Lincoln et Obama : de la comparaison et de la ringardise de l’histoire en politique

19 janvier 2009 | Histoire, Idées, La vie de la cité | 1 Réponse

Obama s’est souvent comparé à Lincoln pendant la campagne, et place sa cérémonie d’investiture sous les auspices de l’un des Pères Fondateurs de la Nation américaine. Entre les États-Unis et la France, la comparaison aux grandes figures n’est pas la même, curieusement, alors que notre histoire est plus chargée que celle de la jeune Amérique.

Tchou-tchou le petit train. Samedi, Barack Obama, en route vers l’investiture à la présidence des États-Unis, a choisi de faire le trajet de Philadelphie à Washington en train, en suivant le même chemin qu’Abraham Lincoln au moment de son investiture en 1861. Ce n’est pas la première ni la seule marque d’identification à celui qui, avec George Washington, figure parmi les hommes politiques dont l’Amérique est la plus fière et qui a eu l’honneur de voir son visage sculpté dans le célèbre Mont Rushmore. Déjà pendant la campagne à l’investiture démocrate, puis lors de la campagne présidentielle, la stratégie d’Obama a été d’une certaine manière lincolnienne. Son discours axé sur la Nation américaine, sa posture affichée de rassembleur de la Nation, et sa ferme volonté de dépasser tous les clivages qui coupent la Nation américaine en plusieurs parts et grèvent son essor toujours plus florissant, le rapprochent de Lincoln s’engageant en 1858 sur la question de l’esclavage, en prévenant qu’elle menace de désunir le pays, et que l’union du peuple américain doit absolument primer sur tout autre question subalterne comme l’esclavage.

D’ailleurs, Barack Obama admet sans peine que Lincoln est un de ses modèles politiques. « Il y a une forme de sagesse et d’humilité dans son approche de la gouvernance, même avant qu’il ne devienne Président, que j’ai trouvée utile », a-t-il déclaré à CBS l’année dernière. Que cette déclaration relève de la posture ou de la conviction, restera toujours du domaine de la spéculation. Certes, Lincoln était Républicain. Certes aussi, à l’inverse de l’histoire politique française, le bipartisme américain n’a guère changé depuis les origines : nombreux en France furent les hommes politiques idéologiquement proches de positions modérées et centristes que gauche, centre et droite de gouvernement peuvent aujourd’hui revendiquer comme ayant été la forge de leur pensée et de leur engagement. Mais après tout, les hommes politiques valent autant par les idées qui sont les leurs que par leur approche de la chose publique et de l’engagement, qui relèvent plus des valeurs humaines, transcendant, elles, pour le coup, les clivages politiques. En France, Charles de Gaulle et Pierre Mendès France sont entrés dans une rivalité politique sans précédent en 1958 au moment des débats sur la présidentialisation de la Ve République : Pierre Mendès France n’a jamais manqué de souligner les dérives autoritaires du pouvoir présidentiel, attaquant frontalement De Gaulle après avoir été son ministre dans le Gouvernement provisoire de la République Française. Et pourtant, Pierre Mendès France figure parmi les hommes politiques que le Général a le plus admirés de sa longue carrière.

La comparaison : une technique politique éprouvée

Se comparer à un homme politique, aîné de soi-même de préférence, est vieux comme Hérode. Elle est pratiquée dans toutes les formes de régime. Elle est par exemple particulièrement prisée en monarchie, quand les putschs violents provoquent des changements subits de dynastie. Dans l’empire achéménide, au Ve siècle avant Jésus-Christ, le roi Darius Ier qui accède au pouvoir après un coup d’État, se place dans la droite ligne du fondateur de la dynastie achéménide, Cyrus II, en inventant un lien de filiation dynastique et en le scellant par la gravure d’une fresque au creux d’un rocher.

Il s’agit de capter les vertus de celui à qui on s’identifie. Cela marche par exemple magnifiquement bien dans le cadre des successions politiques ou des parachutages. Quand on est la cinquième roue du carrosse, mieux vaut jouer la carte de la continuité et de la filiation (symbolique, naturellement) que de tout fouler aux pieds et de vouloir ignorer le passé. Naturellement, lorsque la filiation est unilatéralement revendiquée (comme c’est le cas d’Obama avec Lincoln, mort depuis plus d’un siècle), elle n’a pas le même poids que lorsqu’un aîné adoube officiellement son poulain en le reconnaissant comme son fils politique. Mais la stratégie de base est identique.

Il peut aussi s’agir de vouloir chasser sur les terres adverses. En partageant les idées sur certains sujets d’un homme politique ordinairement classé hors de sa sphère d’influence politique, on adresse un signe aux électeurs de l’autre camp : je suis susceptible de gouverner avec des idées et des mesures que vous partagez. C’est une forme de séduction par la comparaison. Mais il peut aussi s’agir d’une pure manœuvre de déstabilisation. Quand Nicolas Sarkozy, pendant la campagne présidentielle, vole au PS Jaurès, figure tutélaire et panthéonique de la gauche française, ce n’est sûrement pas parce qu’il partage certaines de ses idées. C’est pour mettre le PS en branle-bas de combat, susciter indignations et railleries, et montrer l’image d’un PS incapable de se déterminer clairement idéologiquement. De même pour Guy Môquet, jeune communiste dont le PCF, qui s’est appelé à tort après la guerre le « parti des soizante-quinze mille fusillés », a toujours rendu honneur et conçu de la fierté. Il y a certes dans Guy Môquet certains arguments d’ordre national à plaider, mais des fusillés non communistes, il y en eut pendant la guerre, et des moins polémiques.

En France, l’histoire est ringarde

Ce qui étonne, c’est qu’Abraham Lincol, même 144 ans après sa mort, ne soit pas remisé au placard de l’histoire aux États-Unis, mais soit à l’inverse un homme politique encore très respectable dont on peut se réclamer sans craindre de verser dans le débat historique. C’est comme si en France, chacun saluait un homme politique se réclamant de Léon Gambetta, en étant capable d’acquiescer avec évidence parce que l’on connaît un brin du parcours du modèle aîné !

En France, à l’inverse, les comparaisons historiques sont à court terme. De Gaulle est déjà ringard. On ne salue pas en lui l’homme politique, mais le vainqueur, l’âme de la France pendant la guerre. Le PS revendique du bout des lèvres le Front populaire. Pour Bayrou, le modèle le plus ancien, c’est Georges Bidault. A droite, les modèles historiques sont muets. Il faut dire que la droite après 1945 a été sérieusement laminée, surtout la droite traditionnelle que représentait la Fédération républicaine, dont la plupart des membres se sont échoués sur le récif de la collaboration. Les héritages d’Emile Combes (laïcité), de Waldeck-Rousseau (unificateur de la Nation pendant l’affaire Dreyfus), de Poincaré et des autres hommes politiques de la IIIe République qui ont contribué à forger la Nation française dans ce qu’elle est aujourd’hui, sont encore à prendre. Mais ils ne font pas recette.

A l’inverse des États-Unis, qui prisent particulièrement les sujets de fond qui prêtent le flanc à des introspections historiques, comme le sens de leur Nation, leur rapport à l’histoire, la définition de leur peuple, la France élude soigneusement ce sujet lors des grandes consultations électorales. Cela est revenu sur le devant de la scène pendant les dernières présidentielles avec la question controversée de l’immigration et du legs rousseauiste que revendique encore notre modèle d’intégration nationale (la patrie des Droits de l’homme). Mais en matière de Droits de l’homme justement, lorsque Khadafi pose ses valises à Villacoublay, le silence se fait. Ou alors, des protestations médiocres affleurent, mais rien qui puisse donner sens et prendre à témoin l’opinion.

Mais peut-on réellement blâmer les hommes politiques ? Aujourd’hui, un homme politique qui se lancerait dans une dithyrambe sur les radicaux-socialistes ou les centristes de droite qui ont tous deux contribué à façonner le pays pendant la première moitié du XXe siècle, passerait pour un illuminé. Il parlerait dans le vent. L’histoire contemporaine française est trop mal connue. Entre Napoléon Ier et Verdun, il n’existe rien. Et entre Verdun et Pétain 1940, rien non plus. C’est seulement après 1945 que nos souvenirs reviennent. Mais il ne s’agit pas d’histoire, mais de mémoire.

Barack Obama donne un exemple frappant à la France : celui d’une Nation qui n’a pas peur de se lancer dans ces grands sujets de fond qui sont capables de ranimer un peuple et qui prise encore ceux qui furent les Pères de la Nation.

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Couscous royal

18 janvier 2009 | Brèves | Aucune réponse

Trouvé dans l’édition de ce samedi de Ouest France :

La fédération du Parti socialiste de la Mayenne organise, pour ses adhérents et sympathisants, un « couscous Royal », avec la majuscule. Autodérision ou gaffe ? Le carton d’invitation amuse les uns, mais fait bouillir les autres. Les convives ont rendez-vous le 27 février, à Commer. Au fait, le couscous Royal, c’est bien celui avec les boulettes ?

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Vers la réhabilitation ?

18 janvier 2009 | Histoire, La vie de la cité | Aucune réponse

Lors de la commémoration pour le 90e anniversaire de l’armistice de 1918, Nicolas Sarkozy avait fait un demi-pas vers la réhabilitation, en prononçant une réhabilitation mémorielle des fusillés de 14-18, mais en faisant indiquer que l’Etat n’irait pas au-delà. C’est en la matière la posture la plus consensuelle : la réhabilitation dans l’honneur et la distinction des Français est prononcée, mais l’officialisation par une reconnaissance de la part de l’Etat est soigneusement évitée pour ne pas ouvrir le débat. Car la question insoluble est : quelle limite au service patriotique de la Nation ? Doit-on mourir pour sa patrie ou peut-on s’y refuser si l’on estime que le jeu n’en vaut pas la chandelle ? Et, surtout : la désobéissance militaire peut-elle être justifiée ? Autant de lourds débats sujets à des empoignades scientifiques. Pourtant, ce genre de sujet n’est pas de nature à susciter un vuf débat dans la société : les anciens combattants sont trop peu nombreux, la société est trop abreuvée de pacifisme pour avoir une idée claire (et intéressante) sur le patriotisme. Je ne sais pas, à vrai dire, quelle est la pudeur qui empêche l’Etat de prononcer une réhabilitation totale, mais le fait est qu’il s’y refuse.

Juste avant Noël, des sénateurs de gauche ont déposé une proposition de loi allant en ce sens. Débat qui n’en finit pas, mais à suivre…

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Le diktat de l’écologiquement correct

18 janvier 2009 | Idées, Société | 2 Réponses

Incroyable comme en l’espace de trente ans, l’écologie est passée du statut d’idée novatrice à celui de diktat quasi totalitaire.

Préserver la planète, d’accord. Quand un écolo nous présente des chiffres, qu’Al Gore nous montre son film, que nos gosses nous traînent devant Wall-E, on comprend que la planète est en danger. On comprend aussi très vite que deux grands groupes de coupables en sont cause : les industriels et les consommateurs. Au politique de juguler la frénésie polluante des industriels ; au civisme de réguler les déviances écologiques d’une consommation qui pollue par ignorance. Là-dessus, tout le monde s’accorde, c’est la stratégie du civisme horizontal : des petits riens font un grand tout. De la même façon qu’on vous convainc que cinq mille personnes qui donnent 1 euros équivalent à une personne qui en donne 5 000, on vous convainc qu’une ville entière qui plonge civiquement dans le noir pendant 5 min équivaut à une réduction drastique de la part d’un groupe industriel d’une taille donnée pour une durée donnée1.

Seulement, la grande faiblesse de ce type de discours, c’est de jouer sur la culpabilité plus que sur la raison. Certes, à consommer de manière trop échevelée, nous brûlons la planète par les deux hémisphères. En outre, notre situation d’Occidentaux accentue encore ce problème, puisque nous sommes une minorité à épuiser la majorité des ressources. A l’incivisme le dispute l’égoïsme morbide. Sauf que jusqu’à preuve du contraire, personne n’a choisi de naître occidental (i) et bien peu sont ceux qui ont consommé en connaissance de cause jusqu’à ce que les prédicateurs écolo viennent leur dessiller les yeux (ii). Ceux qui auraient dû jouer les prophètes éclairés (à basse consommation naturellement) se sont mis en fait à adopter le discours-type du sermon.

Individualisme contre altruisme ?

Le prêchi-culpa écolo me déchire entre un mode de vie qualifié de civique et de responsable, assimilable en fait à un altruisme complet, et des habitudes, des tropismes qui me sont personnels et qui relèvent de l’individualisme nécessaire à tout un chacun. Le grand rêve alter-gauche de l’écolo d’avoir une Cité idéale où le collectif dissoudrait l’individu pour que la volonté particulière ne dénature pas la Volonté Générale est une utopie. Robespierre, éclairé par Rousseau, a conçu la Terreur à partir de ce mode de raisonnement : dissoudre l’individu dans le corps de la Nation unificatrice. Sauf que, même chez les Athéniens, matrice idéaltypique de la pensée écolo moderne, le collectif n’était pas le grand Tout : il y avait le public, et le privé.

Y a-t-il rien de pire que de vivre constamment aiguillonné par l’écologiquement correct ? Quand je me lève, ma première cigarette est-elle écolo ? Si j’ai froid, dois-je mettre un pull ou ai-je droit au chauffage ? Il paraît que mon papier toilette n’est pas écolo et qu’il vaudrait mieux recouvrer les libations rectales d’antan. La disparition du bidet, tragique arrêt de mort de la santé de la planète ! Comment dois-je faire mes courses en respectant l’écologiquement correct ? Faut-il donc que je passe plusieurs heures dans les rayonnages à comparer la provenance des produits, leur packaging, leur composition, pour faire un calcul empirique de leur bilan carbone et acheter celui qui a consommé le moins d’énergie ?

Il n’y a pas que consommer qui est source de criminalité verte : il y a aussi la vie de tous les jours. Me déplacer peut être suspect. Diantre, il eût mieux valu que j’allasse chercher d’abord ma fille à la danse avant de récupérer mon fils au foot, cela m’eût évité trois kilomètres inutiles (et donc polluants) avec la voiture ! Surtout que ça coûte, un 4×4 qui roule au diesel. Maintenant, même mourir peut être criminel. Mes dernières volontés, pourtant d’ordinairement souveraines parce qu’ultimes, sont maintenant susceptibles d’être retoquées par le législateur pour préserver l’environnement. Le gouvernement anglais fait à présent des recommandations sérieuses, prélude en douceur à une législation future, pour ceux qui voudraient disperser les cendres de leurs défunts proches ayant préféré la crémation à l’inhumation. Déjà que j’ai sali la planète toute ma vie, voilà que je peux encore la polluer une fois mort !

Hypocrisie écologique

Quand cessera-t-on ce totalitarisme vert ? Car ce n’est rien moins que cela, en fait. Le paradigme écolo s’infiltre partout. Il faudrait maintenant que l’écologie chapeautât tous les secteurs de l’action publique. Le tout au service du grand rêve de l’homo ecologicus, un Homme nouveau à façonner : un Homme qui ne polluerait pas, consommerait de manière raisonnée et citoyenne, au bilan carbone irréprochable (en passant de la consommation de viande raisonnée à la maîtrise du tonnage de déchets rejeté au cours d’une vie). En clair : un individu triste en sandales, adorant le tofu et s’interdisant de péter. Et sur le mode TINA, même régime pour tout le monde : puisque la planète est en danger, il faut que nous devenions ainsi.

C’est une vaste hypocrisie que de vouloir changer ces comportements. Le discours écolo qui s’adresse aux consommateurs (subtilement renommés consom’acteurs) tente de contourner par la masse ce qu’il ne peut pas révolutionner ailleurs. Les politiques ont du mal à mettre dans le droit chemin les industriels et les grands groupes économiques, alors on espère faire des consommateurs des têtes d’ampoule (toujours basse consommation) capables d’infléchir à eux seuls mais groupés en masse les industriels. Sauf qu’en fait de proposer un modèle alternatif, les écolos en sont réduits à préconiser des économies de bouts de chandelle. Plutôt que la révolution verte, le compromis kaki. Dans l’idéal, il faudrait acheter ses tomates au marché et les réduire en morceaux soi-même plutôt que d’acheter des dés de tomate en conserve ; il faudrait aussi privilégier le panier en osier plutôt que le sac plastique. Moi, je veux bien, mais comment être éco-responsable, comme on dit, alors que l’on vit dans un monde où les occasions de péché écologique sont légion ? Ces actes déviants de consommation ne sont pas une verrue moderne, ils sont le corrélat d’un mode de vie qui a changé et visent à accompagner ce mode de vie : les emballages plastiques contiennent de quoi vous sustenter sans dilapider votre temps, devenu précieux (et monnayable).

Or, qui faut-il blâmer ? A-t-on vraiment un libre-arbitre — condition essentielle de la notion de responsabilité et donc d’éco-responsabilité — en matière de consommation ? Ne sont-ce pas plutôt les industriels qui produisent les conditions même de notre incivisme de consommateurs ? « Ce n’est pas parce qu’on crée la bombe atomique qu’il faut s’en servir ! », crieront indignés les écolos. Certes, on peut refuser les produits produits dans des conditions pas très respectueuses de l’environnement, bannir les emballages plastiques et les hectolitres de pétrole inutilement dépensés. Mais outre l’énorme et hypocrite gâchis que cela produirait (puisque c’est produit, autant le consommer plutôt que de le jeter), cela ne changerait pas la donne. Ce n’est pas la base qu’il faut blâmer, mais agir en amont. C’est certes plus difficile, mais l’utopie ultradémocratique qui veut que les consommateurs peuvent révolutionner l’industrie en changeant leurs comportements me semble être un miroir aux alouettes.

Et le pire, dans tout cela, c’est que l’écologiquement correct devient une industrie, une manne financière pour l’industrie mondiale. Avant, on surconsommait pas vert ; maintenant, on va surconsommer vert. Splendide et ultime hypocrisie, vous ne trouvez pas ?

  1. Je laisse à plus scientifique que moi le soin de calculer l’équivalence en terme de consommation énergétique. []
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Un coup de maître

17 janvier 2009 | La vie de la cité, europe | Aucune réponse

Dominique Baudis, emblématique maire de Toulouse, conduira la liste UMP aux prochaines européennes. L’UMP vient de réaliser un coup politique.

L’art de la stratégie politique, c’est de savoir humer le sol. Quand on veut imposer des solutions ou des tactiques sans les soumettre à l’expérience du terrain et à ses particularités, c’est la débandade assurée. Il n’y a qu’à se souvenir de Frédéric II de Prusse, tâtant le sol à Rossbach de la pointe de sa canne en 1757, pour se convaincre de l’importance de l’adaptabilité tant en politique que dans l’art des armes.

Dans le grand sud-ouest, la droite est historiquement faible. Depuis les débuts de la République, le grand quart sud-ouest est de gauche. Une gauche très modérée, qui fut d’abord radicale, avant de se convertir progressivement au socialisme à mesure que le parti radical perdait de son influence après 1945. Aujourd’hui, les derniers bastions du Parti radical de gauche sont dans le grand quart sud-ouest : Baylet dans le Tarn, Charasse dans l’Allier. Les quelques ilôts de droite du sud-ouest correspondent aux quelques villes qui sont toujours restées catholiques parmi l’océan protestant du Midi. Toulouse fait partie de ces villes dont les campagnes environnantes n’ont pas la même couleur politique.

La droite du sud-ouest a dû très clairement pâlir son discours pour pouvoir vaincre. A Toulouse comme ailleurs, il n’y a jamais eu de droite pure et dure, et ce n’est pas demain la veille qu’il y aura un sarkozyste patenté au Capitole. La droite du Midi, c’est principalement la droite modérée que représentait bien feue l’UDF. Une droite petite-bourgeoise, notabiliaire, peu encline à faire des vagues, qui convient très bien au tissu bourgeois catholique qui peuple les hôtels particuliers de la Ville Rose.

Sauf que si la droite a su conserver la mairie de Toulouse comme un bastion de droite au milieu d’un océan rose, les municipales ont changé la donne. Déjà aux dernières législatives, et pour la première fois, les huit députés haut-garonnais ont viré socialistes : même dans l’emblématique 1ère circonscription, celle du Capitole, la socialiste Catherine Lemorton (relativement inconnue) a battu Jean-Luc Moudenc, le maire en exercice qui avait réussi le tour de force de faire oublier Philippe Douste-Blazy (et ce n’était pas facile). Et aux municipales, pour la première fois depuis près de 40 ans, la mairie est devenue socialiste. Autant dire que la droite dans le sud-ouest, hormis à Bordeaux et dans le Pays Basque où la présence de Michèle Alliot-Marie dynamise un peu la majorité, c’est le désert complet. Pas de résultats dans les urnes, pas de leader.

L’UMP compte beaucoup sur la nationalisation des scrutins pour tirer les scores à son avantage. Sauf que dans le Sud-Ouest, la nationalisation, on n’aime pas trop ça. Dominique Baudis a toujours mené ses campagnes hors de l’emprise des partis. Jean-Luc Moudenc a adopté la même stratégie pendant son mandat et pour les municipales de mars dernier : refuser Paris, refuser les partis. Ni logo UMP sur les affiches et une carte rendue ; un refus catégorique d’être soutenu par Douste-Blazy, et un soutien officiel de l’UMP peu mis en avant comme poids électoral.

Alors, à la convergence des nécessités, il n’y a que Baudis. Maire sans failles, quasiment sanctifié depuis l’affaire Alègre, encore doté d’un potentiel de notoriété incroyable à tel point que le MoDem a songé à lui pour les municipales de 2008. C’est le profil-type pour faire gagner l’UMP : populaire, et suffisamment éloigné de l’idéologie classique de l’UMP pour ne pas plomber la majorité. Il faudra suivre très attentivement les résultats de la majorité aux prochaines européennes, car il risque d’y avoir un joli coup dans les urnes. Alain Lamassourre, excellent eurodéputé, sans doute le meilleur d’entre tous, peut s’en sentir floué, mais l’UMP a besoin de reprendre pied dans le coin.

Cela pourrait ouvrir une nouvelle stratégie pour l’UMP. On irait ainsi vers un système à l’allemande avec le CDU, parti chrétien-démocrate national, et le CSU, parti chrétien-démocrate bavarois, satellite régional chargé de faire le rabatteur pour le parti national en offrant une étiquette plus soucieuse de l’humeur politique bavaroise. C’est la stratégie qu’a voulu faire l’UMP en 2002 en provoquant une fracture dans l’UDF : cueillir au sein d’une grande fédération des sensibilités plus modérées pour se maintenir dans certains territoires. Mais l’assimilation a ses limites, et le vote-sanction que privilégient souvent les Français conduit généralement à des échecs patents. Un peu comme en football, quand le collectif faiblit, on est obligé de s’en remettre aux talents individuels, et ce sont alors les barons locaux qui réussissent à se maintenir et à éviter à tout l’édifice de s’écrouler.

Pierre Méhaignerie veut importer le modèle allemand en Bretagne. La Bretagne, très sarkophobe, est traditionnellement une terre de centre-droit, MRP, puis UDF. Pour faire basculer l’électorat de centre-droit définitivement dans le camp de l’UMP, il propose de créer une fédération UMP de l’Ouest, faux-nez de la majorité qui offrirait un visage plus accueillant pour l’électorat breton.

Les manœuvres pré-électorales sont toujours fantastiques. C’est là que les psychodrames éclatent, entre les enjeux collectifs, les velléités individuelles, les règlements de comptes et les promotions. Le plus stratège dans cette histoire, c’est Baudis. Celui qui rêve d’une retraite dorée à Bruxelles après avoir pris la présidence de l’Institut du Monde Arabe a tout simplement réussi à imposer ses volontés : il est l’homme de la providence. C’est toujours imparable en politique.

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Là où la Loi bute

12 janvier 2009 | La vie de la cité | 1 Réponse

Qu’il est grand, le rêve de nos législateurs républicains. « L’État peut tout » louis-quatorzien a cédé la place à une maxime éponyme remixée à la sauce républicaine. Mais n’est pas Roi Soleil qui veut.

Nos députés auraient-ils des rêves de toute puissance ? C’est ce qu’on peut légitimement penser avec la prochaine réforme annoncée du droit d’amendement. Pour le péquin moyen, une loi sur la manière dont il est possible de couper les cheveux en quatre à l’heure du pouvoir d’achat en berne n’a que peu d’importance. Mais lois organiques devant porter application de la réforme constitutionnelle obligent, c’est le moment idoine pour caler quelques réformes sympathiques.

Étrange comme l’obstruction sur les lois de réforme de l’audiovisuel public, et sur le travail du dimanche, cette dernière reportée sine die, ont amené le gouvernement à conclure qu’il fallait réformer le droit d’amendement. L’occasion fait le larron, comme dit l’adage pour un mouvement populaire. Sine die, en latin, ça veut dire : après la réforme du droit d’amendement. C’est facile : un texte traîne parce qu’il y a des oppositions ? On coupe le micro et on passe dans un silence religieux. Pour le respect du Parlement qui est censé être au cœur de la réforme constitutionnelle, on repassera.

Légiférer sur les joutes oratoires, cela a un petit côté pichrocolin que les hommes politiques aiment bien. Cela laisse le temps de reposer la viande entre deux rounds. On pourrait tout aussi bien réformer la couleur des moquettes de l’hémicycle qu’ils y trouveraient encore à redire. Y a-t-il seulement un aspect autre que de la pure tactique politique ?

Dire et faire

Dans la vidéo publiée ce jour par le groupe UMP à l’Assemblée, il n’est pas omis, comme le fait remarquer Jean-Pascal Picy, que l’obstruction contre laquelle le gouvernement veut s’opposer concerne aussi bien la gauche quand la droite est au pouvoir, que la droite quand la gauche est au pouvoir. Le débat sur le PACS a été mille fois plus acharné que celui sur l’audiovisuel public, et la droite n’a pas manqué d’abuser aussi du droit d’amendement. Jean-François Copé n’omet pas non plus de renvoyer dos à dos droite et gauche obstructionnistes lorsqu’on l’interroge sur la réforme. C’est qu’il faut déminer le terrain pour ne pas apparaître comme un hussard grossier faisant joujou avec la loi pour faire taire l’adversaire. Quand on détourne le bien public de manière aussi cavalière, on prend un sacré risque de se faire coller une fessée aux urnes.

Seulement le gouvernement est-il vraiment prêt à limiter le droit d’amendement, et donc à en subir les conséquences lorsqu’il se retrouvera dans l’opposition ? Il n’y a que les écervelés politiques pour imaginer une seule seconde que la France va être gouvernée par la droite pendant cinquante ans d’affilée. L’alternance viendra tôt ou tard. Et que feront les députés aujourd’hui majoritaires lorsqu’ils seront demain minoritaires ? Ils obstrueront tout autant ! Cet accès de vertu de la part du gouvernement est un miroir aux alouettes. Soit ce projet de loi organique est une pure mystification pour créer une polémique, soit c’est un écran de fumée : quand on veut obstruer le débat, on peut l’obstruer.

Et c’est bien là tout le problème. La loi bute contre cet horizon indépassable qu’est sa pratique et son application. Les termes actuels du règlement de l’Assemblée sont satisfaisants. Le droit d’amendement est libre : libre à chacun d’en faire un usage intelligent et raisonné, puisque ce sont des vertus qui sont censées gouverner les citoyens que nous sommes, représentants du peuple y compris. Mais la loi et le droit ont ceci de particulier et de délicieux qu’ils sont susceptibles d’être abusés : quiconque a un droit et dispose de la loi est enclin à en abuser, dit Machiavel. Il y a autant de danger pour la démocratie à laisser l’amendement libre ou à l’encadrer : ou bien les amendements pleuvent, ou bien la censure autocratique guette. Le gouvernement veut éteindre les cris d’orfraie en balayant d’un revers ces accusations de verrouillage hémiplégique des débats : il a raison. Mais si laisser l’amendement libre ou l’encadrer revient au même pourvu que chacun considère l’amendement pour ce qu’il doit être, indépendamment de tout mésusage politicien et mesquin, pourquoi vouloir l’encadrer ? Ne vaut-il mieux pas responsabiliser que contraindre ?

Encore une fois : rien ne sert de changer la loi si les pratiques elles-mêmes ne changent pas. La loi et l’organisation d’un régime sont toujours dévoyées par la pratique politique. C’est cela qu’il faut changer en priorité.

[EDIT : ajout de liens]

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Lait de justice

12 janvier 2009 | La vie de la cité, Société | Aucune réponse

A défaut de faire couler beaucoup de lait, les promptes relevailles de Rachida Dati font couler beaucoup d’encre.

Que penser de la remise en selle vite fait bien fait de la Garde des Sceaux sitôt après son accouchement ? Récemment, nous nous gaussions de voir derrière cela une peur panique de perdre les Sceaux, alors que Nicolas Sarkozy se montre de plus en plus distant de son Ministre de la Justice, et qu’il n’avait pas hésité à programmer une profonde réforme de l’organisation judiciaire alors que la chaire de la Place Vendôme était vacante pour cause de maternité. Et celle qui a toujours souhaité être la bonne élève de la Sarkozie en adoptant les mêmes attitudes que le Président poursuivait avec acharnement son mimétisme jusque dans le bloc opératoire. Quelle calamité c’eût été si son accouchement avait duré plusieurs heures !

Depuis, plusieurs femmes sont montées au créneau. Les féministes sont choquées de ce qu’elles croient être une brèche exemplaire ouverte dans le maintien de cette conquête sociale qu’est le congé maternité. Et les féministes de vociférer que si des ministres balaient d’un revers leur congé pourtant obligatoire, les employeurs pourront faire pression sur les mères qui ne sont pas ministres — pour certaines associations de gauche, il semble qu’entre précaire et ministre, il n’y ait rien — pour faire l’économie de seize semaines de chômage payé. Remarquons qu’elles oublient que la fonction ministérielle échappe sur ce point au Code du Travail en ce qu’elle ne confère pas à son détenteur le titre de salarié. Ségolène Royal et Valérie Pécresse ont apporté leur soutien à la Garde des Sceaux : la première, sur le mode « Leave Rachida alone », en taclant au passage Nicolas Sarkozy pour avoir poussé Rachida Dati à des relevailles rapides. La seconde, en proposant que le congé de seize semaines soit aussi étendu aux femmes politiques. Il faut donc que le législateur fasse son possible pour paver la route à la conciliation de la maternité et de la carrière politique.

Qui va garder les enfants ?

Qu’y a-t-il au fond de blâmable dans cette histoire ? Mon ami Authueil préfère conclure par un « Ça la regarde ». Effectivement, les choix personnels de vie, fussent-ils ceux d’un homme ou d’une femme publique, ne peuvent et ne doivent être jugés par les citoyens. A l’étroite exception près lorsque ces mêmes choix sont dictés par des éléments touchant à la sphère publique. Négliger son enfant dans l’unique but de conserver un ministère, c’est tout de même blâmable. Mais entendons-nous bien. Depuis la République des Jules, les hommes politiques ont fait peu de cas de la progéniture qui naissait en cours de mandat ou de législature : pour sûr, c’est bobonne, à l’abri des regards, qui s’en occupait ! A présent que les femmes politiques acquièrent une notabilité dans l’espace public, la donne change.

Ce n’est pas tant le fait que Rachida ne mette pas sa carrière entre parenthèses qui interpelle. Si l’on regarde un peu la personnalité de la Ministre, on se doute fort que Monsieur n’est pas professeur en collège ni fonctionnaire aux trente-cinq heures. Qu’il s’agisse de l’un ou l’autre des noms avancés par la rumeur, Monsieur a, à coup sûr, une carrière fort remplie d’heures abattues et de responsabilités. C’est une grande avancée de nos jours que le père ou la mère puissent choisir l’un ou l’autre de s’occuper d’un nourrisson à temps plus ou moins plein, même si, en la matière, la femme y est biologiquement plus prédisposée. Même en étant sincèrement égalitaire, on aura quoi qu’il arrive du mal à dépasser cette butée.

Et s’il advenait que père et mère ne missent pas leur carrière entre parenthèses ? « Qui va garder l’enfant ? » semble être une question majeure. Et si l’enfant de Rachida grandissait dans le giron d’une nourrice mamelue ? Si la petite Zohra, en plus d’avoir une mère de sang (et de diamants) avait une mère de lait ? Voilà également l’un des dangers qui peut poindre. Il est des femmes (comme il est des hommes) qui privilégient leur carrière, sens ultime de leur vie. Au point d’en négliger leurs fonctions métaboliques comme les joies de la vie. Plus de gueuletons, des sandwiches avalés sur le pouce ! Plus le temps d’élever les enfants, des nourrices ! Tout cela n’a strictement aucun sens.

Comme on fait son lait, on se couche, dit la sagesse populaire (à peine trafiquée)…

[EDIT : Ajout de liens]

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Le dilemme de la gauche radi

12 janvier 2009 | Histoire, La vie de la cité | Aucune réponse

Y aller ou pas ? Voilà le grand tourment de la gauche non socialiste depuis le berceau.

La gauche non-socialiste (comprenons par là : ce qui est à gauche du PS) est-elle doctrinairement une gauche de gouvernement ? Cas d’école qui a siphonné bien des cerveaux dans des sections locales du parti communiste depuis l’entre-deux-guerres, au moins.

Le parti communiste a toujours eu le cul entre deux chaises. Jusqu’à la coalition menée par Léon Blum pour les législatives de 1936, la tactique classe contre classe prévaut : Moscou refuse toute alliance avec les socialistes, considérés comme de vils bourgeois. La scission de 1920 au Congrès de Tours est encore trop fraîche, et le Cartel des Gauches, vaste coalition socialo-radicale pour les législatives de 1924 et de 19321, a eu tôt fait de susciter des hauts-le-cœur chez les communistes. Mais en 1936, Maurice Thorez opère un virage à 180 degrés : les législatives de 1932 ont été catastrophiques pour les communistes, en dépit de la victoire de la gauche : 8,32% des voix ! En 1928, lors de la victoire de la droite, ils avaient dépassé les 11%.

Les participations gouvernementales des communistes se comptent sur les doigts de la main, du Front Populaire à la Gauche plurielle. C’est sans doute ce qui les a tués. Après mai 68, l’émergence d’une gauche radicale crypto-trotskyste ou crypto-maoïste a encore plus fragilisé la position de la gauche radicale. Est apparu une critique en forme d’interrogation : siéger, c’est s’embourgeoiser.

La gauche radicale, née dans le sillage des organisations associatives anti-capitalistes et adeptes des opérations de com’ politique musclées, a toujours revendiqué sa répugnance à gouverner. Il ne faut pas se mêler avec ceux d’en haut, car les ors de la République embourgeoisent. La LCR, pour ne citer que la plus emblématique, s’est toujours plu à rester dans un rôle de roquet lucide, prompte à vociférer devant l’opinion publique pour la dessiller des propagandes gouvernementales fallacieuses. Une sorte de parler vrai, tant dans le fond que dans la forme, trituré pour plaire au prolo moyen.

Elle a joué sur la désaffection croissante des Français pour les consultations électorales, en offrant, tout autant que le FN, la possibilité de transformer le suffrage d’une voix en une protestation. Voter pour la gauche radicale, ce n’est pas voter pour un programme, mais pour signifier un mécontentement. Car l’on sait pertinemment que la gauche radicale n’a aucune chance d’arriver au pouvoir. D’ailleurs, voter gauche radicale c’est plus voter contre la gauche traditionnelle que contre la droite2. Le but affiché est de piquer un maximum de voix au parti majoritaire de sa tendance pour infléchir son discours et son programme. Mais c’est aussi, comme le disait habilement Coluche, un moyen de leur « foutre au cul », de s’aller jeter dans les bras vengeurs de ceux qui se disent comme nous pour rejeter d’un même revers gauche et droite, trop bonnet blanc et blanc bonnet.

Où trouver le point d’équilibre entre un nombre le plus grand possible de voix pour s’asseoir dans le paysage et un nombre cependant trop faible pour être élu ? Voilà tout le dilemme aujourd’hui d’Olivier Besancenot. Le facteur de Neuilly veut être le grand leader de la gauche alternative, depuis la disparition du parti communiste. Qui dit grand leader dit grand nombre d’adhérents et grand nombre d’électeurs. Cependant, qui dit grand nombre d’électeurs dit risque d’être élu. Le futur NPA ne peut pas, au prétexte de refuser le jeu gouvernemental, se retirer du jeu électoral, sous peine d’être totalement exclu du champ politique et médiatique. Mais Olivier Besancenot peut-il et doit-il être élu ? C’est tout le dilemme. Prendre le risque d’être un des leurs ? Pourquoi s’affoler de devenir député ? C’est pourtant comme cela qu’on fait passer ses convictions, non ?

Cette indécision, cette répugnance à vouloir gouverner la cité cependant qu’on ne se dispense pas de critiquer ceux qui mettent les mains dans le cambouis, dussent-ils le faire comme des branquignoles, ne tuera la gauche radicale que quand les Français qui leur servent d’électeurs cesseront d’être des veaux. Et comme disait encore Coluche : « Tant qu’ils trouveront des cons pour l’acheter voter pour eux »…

PS : Cela marche aussi pour le MoDem.

  1. Une législature durait alors quatre ans. []
  2. Et inversement pour l’extrême-droite. []
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Plus de publicité sur le service public ?

12 janvier 2009 | Médias | Aucune réponse

Malgré ce qu’on nous dit, il y a encore de la publicité sur le service public après 20h : c’est une facétie des fils de pub.

C’est curieux : on croyait que Patrick de Carolis avait sabordé la publicité sur France Télévisions en avalant une couleuvre aussi aiguisée qu’un cimeterre. Par décision du Conseil d’administration, il n’y aurait donc plus de publicité après 20 heures sur le service public, décision motivée par la ferme volonté de Sarkozy de faire entrer la mesure phare du projet de loi de réforme de l’audiovisuel public pour le 5 janvier 2009, date étant apparue comme de plus en plus hypothétique à mesure que les débats au Parlement se sont obstrués.

Pourtant, après le JT de Pujadas sur France 2, vient la météo. Et la météo n’est pas sans pub : elle est toujours sponsorisée par Darty ! De même, le premier prime sans pub, « En terre inconnue », était-il sponsorisé par Jet Tours, une agence de voyages.

Voilà donc une curieuse conception du service public sans pub ! La publicité est comme la nature : elle a horreur du vide. On pourrait le dire autrement : le service public fait appel d’air pour la publicité. Les fonds publics ne suffiront jamais, et la publicité aura toujours tendance à s’infiltrer partout. C’est ce qu’on appelle le placement produit. TF1 connaît déjà ça, avec tous ses mini-programmes entre 20h30 et 20h55 aussi inutiles les uns que les autres, qui servent de divertissements entre deux tranches de pub, et sont tous financés par des groupes privés. Chassée par la porte, la pub revient par la fenêtre !

Contre les parasites et pour nettoyer dans les coins, une seule solution : Kärcher !

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Working Rachida

8 janvier 2009 | La vie de la cité | 2 Réponses

Il est une certitude : Rachida Dati est bien une ministre coulée dans le moule Sarkozy.

Avez-vous vu comme Rachida Dati était radieuse hier à la sortie du Conseil des Ministres ? Trois jours après avoir accouché, la voilà qui était sortie de la clinique de la Muette, talons aux pieds, élégance Dior en bandoulière, prête à refouler les tapis molletonnés de la place Vendôme et les marches marbrées de l’Élysée.

Son accouchement s’est effectué comme les déplacements de Sarkozy : vite fait bien fait. Elle entre, elle pond, elle sort. Nul besoin de s’attarder. Comme elle aime à le dire : « la grossesse n’est pas une maladie ». On attendait peut-être de la ministre qu’elle s’astreigne aux seize semaines de relevailles que dure le congé maternité pour éduquer avec la verge magistrale sa fille, comme la ménagère de base, mais décidément la ministre ne fait rien comme tout le monde. L’activisme dépasse naturellement toutes les fonctions métaboliques et les joies de la vie : mastication, loisirs, grossesse, tout mis au pas du tourbillon du dynamisme politique.

C’est que Rachida ne veut pas lâcher le morceau. En délicatesse avec le Président au regard des dernières anicroches avec les professionnels de la magistrature, Rachida Dati a bien cru perdre les Sceaux. Comme une marque obséquieuse de sa fidélité à Nicolas Sarkozy, la voilà qui se met à marcher au pas de l’oie.

La communication a été minutieusement réglée. Mieux : elle a été minutieusement pompée. Pompée à Ségolène Royal, qui alors qu’elle était ministre et enceinte, s’était plu en 1992 à se faire habilement photographier à la maternité avec quelques dossiers à en-tête du Ministère de l’Environnement. De même Rachida Dati a-t-elle mêlé politique et obstétrique, assurent ses conseillers (source : Le Canard enchaîné). L’important est d’envoyer un signal autant à l’opinion qu’aux chefs.

Mais quel signal envoie-t-elle aux mères françaises ? Celle d’une working girl pour qui les joies de la maternité sont peu de choses à côté de l’épanouissement professionnel ? Quand on sait que les courants d’air Place Vendôme ont tout du chant du cygne, on peut s’en douter. Rachida Dati compte les jours qui lui restent au Ministère de la Justice comme elle comptait ceux qui la séparaient de la mise à bas.  Celle qui a déjà repoussé son départ en congé pré-natal le plus tard possible annule tout bonnement son congé post-natal, faisant de ce bébé ministériel une tocade sans importance. Qu’importe Zohra, la nounou est là ! Les mères feignasses qui prennent leurs seize semaines payées aux frais de l’entreprise en seront pour leurs frais.

Si pour Rachida Dati la grossesse n’est pas une maladie, elle a tout d’un accident. C’est ce modèle qui a prévalu en Allemagne jusqu’à il y a peu. Jusqu’à ce qu’on se rende compte que la compression des rythmes de la vie d’une femme par le travail avait des conséquences désastreuses sur la natalité outre-Rhin. Depuis, les working girls bavaroises se sont transformées en breast-feeding girls allaitantes »).

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