — et Dieu sait que dans le monde de l’enfant-roi, être aux yeux des autres un « bon parent » est une angoisse exacerbée —, chacun trouve la satisfaction d’élever ses enfants de la meilleure manière. Parce qu’on ne les meurtrit pas dans leur chair, nos petits bambins seraient heureux.

A quoi sert une punition ? Outre la comparaison stimulante qu’il est possible de faire entre la punition et la sanction pénale, toutes deux visant à rembourser par une privation une faute commise par un individu, la punition corporelle institution une émotion mixte : la honte. En attentant au corps de l’enfant, on touche à son intime, à son amour-propre, à l’estime qu’il a de lui. On modifie le regard qu’il se porte à lui-même. « Tu es un vilain garçon ! », « Tu fais honte à ta mère ! » : tels sont les ressorts par lesquels la punition et la réprimande abaissent l’estime de soi.

La honte se loge-t-elle uniquement dans cette violation du temple corporel de l’enfant ? Justement non. La honte, comme le pensait Sartre, ne se loge pas dans le rapport de moi à moi-même, mais dans le rapport de moi à autrui. L’enfant a honte devant quelqu’un. En cela, la honte est une émotion typiquement sociale dont l’institution est une forme de contrôle intime des comportements (et en cela, elle s’approche de la culpabilité). En 1946, l’anthropologue Ruth Benedict avait proposé, dans La Chrysanthème et le Sabre, étude de la société et des mentalités japonaises, de classer les sociétés en fonction de la puissance de leur recours à la honte et à la culpabilité pour réguler socialement les activités de leurs membres (les sociétés asiatiques y ayant plus recours que les sociétés occidentales).

Pour revenir aux membres de « Ni claques, ni fessées », ceux-ci classent parmi ce qu’on peut appeler avec raccourci — et oxymore — des punitions positives, les privations de sortie, de quelque sorte qu’elles soient : du simple match de foot prévu avec les copains, jusque, éventuellement, à l’annulation de l’escapade estivale à bord d’une vieille Ford Fiesta le long des routes de Toscane prévue avec les copains. Or, sont-elles moins traumatisantes ?

Il est un fait : aujourd’hui, les jeunes s’agrègent en bandes de copains. Ils ont besoin de ce regroupement tribal, au sein duquel ils construisent les codes d’appartenance, les rapports de hiérarchie, les identités, chacun modulant et retrouvant la sienne dans un rapport dialectique avec le groupe : se fondre dans un groupe pour mieux exister soi-même. Je ne suis pas suffisamment assez historien de l’anthropologie de l’adolescence pour dire que c’est nouveau, ancien, plus exacerbé ou plus recroquevillé qu’avant (et non plus capable de donner une précision temporelle à cet « avant »). En revanche, on remarquera l’extrême sensibilité des adolescents et enfants d’aujourd’hui d’être en groupe et d’être socialement accepté aux yeux d’autrui.

Et c’est précisément là que la privation de liberté par la séquestration temporaire que proposent les anticlaques devient pernicieuse. Qui de la honte devant ses parents ou devant ses copains (ou ses copines, l’abaissement de la virilité masculine devant une fille surajoutant à la honte déjà ressentie par la sanction) est la plus traumatisante ? Dans la cellule familiale, l’intimité et la promiscuité aidant, l’enfant n’a pas besoin de montrer ce qu’il est. Il ne joue pas de rôle. Dans la sphère sociale, le jeu dialectique du masque et du dévoilement, de l’être et du paraître, est possiblement producteur de cette honte, la honte devenant un démasquage violent et subit.

Alors, avant de céder au dogme antifessée par aveuglement devant l’innocuité d’une privation de liberté considérée seulement comme une frustration du désir (car aller à un concert, outre un acte de sociabilité, est également un acte propitiatoire d’une satisfaction d’un désir), réfléchissez à deux fois. D’ici à ce que la fessée fasse les dictateurs, il y a un fossé qu’il est tentant de franchir. Et Dino Buzzati l’a franchi (avec amusement).

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Le conservatisme dans le monde enseignant

3 juin 2008 | La vie de la cité, Société | 5 Réponses

Le gouvernement poursuit la réforme de l’enseignement. Hier, Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir refondre le système de formation des enseignants du secondaire et du supérieur. Et déjà les boucliers se lèvent.

Rappelons comment fonctionne le système actuel. Les aspirants enseignants, au terme de leur licence (bac +3), décident de passer un concours, le CAPES (ou l’agrégation, à partir de bac +4, anciennement maîtrise). S’ils satisfont aux épreuves d’admissibilité et d’admission, ils sont déclarés titulaires du diplôme de CAPES. Parallèlement à leur année de préparation au concours (appelée PLC1 pour ceux qui préparent le CAPES), les étudiants ont la possibilité (conseillée) de s’inscrire dans un IUFM afin de préparer au mieux les échéances. Lors de leur année de stage post-obtention du concours, les professeurs-étudiants, comme des exilés, s’en vont d’un pas traînard user leurs fonds de culottes en PLC2. Et là, joie.

L’année de PLC2 est ubuesque. Une enfilade de cours théoriques sur la psychologie de l’adolescent. Une véritable épistémologie de l’enseignement professée par un bataillon serré de psychologues héroïnomanes. Où l’on vous apprend à jouer les assistantes sociales, à compatir, à comment obtenir le silence et le calme pour pouvoir dispenser vos quatre minutes de cours sur les cinquante-cinq gracieusement allouées par l’intervalle entre deux sonneries. Où l’on vous apprend la puissance destructrice et psychoïsante d’une note en-dessous de 5/20. Où l’on vous assomme de formules politiquement correct à dire à un élève. « Mathias est nul ? Non, Mathias est un élève très intéressé (comprenez : il aime mon cul) qui a quelques difficultés (comprenez : il fout rien) et est parfois un peu dissipé (comprenez : je me demande s’il ne couve pas quelque chose lorsqu’il passe l’heure entière sans avoir été envoyé chez le directeur) ».

Les IUFM préparent à tout sauf à enseigner. Rien ne vaut la pratique, le compagnonnage. C’est cette méthode qui était mise en avant jusque dans les années 60, notamment dans les Écoles normales. Les mêmes qui ont fait la fierté de l’histoire de l’enseignement républicain français. Celles où furent formés nos hussards noirs de la République. Celles que les enseignants retraités ou fils d’enseignants évoquaient avec nostalgie et émotion quand, au milieu des années 60, le regretté historien Jacques Ozouf décida d’organiser une colossale entreprise de collecte et de sauvegarde du patrimoine testimonial de l’enseignement tertio-républicain, dont des extraits furent publiés dans Nous, les maîtres d’école. Autobiographies d’instituteurs de la Belle Époque (Gallimard/Julliard, 1967).

Alors qu’on propose de supprimer les IUFM, tonneaux des Danaïdes de l’Éducation Nationale, et de recruter à terme les enseignants à partir de bac +5, certains commencent déjà à freiner des quatre fers quand d’autres poussent des cris d’orfraie. « Catastrophique« , selon Philippe Meirieu, directeur de l’IUFM de Lyon. Car les étudiants vont vivre une année de plus, voire deux, sans être payés…

Recrutons-les dès le bac en poche, alors.

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