21 février 2008 | La vie de la cité |
Marrant tout de même. Un de mes commentaires sur le site de campagne de Marie-Claire Carrère-Gée, tête de liste UMP dans le 14e arrondissement, a été purement et simplement invalidé. Non seulement ces procédés bananiers sont franchement risibles étant donné l’impact d’un tel commentaire, la forme tout à fait courtoise et neutre, mais en plus le responsable Internet du site a construit une justification pour rendre la décision moins idiote.
Je tombe hier sur un article somme toute instructif. Hervé Morin, hémisphère droit du Nouveau Centre, a apporté le soutien du parti à la liste UMP dans le 14e arrondissement et lui donne généreusement droit d’utiliser le logo du parti. Jusque là, aucun problème. Sauf que. Sauf que, sur tout Paris, deux arrondissements ont des listes Nouveau Centre indépendantes et investies par le parti (elles s’affichent comme telles) : le 18e arrondissement (David Pierre-Bloch) et… le 14e arrondissement (Pierre Vallet). Dans ces deux arrondissements naturellement, une liste UMP est en face : celle de Roxane Decorte dans le 18e, celle de Marie-Claire Carrère-Gée dans le 14e.
Etonnant donc, me dis-je, cette incohérence : il y a une liste Nouveau Centre dans le 14e, mais le Nouveau Centre apporte son soutien à l’UMP. Deux hypothèses, donc :
- Le Nouveau Centre a une stratégie d’alliance encore plus désarmante que peut l’être celle du MoDem : plutôt que d’être tantôt indépendante, tantôt alliée, elle est les deux à la fois et au même endroit !
- La candidature de Pierre Vallet est une dissidence
Je décide donc, ingénument, de laisser un commentaire :
« Mais alors, pourquoi Pierre Vallet présente-t-il une liste ayant reçue
l’investiture du Nouveau Centre. Serait-ce une candidature dissidente ?…»
Mon commentaire est immédiatement mis en attente de modération (comme tous d’ailleurs). Et quelques heures après, je reçois un mail écrit (non automatique), que je retranscris en intégralité :
Bonjour,
Vous avez posté un commentaire sur le site de Marie-Claire Carrère-Gée.
Ce commentaire n’est pas validé pour publication dans la mesure où il cite une personne tierce qui n’est pas en rapport avec la note, ni avec le projet municipal.
Pour votre information, Marie-Claire Carrère-Gée a reçu le soutien officiel du Nouveau Centre , de son président Hervé Morin et de la commission d’investiture du Nouveau Centre (voir note http://www.marieclairecarreregee.fr/archive/2008/02/18/il-nous-soutient.html).
Bien évidemment un parti politique ne peut soutenir qu’un seul candidat pour une élection municipale. Pour le 14e, c’est Marie-Claire Carrère-Gée.
Votre commentaire : « Mais alors, pourquoi Pierre Vallet présente-t-il une liste ayant reçue l’investiture du Nouveau Centre. Serait-ce une candidature dissidente ?…»
Cordialement
Sur ce blog de campagne, donc, il ne doit y avoir que 30 noms propres dans les commentaires : ceux des trente colistiers. Rajoutons celui de Nicolas Sarkozy. Tous les autres sont (ex)filtrés. Pire, on me dit que mon commentaire n’est pas en rapport avec la note. Dans le genre justification foireuse, on peut faire plus imaginatif.
On ne saura donc jamais si Pierre Vallet est dissent, investi, ou dissident investi. Le mystère reste entier. En tout cas, ça n’a pas l’air de déranger MCCG…
19 février 2008 | La vie de la cité |
Soit Maurice Leroy nous rejoue le sketch du flic de Coluche, soit il nous prend vraiment pour des imbéciles. J’en veux pour preuve sa déclaration à propos de la tribune publiée dans Marianne désormais consacrée « appel du 14 février » (sic).
Reprenons les faits. Jean-François Kahn, directeur de l’hebdo de gauche rose-orangée, à tout le moins MoDem-compatible, contacte à tour de bras des personnalités du centre et de la gauche pour signer une tribune réaffirmant les principes et valeurs fondateurs de la République et dénonçant ce que les signataires croient (à bon droit selon moi, mais le débat est ouvert) déceler d’un accommodement à ceux-ci par le chef de l’Etat. Maurice Leroy est de ceux-ci, bien calé entre Delanoë et Mamère.
Publication jeudi. Tollé samedi (voir article précédent). Pécresse dénonce l’instrumentalisation de la République, Jégo s’étrangle dans le complot et décroche une jolie médaille Cochin.
Ce matin, Leroy, expert en reculades, annonce tout de go s’être fait berner par Kahn et ne pas avoir soupçonné un coup politique et médiatique contre le Président. Soit Maurice Leroy est en hibernation totale et a oublié que Nicolas Sarkozy était Président, soit visiblement il ressemble à celui qui jette un caillou dans une vitre et court se carapater quand le propriétaire sort de sa maison.
Cela doit être la mode chez certains : manger à tous les rateliers politiques. Une dénonciation ? J’en suis ! Un manifeste ? On signe où ? Un collectif ? Gardez-moi une place ! Que Maurice Leroy n’ait pas prévu l’ampleur médiatique de l’appel, on peut le lui accorder (et encore, en lui faisant le reproche de ne pas être finaud). Qu’en revanche il affirme ne rien reprocher à Nicolas Sarkozy, c’est d’une mauvaise foi et d’une trouille clairement manifestes.
Je ne reproduis pas ici l’appel, mais rappelons-en quelques traits, à la manière d’une explic’ de doc’ de français au lycée, pour nous rafraîchir la mémoire :
- Le mot « Président » est prononcé 8 fois.
- Nicolas Sarkozy est nommément cité (avec une variante : « sarkozysme »)
- On utilise le vocable dépréciatif de Prince, réification exemplaire de la critique de la monarchie élective et républicaine.
- On évoque enfin la mairie de Neuilly.
On peut penser ce qu’on veut du contenu de l’appel, salvateur ou alarmiste. On peut penser ce qu’on veut des signataires, remparts ou pantins. On peut penser ce qu’on veut de la démarche, républicaine ou politicarde. En revanche, ce genre de pantalonnades effarouchées offre un spectacle bien affligeant.
J’espère au moins qu’il lit les propositions de lois et les amendements y afférent avant de les voter…
16 février 2008 | La vie de la cité |
J’inaugure une nouvelle catégorie : les Cochineries. Ce que j’appelle une cochinerie, c’est toute déclaration ouvertement de mauvaise foi ou d’une ignorance crasse qui tente d’expliquer un réel par la théorie du complot. Le nom provient de l’historien Augustin Cochin, pour qui la Révolution française était l’œuvre de la franc-maçonnerie et de quelques obscures et secrètes sociétés de pensée.
Au fil de l’actualité, donc, seront remis des diplômes ès cochineries aux différentes personnalités faisant ouvertement montre d’une mauvaise foi paranoïde et comploteuse en espérant tromper leur monde. Mais, pas folle la guêpe ! nous veillons au grain.
Le premier à inaugurer cette catégorie est Yves Jégo, député UMP de Seine-et-Marne, pour sa superbe et malhonnête défense du roi de la République. Notons qu’il semble particulièrement intéressé par la théorie du complot puisqu’il a mis son nom co-écrit avec Denis Lépée une Conspiration Bosch (Timée Editions, 2006).
Ni une, ni deux, Jégo, porte-parole de l’UMP, met en application les doctes préceptes de la cochinerie, aussi réductible à l’expression : « C’est pas de notre faute, c’est les autres qui font rien qu’à nous embêter ». Un refus manifeste du réel, une impossibilité chronique et psychotique à reconnaître la contradiction sans penser à une conspiration souterraine de forces manipulatrices. Et surtout, dans l’aspect communicationnel, une vision paradigmatique perçue comme crevant les yeux d’évidence.
Salivons :
Les forces les plus secrètes du conservatisme doivent être très puissantes en France. Elles ont bien compris que Nicolas Sarkozy veut engager la rupture dans tous les domaines et, du coup, elles ont décidé de s’attaquer à lui. Il y a d’un côté ceux qui désespèrent de la gauche, et qui, n’ayant plus d’armée officielle, veulent développer une forme de terrorisme intellectuel dans notre pays. De l’autre côté, viennent s’ajouter ceux qui veulent garder leurs avantages acquis et qui ont peur du changement. Il y a là une conjonction d’intérêts inédite sous la Ve République. C’est la première fois que l’on veut « abattre » avec tant de force un président de la République alors qu’il n’y a pas de crise politique et sociale, ni même de grèves massives.
Mastiquons :
- Visiblement, il y a en France un lobby conservateur. Outre qu’il y a une grande impudence à se déclarer maître dans l’art de décider qui est conservateur ou non (rappelons quand même que gauche et droite s’accusent mutuellement de conservatisme, et que les deux ont parfaitement raison), Yves Jégo résume sa pensée de manière parfaitement péremptoire. Qui compose ces forces ? On ne sait pas. A l’image du complot jésuite ou du complot juif, c’est un mouvement sans visage, sans nom. Jégo est persuadé qu’il existe, et c’est déjà beaucoup.
- On voudrait s’attaquer à Nicolas Sarkozy. Naturellement. Il est reconnu par tous que le Président est coupable d’activité. C’est là son seul crime. Qu’un Président ne soit élu que pour aller dîner dans les ambassades, serrer la louche à des chefs d’Etat, faire tomber le salaire et le prestige en tapant des mains, c’est l’image sanctifiée que les Français attendent. Pourquoi aurait-on besoin d’un Président, d’abord ? Pour faire des réformes ? Baste ! Quel gros mot en République. Que donc un Président souhaite engager le pays sur la voie de la réforme, voilà un crime républicain contre la fonction présidentielle ; voilà que l’on va sacrifier les Gracques sur l’autel de l’inertie.
- Le Président représente le Bien commun. Voilà le topos le plus dévastateur. C’est parce que Nicolas Sarkozy est l’espoir de la France (supposé comme tel), qu’il ne peut souffrir de contestation sans que celle-ci soit qualifiée de régicide homicide. Figure sacrée, inviolable, ultime recours, le Président n’est plus de la sphère du politique, mais de celle du fanatisme.
- Les fameux comploteurs ne veulent pas uniquement critiquer le Président, ils veulent porter un coup psychologique à la population française. Prenez garde, Français ! Peu importe l’objet du crime, c’est secondaire. Le principal est d’instaurer un climat de terreur, de sorte à retourner l’opinion non pas sur un programme, mais sur une atmosphère. La manipulation des esprits est ainsi parfaite puisqu’elle change la contrainte en adhésion.
- Le complot est total. Il ne s’agit pas de quelques Catilina égarés ou d’un faction cagoulée, mais d’une union de forces conjurées, dont le rassemblement produit la dangerosité. Entre les « désespérés de la gauche » et les « conservateurs d’acquis sociaux », on a brassé un éventail politique suffisamment large.
Ces modes de pensée sont dangereux. Ils sont même particulièrement manipulateurs. En accusant les autres de terrorisme intellectuel, Yves Jégo (et derrière lui l’UMP, faut pas se leurrer, il est piloté) fait lui-même du terrorisme. De violentes cabales dans l’histoire de la République, il y en a eu (citons Pierre Mendès France). Mais à chaque fois, la tentation victimaire n’a jamais été aussi paroxystique que cela. Surtout, elle n’a jamais été paradigmatique, et c’est là la grande nouveauté.
Ce côté paradigmatique, Marcel Gauchet l’a parfaitement analysé. Ce qui caractérise la théorie du complot, c’est de croire que tout s’explique par elle. De simple constatation factuelle ou conjecturale, on l’érige en système, en représentation du monde, et donc en paradigme. A continuer dans cette voie, les prochaines grèves ne seront plus l’expression d’un mouvement social, mais une conspiration pilotée. Le retour à la situation de guerre froide est évident, l’œil de Moscou en moins (mais qui sait si sous peu, les comploteurs ne seront pas nommés ?).
Je perçois aussi une curieuse conviction chez les libéraux, qui est d’ailleurs un trait à mon sens saillant depuis la fin du XIXe : l’éloge du mouvement. Peu importe ce que l’on fait, et comment on le fait, le mouvement vaut mieux que l’immobilité. Il y a une confusion permanente entre le mouvement et le progrès. Forcément, étant persuadés de l’idée d’un progrès perpétuel, on ne peut guère leur donner tort dans leur logique. Mais on en voit les conséquences. Parce que Sarkozy est un président actif, réformateur, c’est un bon président. Peu importe la réforme, qu’elle soit bonne ou mauvaise : puisque c’est une réforme, elle est positive. Or, il me semble que premièrement, aucun président de la République française n’a omis de lancer son pays sur la voie des réformes. Nicolas Sarkozy est logé à la même enseigne que les autres, sauf que sa rapidité, son regard sans concession ni langue de bois sur les maux du pays le rendent plus réformateur que ses prédécesseurs. Ensuite, réformer n’est pas améliorer. Sans entrer dans une logique binaire de la possession/dépossession, sans considérer non plus qu’ôter est diminuer, il faut bien reconnaître que sa vision des choses est extrêmement clivée : contester la réforme, c’est s’y opposer. Et voilà comment la fascisation des esprits se met en place : pas d’opposants, que des ennemis.
Un très beau diplôme ès cochinerie pour Yves Jégo, donc, que je lui envoie cependant par courrier recommandé. Je ne fraie pas avec les malotrus du réel, ni les brigands de la pensée. Dans mon panthéon spirituel, Honnêteté et Rigueur sont des divinités trop olympiennes pour les voir réduites par certains au simple rôle d’adjuvantes de la pensée.
13 février 2008 | La vie de la cité |
Ça commence à phosphorer à l’UMP. La splendide concrétion réalisée par Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, parvenant à rallier à son panache bleu-canard des centristes égarés et renégats, des anciens gaullistes historiques [exceptés ceux qui se disent plus gaullistes que le gaullisme, comme Nicolas Dupont-Aignan], des traîtres à la cause socialiste et des droitiers purs et durs, commence de voler en éclats. On s’était déjà gaussé des tensions au sein de la majorité générées par la politique d’ouverture du néo-président lors de la constitution du gouvernement. Certains porte-flingues à la langue bien pendue tentaient de masquer leur déception derrière un humour jaune : l’ »ouverture jusqu’aux sarkozystes » ! Et puis il y a ceux pour qui la mise en scène de la vie privée du président-people n’a jamais paru avoir une quelconque utilité dans sa fonction présidentielle, comme pour Jean-Louis Debré. Les sondages aidant, les maires investis par l’UMP avaient intimé à Nicolas Sarkozy de ne pas venir les soutenir de manière trop ostentatoire. Un président à l’image écornée, c’est pas glamour. Et, dernière grogne en date, celle des députés UMP à propos du rapport Attali, goutte d’eau qui a fait déborder le vase de la patience et de la discipline. Un député court-circuité par une hyperprésidentialisation, à qui on impose des cadences folles à faire grimper les taux de méningite, pour des résultats peu évidents, cela a de quoi griser.
Mais depuis une semaine, et de manière plus aigüe depuis ce week-end, la machine s’enraye. Je ne reviendrai pas sur l’épisode neuilléen, si ce n’est pour dire qu’avec Arnaud Teullé, on voit bien que les allégeances locales sont en fait distendues et plus du tout tenues par la force de cohésion dont le président-candidat avait su faire montre. En décidant de mener une liste dissidente et d’argumenter son choix autour de la question de la fidélité (rhétorique classique de l’héritage représenté), Arnaud Teullé a engagé une bataille idéologique dont il faudra suivre les passes d’armes pendant la campagne municipale.
Ce soir, je tombe sur un article effarant et révélateur. Marie-Anne Montchamp, députée UMP du Val-de-Marne, invite à « refonder l’UMP ». En substance, il est dit que Sarkozy est allé trop loin, tant dans ses promesses de changement, de rupture, du « tout est possible », que dans son virage à droite. Selon elle, l’UMP risque la dérive fatale d’un parti qui, aveuglé par d’autres modèles, risque de louper l’ancrage à une société et à son histoire politique. On sent une remise en cause de la possibilité de faire coïncider la France avec une droite d’inspiration néo-libérale anglo-saxonne.
Cette sortie est révélatrice de deux choses. D’une part, le fait qu’un député inconnu fasse entendre une voix dissidente montre que la grogne n’est pas seulement limitée à ceux des cénacles qui n’ont eu que les miettes du festin de Job, mais aux chevilles ouvrières de la majorité présidentielle. Autrement dit, si Marie-Anne Montchamp est porte-parole d’un mouvement de contestation des sénateurs et députés « troisièmes couteaux » UMP, ça sent la fronde. D’autre part, la contestation du modèle idéologique choisi par le président offre clairement la possibilité d’une rupture sans précédent pour la droite, entre une droite néo-gaulliste (dont on ne sait pas encore de quoi elle sera constituée) et une droite néo-libérale. Etant donné la fascination du général, il se peut d’ailleurs même que les deux forces soient, peu ou prou, équitables en poids électoral et en élus.
Certes, relativisons. Marie-Anne Montchamp vient d’être suspendue du parti en raison du rififi provoqué à Nogent-sur-Marne, où elle présente une liste dissidente, ce qui peut expliquer une certaine amertume. Mais tout de même. Rappelons que Nicolas Sarkozy a rallié avant tout sur ses qualités d’(hyper)activité, de dynamisme, reconnues par tous. Mais nombreux ont été ceux qui se sont toujours maintenus au bord de la piscine UMP, et qui n’ont trempé que le bout des doigts de pied dans le décrochage idéologique depuis la présidentielle, comme Jean-Luc Moudenc et François Goulard, anciens UDF. Tout un bloc qui peut vite s’effriter et se désagréger.
Il reste à concrétiser cette philippique. Si effectivement cela se produit, alors on assistera à un drôle de bal. D’un côté, une droite bleu pâle qui se recentre en se « regaullisant » ; de l’autre, une gauche qui a compris que son avenir passe par une longue digestion de l’économie de marché et qui doit la rendre compatible avec son projet. Et au centre, une formation qui a fait de ce constat que les clivages sont dépassés et que droite et gauche peuvent se trouver des points communs. Braconnage ou effet tache d’huile pour le MoDem…
En tout cas, même si je crois peu à l’essor de ce cavalier seul dans l’avenir, voilà une intervention qui me laisse l’espoir d’être un jour réconcilié avec la droite. Je n’ai jamais été convaincu de la pertinence de lancer la France sur le modèle anglo-saxon. Les Français, d’une manière ou d’une autre, veulent mêler économie et social. Ils souhaitent autant l’ordre strict que la liberté autant que possible. J’ai toujours trouvé assez pertinente le trait d’esprit d’Edouard Herriot :
« Les Français ont le cœur à gauche et le portefeuille à droite » [Tout comme pour la citation "Ce qui ne tue pas nous rend plus fort", j'ai toujours eu du mal à attribuer un auteur à cette citation. Je me demande si elle ne vient pas en fait d'André Tardieu]
C’est certes caricatural, un peu trop catégorique, mais c’est particulièrement juste sur un point : les Français ne sont pas adeptes des solutions monocolores. Et à ce petit jeu-là, le pari d’un revival gaulliste peut être un coup fourré. Mais reste à trouver le nouveau De Gaulle.
12 février 2008 | La vie de la cité |
A croire que c’est la mode. Après le gouvernement, après les profs d’université, après les enseignants du secondaire, voici qu’on se met à noter les 36 000 maires de France.
Alors, certes, cela ne vient pas de Versailles… pardon, de l’Elysée, on s’y perd ces derniers jours. L’initiative peut même apparaître comme un pied de nez humoristique à cette frénésie de la note, du résultat immédiat, du contrôle permanent de la productivité. Mais c’est tout de même une drôle d’évolution de la démocratie. D’un discours argumenté et raisonné, on se précipite sur une notation muette et fallacieuse (que veut dire un zéro ? que veut dire un cinq ?). Surtout, cela montre le perpétuel confinement du citoyen à son rôle d’électeur, de donneur de voix, de consommateur de la politique, serais-je tenté de dire. Une telle facilité dans l’expression de son point de vue est de plus le meilleur moyen d’agir sur un ressenti, une pulsion non mise en mots et donc jetée sans recul ni élévation. Tout sauf de la politique active, responsable, et citoyenne.
Je suis conscient d’exagérer la portée d’un tel amusement, qui reste au stade de l’humour, ne serait-ce que parce que tous les maires de France sont représentés (je n’ai pas tapé les 36 000 communes, mais en mêlant grandes villes et patelins paumés, le maillage me semble suffisamment serré et significatif), et qu’il n’y a donc pas, a priori, de volonté de mettre sous les feux des électeurs-correcteurs les maires des villes exposées.
En ayant mis une note de 3 (médiane supérieure) à tous, voici ce qu’il en ressort à 20h20 :
- Bertrand Delanoë est un mauvais maire (2,08 de moyenne. Peut mieux faire !)
- Françoise de Panafieu est une cancre (1,64 de moyenne. Au piquet !)
- Gérard Collomb a de très gros efforts à faire (1,88 de moyenne. Au travail !)
- Jean-Luc Moudenc (Toulouse) est un bon maire (3,50 de moyenne. Félicitations !), et Pierre Cohen va devoir souquer ferme pour le détrôner du Capitole (3,00 de moyenne dans la ville périphérique de Ramonville-St-Agne)
- Alain Juppé est un excellent maire (4,29 de moyenne. Bravo !) [C'est vraiment bidonné ces sondages]
- Jean-Claude Gaudin peut envisager sereinement sa réélection à Marseille (3,44 de moyenne)
- Jean-Marc Ayrault est sur un siège éjectable (1,80 de moyenne)
- Patrick Jarry gère Nanterre-la-Rouge d’une main de maître (5 de moyenne) [Eh ben...]
- Nicolas Perruchot (Nouveau Centre), barricade-toi derrière les remparts de Blois ! (1.64 de moyenne)
- Louis-Charles Bary, bien qu’en terrain conquis d’avance, ne fait pas l’unanimité à Neuilly (1,48 de moyenne)
10 février 2008 | La vie de la cité |
Il y a des jours où il ne fait pas bon être parachuté… Martinon l’apprend à ses dépends. D’ici demain, on aura la confirmation que l’UMP le lâche en pleine cambrousse pour soutenir une liste UMP-indépendante (concept génial dans la mesure où la liste dissidente-indépendante va devenir rapidement la liste officielle).
En tout cas, à la lumière du nouveau sondage publié par le JDD d’aujourd’hui, cela nous montre que :
- L’Elysée n’investit pas les maires.
- Personne n’est propriétaire des voix des citoyens français.
- Même dans les fiefs acquis, il peut toujours se passer de grosses surprises.

Les élections municipales restent un enjeu local, et c’est tant mieux. Il n’y a aucun argument rationnel et démocratique à vouloir utiliser son vote municipal pour soutenir ou sanctionner l’action du gouvernement. Si le président veut se rassurer quant à son action politique, il n’a qu’à engager sa responsabilité sur un référendum, seule procédure de démocratie directe et de sondage d’opinion consacrée comme telle dans la Constitution.
C’est en retissant le lien local, en raffermissant l’attachement de l’élu à sa municipalité, de sorte à ce qu’il lui soit dévoué corps et âme, qu’on fait un premier pas vers plus de démocratie. Les Français sont des citoyens, pas des électeurs. Avant d’être des votants, ils sont des habitants, avec leurs problèmes de logement, de propreté, de transports, tous ces petits tracas quotidiens qui font qu’ils veulent avant tout voter sur des programmes, et non pas sur des stratégies d’adoubement ou de placement.
Dans certaines villes ou certains arrondissements, les greffes prennent. Rachida Dati ne semble pas pouvoir être inquiétée ; Marie-Laure Harel (23 ans), en seconde position sur la liste UMP du XVIe arrondissement derrière Claude Goasguen, a été confortablement propulsée au Conseil de Paris. En vertu de quoi ? D’une amitié avec l’ex-first lady qui l’a acoquinée avec le président ; dans le genre piston, on ne fait guère mieux. Bruno Julliard, c’est la même chose : parachuté dans le XIIIe, et même rejeté par les militants socialistes. Et Jean-Marie Cavada peine franchement à s’imposer dans le XIIe. Au Mouvement démocrate, ce n’est guère mieux, parfois. Mais au moins, le siphonnage des élus a eu du bon : personne ne peut soupçonner le Modem de vouloir protéger quiconque, puisqu’il ne part vainqueur nulle part.
Fort heureusement, il y a des élus qui conçoivent un réel attachement à leur ville. Même si je conçois une sympathie pour Pierre Cohen, je reconnais le travail formidable fait par Jean-Luc Moudenc à Toulouse. Après le désastre Douste-Blazy, la quatrième ville de France en avait grand besoin. Mais les noms peuvent se multiplier : Jean Lassalle à Lourdios-Ichère, Jean-Marc Ayrault à Nantes, François Goulard à Vannes…
Vous avez d’autres exemples ?
6 février 2008 | La vie de la cité |
« Si tu reviens, j’annule tout ». Voilà le mystérieux SMS que le président aurait envoyé à Cécilia une semaine avant d’épouser Carla Bruni. Si cela est vrai, avouons que ça a du charme. Des love stories présidentielles, du Hartley, Coeurs à vif en plein Elysée, c’est peu commun pour être souligné.
A-t-on la suite de l’échange de textos ? J’en propose une :
23h09 : « Si tu revi1, janul tt. Ton lapinou »
23h15 : « Tavé K pa te KC ac lotr salope »
23h21 : « Tu C ke jte kif tjs tavu jlui é ofR la mm bag ke twa, on é parti ens a Petra ou on été parti ts lé 2… »
23h26 : « T tro naz franchmen tu mfé pitié dégage mwa g mon mec é voila »
23h31 : « T tro conne sérieu jsui présiden tavu tu par ac lotr ms c tro 1 baltringue ce mec si jle voi jle défonce. Ptin si tu revi1 pa jbalance t tof a poil sur le net jtoré prévenu »
6 février 2008 | La vie de la cité |
Aux longs discours sur un blog qui commence, je préfère débuter tout de suite par un article. J’en profite toutefois pour souhaiter, je l’espère, une heureuse réussite à ce blog. Comme vous pouvez le voir, j’ai créé une page pour me présenter un peu et poser les jalons de ce blog. En espérant que mes attentes puissent se concrétiser ;-)
Aujourd’hui, je suis tombé sur un article absolument sidérant. Le député de la 4e circonscription de la Marne, Benoist Apparu, dont je me rends d’ailleurs compte à l’instant qu’il est malheureusement né à Toulouse, a décidé de se lancer dans une étrange séance de sadomasochisme parlementaire. Dans une tribune publiée sur Rue89, Benoist Apparu s’adonne au sport favori des députés de la majorité : donner des leçons de morale aux Français.
Docteur Apparu diagnostique donc le « mal français » : nous serions d’affreux conservateurs accrochés à notre morceau de viande, nos vieux chiffons, rétifs au changement comme des mules bornées. Pire, nous serions coupables du crime de « la paille dans l’oeil du voisin » : nous crierions au scandale des privilèges d’autrui sans trouver anormal le fait que nous-mêmes possédions des privilèges.
Je passe sur les malhonnêtetés intellectuelles si prégnantes dans la rhétorique sarkozyste : les 53% de Sarko sont la preuve que les Français attendaient le courage de Sarkozy (sic !), l’élection de Sarkozy serait une « formidable attente » (re-sic !).
Le plus horripilant sans doute, c’est encore une fois de présenter les Français comme d’irréductibles têtes de pioche. Nous voudrions le changement, mais surtout sans les désagréments. Se fiche-t-on de nous ? Un député de la majorité, grassement payé, bénéficiant d’avantages inespérés de tout Français, ose parler de privilèges et d’avantages ? Devant tant de mauvaise foi, donc, je me suis résolu à poster un petit commentaire sur Rue89, fort identique aux autres d’ailleurs. Une centaine de coups de fouet pour un tirailleur parlementaire envoyé en première ligne, cela me semble un bon châtiment, autant physique que pour l’amour-propre.
On parle de Français comme d’un bloc bien monolithique… d’ailleurs, les députés ne sont-ils pas Français aussi ?
Le sont-ils ? Oui ? Alors pourquoi ne sont-ils pas les premiers à accepter de réformer leurs énormes privilèges ? Non, il est toujours plus facile de donner des leçons, de mettre au ban les Français comme une masse de feignasses ou de fonctionnaires (rayez la mention inutile), de leur demander efforts et sacrifices, pendant qu’au Palais Bourbon, sorte de bunker d’ivoire des temps modernes, on fait cracher le Trésor public.
Retraites dorées, avantages fiscaux, fonds de rétribution des collaborateurs parlementaires inutilisés non reversés mais conservés dans sa poche ou dans celle du groupe parlementaire…
Il me semble qu’un chef d’armée ne donne pas bêtement ordres et conseils mais est le premier à exécuter les ordres qu’il donne, avec exemplarité. On gouverne pour les Français comme on se bat pour ses hommes. Le sacrifice, le sacerdoce, c’est à l’Assemblée Nationale qu’on le trouve. Et quand soi-même on sera résolu à marcher avec les Français et à se retrousser soi-même les manches, alors on se sentira moralement en droit de donner conseils et avis.
Je ne me sacrifierai pas à des gens qui ne me représentent pas. Et pourtant, Dieu sait que ce pays a besoin de réformes.
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