27 février 2009 | Histoire, La vie de la cité |
Quand on évoque Sarkozy, on pense immédiatement à Napoléon III, Napoléon le Petit, comme le taxait Victor Hugo, à qui il reprochait ses vaines gesticulations et son goût immodéré pour les paillettes et l’argent. Autant de reproches qu’aux temps de la bling-bling présidence, on trouvait particulièrement pertinents. Si l’on veut jouer cependant à monarchiser les présidents, c’est du côté de Louis XV qu’il faut tenir la comparaison.
Louis XV et Nicolas Sarkozy, c’est l’histoire d’un désamour croissant de l’opinion. Seul survivant de la famille royale quand le long règne du Roi Soleil s’éclipse, Louis XV s’extrait de la Régence de Philippe d’Orléans, parent le plus proche de Louis XIV. Le Roi Soleil n’avait pas manqué d’inclure dans son testament des clauses très restrictives pour limiter le pouvoir du Régent, qu’il soupçonnait de vouloir prendre la couronne ; le Régent fera casser ce testament. En 1722, arrivé majeur, Louis XV parvient à reprendre les rênes du pouvoir. Nicolas Sarkozy, c’est un peu la même histoire : un long règne de Chirac Ier, un testament officiel en faveur de Dominique de Villepin, et un Régent de droit, Nicolas Sarkozy, président de l’UMP ! Sauf que l’issue est différente.
Dès les premières années de son règne, Louis XV est porté par un fort assentiment populaire : il en garde jusqu’à sa mort le surnom de Bien-Aimé. Une épiclèse qui seyait bien au président à l’été 2007, dans le grand raout ringard et patriotique de la fête de la Concorde, les joggings matinaux et les Ray-Ban en permanence sur les yeux.
Comme le monarque, Nicolas Sarkozy est un grand fan du pouvoir personnel. Les deux veulent tout diriger, tout contrôler. Cela passe par les cabinets secrets, qui dépossèdent les ministres de leurs propres attributions. Claude Guéant, David Martinon, Jean-David Lévitte, François Pérol, sont les nouveaux d’Argenson, Machault d’Arnouville, et la Pompadour. A la volonté royale, il ne peut y avoir nul obstacle : aussi l’un comme l’autre accordent-ils un grand soin à mettre au pas les Parlements, dont les délibérations verbeuses ne font qu’entraver la marche de l’État.
L’un comme l’autre finissent désavoués par l’opinion. Les réformes de Machault d’Arnouville sur la justice fiscale et la création d’un impôt pour les grandes fortunes échouèrent lamentablement ; les nombreuses guerres laissèrent un déficit de plus de 100 millions de livres qui ne fut jamais comblé. Les frictions avec le Parlement se cristallisèrent à un point tel que le roi fut taxé de tyrannisme, et le Parlement se fit le défenseur naturel des lois fondamentales du royaume, auxquelles les rois ne pouvaient déroger (comprenez : un ancêtre de Constitution), et pourtant arbitrairement bafouées. Toute ressemblance avec un enlisement des réformes actuel, des tensions grandissantes avec le Parlement, y compris avec le parti du roi-président, et des agissements à la limite de la légalité, est naturellement tout à fait fortuit.
Comme toujours, quand il s’agit d’être impopulaire, ce sont les femmes qu’on incrimine, ces avaricieuses intrigantes qui exercent un pouvoir par l’oreiller. La Pompadour, c’est la Rachida Dati de l’Ancien Régime, à ceci près que la diva de la Place Vendôme n’est pas un ministre sans portefeuille, mais plutôt un portefeuille sans ministre. Ah ! que le Bien-Aimé n’eut fait tomber en disgrâce la Pompadour pour faire remonter sa cote de popularité ! Le nez plus fin, le Jadis-Bien-Aimé a largué les poids lourds auparavant joyaux de luxe pour faire remonter l’aéronef. Peine perdue : la disgrâce du Garde des Sceaux à la Cour élyséenne et les génuflexions déférentes et enamourées de Rama Yade ne seront sujettes à remise en cause.
En 1757, Robert François Damiens commet le crime de lèse-majesté en égratignant superficiellement d’un canif la bedaine royale emmitouflée dans ses habits d’hiver. En février 2008, un sombre et anonyme régicide commet le crime de lèse-président en égratignant superficiellement l’amour-propre présidentiel. En l’espace d’un millénaire, les monarques français ont perdu de leur superbe : au tournant de l’An Mil, on leur donnait des pouvoirs thaumaturgiques : par l’apposition des mains, les rois pouvaient guérir les purulentes écrouelles ; au salon de l’Agriculture, le Président de la République a des mains sales dont il doit se garder de les poser sur ses augustes sujets. Quand Damiens l’érafle, Louis XV, tout enveloppé de la majesté royale, conserve un calme olympien ; quand l’odieux régicide l’alpague, notre jadis-bien-aimé Président sort de ses gonds : « Casse-toi pauv’ con ». L’élégance est décidément une vertu royale. Mais il n’est pas dit, foi de monarque, qu’en monarchie, même élective, les odieux régicides ne soient pas sévèrement punis pour restaurer la majesté égotique royale dans sa diginité. Damiens est écartelé en place de Grève après avoir subi moult châtiments destinés à démontrer ostensiblement le terrible bras vengeur de la puissance royale. Pour un pannonceau vulgaire, on promet au citoyen Hervé Éon les foudres apocalyptiques (et même plus) de la justice ; mais las ! la condamnation est symbolique : ah ! ces magistrats, encore un obstacle à la volonté présidentielle ! Et tant d’autres, encore, ont avili la digne majesté présidentielle, et devront croupir dans les immondes geôles du Châtelêt !
En 1774, Louis XV, devenu depuis plusieurs années neurasthénique et profondément déprimé, meurt de la petite vérole. Un signe prémonitoire ?
26 février 2009 | Internet, La vie de la cité, Médias |
Ségolène Royal est furibarde. Paris-Match, le journal des politiques-qui-voudraient-vivre-l’über-vie-de-Beyoncé, a publié des clichés pseudo-volés de Ségolène Royal main dans la main avec un homme d’affaires français. Ah la la, ça ne se passera comme ça, qu’elle dit la Ségolène : allez, au trou les journalistes gonzo ! C’est que les photos, publiées juste après son passage en Guadeloupe, font un peu « télescopage », comme elle dit. Ah ! les grandes figures de la gauche qui couchent dans des draps de soie avec des barons d’affaires dans des palmeraies sublimes et qui, la braguette rezippée, s’en vont pourfendre le capitalisme destructeur ! Toujours ce paradoxe irrésolu : Julien Dray fait dans ses chausses quand on révèle son goût pour les montres et Ségolène Royal toussotte quand on photographie ses batifoleries andalouses. Du côté de la Madone du Poitou, on crie au viol de la vie privée et à l’avilissement de sa dimension politique, qu’on voudrait décrédibiliser en la rétrogradant au rôle plastique d’icône people. Du côté de Paris Match, on tonne à l’hypocrisie : « Mais la peste soit de la suffisante Ségolène ! Quelle déplorable manie est-ce là que ces hommes politiques qui courtisent les journalistes quand il faut se faire flasher en terrain politique, et qui refusent toute image compromettante ? » Pointe-à-Pitre, touché. En effet, Ségolène est prise à son propre piège. Sa stratégie politique est identique à celle de Sarkozy : monter grâce aux médias. Son voyage en Guadeloupe, c’est communication de tarmac à tarmac. Ses frasques obamaniaques, c’est délire présidentiel et médiatique. Sauf que les médias sont moins bêtes qu’ils en ont l’air : vous leur donnez le doigt, ils réclament légitimement le bras. Si tu veux être star comme Beyoncé, attention dans ce cas à ne pas sortir sans maquillage ou lardée comme une truie !
Hier, Benoît Hamon était à la République des Blogs, pour débattre des élections européennes. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a déçu. Tout le monde attendait un débat informel, autour d’une mousse, avec podcasting à mort et éclairages merdiques. Oui mais Benoît il aime pas ça. Il veut contrôler chaque image. Alors on s’arrange pour faire venir CAPA qui se chargera de vendre le sujet à Canal, histoire de montrer que Ben, c’est grave un djeunz politique. De toute façon, blogs ou autres médias, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, comme il l’a dit hier. C’est vrai qu’à l’heure des iPhone et autres sorcelleries technologiques, un petit off qui buzze serait si vite arrivé, comme un doigt un peu turgescent qui gigoterait, ou un montage exclusif de « Euuuuuuuuuh… » Pas bon, pas bon, tout ça, pour la communication.
N’ont-ils pas encore compris que cela ne sert pas à grand chose de vouloir tout contrôler par peur de la petite phrase assassine ? Allez Benoît, viens prendre une mousse à la RDB. Tu verras, les blogueurs aiment bien qu’on ne les prenne pas pour des journalistes charognards ; ils aiment le contact personnalisé et informel, sincère et sans arrière-pensée. Et (mais chut c’est un secret) il paraîtrait même que ça serait une super occasion pour engendrer du buzz positif. Les marques ont commencé à le piger.
26 février 2009 | La vie de la cité |
Sarkozy s’était à peine réconcilié avec les Chinois en refusant de rencontrer le Dalaï-Lama que tout se durcit autout de la vente aux enchères de deux statuettes chinoises par Pierre Bergé. Les Chinois, qui veulent désormais jouer dans le concert des grandes nations, cherchent à tout prix à effacer toutes les marques historiques de leur ancien statut de puissance dominée. Finalement, ces statuettes, d’une valeur artistique somme toute relative (on est loin du chef-d’œuvre !), ne sont qu’un instrument du nationalisme chinois. D’ailleurs, un Chinois millionnaire a déjà racheté plusieurs têtes d’animaux du palais d’été, dont une à près de 9 millions d’euros, geste qualifié de « patriotique » par les autorités. C’est un peu comme un ancien obèse devenu svelte qui voudrait détruire derrière lui toutes les photos de son ventre énorme, allant jusqu’à cambrioler ses amis pour récupérer les photos !
Cette question est en fait épineuse. Les biens culturels appartiennent-ils nécessairement au pays qui les a produits ? Ces biens ont été pillés, mais dans un contexte particulier, celui de la seconde guerre de l’opium. Cela change tout ! La bienséance diplomatique s’arrête là où commence la guerre : en temps de guerre, on tue, on saccage, on pille ! Je ne vois pas au nom de quoi ces biens appartiendraient, d’après les Chinois, de droit à leur peuple. Les biens culturels ne sont pas régis par une convention internationale, et dans le cas où il le serait, ce serait une grande partie du patrimoine culturel français qui partirait en fumée. Rappelons que sur la place Vendôme, la colonne du même nom a été coulée avec des canons prussiens et autrichiens saisis à Austerlitz !
Les Chinois auraient mieux fait de ne pas saisir la justice française, et de déplacer le curseur sur la diplomatie. Les Chinois ont voulu jouer la carte de la virulence, sans doute excités par Pierre Bergé qui a agité le chiffon rouge en faisant un remake de l’opération « pétrole contre nourriture », et mal leur en a pris. En 2001, les Sud-Africains ont demandé au gouvernement français le droit de pouvoir récupérer la dépouille de Saartjie Baartman, dite la Vénus hottentote, devenue une bête de foire pour les cirques européens en raison de l’exubérance de son fessier, dont le corps a été dépecé pour servir à l’établissement de thèses pseudo-scientifiques établissant des différenciations raciales : jusqu’en 1974, le moulage était exposé au Museum national d’histoire naturelle ! Pour les Sud-Africains, Saartjie Baartman est le symbole de l’humiliation du peuple noir face à la domination occidentale. Et pourtant, ils sont passés par la voie législative et diplomatique, sans aller jusqu’à des menaces !
Toute cette histoire n’est qu’une démonstration de force des Chinois, qui désormais veulent faire les gros yeux sur la scène internationale. Les menaces envers Christie’s sont pitoyables. Après avoir exigé que Sarkozy ne reçoive pas le Dalaï-Lama, voilà qu’ils exigent que ces statuettes soient rendues. Même Raffarin, devenu subitement sinophile, s’y met ! Prochaine étape : Lakshmi Mittal qui prend une pince-monseigneur pour désenchasser le Koh-i-Nor du sceptre de la monarchie britannique ?
25 février 2009 | Internet, La vie de la cité |
Dans l’affaire qui l’oppose au groupe de rock américain MGMT, l’UMP propose de dédommager le groupe, dont ils avaient utilisé une des chansons lors du congrès de la Mutualité du 24 janvier et dans plusieurs vidéos publicitaires, à hauteur d’1 euro. L’offre a été refusée, et l’affaire n’est pas anodine, car la stratégie est dangereuse.
Ce qui est clair, c’est que l’UMP a proposé au groupe une conciliation en amont du jugement, de manière à retirer l’illégalité de l’acte. Ils reconnaissent avoir fait une bourde, mais ils essaient de s’arranger entre eux pour que MGMT retire sa plainte. Or, cette stratégie de dépénalisation est totalement incohérente en regard des cris d’orfraie qui sont poussés par les quelques roquets de la majorité et les majors de l’industrie du film ou du disque. Comment peut-on rendre illicite le téléchargement ou le streaming alors que la majorité qui veut faire passer la loi s’arrange pour ne pas être condamnée ? Cela voudra donc dire qu’au moment de chaque procès, chaque particulier qui se fera pincer pourra contourner la loi en proposant un dédommagement. Imaginez que vous vous faites piquer dans un magasin avec un vêtement sous votre pull et que vous vous proposez gentiment comme compensation de le payer. C’est incohérent !
Mieux encore : l’UMP estime le coût de l’infraction à 1 euro. Et pire encore : le montant du dédommagement n’est pas une estimation du manque à gagner pour le groupe, c’est symbolique. En gros on ne veut pas chiffrer le montant, et on se contente d’un petit geste histoire de dire qu’on a remboursé ! A moins que l’UMP considère qu’elle aurait pu se procurer le titre sur iTunes pour 0,99€, qui lui en donnait la pleine propriété… mais c’est oublier que c’est la propriété à l’usage privé ! Et cela, je doute que ça coûte les 0,01 euros restants ! Si l’on estime la diffusion (voire la possession, on ne sait pas si le titre a été téléchargé illégalement ou non) sans l’accord de l’auteur à 1 euro, voilà une jolie brèche dans laquelle pourront s’engouffrer tous les particuliers. A 1 euro la fraude, on peut être sûr d’une chose : non seulement ça n’endiguera pas le phénomène, mais en plus cela va coûter un max de blé à la justice pour déboucher sur des arrangements d’officine !
Cette histoire est assez révélatrice de l’état d’esprit qui entoure ce projet de loi. Quand le gouvernement réfléchit global, il s’alarme, car il voit que le montant du manque à gagner est astronomique (et encore) ; quand il se fait prendre la main dans le sac, il se dit que ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan et que ce n’est pas dramatique. Alors qu’il n’est pas du tout prouvé que l’on peut mettre bout à bout les actes individuels pour calculer le manque à gagner de l’industrie du disque et du cinéma, qui n’est pas forcément grevée par le téléchargement !
A moins que tout ceci soit un exemple du dicton : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais. »
25 février 2009 | La vie de la cité |
Après s’être déchirés à Reims, il semblerait que les socialistes veuillent enterrer la hache de guerre et mettre un terme à la Guerre des Deux-Roses. Du moins c’est ce qu’il apparaît de la réintégration des royalistes dans la direction du PS. Car dans la réalité, il en est autrement : la douzaine de secrétaires nationaux royalistes qui ont rejoint la direction sont tous des seconds couteaux ! Rebsamen, Bianco, Valls et Peillon, pour le moment, ceinture ! Cela prouve que la réconciliation est encore loin d’être acquise.
Quant au nombre des secrétaires généraux, c’est une vraie armée mexicaine : le record d’Hollande après le congrès du Mans a été battu ! Pourtant, Martine Aubry avait promis une direction resserrée pour organiser un shadow cabinet efficace. Mais comme d’habitude, les alliances, les ralliements, s’achètent à coup de places. C’est comme la vénalité des offices sous l’Ancien Régime, sauf que l’argent est remplacé par la promesse de se tenir tranquille et de ne pas faire chier. Même logique au gouvernement : quinze ministres, avec parité, pour la vitrine, et derrière, une ribambelle de secrétaires d’État pour caser les petits copains !
Le problème du leadership du PS vient de là en particulier : comme dans les armées révolutionnaires latines, comme dans la nomenklatura stalinienne, on crée des postes pour récompenser un homme et non pas pour répondre à une situation. Le gouvernement peut le faire lui, car il n’a rien à prouver, il n’est pas dans l’opposition. Mais pour le PS, avancer avec autant de monde, c’est l’assurance de n’arriver à rien du tout !
23 février 2009 | La vie de la cité |
Au soir du 6 mai 2007, tout le monde se disait : « Formidable, on a enterré Chirac comme on a enterré De Gaulle ; une page se tourne. » Eh bien pas du tout.
Chaque jour apporte son lot de raisons de croire que le virage idéologique de la droite est fragile. Ça a commencé avec l’amendement Mariani sur les tests ADN : tous effrayés, mais tous dociles, le petit doigt sur la couture du pantalon. Sauf François Goulard, qui n’a plus rien à perdre : il avait déjà soutenu Bayrou à la présidentielle et tient bien son fief à tel point qu’il pourrait ne plus être investi qu’il gagnerait quand même. Il y a eu aussi la fronde parlementaire, qui s’accroit de jour en jour : concédons-le, il s’agit ici moins d’une fracture idéologique que d’une réaction corporatiste des députés qui en ont marre de se faire tondre la laine sur le dos. Et puis en ce moment, il y a l’OTAN, qui fait racler des gorges, surtout celle d’Alain Juppé. L’atlantisme total, c’est guère un thème de la droite chiraquienne ça, qui préférait le soutien en dessous de table et l’indépendance à la tribune.
Les nouveaux convertis donnent le change pourtant : Besson et Hortefeux jouent les hardcore gamers, plus royalistes que le tsar, Rachida a bien compris le bling-bling style de la présidence Sarkozy, Darcos a bien récité la leçon du gouvernement-qui-tiendra-ses-réformes-jusqu’au-bout-malgré-la-pression-de-la-rue. Franchise, persévérance et paillettes, ce sont les trois pieds du tabouret sarkozyste. Et de concert, tous les ministres ont entonné la cantate : « Nous sommes des réformistes actifs. » ; charpente du sarkozysme : tout réformer tous azimuths. Ah pour sûr, un sarkozyste n’est pas un roi fainéant, lui ; et pourtant on en a connu !
Malgré ça, Chirac n’est pas mort. Une poignée de vieux de la vieille tentent apparemment d’activer les réseaux pour une candidature improbable. Les fidèles restent toujours fidèles, et fomentent une conjuration de Catilina pour 2012. Le peuple le prend de nouveau en sympathie, qui en a assez de la dynamique vanité du pouvoir en place. Le cadavre bouge encore, même s’il ne cherche pas à faire de l’ombre à qui est plus petit que lui.
Mais voilà : Sarko se chiraquise. La réforme du lycée est à moitié enterrée : Richard Descoings est chargé de tenter la voie de la consultation nationale, sortira ce qu’il en sortira. Pécresse pédale dans la semoule avec les chercheurs, et doit reculer pour mieux sauter. Les promesses non tenues commencent à s’accumuler. La promesse du président du pouvoir d’achat ressemble curieusement à celle de la fracture sociale : un concept de campagne efficace et mobilisateur, mais qui ne débouche sur rien. Des engagements tonitruants comme à Gandrange, avant de baisser la queue quelques temps après. Et que dire des sondages de popularité, voilà qu’ils dévissent ! Comme Chirac, Sarko est désormais contraint de devoir gouverner avec une opinion réfractaire et dubitative.
Et que croyez-vous qu’il arrivera en 2012 ? Sarko se représentera, avec la méthode Chirac : celui d’avant c’était pas moi, on va changer de politique. En politique comme ailleurs, c’est dans les vieux pots (fainéants) qu’on fait les meilleures confitures.
23 février 2009 | La vie de la cité |
Ségolène Royal se fait vertement tancer sous le soleil des Antilles. Alors que ce week-end, au Salon de l’Agriculture, on craignait que le Président succombât de nouveau à l’appel de la poésie popu, c’est de Pointe-à-Pitre qu’est venu l’hivernal « Casse-toi ! ». Le MEDEF guadeloupéen a donc gentiment invité Ségolène Royal à « se casser » de la Guadeloupe.
To fly or not to fly, that was the question. Entre les allers-retours éclairs d’Yves Jégo, le déplacement tardif de Besancenot, le suspense si factice de la non-venue du Président, le clivage tranchant entre la mobilité métropolitaine de Sarkozy et sa paralysie ultramarine, il n’a jamais été autant question de voyager que durant ces derniers jours. Oui, mais voyager pour quoi ? C’est précisément la question que ne s’est pas posée Ségolène Royal. Et c’est précisément ce pour quoi elle se fait gicler.
Ségolène Royal veut jouer le jeu du off-parti depuis le congrès de Reims. Sa défaite ne lui a pas servi de leçon. Puisqu’on lui a volé sa victoire et qu’elle est victime d’une purge dans la nomenklatura socialiste, elle a décidé d’exister à côté du parti, mais en même temps dedans, vous comprenez bien, c’est chaud quand même de tenter un baroud solitaire. En gros, Ségolène se place comme opposante au sein de l’opposition. Géniale subdivision. Sauf que, aujourd’hui, Ségolène Royal n’est plus que présidente de région. Sa candidature à l’élection présidentielle de 2007 et ses velléités pour 2012 ne sont pas de nature à lui conférer une légitimité d’aucune sorte en France et au PS. Besancenot s’est déplacé là-bas en tant qu’envoyé du NPA ; Jégo en tant que Secrétaire d’Etat ; les socialistes n’ont pas voulu y aller, chargeant les députés ultramarins dont Victorin Lurel et Taubira de jouer les canonniers de l’opposition pendant qu’ils concentrent le tir sur les mécontentements sociaux métropolitains afin de faire péter la baraque sarkozyste.
Eh voilà ce qui arrive quand on s’imagine encore jouer les premiers rôles en France : on se fait rétamer. Elie Domota rencontre Ségolène Royal, mais refuse de s’afficher avec elle. Victorin Lurel et des maires guadeloupéens ont tiqué quand ils ont appris qu’elle débarquait. Martine Aubry la lâche en rase campagne en refusant qu’elle joue le rôle de représentante du parti. Alors au nom de quoi vient-elle ?
Le pire dans tout cela, c’est que ça ne sert pas la cause des Guadeloupéens. Quand un mouvement social est récupéré par des luttes politiques, on est sûr d’une chose : le mal ne se résorbera pas.
21 février 2009 | La vie de la cité |
Une étude récemment publiée par l’Osservatore Romano, quotidien de l’État pontifical, prête à sourire. Deux théologies se sont appuyés sur un dépouillement statistique de données collectées dans le confessionnal pour dresser une cartographie sexuée des manières de pécher. Oui, vous avez bien entendu : des curés italiens ont soigneusement collecté les confessions de dizaines de milliers de fidèles pour dresser des listes statistiques. Pour le secret du confessionnal, on repassera !
Quels enseignements les théologiens-sondeurs en ont-ils tirés ? Des truismes. Je cite :
« L’homme est en fait plus enclin à avoir des aventures (escapades) et à pécher par la bouche (gorge) (les vices qui distinguent l’homme moderne sont, dans l’ordre, la luxure, la gourmandise et la paresse), tandis que la femme qui ne suit pas la doctrine chrétienne pèche par orgueil, envie, et colère. »
Après ça, on dira que les catégorisations des comportements masculins et féminins sont artificielles. Les chiffres parlent, là, et le secret du confessionnal confère à l’étude une grande authenticité, puisqu’a été évité le syndrome de la transformation sondagière !
Un tableau qui n’est pas sans rappeler celui, admirable, peint par Musset dans On ne badine pas avec l’amour (II, 5) :
« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées [...] »
Quel dommage que Robert Thomas soit mort : après Mon curé chez les nudistes et Mon curé chez les Thaïlandaises, la série des Mon curé aurait pu s’allonger avec Mon curé chez IPSOS !
20 février 2009 | Histoire, La vie de la cité |
Alors que le conflit en Guadeloupe s’enlise, certains n’hésitent pas à politiser le conflit. On attendrait des élus du peuple qu’ils sachent prendre la mesure de la gravité des événements pour amorcer une sortie de crise convenable. Mais voilà, sur les 10 députés des Antilles, il n’y a que deux députés UMP. Certains n’hésitent pas alors à surajouter à la crise sociale qui commence à se radicaliser des comportements proprement politicards pour dessouder la majorité.
Taubira souffle sur les braises. Elle réclame, tenez-vous bien, la « fin de l’apartheid social ». Allons bon, voilà une belle connerie ! L’esclavage n’a donc jamais été aboli en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe. Les Noirs antillais se font toujours fouetter. Les bus, les parcs, les écoles, ne sont pas mixtes. Les unions interraciales sont prohibées. Les descentes de Blancs dans les quartiers noirs sont légion, avec au passage des massacres gratuits et alétoires, des incendies, des desctructions de commerce, etc. On échappe aux lois de Nürenberg, mais c’est pas loin !
Le comportement de Taubira est typique du militantisme pavlovien. On a une grille de lecture, on n’en sort pas, quitte à se survictimiser. Rappelons que l’on doit à Christiane Taubira la fameuse loi éponyme qui érige la traite des esclaves en crime contre l’Humanité. Moi je veux bien, sauf que dans l’architecture de cette loi figure un mot qui a été effacé pour plaire au Conseil constitutionnel : « noirs ». Cette loi est une loi de repentance française vis-à-vis du commerce négrier. Moi je veux bien qu’on érige internationalement l’esclavage en crime contre l’Humanité. Mais dans ce cas, parlons de tous les esclavages. N’oublions pas que les noirs aussi ont eu des esclaves blancs, et que les Musulmans ont organisé également un commerce d’esclaves blancs en Méditerranée pendant tout la période moderne. Je concède que les proportions sont inégales. Mais si l’esclavage est par nature déshonorant pour la personne humaine, il est exclusif de toute couleur de peau : tout acte d’esclavage est par nature crime contre l’Humanité, parce qu’un homme supprime la liberté d’un autre. Mais curieusement, on n’a jamais entendu Taubira amorcer le moindre mot de tout ceci.
Ces comportements sont dangereux. Quand on est trop enfermé dans une grille de lecture déconnectée des réalités, on en arrive à proférer des mots et à plaquer des concepts qui ne sont évidents que pour son esprit étriqué. C’est la même chose avec les féministes, qui voient du machisme partout. Guadeloupe ou classement Elle-Wikio, même constat !
20 février 2009 | Histoire, La vie de la cité |
Après la victoire du Kadima de Tzipi Livni, la bataille à couteaux tirés s’est vite lancé. Le Likoud de Netanyahou, en deuxième position, a réussi à bénéficier d’une formidable percée du parti nationaliste Israël Beytenou. Associée à la décrépitude des travaillistes d’Olmert, le rapport de forces a été sacrément renversé. Une seule alternative : soit la coalition Kadima-Likoud, une première après la scission fondatrice de 2005, soit Kadima passe dans l’opposition.
Aujourd’hui, le président Peres a donc tranché : ce sera Netanyahou. Ce dernier doit se présenter devant la Knesset (le parlement israëlien) pour obtenir un vote de confiance avant un délai de 28 jours. Si la Knesset se prononce pour à la majorité, ce sera une nouvelle fois Netanyahou ; à défaut, le président de la République israélienne proposera de nouveau un nom.
Tout cela fleure bon la IVe République. Comme le rappelle mon camarade Authueil, la longévité des hommes politiques israéliens a quelque chose d’incroyable : près de 70 ans de vie politique pour Shimon Pérès, une éternité comparée aux misérables quarante ans de Chirac ! Mais surtout, regardons attentivement la liste des Premiers ministres israéliens depuis 1948 :
David Ben Gourion (1948-1954)
Moshé Sharrett (1954-1955)
David Ben Gourion (1955-1963)
Levi Eshkol (1963-1969)
Ygal Allon (1969-1969, intérim suite au décès de Levi Eshkol)
Golda Meir (1969-1974)
Yitzhak Rabin (1974-1977)
Menahem Begin (1977-1983)
Yitzhak Shamir (1983-1984, par intérim suite à la démission de Menahem Begin)
Shimon Peres (1984-1986)
Yitzhak Shamir (1986-1992)
Yitzhak Rabin (1992-1995)
Shimon Peres (1995-1996, par intérim suite au décès de Yitzhak Rabin)
Benyamin Netanyahou (1996-1999)
Ehud Barak (1999-2001)
Ariel Sharon (2001-2006)
Ehud Olmert (2006-)
Cela n’est pas sans rappeler la liste des présidents du conseil sous la IVe République : 3 gouvernements Queuille, 3 gouvernements Bidault, 3 pour De Gaulle en comptant les deux gouvernements du GPRF, 2 pour Schuman, 2 pour Pléven… Et la longévité était tout aussi record ! Pour le renouvellement de la classe politique, France-Israël, même combat !
Heureusement pour les Israéliens, ils n’ont pas hérité de l’instabilité gouvernementale parce que malgré la proportionnalité du suffrage législatif, la bipolarisation est suffisamment marquée entre travaillistes (et maintenant Kadima) et Likoud. Avec le bourbier palestinien depuis 60 ans, une instabilité gouvernementale aurait viré au chaos !
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