Pourquoi les Français aiment encore Jacques Chirac

10 février 2009 | La vie de la cité | 3 Réponses

L’adage de l’usure du pouvoir n’est pas un vain mot. Nombreux furent les présidents entrés sous les clameurs populaires et ressortis sous les lazzi. Dans l’histoire récente de la République française, ils furent peu nombreux qui survécurent longtemps à leur fin de mandat, mais peu ou prou, tous furent cordialement invités à laisser leur écharpe présidentielle. Pompidou est mort en cours de mandat. Mitterrand et De Gaulle n’ont pas survécu à l’après-présidence. Giscard est passé à la moulinette de la mémoire. Chirac, comme De Gaulle en son temps, ont dû subir l’affront du slogan soixante-huitard : « Dix ans, ça suffit ! ».

De l’histoire de la République française, il n’y eut que deux hommes politiques à être plébiscités plusieurs années après la fin de leur mandat. Le premier est Gaston Doumergue, président de la République jusqu’en 1931, drôle de zig moustachu à l’accent roulant venu des environs de Toulouse et qu’on rebaptisait affectueusement « Gastounet » : après la crise du 6 février 1934, la France qui menace de sombrer sous l’action des Ligues fait appel à Doumergue, non plus en tant que Président de la République, mais en tant que Président du Conseil. Le second est De Gaulle, certes non président jusqu’en 1946, mais chef de l’État par la force des choses : quand la crise du 13 mai 1958 menace d’emporter la France, c’est à lui qu’il est fait appel.

Et Jacques Chirac dans tout cela ? Par un effet de contraste, Nicolas Sarkozy a su le ringardiser. Il y eut d’abord, lorsqu’il était Ministre de l’Intérieur, les deux petites piques : la limitation du nombre de mandats, et le sous-entendu appuyé au grand âge du président. Il y eut ensuite les critiques à peine voilées d’immobilisme. Le candidat Sarkozy apparaissait d’autant plus dynamique qu’en contraste Jacques Chirac était posé et en retrait. Ajoutez à cela une crise majeure comme celle du CPE et le rejet du référendum du 29 mai, et voilà comment Jacques Chirac baisse dans les sondages ; la fin d’une ère.

Sauf que depuis quelques jours, un mystérieux comité de soutien, Chirac 2012, œuvre pour le retour du mentor de la droite néogaulliste. Si l’on consulte le sondage IFOP/Paris Match, on s’aperçoit en effet que Jacques Chirac plafonne à des niveaux de popularité qu’il a rarement atteints : 65% de bonnes opinions. De tous les hommes politiques présents, c’est le seul avec Arlette Laguiller à se maintenir parmi tous ceux en activité alors que leur carrière est désormais passée. Comment un tel retournement s’est-il produit ?

Nicolas Sarkozy subit l’effet revers du culbuto. Sous la présidence chiraquienne, on appréciait le dynamisme sarkozyste à l’aune de la placidité chiraquienne ; sous la présidence sarkozyste, c’est le dynamisme qu’on juge. Est-ce à dire que les Français, qui ont plaidé en 2007 pour un président plus actif, rejettent aujourd’hui cette façon de gouverner ? Oui et non. Les Français comprennent surtout qu’entre action et gesticulation, il y a un monde. L’illusion du mouvement par Nicolas Sarkozy, à coup d’une réforme par jour, jusqu’à bouleverser le fonctionnement des médias rarement habitués à se faire autant dicter leur agenda, a vécu. Nicolas Sarkozy ne fait plus son footing, la recette ne prend plus.

Le dynamisme de Nicolas Sarkozy est pris à son propre piège : le rapport au temps. Nicolas Sarkozy méprise le temps de la délibération, et les parlementaires en sont pour leurs frais. La politique du fait divers robotise les mécanismes de l’action publique. Un problème, un levier, une main, une solution. Sitôt que le problème se pose, on le règle, ou plutôt on croit le régler. Cette illusion de la rapidité ne produit cependant pas toujours ses effets. Comment ne pas attendre d’une mesure immédiate des résultats immédiats et non moins probants ? Justement, à ce titre, le paradoxe sarkozyste se déploie dans toute sa splendeur : nous allons agir vite, sans tergiverser ni perdre de temps, mais nos résultats se verront dans le futur. Voilà l’incohérence : ou bien l’action publique nécessite du temps, celui de la réflexion et de la délibération, des chantiers lourds, et dans ce cas les fruits s’en font sentir sur le long terme. Ou bien il s’agit d’annoncer abruptement des trains de mesures déjà ficelés, des subventions, et alors on s’attend légitimement à ce que tout se résorbe en quelques mois.

Dans cette configuration, Jacques Chirac renvoie aux vieux modèles de la politique notabiliaire. Dans un contexte de crise financière, où les incertitudes sont grandes, la tentation évidente est de se rétracter sur la sagesse des anciens et des méthodes déjà éprouvées. Le calme est rassurant.

Comment véritablement interpréter ce comité secret ? Il s’agit très certainement d’un canular. Pour populaire qu’il puisse encore trouver l’ancien président, les Français ne sont très certainement pas prêt à l’élire une troisième fois. Celui qui est à n’en pas douter le plus gêné, c’est Sarkozy lui-même. Une frange non négligeable de l’ancienne chiraquie a encore du mal à avaler les couleuvres sarkozystes. Et le plébiscite de Chirac signifie aussi, par mimétisme, que l’on doute de la méthode Sarkozy. Autrement dit : en 2012, il ne faudra pas faire du Sarko, sinon c’est la porte.

[EDIT : Le portrait que dresse de lui le JDD ne laisse aucun doute : Chirac est encore très populaire]

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Un joujou de com’

9 février 2009 | La vie de la cité | Aucune réponse

Zohra Dati deviendra-t-elle le joujou de sa maman pour maintenir le buzz à bonne température et éviter que maman tombe dans l’oubli ?

Le blig-bling de Rachida, c’est fini. Les robes Dior qui gonflaient les ventes des magazines people, c’est terminé. Aujourd’hui, cela deviendrait presque vulgaire en ces temps de crise. Et puis, la réalité du terrain et des fameuses réformes ont pris le dessus. Madame Michu a beau s’émerveiller des magnifiques colliers et des habits chatoyants dans lesquels son gros cul ne passerait pas, elle n’est pas idiote au point d’en oublier de vilipender la Garde des Sceaux sur sa politique ministérielle, couronnée par un magnifique succès : la fronde des magistrats en novembre dernier.

Que c’est triste, la politique sans buzz ! Comment faire parler de soi de manière à redorer son blason quand sa politique a plutôt tendance à le ternir ? Son engrossement a pendant un temps détourné l’attention. En faisant les gorges chaudes, la mystérieuse identité du père, l’éventualité d’une démission, et le plaisir de voir une ministre enceinte ont continué à alimenter le tourbillon médiatique autour de Rachida Dati. Mais après avoir pondu, tout retombe comme un soufflé. C’est le lot des médias : quand ils ne lynchent pas ce qu’ils ont léché, ils le lâchent.

Comment donc retrouver une voix médiatique dans une période de troubles ?

Bon sang mais c’est bien sûr ! La mystérieuse identité du père suscite toujours l’émulation investigatrice : la preuve ! Il faut relancer la polémique, l’alimenter, conduire le mouvement jusqu’à la révélation finale. Après quoi, il faudra trouver autre chose, mais ce sera toujours ça de gagné. Ainsi donc Rachida Dati a-t-elle avoué auprès des conseillères UMP de Paris que sa petite Zohra avait les yeux de son père. Limpide et imparable. Tout le corps de la petite Zohra va être scruté pour tenter de trouver la patte paternelle. Si Zohra a de la moustache, on l’appellera Aznar ; si elle fait moins d’1m60, on l’appellera Sarkozy. Et ainsi de suite…

C’est simple des fois, la com’, non ?

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Pourquoi Quitterie Delmas a eu tort de quitter le MoDem

9 février 2009 | MoDem, Société | 15 Réponses

L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans le petit cercle de la blogosphère militante MoDem : Quitterie Delmas, figure emblématique de la jeunesse et de la féminité engagées, a d’un même coup refusé de porter sa candidature à l’une des huit têtes de listes MoDem pour les européennes et a quitté le parti. Elle évoque une peur de l’engagement pour les jeunes de la génération. Dans son sillage, les manifestations d’amitié ont abondé tout le week-end. Tenons-nous loin du tumulte amical et disons-le franchement : Quitterie Delmas a eu tort de quitter le MoDem.

Je ne critiquerai pas les raisons profondes de son choix, ni ne donnerai écho aux rumeurs diverses de certains éclaireurs bien obscurs sur les possibles ralliements à Désirs d’Avenir. Je ne jugerai pas non plus la réalité des sentiments perçus : ils ressortent de l’intime. Je me placerai plutôt sur le décalage entre la perception et la réalité du terrain.

Ce qui m’apparaît en premier lieu, c’est que la désillusion de Quitterie est à la hauteur de sa naïveté. Le concept des Jeunes Libres de s’engager raisonne sur une attente forte et bien marquée : faire de la politique autrement. Faire de la politique autrement, c’est tout à la fois : refuser le cumul des mandats, promouvoir la diversité sous toutes ses formes (générationnelle, culturelle, etc) au sein des structures partisanes afin de briser les vieux liens de clientèle qui fossilisent les partis de caciques comme le PS ou l’UMP. C’est également faire une politique plus proche des citoyens, plus honnête, que Quitterie résume sous le concept de la « politique de la norme ISO » : dire ce que l’on fait, et faire ce que l’on dit. A ce titre, qu’y avait-il de mieux pour une nouvelle façon de faire de la politique que l’aventure de la construction d’un nouveau parti ? C’est dans cette aventure arrimée à de grands espoirs que Quitterie a animé son blog et mobilisé sur le terrain les troupes qui se retrouvaient derrière leurs écrans interposés, d’abord dans l’aventure des présidentielles, puis dans celle de la construction du MoDem, jusque dans ses dernières finitions avec les élections fédérales qui ont doté le MoDem de tout l’éventail de structures dirigeantes pour les trois prochaines années.

Noble tâche, clairement, que celle à laquelle voulait s’atteler Quitterie. On lui objectera que pour être ambitieuse et juste, cette vision n’en est pas moins vieillotte. C’est une vieille rengaine que celle de vouloir changer les partis vers plus d’éthique, d’exemplarité. A leurs échelles, les militants PS et UMP s’y sont déjà essayés, les citoyens l’exigent depuis de nombreuses années, en vain. L’aventure du MoDem était cette chance de profiter de la nécessité de construire pour choisir de se doter de nouveaux matériaux (comme le vote électronique) et de nouvelles méthodes de construction (la démocratie interne et les primaires). Mais tout enthousiastes que certains ont été dans la possibilité de porter le Modem sur les fonts baptismaux, ils en ont oublié le principe de réalité : ils voulaient appliquer une vieille antienne à un parti en reconstruction plus qu’en construction. Le MoDem n’est pas né ex nihilo, et il existe toujours des cadres qui ont suivi Bayrou au-delà de la présidentielle. Ceux-là ont été trop vite taxés de barons locaux qui voulaient verrouiller les fédérations. Et les militants nouvelle génération leur ont adressé un ultimatum laissant peu de place à une bonne coopération : soumettez-vous (au renouvellement des cadres) ou démettez-vous.

La vie locale ressemble (aussi) souvent à cette lutte de générations entre les vieux cadres et les nouveaux militants, les seconds voulant chasser les anciens. Sur la base de quoi ? De quels arguments valables ? La jeunesse ne fait pas tout ; la diversité ne fait pas tout. On ne peut pas à la fois critiquer la politique d’alibi de Nicolas Sarkozy qui nomme Rachida Dati Garde des Sceaux pour avoir de la diversité au gouvernement et exiger qu’on mette de la diversité à tout prix dans les instances ou les compositions de liste. Cette politique des quotas dissout les compétences. A un tel point que certains surestiment leurs capacités politiques, faisant dès lors de leurs échecs l’échec de la politique de la diversité et du renouvellement du MoDem. C’est avoir un très grande opinion de soi-même. Comme le dit si bien le Crapaud, avec qui je suis souvent d’accord sur les dérives du MoDem, c’est être pouja-modémiste : vouloir à tout prix remplacer une classe par une autre et maquiller cela derrière des motifs fallacieux quand le véritable motif n’est que l’accession au pouvoir. Car la désertion des cadres et l’ambition présidentielle de Bayrou ont créé un véritable appel d’air qui ont permis à de très nombreuses personnes d’être présentes aux législatives et aux municipales. Or, c’est en vertu de la nécessité et non véritablement de leurs compétences que celles-ci ont accédé aux investitures. D’ailleurs, certains se sont littéralement plantés et n’ont guère cherché à se remettre en cause.

Dans les sections locales, le même constat se pose : les militants sont volontaires, mais souvent trop volontaires. On se distribue les postes avant de chercher à savoir s’il y a suffisamment de travail. Je ne plaide pas pour la concentration à outrance des mécanismes de décision : il est parfaitement bon pour la cohésion d’un groupe qu’il y ait un minimum de délégation et de coopération, ce d’autant plus que les enjeux dans les sections locales sont minimes, et la délégation se définit alors plus comme le fait de faire participer chacun à l’aventure. Mais cette façon de faire est parfois déséquilibrée et a des effets pervers, si bien que les militants veulent être en tout codécisionnaires. Qu’ils refusent de n’être que des chiens-chiens dociles qui font la claque et collent les affiches, soit ; que cela devienne le lieu pour un retournement des rapports de « hiérarchie », non. Les militants doivent aussi accepter leur statut, sans forcément s’en tenir à l’immobilisme de celui-ci.

La naïveté de Quitterie réside aussi dans la façon de faire de la politique. A trop vouloir faire de la politique autrement, on a parfois l’impression de ne plus faire de politique du tout au MoDem. Le MoDem souffre de graves lacunes : il est coupé des réseaux de pouvoir, coupé des think tanks, coupé des réseaux de sociabilisation (Facebook et la widget MoDem ne suffisent pas à constituer une mobilisation efficace sur internet), coupé des forces vives du pays. Pourtant, il existe parmi ses militants des individus brillants avec lesquels j’ai pu m’entretenir et apercevoir les travaux qu’ils envisageaient. Les structures dirigeantes ont aussi leur part de responsabilité dans cette mauvaise utilisation du potentiel disponible ; mais je suis plus enclin à plaider la méconnaissance du procédé que la mauvaise volonté. Il apparaît clair cependant que la stratégie Internet est faiblarde, et que la nomination de Christophe Ginisty comme régisseur de la stratégie web n’a absolument rien changé à sa léthargie. Ce qu’il manque cruellement au MoDem aujourd’hui, c’est un homme de l’ombre capable d’animer le parti. Avec toutes les qualités qu’on lui reconnaît, François Bayrou n’est pas un homme de parti : c’est un orateur brillant qui s’épanouit mieux dans un rôle de représentant. Jean-Marie Cavada aurait pu jouer ce rôle de soutier, de ciment des fédérations et des groupes de travail : mais on ne refera pas l’histoire… D’autres, comme Jean Peyrelevade ou Corinne Lepage, ou encore les députés européens, pourraient fédérer des cellules de travail autour de leurs compétences. Mais entre l’apathie de Peyrelevade, les atermoiements un-coup-j’suis-au-MoDem, un-coup-j’y-suis-pas de Cap21, et l’anonymat complet de nos députés européens, la mayonnaise ne prend pas.

Alors comme souvent, quand les cadres ne parviennent pas à insuffler la dynamique politique, elle se développe à ses marges. Trop souvent j’ai eu l’impression au MoDem d’être dans un camp de boy scouts. Trop souvent j’ai entendu applaudir des propos d’une profonde vacuité, entendu discourir des gens sans sens politique. Trop souvent au MoDem l’engagement des gens est immédiatement érigé en compétence. C’est un comportement plein de bonnes intentions, mais dangereux : quand on surestime les gens et qu’on leur donne trop d’importance, on se fait prendre au piège et on leur donne de faux espoirs. Et quand la bulle éclate sur le mur des réalités, patatra ! Aujourd’hui, au MoDem, il y a des gens très bien, enthousiastes, volontaires, que la perspective de construire le MoDem enchante au plus profond d’eux-mêmes, et qui ont un avantage incroyable : ils peuvent constituer le socle d’une base militante à l’heure où les grands partis voient la leur s’éroder. Le MoDem a un effectif militant moindre que celui du PS et de l’UMP, mais la tendance est constante au Modem, y compris avec les revers législatif et municipal : si les chiffres sont exacts, entre Villepinte et la Mutualité d’hier, le chiffre n’a guère varié de la barre des 60 000. Cela montre que le lien qui attache les militants au parti est intime, d’ordre convictionnel, celui qui est le plus solide. Mais il importe de ne pas laisser entrevoir à une base militante des promesses inconsidérées, explicitement ou implicitement, sur la gestion du parti.

Nous devons apprendre à faire de la hard politique. On ne gagne pas un pays en offrant des fleurs oranges à la Saint-Valentin. Aujourd’hui, il n’y a plus de cellules de travail au niveau des instances dirigeantes, parce que les effectifs sont déserts. Même les trois députés n’y suffisent pas : chacun d’eux trois a ses raisons personnelles que je n’évoquerai pas ici qui concourent à cette aphonie du MoDem parlementaire. On ne lit pas de communiqué de presse du MoDem. On n’entend pas de contre-propositions du MoDem sur la politique gouvernementale. La constitution d’un shadow cabinet manque cruellement. Ce n’est pas le rôle des militants, me direz-vous ? Au contraire. Les structures dirigeantes auront aussi leur responsabilité en légitimant ce shadow cabinet, mais il est absolument indispensable pour remettre la turbine en route et préparer 2012. On ne peut pas en rester à une posture tribunicienne et donner une illusion programmatique en recrachant des mesures vieilles de 2007.

La hard politique, c’est de la politique du combat. C’est ce que Quitterie a mésestimé dans son aventure. La politique ne se marie pas avec l’amitié et la consensualité. Nier la nécessité des rapports de pouvoir au sein de la politique, c’est nier la politique elle-même. A ceux-là, je veux faire une confidence : n’attendez-rien de vos édifices chimériques d’une politique de fraternité à outrance, c’est un leurre total. Qu’il s’agisse du fauteuil présidentiel, ou d’une place, il faut savoir le gagner. La politique, c’est aussi mettre les mains dans le cambouis, quoi qu’il arrive. Certains sombrent dans la servilité à l’égard de la nomenklatura et ne poursuivent rien d’autre que des objectifs carriéristes : pour le service du peuple, on repassera ! Mais d’autres sont préoccupés du bien public, profondément, intimement, et reconnaissent cependant la nécessité de réaliser le cursus honorum au sein d’un parti. On ne peut pas dissocier les deux, plus maintenant, plus depuis que les partis sont installés. Pour ceux qui y rechignent toujours, il leur reste une dernière solution : partir en solitaire, en face-à-face direct avec les électeurs, en présentant leurs convictions et leurs programmes plus que leur étiquette. S’ils réussissent, qu’ils se rassurent : ils auront gagné la respectabilité et le MoDem (comme n’importe quel parti d’ailleurs) viendra leur manger dans la main.

Quitterie convoque encore d’autres arguments qui me laissent très dubitatif. Si je lis bien ses lignes, elle aurait « peur » de devenir élue, peur en devenant élue de trahir ses convictions, de devenir ce qu’elle abhorre, de renier ce qu’elle clame aujourd’hui. Je ne ferai pas de procès d’intention : les peurs sont légitimes. Je remarquerai seulement que cette défiance à l’égard de la politique qui salit, qui transforme, est la même qui a tenu longtemps la gauche radicale hors du pouvoir, et qui dégoûte encore Besancenot. Cette peur est légitime, il est vrai : nombreux sont ceux qui se font prendre au piège une fois élus avec des déclarations de jeunesse enflammées qu’ils ont reniées depuis. Pour les plus cyniques, ce ne serait que l’expression d’une vaste fumisterie politique : se montrer vertueux avant la conquête, vicieux après. D’autres évoqueront plutôt la conversion à une réalité du terrain qu’on a toujours tendance à sous-estimer quand on se tient à ses marges. Mais cette peur ne doit pas déboucher sur un retrait de la politique.

On a proposé à Quitterie la tête de liste dans le Centre. Elle avait l’occasion d’être élue, de changer les choses de l’intérieur. Députée européenne, elle disposait d’une légitimité plus grande pour appuyer encore son combat à l’intérieur du parti, afin que le MoDem soit le premier parti à porter les valeurs auxquelles elle croit. Si près du but, pourquoi reculer ? Je passe rapidement sur l’argument de la peur de promettre d’actionner des leviers qu’on ne contrôle pas : en matière européenne, les possibilités sont beaucoup plus diverses qu’en France, et le jeu beaucoup plus ouvert, surtout pour les partis centristes, mieux représentés !

Là où Quitterie a raison, c’est de dire que son élection n’aurait rien changé au combat global qu’elle mène. « Seule, je serai broyée », confesse-t-elle. C’est vrai. Pour impulser un changement significatif, il faut plus qu’un accès à la députation, nationale ou européenne. Il faut du vrai, du symbolique : être ministre, Premier Ministre, ou Président. Certains l’ont compris, qui ont créé le groupe Facebook pour soutenir Quitterie pour la présidentielle 2012 (canular ?). Seulement, on ne peut pas s’engager en politique sur des convictions comme l’ouverture à la diversité, à la jeunesse, et en rester à ce combat-là. C’est faire dans ce cas-là de la politique de salon, bourgeoise et égoïste. En politique, rien ne vaut le terrain : ce sont des gens, des territoires, dans leur dimension parfois dramatique, parfois innovante, pour lesquels on se bat. C’est le propre de la représentation nationale ou européenne, ou le propre de l’exécutif : agir pour la France, au quotidien. Agir pour les jeunes engagés n’est pas du ressort de la politique publique.

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La communication petite-bourgeoise de Gérard Larcher

6 février 2009 | La vie de la cité | Aucune réponse

Tout comme Sarkozy s’est présenté comme le candidat du pouvoir d’achat en 2007, Gérard Larcher s’est présenté comme celui de la rigueur budgétaire au sein de la Haute Assemblée. Dans la traque aux dépenses inutiles, la communication petite-bourgeoise du président du Sénat est réglée comme du papier à musique.

Gérard Larcher a tout du petit bourgeois d’antan, celui célébré par Verlaine dans « Monsieur Prudhomme ». Il en a la ventripotence, déjà, ce ventre de notaire qui rassure toujours les Français. Il fleure bon la campagne, normande en l’occurrence. C’est un homme de la province, de nos terroirs, qui possède la petite notabilité du vétérinaire, un métier bien loin des milieux de pouvoir. Un président du Sénat venu de nulle part, plusieurs fois élu local mais sans jamais faire la claque. Si son ambition est dévorante, en tout cas personne n’en a jamais rien su.

Pour redorer le blason du Sénat, il n’hésite pas à miser sur les actions symboliques. On l’a vu récemment dans un reportage de Capital consacré à l’argent du Sénat déjeûner d’un perdreau chassé par ses soins dans la forêt de Fontainebleau ! Tout y est. Le perdreau représente l’absence de dépenses inutiles : pourquoi s’embêter à aller acheter des perdreaux aux frais du Sénat quand la chasse, pour le prix d’une balle de fusil, peut vous faire économiser de l’argent ? La chasse, activité primitive et vivrière, donne cette image de frugalité sénatoriale en parfaite adéquation avec l’image petite-bourgeoise du président du Sénat. Peut-être un jour nous fera-t-il visiter le potager et le verger du Sénat, où l’on cultive fruits et légumes pour servir aux repas de ses membres.

Mieux, le perdreau symbolise aussi la nourriture peu coûteuse. La volaille, c’est la viande des pauvres. Qui plus est, elle est préparée avec une purée de pommes de terre, qui donne au plat un air de brasserie simple, à la bonne franquette. Ne pas montrer des banquets fastueux où l’on mange des homards fourrés au cavier dans une sauce au champagne truffé, c’est mieux quand on se fait l’apôtre de la chasse au gaspillage !

Aujourd’hui, Gérard Larcher a présenté les mesures qu’il avait retenues pour couper les dépenses du Sénat. Entre les réorganisations de services et les abandons de privilèges dont ont pu jouir René Monory et Christian Poncelet, les sénateurs pansus vont être mis sérieusement à la diète. En tout cas on le promet. Mais gare au régime forcé : il ne faudrait pas « craquer » en pleine nuit et se retrouver à genoux en train de farfouiller dans le coffre… je veux dire, dans le frigo.

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Le patriotisme cocardier de Jean-Claude Guibal

6 février 2009 | La vie de la cité, Société | Aucune réponse

On se souvient de l’affaire de la Marseillaise sifflée. Parmi les propositions d’action pour endiguer les chahuts dans les stades lors des matchs entre la France et les pays du Maghreb, ou plus généralement pour susciter le patriotisme d’une jeunesse dont les parents sont issus de la troisième vague de l’immigration, le ridicule avait côtoyé l’honteux.

Bis repetita placent. Jean-Claude Guibal a décidé de déposer une proposition de loi, qui vise incidemment à rendre obligatoire la pratique du chant de l’hymne national par les sportifs sélectionnés en équipe nationale, sous peine d’exclusion. On remarquera premièrement la grande hypocrisie législative. Le législateur propose que « chaque fédération délégataire rédige une Charte relative aux droits et aux devoirs des joueurs sélectionnés en équipe nationale » (délégation de responsabilité), mais impose cependant que figurent certains devoirs. Autrement dit, la question devient éminemment politique, et fait écho à la proposition farfelue de faire évacuer les stades et de l’imposer par la voie législative.

Cette proposition de loi est grotesque. Jusqu’à présent, le patriotisme sur le terrain sportif était défini de manière négative. En fait de patriotisme, c’était de prohibition de l’outrage qu’il s’agissait : interdiction de brûler des drapeaux, et maintenant interdiction de siffler. Le patriotisme se définissait comme l’obligation citoyenne de ne pas dénigrer les symboles nationaux, ou à défaut de devoir répondre d’un acte symbolique qui conduit à interroger sur la valeur que porterait l’individu incriminé à la Nation, et à la force de son attachement à celle-ci (en gros : la France, si tu l’aimes pas, c’est que tu veux la quitter). Maintenant, le patriotisme se définirait de manière positive : il faudrait non seulement ne pas dénigrer les symboles nationaux, mais en plus leur rendre hommage. A défaut, et la proposition de loi est claire là-dessus, c’est l’exclusion. En clair : si vous ne chantez pas l’hymne d’une sélection qui vous fait l’honneur de la représenter, c’est que vous vous excluez symboliquement de la Nation, et donc par suite de votre exclusion symbolique (le refus de chanter ou l’ignorance du chant), l’exclusion administrative (être un blacklisté administratif de Domenech ou d’autres) en serait la conséquence logique.

Rappelons-nous qu’en 2005, l’apprentissage de la Marseillaise est devenu obligatoire à l’école. Cela participe de ce mouvement de repatriotisation forcée auquel veut nous forcer la nouvelle droite sarkozyste. Ne plus avoir peur d’être Français, ce serait donc beugler des chants patriotiques à tout va, pour réaffirmer solennellement notre foi dans la Nation, notre appartenance à celle-ci, et, par un jeu subtil, d’exclure ceux qui ne font pas comme nous comme des antipatriotes. Limpide.

Où irons-nous à l’avenir ? Les funérailles nationales seront-elles obligatoires ? Faudra-t-il faire le salut militaire quand un préfet se déplacera en bas de chez soi ? Faudra-t-il baiser Marianne — au sens chaste du terme, esprits mauvais ! — quand elle nous regardera du plâtre de son buste en mairie ? Toutes ces marques de patriotisme, y compris rendre obligatoire le chant de la Marseillaise, sont interchangeables. Et si l’on voit du grotesque à se prosterner devant une statue en pied de la République, le grotesque se loge tout autant dans la prescription d’une coutume patriotique sous peine de se voir infliger tel un mauvais élève une punition. Pas de chant, pas de chocolat, en somme.

Le législateur croit-il vraiment que la ferveur patriotique se recouvre ou s’amplifie par des procédés aussi mécaniques que la prescription de comportements aveugles ? Un peuple qui chante et qui se prosterne n’est pas un peuple plus attaché à sa Nation quand ces comportements sont imposés par la loi. Au mieux, c’est de la pommade sur une jambe de bois ; au pire, on prend le risque d’avoir des phénomènes de rejet. Un peu comme un élève rebelle qui va se plier sans aucun enthousiasme à des règles qu’il estime idiotes pour faire plaisir, ou au pire les enfreindre parce qu’il ne les apprécie pas. Pour sûr, avoir un troupeau de moutons qui bêle sans enthousiasme permettra de faire de la jolie communication, de se gargariser d’avoir endigué la mollesse de nos sportifs ou de nos jeunes qui confondent Marianne avec miss France. Mais quand le législateur se satisfait de l’écume des choses parce qu’il ne sait pas comment les changer en profondeur ou que cela le fait royalement chier, n’allons pas nous étonner des retours de bâton.

En parlant de législateur, pourquoi ne pas étendre cette proposition aux représentants de la Nation ? C’est vrai, après tout. A eux aussi, la Nation et la République ont fait un honneur en leur accordant le droit de les représenter. Eux aussi, portent une tunique (une écharpe en fait). Dès lors, pourquoi ne seraient-ils pas astreints aux « obligations morales » (selon l’exposé des motifs de la présente proposition de loi) comme les sportifs ? Marseillaise obligatoire avant chaque ouverture de séance ! Et les absents seront pointés ! De même, Jean-Claude Guibal parle de sportifs qui « ne représentent pas leur club, mais la France », autrement dit qui doivent laisser au vestiaire leurs intérêts personnels pour se donner à la Nation. Vous ne trouvez pas comme une vague ressemblance avec les attentes citoyennes envers leurs représentants ?

Si l’on veut remettre le patriotisme à l’honneur, allons-y, mais allons-y franchement. Donnons aux Français des raisons concrètes de se sentir fiers d’être Français et des valeurs que portent la Nation et la République. Zidane en a apporté deux avec deux coups de tête (en 1998). Nos représentants sauront sans doute quoi faire pour apporter leur pierre à l’édifice…

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Les nouveaux intellectuels

2 février 2009 | La vie de la cité, Médias | 1 Réponse

Il n’y a pas si longtemps, on allait chercher du côté des intellectuels des prescriptions politiques. Les intellectuels, fins connaisseurs des rouages de la citoyenneté, des ressorts du politique, étaient convoqués pour décrypter au grand public les mécanismes de notre démocratie et lire sur le temps long la marche de nos sociétés.

Et puis, ils sont devenus chiants, pas assez rentables.

Aujourd’hui, voici de nouveaux intellectuels. Pour toute plume, un micro. Pour tout concept, des topoi mal formulés et qui ne cassent pas trois pattes à un canard. A dire vrai, peu importerait que cette nouvelle parole politique soit confisquée si on ne lui accordait pas de crédit. Mais las ! aujourd’hui, la parole des artistes, chanteurs ou comédiens, devient digne d’intérêt. Parce que ce sont des individus publics, ils ont vocation à parler de la société. Le processus de légitimation est identique à celui des intellectuels : l’intellectuel est celui qui par son bagage culturel (professionnel) gagne une audience dans l’arène public pour expliquer les enjeux de société. Le sociologue parle sociologiquement des enjeux sociaux. Le juriste parle juridiquement des enjeux sociaux. L’historien parle historiquement des enjeux sociaux. Mais l’artiste, lui, parle, du haut de son statut d’artiste, des enjeux sociaux de manière sociologique, historique, politique…

C’est de la philosophie de comptoir, la lie ultradémocratique qui anéantit les pôles de savoir en supposant que tout un chacun est apte à parler de tout, car tout le monde est capable de penser et, comme le dit Descartes, le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. Cali devient le nouveau Jaurès du PS, le grand idéologue de gauche qui a des idées sur tout (et surtout des idées) ; Doc Gynéco expose ses dissertations alambiquées et molles sur sa révélation sarkozyste, et Dieudonné théorise d’une drôle de façon la légitimation d’une dérive néo-fasciste identique à celle des « néo », Adrien Marquet, Jacques Doriot, Marcel Déat, dans les années 30.

Coup sur coup aujourd’hui, deux événements symbolisent cette dérive vers la fausse intellectualisation des artistes. Hier, Laurent Delahousse s’est cru obligé de demander à Sophie Marceau de parler de ses choix démocratiques, et s’il vous plaît en quelques minutes car il faut bien meubler la promo et ne pas faire virer l’interview à une série abrupte de questions-réponses. Bien empêtrée, la Sophie, d’ailleurs, qui avoue avec maladresse avoir joué à plouf-plouf dans l’isoloir. Pour le niveau intellectuel du propos, on repassera ! Pire, aujourd’hui le CSA songerait à décompter le temps de parole des artistes engagés politiquement dans le temps de parole du gouvernement et de l’opposition.

Voilà donc que la parole des artistes est considérée comme vectrice d’idées politiques ! Bravo ! Elle est soupçonnée de porter comme le cheval de Troie un message politique propice à mettre en mouvement les masses et à participer à la détermination de leurs choix politiques. Sur le papier, le CSA a en partie raison : de nombreux artistes ont des mandats (maire, conseiller municipal) et la campagne d’Obama a montré que les artistes pouvaient s’engager de manière active dans le débat politique et y jouer le rôle de prédicateur.

Mais en France, peu sont les artistes qui mettent leur notoriété au service d’une écurie politique. A dire vrai, ce n’est pas là que le bât blesse. Défendre une cause ou des valeurs en usant de son statut de star ne fait que les servir, et c’est exactement ce que font les intellectuels. C’est la définition a minima de l’engagement public. Le peu d’appétence pour les questions politiques est plus fort, et facilite la production de discours gloubiboulguesques, et donc inoffensifs parce que désespérément vides.

Que les artistes s’engagent, trois fois oui, car ne nous leurrons pas, la mobilisation autour d’une cause, qui conditionne grandement sa réussite, est étroitement liée à sa visibilité. Ce n’est certes pas une condition sine qua non, mais c’est un secours précieux. Mais que les artistes se complaisent à jouer le jeu des médias qui font de ces stars les nouveaux Veaux d’or à adorer, et sombrent dans l’abîme d’un jeu intellectuel auquel il ne sont absolument pas disposés pour des raisons essentiellement méthodologiques, il suffit !

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Petit exercice de syntaxe journalistique

27 janvier 2009 | Médias | 1 Réponse

La mise en récit des événements par la presse donne toujours lieu à des construction très intéressantes lorsqu’on analyse l’impact qu’elles produisent. Exemple avec l’Express.

L’Express de ce jour revient sur la motion de censure qu’ont défendue aujourd’hui les socialistes et que votera François Bayrou. Le titre est limpide : « Soutenu par Bayrou, le PS présente sa motion de censure. »

Si le titre est factuellement vrai (le PS présente bien une motion de censure, et Bayrou lui a bien apporté son soutien), il n’en produit pas moins un effet étrange quand on gratte la surface. Le PS est un mastodonte parlementaire avec ses presque 200 députés ; Bayrou, une souris, avec trois pèlerins dont un ultramarin qui, comme tous les députés d’Outremer, est considéré comme un député de seconde zone. Bayrou, de sa voix unique et infinitésimale, va donc épauler un PS minoritaire dans sa tentative de renversement du gouvernement : c’est un peu le baroud d’honneur de David contre Goliath.

Le plus intéressant dans cette image est ce qu’elle laisse apparaître en filigrane : Bayrou serait donc en mesure de soutenir le PS. Bayrou pèserait donc un poids équivalant à celui du PS, et Bayrou et le PS alliés, c’est la majorité de la population qui serait contre le gouvernement ! Les médias, l’Express en tête, font donc mentir tous les contempteurs de Bayrou qui lui objectent de ne plus représenter que lui-même. Pour les médias, Bayrou au contraire représente encore quelque chose, et c’est ce qui explique aujourd’hui qu’on n’arrive pas à l’enterrer. Increvables, les Béarnais…

Comme quoi, quand les médias se mettent à écrire comme des pieds, l’inconscient parle. Continuez les perles, messieurs les journalistes !

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N’exagérons rien

26 janvier 2009 | La vie de la cité | 1 Réponse

L’UMP a tenu le congrès qui a triomphalement intronisé Xavier Bertrand au secrétariat général et reconduit à l’unanimité le bureau. Métamorphosée, la droite sarkozyste ? N’exagérons rien.

Il y a certains que la came sarkozyste fait sérieusement bander. Au point d’en perdre tout sens critique. Paul-Henri Limbert, plus flagorneur que journaliste, livre encore une fois un éditorial au cirage. Bis repetita placent ? Il avait déjà commis un attentat intellectuel en saluant le pragmatisme sarkozyen au moment de la crise à l’automne.

Il a donc bissé. Revenant sur le congrès de l’UMP, Limbert salue une droite enfin décomplexée, qui n’hésite plus depuis la campagne de 2007 à aborder franchement certains thèmes de société comme l’immigration, les sales chômeurs et les fonctionnaires fainéants. Sarkozy, libérateur d’une droite coincée ? C’est un peu aller vite en besogne. C’est surtout considérer que la droite est ataviquement crypto-raciste, peu soucieuse de son administration et dispensatrice de conseils à la Guizot version Monsieur Prudhomme : « Vous voulez de l’argent ? Eh bien, travaillez plus, mon jeune ami, ou travaillez : quand on veut, on peut. » Or, il y a des droitiers purs et durs que cette tambouille surgelée répugne. Sauf qu’ils se font discrets depuis que Chirac les a lâchés au coin du bois. Les anciens rejetons de la droite gaulliste, très centriste dans le fond, et qui avaient installé les barbelés sur leur droite, se retrouvent maintenant à poil, dépossédés de leur mainmise idéologique sur une droite dont une frange néolibérale a senti au doigt mouillé que le salut viendrait de l’est. Pas de Moscou, non, mais d’une droitisation du discours. Pour anéantir Chirac, il fallait nécessairement bouger.

Sauf que, une fois la conquête venue, Sarko a bien compris que la France se gouverne toujours au centre. Formidable ! s’extasie Limbert. Oui, non seulement la droite est réconciliée avec elle-même, mais en plus elle se découvre un « tropisme de gauche » : promotion de la diversité, ouverture à gauche, mise en place du RSA, gros coup de colère contre les banquiers, responsabilités écolo, retour de l’État, etc.

De gauche, l’UMP ? N’exagérons rien. Le philanthropisme dix-neuviémiste de la droite a vécu. Jadis, oui, la droite était d’une certaine manière de gauche. Le catholicisme bien moral et réac’ forçait une droite remplie de barons industriels a développer des actions de charité, du mécénat, à organiser devant soi un zoo humain avec lequel on faisait joujou. Le paradis, ça s’achetait. Aujourd’hui, cette droite-là n’existe plus, la droite hédoniste et individualiste l’a remplacée, qui place l’avancement personnel au-dessus de tout et qui de morale, ne connaît que celle qu’il faut marteler dans le cigare de nos gosses.

Rappellera-t-on que le factice tropisme sinistrogyre de l’UMP ne vise qu’à mettre le PS en face de ses propres échecs ? Le débauchage de personnalités de gauche est un crime attentatoire destiné à attiser les déchirures internes dans un parti sclérosé. La promotion de la diversité, ce n’est qu’un alibi, un pied de nez espiègle comme il en existe tant dans les cours de récréation : « Moi j’ai fait c’que t’as pas fait-euh, nananinanère ! » Surtout, Sarkozy s’est découvert une âme de pragmatique. Ah ! le joli mot. La course tous azimuth érigée en principe directeur. Ou comment être de gauche, de droite, partout et donc nulle part tout à la fois. L’État doit donc se remettre en selle depuis la crise mondiale ? Mais alors, pourquoi vouloir poursuivre à tout crin la politique de dégraissage des effectifs d’État ? Moraliser le capitalisme financier et distribuer les râclées — qu’on veut redonner aux professeurs dans leur arsenal pédagogique — aux banquiers peu scrupuleux vis-à-vis de l’épargne publique ? La belle affaire ! Je vous donne de l’argent, mais c’est la dernière fois, hein ?

Populaire, la droite ? Le mot est dénaturé de son sens à un tel point qu’on pourrait le remplacer par xylophone qu’on n’y verrait pas la substitution. Nadine Morano se déhanchant à Royan ou se faisant tripoter par quinze paires de bras qui lui font faire l’avion, c’est être populaire ? Parler com’ Georges Marchais, c’est êt’ populaire, m’am’ Chabot ? Se mettre subitement à faire du jogging comme plein de Français, c’est être populaire ? Populiste conviendrait mieux : les études de marché ont été soigneusement réalisées. La marque UMP doit flatter le péquin moyen qui aime jouer au PMU sa Gitane au bec pendant que sa grognasse à bigoudis est scotchée devant la Star Ac’ ou Michel Drucker. Le Français aime qu’on lui renvoie une bonne image de lui, tout arrogant qu’il est. Il aime pouvoir se mirer dans des représentants qui l’enferment cependant dans des visions stéréotypées. La masse est une crasse.

Finalement, là où l’UMP est clairement de gauche, c’est dans les scores staliniens du congrès et dans les magouilles dignes du Kremlin version Oulianov. Raffarin réélu à 93% des voix, Xavier Bertrand plébiscité à l’unanimité par le Bureau politique, un Secrétaire général désigné par le Président et légitimé post-partum par un vote godillot, une opposition inexistante…

Monsieur Limbert, l’amour rend aveugle. Et la branlette rend sourd.

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La tactique complaisante de Karoutchi

25 janvier 2009 | La vie de la cité | 4 Réponses

Ainsi donc un grand secret de polichinelle a été dévoilé : Roger Karoutchi est homosexuel ! Mais pourquoi diable un tel faux-scoop s’ébruite-t-il aujourd’hui ?

Je ne peux comme mon ami Authueil me targuer de connaître l’homosexualité de Roger Karoutchi depuis 10 ans. Je ne la connais en effet que depuis un an, et je connais également le nom et le visage de celui qui partage ses jours.

On peut cependant s’interroger sur les raisons d’un tel coming out. Les Français sont toujours très sourcilleux de respecter la séparation hermétique entre vie privée et vie publique. Non pas qu’ils ne s’intéressent pas aux détails croustillants de la vie privée de leurs élus — les ventes des torche-culs ayant choisi de pipoliser la vie politique ont explosé depuis l’élection du président bling-bling —, mais ils ne considèrent pas que le bien public puisse être déterminé par des individus aux mœurs privées sans faille. Que nos hommes politiques aient des maîtresses, des filles cachées, soient des DSK frétillants, apprécient des pratiques sexuelles fort ingénieuses ou aient une sexualité homosexuelle, peu nous chaut, du moment qu’ils ne sombrent ni dans le ridicule comme Max Mosley, ni dans le mensonge comme Bill Clinton.

Dès lors, quelle importance y a-t-il à faire son coming out ? Delanoë l’a fait depuis belle lurette, et cela ne l’a pas empêché d’être élu et réélu à la mairie de Paris : les bobos parisiens trouvent certes assez funky d’avoir un maire homo, et je doute que Bébert eût accédé à l’édilité au fin fond du Gers. Pour Authueil, il s’agit de se prémunir que quelqu’un d’autre le fasse à sa place, et lui porte ce coup bas pour lui faire perdre les régionales ou l’empêcher de prendre son envol politique.

Comme je l’ai dit, je trouve l’argument un peu faiblard. L’homosexualité de Roger Karoutchi n’est pas de nature à l’empêcher de gagner les régionales, ni d’accéder à la députation. En revanche, et je pense qu’il le sait, il ne sera jamais président de la République. Les Français ne sont pas prêts à élire un Président homosexuel, parce que cela vient buter contre de vieux réflexes de représentation de la cellule familiale. Sa couleur de peau et son ascendance sociale et géographique importent désormais assez peu si l’on en croit les sondages : mais je doute qu’ils cèdent si facilement à l’abandon du couple président-première dame.

Je prendrais plutôt le problème à l’envers : on n’a pas forcé Karoutchi à révéler son homosexualité, c’est lui qui l’a fait lui-même. Le duel qu’il livre avec Valérie Pécresse est un duel presque à mort. Karoutchi est actuellement le patron de l’opposition au conseil régional, il est donc le sortant, et la ministre son challenger. Ils sont de la même génération politique, bien qu’ayant 15 ans d’écart : ils sont devenus visibles et audibles depuis l’élection de Sarkozy, et sont deux étoiles montantes. Et quand on est en pleine ascension, mieux vaut ne pas recevoir de camouflet : Rama Yade en sait quelque chose.

Dans ce duel, les sondages ne sont pas favorables à Karoutchi. En outre, Valérie Pécresse a fait le vide parmi les prétendants : Yves Jégo, qui souhaitait sa part du gâteau, s’est désormais rallié à la ministre de la Recherche. Rachida Dati, par pure solidarité féministo-maternelle, soutient elle aussi Valérie Pécresse. Et alors qu’on s’engage vers une rivalité dangereuse, tous les coups sont permis. Valérie Pécresse n’a ainsi pas hésité à mettre en avant ses qualités d’épouse et de mère de famille pour se démarquer de Karoutchi.

Ces stratégies de capitalisation victimaire sont pernicieuses. Elles ne sont pas des dévoilements de soi dans un souci de transparence : ce sont des armes politiques. Ségolène Royal a été la première à miser toute sa campagne sur la nécessité d’élire une femme présidente. Son seul argument politique de taille tenait dans cet appel du pied aux électeurs à orchestrer ce changement radical et historique dans l’histoire politique de la France. Roger Karoutchi et Valérie Pécresse opèrent de la même manière : être homosexuel et mère de famille étant deux handicaps dans la vie politique, il faut les mettre en avant pour montrer qu’il est possible d’être également homme politique, car ce ne sont pas des tares.

Or, ces apôtres de la non-victimisation réclament le droit à l’indifférence : ils ne veulent plus que ces critères deviennent des marqueurs identitaires. Ils veulent être identifiés comme des hommes politiques par leurs compétences, et non plus comme « l’Arabe de service » ou le « pédé du gouvernement ». Dès lors, par quel truchement de l’esprit en sont-ils venus à penser que c’était en rendant tout cela visible qu’on gagnerait l’indifférence ? Ces stratégies de communication sont complaisantes, et enferment les individus dans les critères discriminants desquels ils veulent s’extraire. Je dirais même que ça les maintient dans ces cases alors qu’ils n’en ont pas besoin.

Le pire est qu’ils semblent oublier, tout républicains qu’ils sont, que la République façon Robespierre ne connaît pas d’homosexuels ou de mères de familles : c’est un corps composés d’individus citoyens, tous élevés dans le même creuset.

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PS et motion de censure : le PS devient sarkozyste

20 janvier 2009 | La vie de la cité | 2 Réponses

Martine Aubry a annoncé sa volonté de déposer une motion de censure contre le gouvernement sur la gestion de la crise économique. Mais sait-elle seulement ce qu’est une motion de censure ?

Ah, ça ira ! ça ira ! ça ira ! Il sera mordant et vindicatif, le PS post-Reims, qu’on nous avait promis ! Finie la léthargie flasque de François Hollande : qu’il se fût agi de Ségolène Royal ou de Martine Aubry, le PS allait redevenir audible pour les Français, vous alliez voir ce que vous allez voir !

Voilà donc le PS qui s’oppose de façon mordante. Martine Aubry va donc déposer avec trente-neuf autres députés une motion de censure pour s’opposer à la politique anti-crise du gouvernement. Ecoutons l’exposé des motifs devant la presse : « dire clairement qu’alors que notre pays rentre dans cette crise lourde, profonde [...] il y a une autre voie possible ». On dépose donc une motion de censure parce qu’on estime qu’il faut gérer la crise autrement, qu’il aurait sans doute fallu affecter les crédits donnés aux banques ou au secteur automobile au maintien des emplois dans les secteurs les plus rapidement menacés.

Quel dévoiement des libéralités constitutionnelles ! Si le PS voulait s’opposer, il a eu tout le loisir de le faire pendant les débats sur le plan de relance ! Une motion de censure ne sert pas à faire le jeu de l’opposition qui cherche à se poser en s’opposant. Rappelons qu’une motion de censure qui conquiert la majorité des sièges fait tomber le gouvernement, qui doit remettre sa démission au Président de la République. Ce n’est pas rien ! La motion de censure est un cas extrême de contrôle du législatif sur l’exécutif. On dépose une motion de censure quand on estime que l’exécutif engage la France dans des politiques hasardeuses et profondément dangereuses. Si la majorité chiraquienne avait voté la participation française en Irak en soutien des Etats-Unis, la motion de censure aurait été parfaitement justifiée : s’opposer à la guerre, c’est autre chose que de s’opposer à des affectations de crédit qu’on ne partage pas !

Tout ceci n’est que de la pure communication. Le PS sait pertinemment que la motion de censure échouera. Le but semi-avoué est de mettre en scène son opposition. Il s’agit de créer de l’agitation, de la polémique, d’organiser une empoignade parlementaire dans l’hémicycle, qui naturellement ralentira encore le temps des débats. Triste comme le PS a besoin de sombrer dans de telles extrémités pour signifier son opposition, comme si elle ne se voyait pas d’ordinaire (ce qui est vrai).

Le PS, qui plaide avec affliction le respect du Parlement, détourne l’esprit de la Constitution.

Le PS, qui raille la stratégie politique de Sarkozy, agit de même : l’agitation pour donner l’illusion de l’activité.

Tartufes.

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