A chacun ses Gracques. Le PS avait les siens, qui en 2007 avaient appelé à se rallier à François Bayrou et à prendre fissa le tournant social-démocrate, seul à même de faire sortir un parti croulant de l’ornière. Depuis, les Gracques ont essaimé au gré des aléas de la tambouille interne, et à présent que les socialistes ont pris un coup derrière la tête aux européennes, voilà la ruche rose en plein tourbillon, les faux-bourdons disputant aux ouvrières le vrombissement d’une rénovation par trop scandée et jamais réalisée.
Aujourd’hui, le MoDem a les siens. C’est déjà un premier indice que le parti va mal. Qui sont ces « promoteurs » ? Selon leur « lettre ouverte aux dirigeants du Mouvement Démocrate », ils sont « élus, cadres du Mouvement, membres des instances dirigeantes du Mouvement Démocrate, candidats MoDem aux derniers scrutins, adhérents et militants ». Affirmant leur attachement au Mouvement Démocrate, ils en appellent aux dirigeants à qui ils exposent leurs volontés, à savoir : la mise en place d’un conseil stratégique, la mise en route d’une turbine à idées (pompeusement appelée « think tank »), la diversification des porte-paroles, la mise en place de cellules d’action, notamment en communication, et l’approbation militante de toutes les nominations souhaitées ci-dessus.
J’ai souvent sur ce blog fait le procès d’un MoDem réduit à l’expression de ses têtes d’affiche, sans aucune stratégie de propulsion pour 2012, du fait même que le MoDem est coupé de ses forces vives depuis la présidentielle et qu’il ne parvient pas à mettre en place une organisation capable de transformer les militants en autre chose qu’en colleurs d’affiche.
Bien que tout concorderait à ce que je salue cette initiative, je la trouve, en termes purement communicationnels, contre-productive.
Parlons d’ores et déjà du support. En avril dernier, le MoDem a choisi de se doter d’une plate-forme militante afin d’organiser le travail de terrain en reliant les militants entre eux. J’ai salué à l’époque cette initiative ô combien nécessaire : il s’agissait là d’un hub militant, à la fois centralisé et fonctionnant en rhizome. C’était enfin la chance de faire partir toute initiative web de cette plate-forme, afin de diffuser un message traçable et visible. Or, voilà que les Promoteurs choisissent de créer un site web extérieur aux democrates.fr. Encore un site de plus, qui ne fait qu’ajouter à la cacophonie des initiatives militantes prises depuis la création du MoDem. Comment se retrouver dans toutes ces chapelles dans lesquelles on retrouve d’ailleurs parfois les mêmes personnes : Génération Engagées, Carré Orange, Promoteurs… Sur les cendres d’un parti en saignée sont en train de se constituer, non pas des courants, mais des chapelles, organisées autour d’objectifs parfois communs, et dont on se demande pourquoi à objectifs identiques il y a groupes distincts…
La stratégie de communication. La lettre ouverte préconise d’organiser une vraie cellule communication, « composée de militants reconnus pour leurs compétences professionnelles dans les différents domaines de la communication, afin de travailler à l’optimisation de l’image du Mouvement Démocrate et de ses cadres dans la cité, et éviter ainsi que se reproduisent les nombreuses « mauvaises » postures de ces derniers jours » (sic). Ce n’est pas peu dire que s’ils veulent recruter des militants compétents en communication, ils devront les trouver ailleurs que chez eux. Rappelons un fondamental de la communication politique : il ne peut y avoir de voix discordante, isolée, ou exprimée sous la forme d’une interpellation, sans que cela remette en cause la stratégie d’union et d’homogénéité d’un parti. Arrêtsurimage n’a pas tardé à s’engouffrer dans la brèche en parlant de « cyberfronde ». Et voilà les Promoteurs obligés de se fendre d’un communiqué immédiat pour réfuter les accusations de fronde. En somme, les Promoteurs aiment tellement le MoDem qu’ils se permettent de le critiquer en place publique (ah ça, sur lesdemocrates.fr, il y aurait eu plus de confidentialité, soyez-en sûrs…) : cela s’appelle de la naïveté de communiquant. Lorsqu’on ne cherche pas à faire bouger le parti sous la pression d’une mini-fronde (comme ils affirment placer leur démarche), on s’agite en interne, cela préserve des remous. A défaut, la fronde est une bonne façon de parvenir à ses fins, mais il faut l’assumer pleinement…
Parlons pour terminer des acteurs. Qui est derrière tout cela ? Christophe Ginisty. Les Promoteurs veulent plus de « nous » dans le fonctionnement du MoDem, mais c’est du « moi je » que sert Christophe Ginisty. J’aimerais lui rappeler qu’il a des responsabilités depuis plus d’un an au MoDem, et notamment une nomination en tant que grand manitou de la stratégie web. Or, de stratégie web, il n’y a point : lesdemocrates.fr sont en jachère, les campagnes de com’ sont désespérantes de vétusté et de hiératisme pré-giscardien. Christophe Ginisty n’aurait-il pas une part de responsabilité dans tout cela ? Celui qui s’affirme entre les lignes comme un expert du web et un expert de la communication présente des résultats pour le moment tout sauf exceptionnels. Et c’est encore lui qui prend comme argument de son entreprise l’amateurisme de la communication web et mainstream du MoDem : joli tour de force. Dès lors, je ne vois pas vraiment le pourquoi du comment de cette entreprise, et j’ai l’impression qu’il s’agit là d’une piteuse tentative de fédération de militants et de cadres pour tenter une ascension.
Promoteurs ou fossoyeurs ? L’objectif est affiché et clair : il faut faire bouger Bayrou et le forcer à s’entourer, pour son bien et celui du MoDem. Cela, c’est un discours que tous les militants sans exception tiennent, et qui est le bon diagnostic. Seulement, en politique, on ne fait jamais rien le cul entre deux chaises, et il serait bon de le rappeler. Il y a deux stratégies possibles. Ou bien considérer que François Bayrou est sonné, et personnellement sonné, par le revers aux européennes, et qu’il a compris qu’il était dans l’intérêt de tout le monde d’être moins antisarkozyste pavlovien, moins fanfaron, plus collectif et plus bosseur, et que, partant, la métamorphose va se faire d’elle même sans qu’il soit besoin de se répandre en manifestes, pétitions, et initiatives touchantes d’enthousiasmes mais politiquement naïves. Ou bien jouer les têtes brûlées et exposer publiquement des dissensions dans la stratégie, en prenant le risque que cela termine dans un combat déchirant ou en faisant capituler les dirigeants du MoDem sous la pression d’une mauvaise presse galopante. Vouloir utiliser les moyens de l’un avec les intentions de l’autre est totalement inopérant : les dirigeants ne donnent pas crédit aux bonnes intentions dès lors qu’elles sont soutenues par des méthodes frondeuses, et les médias n’iront pas chercher plus loin que l’exposé d’une désolidarisation.
Ce qui est sûr, c’est que les promoteurs ont mal choisi leur nom : on ne fait pas de bonne publicité à un parti en exposant publiquement ses dissenssions. Un autre nom aurait été plus heureux, car voilà encore un contresens communicationnel. Contresens et cacophonie, je ne trouve rien de mieux pour décrire objectivement cette initiative.

