17 mars 2008 | La vie de la cité |
Bayrou ? Non. Un perdant est quelqu’un dont on attendait autre chose, qui lui même attendait beaucoup, et qui en un tournemain vient de voir brisées ses illusions.
Pour moi, Bertrand Delanoë est sans conteste le grand perdant de ce second tour. Certes, il est confortablement réélu à la mairie de Paris. Mais l’Hôtel de Ville sera son tombeau. Lui qui briguait la direction du PS et voulait s’affirmer comme un candidat potentiel sérieux pour les présidentielles de 2012 vient de commettre deux sérieux impairs.
En siphonnant les Verts parisiens, il a considérablement affaibli un réservoir de voix précieux. Les Verts parisiens, archétype répulsif pour tout parti politique, vont désormais vivre sous perfusion. Avec 82 sièges de conseillers de Paris pour le seul PS, l’alliance est désormais facultative. Naturellement, personne n’envisage de lâcher les écolos en pleine cambrousse dans les prochains jours. Mais enfin, les Verts sont politiquement dans une situation instable : alliés idéologiques de la gauche parisienne, mais contrainte à tout ratifier en applaudissant des deux mains sous peine de se voir infliger une lex de maiestate, la même loi qui sous l’empire condamnait à mort (de manière souvent fort arbitraire) quiconque aurait « attenté à la majesté du peuple romain ».
En refusant l’alliance avec le MoDem, Delanoë a perdu le 15e arrondissement, l’un des symboles de Paris en tant que bastion de droite et plus grand arrondissement tant en termes de population que de pondération en sièges au Conseil de Paris. Il a surtout teinté sa victoire d’un gros point noir : la réélection de Tibéri dans le 5e. Sans le maintien de Philippe Meyer, Tibéri eût trépassé. Les quelques 3 000 procurations favorables à sa candidature n’auraient pas suffi (plutôt que de faire voter les morts, il a cette fois fait voter les mourants…). Nul doute que dans les prochains jours, il rejettera la faute sur Philippe Meyer, qui aurait dû se retirer, ou sur le MoDem, qui a empêché toute alliance avec Delanoë. Bouh, le vilain MoDem, il était tellement pas beau qu’il a répulsé la gauche parisienne qui voulait à tout prix une alliance…
Le grand rassemblement sera impossible, il ne pourra pas s’en prévaloir, et laisse à Ségolène Royal un boulevard pour rassembler la gauche progressiste des Verts aux démocrates. Elle, a toujours clamé qu’une alliance avec le centre était obligatoire. Entre les atermoiements des éléphants du PS dans leur magasin de porcelaine rose, et ceux qui scient la branche sur laquelle reposent leurs ambitions, Ségolène Royal a tout l’espace et le temps qu’elle veut pour construire le centre-gauche.
Avec des militants et des électeurs du MoDem ? Ce serait vraiment curieux qu’ils n’y songent pas, non ?
16 mars 2008 | La vie de la cité, MoDem |
Contrairement aux électeurs du 3e, du 11e, du 16e, et du 19e, je vote aujourd’hui (14e). Comme les électeurs du 5e, du 7e, et du 8e, l’offre qui m’est proposée aujourd’hui est triple. D’où une certaine incertitude (il déchire, l’oxymore) sur l’expression de mon suffrage.
J’ai le choix entre trois candidats.
- Pierre Castagnou, maire sortant du 14e. Il a, il faut l’avouer, un bilan très honorable, surtout en ce qui concerne le logement (le 14e peut s’enorgueillir de respecter largement la loi SRU). De plus, mon cœur penche clairement pour Bertrand Delanoë, bien que j’avoue abhorrer sa personnalité, hautaine, suffisante, méprisante, arrogante, et j’en passe. Son idée pour Paris correspond à l’idée que je m’en fais, j’applaudis ses initiatives spectaculaires, car c’est cela qui construit une image et un patrimoine à Paris. En revanche, j’ai toujours été déçu par le côté anti-braudélien de sa démarche : faire du visible, du spectaculaire, du touristique, plutôt que de se plonger dans les profondeurs de Paris, le Paris du quotidien, des petits commerces, le Paris… des Parisiens, quoi. Paris ne doit pas devenir un musée, et c’est ma grosse objection aux socialistes parisiens. Seconde objection, plus minime : l’alliance avec les Verts, conglomérat de gens totalement déconnectés des réalités, vivant dans leur monde (la faute au narguilé ?) de chimères politiques du no-voiture, du no-pollution, etc. Résultat : le 14e est un vrai labyrinthe, dû à un espèce de jeu malin sur les sens interdits. Et partant, des transferts de circulation sur certains axes qui créent des bouchons et des nuisances. Le dogme du Paris sans voitures est une aberration dans laquelle les Verts se sont enfermés depuis 2001, et je suis réticent à laisser Paris être gérée par une poignée de gens qui veulent faire mon bonheur à ma place : s’il s’agit de me faire manger à mes futurs enfants de la nourriture bio dans leur cantine pour qu’ils meurent en bonne santé, écrasés par une voiture qui ne se serait jamais retrouvée là n’eût été cette gestion catastrophique de la circulation, je n’en vois pas la peine. Enfin, sur un plan purement politique, Castagnou, bien qu’il ressemble fortement à Alain Duhamel, pro-centriste sympathique, est un fabiusien, soit aux eschatai de mon horizon politique.
- Marie-Claire Carrère-Gée, candidate UMP, fidèle chiraquienne. J’ai idéologiquement beaucoup de mal avec la droite parisienne. Et le programme de François de Panafieu ne m’a très majoritairement pas convaincu.
- Marielle de Sarnez, candidate du Mouvement Démocrate. Ce fut mon choix du premier tour. Je me serais empressé de rempiler n’eût été une indécision de dernière minute. Oui, le pluralisme est une bonne chose, et il faut des élus qui sachent parler en conscience et non pas sous l’empire aveugle du dogme. Oui, voter MoDem serait un acte de contestation vis à vis des deux autres partis qui, tant qu’ils n’en avaient pas besoin, dénigraient le MoDem, et qui, dès que le besoin s’en faisait sentir, lui faisaient les yeux doux. Le MoDem n’est pas une pute, et ce réflexe identitaire est pour moi un bon argument. Mais enfin, j’hésite : un ou aucun élu, n’est-ce pas la même chose ? A quoi sert le pluralisme quand il n’offre que la satisfaction d’une représentation un peu plus colorée au Conseil de Paris ? Avec un seul élu, on n’a aucune chance de faire entendre sa voix, et de nuancer les projets issus de la majorité légitime avec un peu d’orange pastel. Le pluralisme doit servir à faire passer ses idées, pas à offrir un poste à ses élus.
D’où une certaine circonspection. Je souhaitais vivement une alliance avec la gauche parisienne, mais les résultats du scrutin ont fait tourner casaque à Delanoë (bouh, le méchant). N’eûssent été ce score confortable de la gauche, ce score inespéré des Verts, et ce score plus faible que prévu de Marielle de Sarnez, les choses eussent été différentes. Pris entre la fermeté dans mes principes et mes convictions, et l’acceptation paisible de la défaite, qui pousse à ne pas s’entêter inutilement et à féliciter le vainqueur, j’oscille.
10 mars 2008 | La vie de la cité |
Trois informations qui me frappent depuis ce matin :
- La pute. Cavada ne veut pas « faire la pute ». Rassurez-vous, ce n’est pas une étourderie de plus en confondant le bois de Vincennes et le bois de Boulogne. Mais le traître du XIIe, échaudé par son gadin d’hier (24%), veut ratisser large. Puis-je exhorter le MoDem à voter pour moi ? Cruel dilemme. Alors, entre le cruel besoin de voix et la fierté égotique, on se balance le cul entre deux chaises. Cavada ne fait pas la pute, donc, mais il a chaussé les bas-résilles…
- Le proxénète. Patrick Devdjian veut clairement mettre le MoDem au tapin. En échange d’un soutien de l’UMP à Bayrou, celui-ci doit s’engager à apporter son soutien aux listes de droite en difficulté : Paris ? Saint-Etienne ? Blois ? Metz ? Marseille ? Toulouse ? Ségolène Royal, quant à elle, veut des alliances « partout avec le MoDem » : en échange de quoi ? De que dalle, quelques conseillers tout au plus. Et pour prendre le contrepied de la Marianne du Poitou, Delanoë rejette la garce syphilitique dans le caniveau : il les préfère écolo, et surtout il déteste celles qui lui résistent ou qui jouent les saintes-nitouches.
- Le démocrate. Christian Estrosi a annoncé qu’il démissionnera de son poste ministériel s’il est élu. Et, peu avant, Devedjian a souhaité que les maires candidats aux grandes villes s’y consacrent pleinement.
Ca devient un peu une farce, les lendemains d’élection… Heureusement que dans le carnaval des pitreries, on a quelques jolies danses. Je remercie Estrosi.
EDIT : Fillon s’y met aussi. Comme dit Sauvadet, à force de faire la danse du ventre, ils vont peut-être pouvoir monter un spectacle de danse orientale… Avec Carla Bruni au oud (guitare arabe) ?
10 mars 2008 | Internet, La vie de la cité |
Me voilà revenu de la soirée liveblogging d’iPol. Puisque j’avais fait défaut à la dernière République des Blogs, je me suis rattrapé ce soir. J’ai donc rencontré, à ma table (que je n’ai guère quittée, d’ailleurs) :
- Authueil (en retard)
- Jules, de Diner’s Room
- Dagrouik, d’Intox2007
- Julien Tolédano
- Michaelski (qui fait des dessins excellents)
Ambiance très sympathique et relâchée, organisation impeccable d’iPol, vin versatile (je lui ai tantôt trouvé un goût d’huître, tantôt un goût de vin), jus de pomme nickel…
Les résultats, en revanche, m’étonnent. Malgré le passage délicat négocié par la majorité en ce moment, ils se maintiennent. Le raz-de-marée socialiste est tout au plus une vaguelette, même si Panafieu et Perben ont pris une dérouillée, et qu’à Toulouse et Marseille, ce sera difficile. Abasourdi de voir les communistes se maintenir dans leurs fiefs historiques. Et surtout, surpris par les résultats du MoDem, qui, s’il se maintient dans certaines villes (Biarritz, Mont de Marsan, Saint-Brieuc, Arras, Epinay-sur-Seine, Montigny-le-Bretonneux, etc), prend deux gadins à Toulouse (moins de 6%, contre 10 annoncés) et surtout à Paris (9% contre 11).
A Paris, Delanoë peut même se payer le luxe de refuser le partenariat proposé par Marielle de Sarnez et clamé par Delanoë.
Et c’est là où je suis ce soir le plus triste. En tant que citoyen. Triste de voir que la politique 2.0, la politique de demain, elle n’est pas encore là. Quand le MoDem parisien était prédit comme l’arbitre des municipales, Delanoë et Panafieu lui faisaient les yeux de Chimène : Panaf parce qu’elle était en retard, Delanoë pour conforter une majorité. Et maintenant que les résultats sont tombés, les belles paroles de Delanoë font pschitt. Encore une fois, le rassemblement, le partenariat, le projet, sont autant d’objets de marketing politique. On vend du partenariat à la louche. On vend de la modération avec un sourire Colgate et une sincérité « Vue à la télé ». On aura pour se consoler la sortie de Ségolène Royal, candidate à rien mais consultante sur tout, qui appelle à une alliance avec le MoDem partout où c’est possible. On ne peut que louer son empressement à ménager les démocrates.
Outré par les réélections des escrocs des Hauts-de-Seine : Aeschlimann, Santini, Balkany, et consorts. Ce ne sont plus des casseroles qu’ils traînent, mais des batteries de cuisine. A croire que ça plaît.
Amusé par le zappage total des cantonales, exceptés quelques entrefilets défilant à toute vitesse en bas de l’écran sur quelques chaînes.
Je rentre chez moi à minuit et je me console en mangeant une mandarine, puisque j’ai raté les sushis de Gilles Misrahi.
9 mars 2008 | Internet, La vie de la cité |
Dans cet article, je pointe les quelques contributions publiées sur la plateforme participative de ce soir :
20H03 : Morne participation
21H08 : Arras, l’arbre qui cache la forêt pour le MoDem ?
22H08 : Incongruité rouge et grise mine orange
23H35 : Déception
9 mars 2008 | Internet, La vie de la cité |
Voilà, je suis bien installé à La Cantine pour la soirée organisée par iPol. Toute la soirée, je vais m’occuper de Toulouse et de Paris 14, entre autres. Analyses, infos, tendances, tout ça ce soir. Malheureusement, TLT me fera défaut, mais je m’y attendais.
D’autres articles en perspective sur d’autres sujets.
Rendez-vous ici.
9 mars 2008 | La vie de la cité |
J’avais déjà évoqué le sujet ici. La droite décomplexée version Sarkozy produisait déjà des tensions au sein de la majorité. Et si l’épisode des présidentielles avait permis par sa nature même de produire du rassemblement, on méconnaissait alors son taux d’artificialité. A mesure que le président chute dans les sondages, et continue de bousculer les pratiques traditionnelles de la droite gaulliste et modérée, la ligne de clivage interne à la droite se matérialise de plus en plus.
Dans un entretien publié par le quotidien régional breton Ouset-France, l’ancien ministre délégué à la Recherche et député-maire de Vannes, François Goulard, envisage la création d’un groupe parlementaire.
Il est évident que dans quelques mois, de plus en plus de voix vont être critiques. Il sera alors temps de mettre en place quelque chose autour de moi. Que ce soit un courant, un regroupement ou un groupe parlementaire.
Ca, c’est clairement une fronde. Non pas que le groupe parlementaire, s’il se constitue, entrera dans l’opposition et retranchera à la majorité présidentielle autant de voix qu’il comportera de membres, mais le message qu’il véhiculera sera clair : « On vous attend au tournant ». Et, au final, quand on fait le calcul des sarkozystes par conviction et des sarkozystes par tradition, le rapport de forces peut se révéler déséquilibré : les purs et durs sont soit au gouvernement, soit en porte-flingues, mais les députés UMP qui n’ont pas d’envergure nationale sont sans doute plus labiles…
D’un autre côté, je n’arrive pas à ne pas me dire qu’il y a un côté bravache là-dedans. Ca devient un effet de mode de mettre en garde Sarkozy sur tous les tons : que ce soit Debré (le Président du Conseil Constitutionnel), Goulard lors de l’amendement Mariani sur les tests ADN (rappelons qu’il était le seul député UMP à participer au happening du Zénith), Villepin, ou récemment le revenant Léotard, tous y vont de leur pique, de leur hésitation, ou de leur diatribe. Et pourtant, j’ai peine à croire qu’aujourd’hui, une scission puisse se réaliser. Qu’est-ce qui maintient le bloc soudé ? Souci du devoir ? Camaraderie ? Front dissident encore peu puissant ? J’avoue que je n’arrive pas à avoir d’avis précis. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que les antisarko du moment sont peu charismatiques (Goulard), soit trop vieux (Debré et Léotard), soit grillés (Villepin). Aucun leader potentiel. Sauf peut-être si Borloo s’y met, en opérant une fusion des valoisiens et des gaullistes traditionnels.
EDIT : Après réflexion, les choses peuvent être plus complexes. Pierre Méhaignerie veut faire basculer l’électorat breton et ligérien définitivement dans le camp de l’UMP, et pour cela préconise la création d’un CSU breton, branche régionale de l’UMP. Une manière de dire que l’UMP est capable d’intégrer une composante centriste comme pleinement constitutive de son identité. Et Goulard pourrait s’y joindre : car entre être isolé et opposant, rejoindre le MoDem, ou cette solution, je miserais bien la totalité de mon maigre compte en banque…
8 mars 2008 | Internet, La vie de la cité |
Rue89 a fait une petite investigation sur la netcampagne des municipales. Gros flop. Douze commentaires depuis le 1er janvier sur le site de Delanoë… La faute à une modération des commentaires a priori. J’avais déjà fait les frais de cette incohérence totale. Le blog de candidat, par essence participatif et libre (sous certaines conditions de tenue), devient un moyen de com’ à l’ancienne, où le débat est refusé au profit de louanges militantes stériles et, j’en suis convaincu, répulsives pour les électeurs-citoyens. Sans commentaires critiques (on peut être critique et juste, en désaccord sans verser dans l’attaque ad hominem), le blog devient suspect et douteux, et donc forcément, cela dessert une campagne.
J’ai l’impression que les hommes politiques n’ont pas intégré cette révolution de la communication politique qui va être de plus en plus nécessaire dans les années à venir à mesure que les médias libres se développent et que les nouvelles technologies permettent l’essor des « médias citoyens » : ne plus masquer le négatif, mais l’intégrer à sa communication personnelle. Car le buzz à son encontre crée du débat. En voulant apparaître clean, ils apparaissent en fait faux et peu crédibles, et en retour, un couac de com’ par défaut de maîtrise de la fuite prend des proportions disproportionnées (pardonnez l’oxymore redondante, double combo).
En même temps, je me demande si un regard neuf des citoyens sur les attentes vis-à-vis de leurs représentants ne doit pas être aussi nécessaire. A trop vouloir en faire des surhommes, émanations éthérées, quasi christiques, de la République, on déchante vite. Je crois intimement que les hommes politiques sont le miroir de soi…
PS : André Gunthert (vive l’EHESS), via Versac
6 mars 2008 | La vie de la cité |
J’avais depuis longtemps envie de faire un petit article sur les municipales dans ma chère ville de Toulouse…
Toulouse, la grande muette des municipales ? A tout le moins, c’est la ville du quatuor de tête des grandes villes de France qui déchaîne le moins le suspense et l’attention des médias. Et pourtant, Toulouse est l’un des enjeux de ces municipales : enjeu municipal, certes, mais enjeu national aussi.
Basculement à gauche ?
La ville est au cœur d’une configuration historique originale. La région est traditionnellement à gauche depuis la IIIe République, tandis que la ville est restée un bastion de droite – certes modérée – : depuis 1971, les maires de Toulouse en sont issus, depuis Pierre Baudis jusqu’à Jean-Luc Moudenc. Or, depuis les dernières législatives, l’isolement de la ville dans la région s’est renforcé : pour la première fois, la gauche a remporté toutes les circonscriptions de la ville, y compris la première, traditionnellement de droite, où une socialiste inconnue, Catherine Lemorton, a battu le maire sortant. La droite ne tient plus que le conseil municipal et le conseil d’agglomération, depuis le raz-de-marée socialiste aux régionales de 2004. Dans l’agglomération toulousaine, les présidentielles ont radicalisé la poussée socialiste : 57,6% des suffrages pour Ségolène Royal à Toulouse, et la totalité des villes environnantes ont plébiscité la candidate socialiste, hormis trois villes de l’est toulousain (Balma, L’Union, Quint-Fonsegrives). Seules trois municipalités de la proche banlieue restent aujourd’hui UMP et apparentés, et une divers droite
L’enjeu pour la gauche est important. Alors que le Parti socialiste sollicite un raz-de-marée dans les grandes villes de France, la gauche entend bien faire basculer la Ville Rose dans le camp de la rose, et retrouver l’ère des maires SFIO d’antan qui peuplent les rues de la Côte Pavée, quartier résidentiel chic de l’est de la ville (Jean Rieux, Raymond Leygues, Jules Julien, ou Raymond Badiou), elle qui, déjà, en 2001, avait réussi à suscité l’engouement des Toulousains avec la liste festive et joyeuse des Motivé-e-s, qui avaient contraint Philippe Douste-Blazy à un deuxième tour (12,49% des voix au premier tour).
Des inconnus devant les électeurs
Et pourtant, l’impression qui se dégage est que la campagne municipale toulousaine peine à trouver un écho national. Les enjeux sont certes nationalisés, mais les candidats ne le sont guère. « On se retrouve dans une situation où ce sont deux inconnus sur le plan national qui se présentent face aux électeurs », confie Stéphane Iglésis, correspondant de France Inter à Toulouse. En effet, le maire actuel, Jean-Luc Moudenc, a pris la succession de Philippe Douste-Blazy, élu en 2001, à la faveur de la nomination de ce dernier au Ministère de la Santé en mars 2004. Son challenger ne l’est pas moins : maire de Ramonville, dans la banlieue sud de Toulouse, et député de la troisième circonscription de Haute-Garonne (celle d’où est originaire Jean-Luc Moudenc), le socialiste Pierre Cohen brigue le Capitole sans être une personnalité locale notable. Le candidat du MoDem, déjà candidat aux législatives, Jean-Luc Forget, maintient ce principe de non-notoriété des candidats.
Signe peut-être de cette insuffisance notabiliaire, les candidats ont fait appel – modérément – à des personnalités locales. Pierre Cohen a obtenu le soutien de Magyd Cherfi, chanteur du groupe Zebda, qui soutenait en 2001 les Motivé-e-s ; Myriam Martin, candidate LCR, a elle obtenu le ralliement de l’Objet politique non identifié Motivé-e-s (tel qu’ils se définissent eux-mêmes) ; Jean-Luc Moudenc a sans aucun doute frappé fort en inscrivant sur sa liste l’ancien international et capitaine tricolore et figure populaire du rugby toulousain Fabien Pelous, et en recevant le soutien officiel de Dominique Baudis, jamais oublié à Toulouse. Pour autant, les candidats font un effort manifeste pour maintenir le caractère municipal de l’élection, et chacun prend soin de préférer à la présence de célébrités la démocratie participative et le rassemblement : Pierre Cohen a réussi l’union de la gauche pour la première fois, en faisant liste commune avec le PC, les Verts et les radicaux (à l’exception notable de la candidature autonome de François Simon, rassemblant des Verts, des altermondialistes et des occitanistes), tandis que Jean-Luc Moudenc présente une liste d’ouverture avec seulement 22 membres déclarés de l’UMP sur 69 places, des Verts, des démocrates du MoDem, et divers centristes. Jean-Luc Forget, candidat MoDem, a privilégié une approche participative en faisant exclusivement appel à des membres de la société civile.
La situation semble pour le moins paradoxale : quatrième ville de France, Toulouse brille par son absence de « célébrités ». Sans doute est-ce là la particularité d’une ville qui est à la conjonction de la grande ville urbaine moderne et de la ville encore provinciale. « Elle se voit « européenne » et à la pointe du progrès, mais elle se sait provinciale et paysanne, confie Christian Authier, écrivain toulousain. Sa situation géographique, entre Marseille et Bordeaux, en dit beaucoup. Elle possède le côté canaille et hâbleur de l’une, celui froid et distant de l’autre ».
Des municipales à enjeux ?
On peut craindre en effet que cette absence de notabilité chez les candidats à l’édilité puisse nuire au développement de la ville. A Pau, François Bayrou a rappelé cette donnée souvent fondamentale : un maire qui « pèse » est un atout pour la ville. « On peut avoir une légitime interrogation sur la représentativité de la ville de Toulouse et sur le poids dans les négociations qui vont se mener avec le gouvernement », rappelle Stéphane Iglésis.
Toulouse est une ville qui change. Sa sociologie urbaine s’est énormément modifiée depuis vingt ans. Majoritairement diplômée (20,1% de bac+3), disposant d’un revenu proche de la moyenne nationale (15 430€ annuels contre 16 609 pour la moyenne nationale), peu de ménages logeant en HLM (14,4% contre 16% pour la moyenne nationale), deuxième ville étudiante de France, solde migratoire positif, de l’ordre de 20 000 habitants par an, Toulouse se développe à moyenne vitesse. Témoins les trois grand-œuvres de la municipalité sortante : la construction d’une seconde ligne de métro, inauguré en juin dernier, la grande médiathèque José Cabanis, inaugurée en 2004, et le début de la construction d’un Cancéropôle sur le site de l’ancienne usine AZF, soufflée par une explosion en septembre 2001.
Les récents déboires d’Airbus, fierté économique de Toulouse, laisse planer des inquiétudes, déjà évoquées lors des présidentielles. Pôle de recherche scientifique, Toulouse compte bien se développer dans le grand Sud-Ouest, et pour cela a besoin de l’appui du gouvernement, qui avait déjà concrétisé le projet de recherche médicale avec le Cancéropôle. La question des transports est aussi au cœur de ces municipales : comme Paris et Lyon, Toulouse a cédé à l’engouement de la « vélorution », en proposant aux habitants des Velô en libre-service. A l’été 2007, l’inauguration de la seconde ligne de métro, désenclavant l’isolement de l’axe nord-sud de la ville, a permis d’opérer un profond remaniement de la circulation du centre-ville : la grande artère du centre-ville, la rue d’Alsace-Lorraine, a été totalement fermée aux voitures et aux bus, et transformée en une espèce de Luna Park à la toulousaine, coloré et piéton, tandis qu’un projet de piétonisation du centre-ville est en cours d’achèvement.
Stratégies de campagne
Ici, plus qu’ailleurs, les élections se gagnent au centre. Jean-Luc Moudenc l’a compris, en prenant officiellement ses distances avec l’UMP et en se déclarant « centriste ». François Bayrou a réalisé près de 20% aux présidentielles, et Jean-Luc Forget, candidat aux législatives, plus de 10% dans la ville. Pourtant, la sociologie politique de la ville semble profiter à la gauche. Comme le rappelle Xavier Ternisien, journaliste au Monde et Éric Darras, maître de conférences à l’IEP de Toulouse, le centre-ville est fortement étudiant, les classes moyennes et les notables, qui constituaient la majeure partie de l’électorat centriste, ont quitté le centre pour la périphérie. Au centre de ces élections, le MoDem pourrait bien jouer en faveur de Jean-Luc Moudenc, tant la droite a bénéficié d’un rapport de voix généreux aux présidentielles et aux législatives. Pour l’instant, Jean-Luc se refuse à donner une quelconque indication pour le second tour. Mais une éventuelle alliance PS-MoDem à Toulouse peut sembler compromise : Pierre Cohen dispose d’un réservoir de voix à gauche qui, au soir du premier tour, pourrait se révéler suffisant avec la liste de François Simon et la liste LCR-Motivé-e-s.
Aujourd’hui, Pierre Cohen est donné vainqueur dans tous les sondages, avec environ 53% des voix dans un sondage BVA pour la Dépêche du Midi publié le 5 mars.
Plus que jamais, Toulouse est une ville qui change. « Aujourd’hui, tes buildings grimpent haut, à Blagnac, tes avions ronflent gros », chantait en 1967 le poète toulousain Claude Nougaro. Quel candidat saura impulser le mouvement pour la ville ? Réponse le 9 mars. En attendant, le suspense demeure.
4 mars 2008 | La vie de la cité |
Plutôt que de faire des édit invisibles, je crée un nouveau billet.
. L’épidictique flaubertienne : toute l’histoire du « pauv’ con » résumée en deux mots par le cultivé et lettré Xavier Darcos (à lire sur le blog de Christophe Barbier). On a extrait un fait de son contexte, pour l’exposer de manière orientée. Tout ce que j’ai tenté d’expliquer ici. Mais avec plus de style et d’élégance [édit : de la part du Ministre, cela va sans dire].
. Si tu avances quand je recule… : François Fillon a parlé : pas de remaniement après les municipales, foulant ainsi aux pieds la gloire future de mon billet d’hier. Je crois qu’il y a en secret des petites oreilles qui lisent mon blog, se sont aperçues de la justesse et de l’acuité de mes prévisions astro-électorales, ont pris peur et ombrage, provoquant une reculade primoministérielle ce matin. On a comploté contre moi, je vous le dis [je suis exclu de tout concours de cochinerie...]
. Bon alors, ce remaniement ? : là où l’on entend « ding ! », on entend « dong ! » ailleurs. Pas de remaniement pour Fillon, mais Claude Allègre pose ses conditions, cependant que Martin Hirsch n’exclut pas de démissionner si on ne lui donne pas ses trois milliards. Posture bravache ou tapage de poing sur la table ? On verra. Toujours est-il que je me demande comment le gouvernement va résoudre cet insoluble problème de linguistique politique : comment nommer le processus qui consiste à remplacer des ministres démissionnaires par des ministres nouveaux, des ministres mauvais par des bons ministres, rafraîchissant et renouvelant du même coup le visage du gouvernement, sans que cela s’appelle « remaniement » ? Personnellement, je préconise la nomination d’une commission chargée de résoudre cet épineux problème.