Etre ministre, ça a aussi des contraintes

15 septembre 2009 | La vie de la cité, Médias | 2 Réponses

La polémique Hortefeux en finit guère de désenfler. Ministres, parlementaires, conseillers spéciaux, tous les appuis sont bons pour sortir Brice du pétrin. Aujourd’hui, c’est Henri Guaino, le mépris réactionnaire fait homme, qui lance chez David Abiker cette tirade tragique :

Ce n’est pas pareil de prendre la parole quand on est un homme politique, un responsable, pour affirmer quelque chose que l’on assume et de prendre la parole dans un cadre intime, amical, informel

Ah, donc les universités d’été de l’UMP sont un moment intime, amical et informel de la vie du parti majoritaire et du gouvernement (on a beau dire que le gouvernement est censé être au-dessus des partis et œuvrer pour le bien de tous les Français, vous avez quand même compris qu’il y a quand même 53% de Français qui sont plus égaux que les autres). Mais où les caméras sont admises dès qu’il s’agit de tacler le PS et le MoDem ou de glorifier l’ouverture (2007) , l’union (2008) et la solidification (2009) de l’UMP.

Quand le soir, Guaino accroche sa mauvaise foi avec son manteau à la patère, il jette un rire sardonique et crache devant son miroir :

Non mais quelle bande de cons. Ils n’ont pas encore compris que, symboliquement, un ministre reste ministre tant qu’il ne rentre pas chez lui, et que toute activité publique, exercée en tant que ministre, ou homme de parti, est publique et partant peut être portée à son crédit ou débit ?

Eh oui, c’est la contrepartie de la notion de notoriété. Elle se travaille, elle s’entretient. L’homme public est plus public que privé. Et s’il accepte volontiers tous les avantages de la vie d’homme public, ce serait fort de café qu’il n’en accepte pas les maigres inconvénients.

Hortefeux-Adjani : même combat.

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L’alliance en politique n’existe pas

8 septembre 2009 | La vie de la cité | 4 Réponses

Quelle cacophonie depuis ces universités de rentrée ! Le PS, à l’agonie depuis les européennes, est obligé de s’activer à rechercher des alliances : ce vieux parti sclérosé qui a inventé le concept d’arthrose politique sait que toutes les forces convergent pour maintenir au chaud la gamelle. Les Verts, dopés par leur excellent score aux européennes, veulent poursuivre sur leur lancée et ont pris la place du MoDem de juin 2007, celui de la jeune fille courtisée. Quant au MoDem, il encaisse encore et toujours les hécatombes, mais semble indéformable tant les sollicitations pleuvent de part et d’autres. Et l’UMP ? Fidèle à son catéchisme de l’union, il maintient sous assistance respiratoire le Nouveau Centre et se met en tête de faire la drague aux Verts, qui lui ont posé un lapin courtois mais franc.

A six mois des régionales, voilà que la tectonique des plaques politiques se remet en mouvement. Qui s’alliera avec qui ? Ce n’est pas comme ça qu’il faut poser la question. Qui obtiendra le ralliement de qui ? Voilà une question plus pertinente : les alliances n’existent pas en politique.

Quand Napoléon fricotait avec les Russes pour vaincre les Anglais et les Autrichiens, il négociait sur la base d’un projet ouvert à l’alliance : un ennemi commun. Quand De Gaulle négociait avec les Américains, il n’entendait pas jouer les supplétifs, mais bien un partenaire à part entière et de dimension égale. Le principe même d’une alliance, c’est un pacte consenti par deux parties qui réunissent leurs forces en vue d’un objectif commun. Elles apportent ce qu’elles ont, et se partageront les fruits du résultat. D’égales à égales.

Ce week-end, Bayrou a proposé aux socialistes une « Offre Publique de Dialogue ». Qui ne voit pas la roublardise dans la formulation ? Offre de dialogue, certes, comme il l’a toujours clamé depuis plus de deux ans. Mais la formule est pastichée de l’OPA, qui traduit dans le monde des entreprises des sentiments beaucoup moins cordiaux que ceux du dialogue…

Et les socialistes ? Si inquiets de voir leur identité se modifier d’un pouillème, si terrorisés à l’idée de voir le pré carré du socialisme bon teint empiété par des immigrés politiques, ils en sont rendus à exécuter une politique d’immigration aussi sévère que celle qu’ils critiquent chez Eric Besson. Martine Aubry, Ministre de l’Immigration et de l’Identité Socialiste, et son chef de cabinet Benoît Hamon, exigent, avant toute alliance, un brevet de socialisme avec mention, une profession de foi de gauche et une confirmation dans les urnes. Si les centristes acceptent de devenir de gauche, alors ils auront droit de cité ; sinon, ce sera la reconduite à la frontière politique, avec le cynisme condescendant de ceux qui pensent que le centrisme est une mer Méditerranée sur laquelle les naufragés sur leur frêle esquif dérivent sur les courants jusqu’à épuisement.

Bayrou a eu raison de remettre Martine Aubry à sa place en lui indiquant qu’elle n’était « pas chargée de contrôler les papiers, de vouloir faire rentrer tout le monde dans le rang ». Car ce que proposent les socialistes, ce n’est pas une alliance, c’est un ralliement à la bannière de Jaurès. Imaginez Napoléon exigeant des Russes qu’ils se battent sous des uniformes français et commandés par des généraux français. Quel interlocuteur, hormis celui à l’agonie et n’ayant plus de fierté, accepterait pareil challenge ?

Il n’y a qu’une réponse à cela : le Nouveau Centre. Dès mai 2007, celui-ci a fait le choix de l’assimilation, de la soupière. Docilement, ceux qui avaient clamé haut et fort pendant la campagne présidentielle qu’ils s’étaient affranchis de l’alliance historique avec la droite, Jean-Christophe Lagarde en tête (il était porte-parole de campagne), sont rentrés la queue basse dans les rangs de la majorité, mais chargés de dispenser la bonne parole : il faut l’union, le mouvement, le rassemblement des idées. Que tu crois.

Le Nouveau Centre, le MPF et CPNT, ralliés de dernière minute, ont cru à la sérénade de l’UMP sur l’alliance. Comme pour une auberge espagnole, on leur a proposé de venir avec leurs idées, leurs convictions, leur électorat, et de rejoindre le comité de direction de l’UMP. Mais la proposition de l’UMP n’était pas scellée du proverbe « l’union fait la force », mais du plus pernicieux « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Apportez-nous de l’eau, supplétifs, et vous aurez quelques élus.

Le hic avec l’hydrologie, c’est que tout le monde sait ce qu’il se passe : ce sont les petits cours d’eau qui s’assèchent d’abord avant que ne baisse le débit des grandes rivières. Le PS a déjà asséché les communistes et les radicaux, et n’a guère plus de réserves hydrauliques ; pire, des petits malins nommés Bockel, Besson et Kouchner, ont entrepris de creuser un canal des Traîtres pour détourner les eaux du fleuve socialiste vers celui de la majorité. A force de se faire siphonner le vote ouvrier, les socialistes ont bien consenti en 2006 à ce que l’écluse Royal tente de boucher la fuite, mais les socialistes ont depuis décidé qu’il fallait dynamiter la digue. Soit.

Si après ça, vous êtes toujours convaincus que l’alliance existe en régime présidentiel, et qu’elle se fera pour les régionales entre la gauche et le MoDem, vous pouvez toujours attendre le déluge.

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Questions pour un Nationalisé

6 août 2009 | La vie de la cité, Société | 4 Réponses

Cela pourrait ressembler à un nouveau concept de téléréalité mâtinée pour la caution d’une performance individuelle pour hiérarchiser le parcours des candidats en lieu et place de la sacro-sainte règle de l’élimination endogène (les « nominations »). D’ailleurs, la Grande-Bretagne, importatrice du concept, l’a joliment nommé : « Earning the Right to Stay » (« Gagner le droit de rester »).

Imaginez. Seize candidats par semaine, s’affrontant au cours de plusieurs épreuves éliminatoires pour remporter le fameux sésame : des papiers anglais en bonne et due forme, symbole d’une nationalisation chèrement acquise et donnant le droit de rester, jusqu’à ce que mort advienne ou indignité nationale soit proclamée, sur le territoire de la reine. Alors, pour sûr, à grande récompense, dure épreuve. Gagner le droit de rester s’acquiert par des épreuves adéquates. En l’espèce, visualisez un quizz sur l’histoire britannique, puis un oral de langue où un voice detector apprécierait au moyen d’un algorithme le temps passé par un candidat à parler avec un anglais dont la prononciation s’écarte trop de la norme fixée par les organisateurs, puis encore — gradation oblige — une série de questions ardues façon Questions pour un Champion relatives aux institutions britanniques : l’Exchequer, le rôle de la Chambre des Communes, la Chambre des Lords, etc. Et enfin, dernier des travaux d’Hercule, une mise en situation périlleuse où le candidat à l’immigration aurait à évoluer parmi les agents représentant les nobles institutions de la Couronne : agents de police, fonctionnaires de l’administration, représentants officiels. Pour corser la chose, chacun essaierait de pousser à bout le candidat : le bobby exercerait des palpations et des contrôles d’identité dans un langage châtié et raciste, le représentant de la Nation tripatouillerait les pennies publics en faisant acheter par sa femme des biens personnels, et le fonctionnaire de l’administration abreuverait le candidat de termes techniques de formulaire, alentirait la marche de son travail, jusqu’à faire revenir dix fois le candidat devant son guichet, prétextant à chaque fois un dossier incomplet, sans plus de précisions. Au fil de ce parcours semé d’embûches, si le candidat craque et crache sur les institutions peu accueillantes qui projettent pourtant de l’accueillir comme n’importe quel citoyen, c’est l’élimination immédiate et la reconduite à la frontière.

Eh bien, ce jeu n’en est pas un. Une proposition de loi déposée le 3 août à la Chambre des Communes prévoit de durcir les conditions d’attribution de la nationalité britannique, en s’appuyant sur une carte à points créditée ou débitée en fonction des bonnes ou mauvaises actions. Vous connaissez l’anglais ? Bonus. Vous avez tagué la façade d’une administration ? Malus.

Peu importe que la proposition ait perdu tout sens des réalités. Peu importe la bêtise à considérer que le droit à la nationalité puisse être évalué selon des critères dont on pense faussement que leur satisfaction sera gage d’une orientation réussie. Faut-il connaître les institutions et l’histoire de son pays pour s’intégrer ? Que faire alors des ressortissants anglais qui ne connaîtraient pas l’existence de la Chambre des Lords ou penseraient que l’Exchequer est un simple plateau de jeu posé dans son salon devant la cheminée ? Faudrait-il, au nom de l’équité de principe, condamner ceux-là à l’indignité nationale et à l’apatridie ? Peu importe que la nationalité pour ceux qui l’acquièrent soit toujours plus temporaire et précaire que pour ceux qui sont nés avec. Car en mai 2010 au plus tard, il y aura des élections législatives en Grande-Bretagne, où l’opposition conservatrice du BNP (British National Party, extrême-droite) oblige le gouvernement à contenir la poussée en durcissant son discours.

Pourvu qu’Endemol n’importe pas le concept en France… Ah, trop tard : en 2007, Sarkozy préconisait un « test d’intégration » avant tout regroupement familial.

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Les barbiers ont sévi

29 juillet 2009 | La vie de la cité, Médias | 1 Réponse

Gilles de Robien disait déjà qu’en France, il est impossible d’être ministre de l’Éducation Nationale, car il y a avec soi 60 millions de co-ministres. Il suffit désormais depuis hier que Nicolas Sarkozy fasse un malaise pour que chacun se fasse médecin.

Molière aurait été bien satisfait de cette tartufferie qui veut que chacun se veuille ce qu’il n’est pas en donnant son avis à la petite semaine. Malaise vagal ? Balivernes ! La France a une trop grande tradition du secret médical sur ses présidents pour croire au simple malaise : un hélicoptère, une batterie de test, et c’est bien trop pour un petit bobo. Ajoutez à cela un médecin qui soulève l’hypothèse du malaise cardiaque pour que, caution médicale brandie devant soi, on rejoue un énième avatar paranoïde de la théorie du complot. Et pourtant, de Molière à Dr House, chacun sait qu’il n’y a rien de plus contradictoire que deux médecins dans leurs diagnostics. Alors, thèse contre thèse, arguments contre arguments, voilà que chacun se met à spéculer en vain.

Le pire, à n’en pas douter, dans ce non-événement, ce sont les prescripteurs d’ordonnance. Le Barbier de l’Express, qui ne s’appelle pas Figaro mais Christophe, porte bien son nom : non seulement il rase dans ses éditos, mais voici qu’il prodigue soins et recommandations. Pour un peu, on entendrait le « rasori e pettini, lancette et forbici »1 de l’aria de Rossini. Le factotum du média mainstream saute sur l’occasion grosse comme une verrue plantaire pour enfoncer une porte de bloc opératoire grand ouverte : Nicolas Sarkozy doit se calmer.

Le diagnostic du mal se fait sans guère de précautions, et la recommandation ressemble plus à celle du boucher qu’à celle du praticien : amputer une jambe pour un ongle incarné. Plus le charlatanisme est vorace et rapide, plus il passe. Si Nicolas Sarkozy a fait un malaise vagal hier, c’est parce qu’il est surmené. Mais si, mon beau-frère a fait la même chose il y a 6 mois, il est tombé dans les pommes en servant l’apéro parce qu’il venait de se faire virer et qu’il avait perdu son job. Fredo le Boucher, décoré d’un Ph. D. de désosseur et passé maître dans l’art du tacle à la carotide, a décidé de remplacer le bistouri par le poignard, celui qu’on lance dans le dos : « Si personne ne considère qu’un accident cardiaque est une alerte, qu’est-ce qui peut être une alerte ? [...] Je crois qu’il faut évidemment que le président de la République fasse ce que font d’ailleurs tous les citoyens quand ils vivent une alerte de ce type, et trouve le moyen de prendre du repos, parce qu’il se trouve que ça intervient à un moment où il va pouvoir le faire plus facilement qu’à d’autres. » Si après ça, Sarko n’est pas bon pour l’abattoir…

En se gaussant, on se rappelle d’ailleurs de l’argument de la santé qu’avait convoqué Sarko dans son combat contre Chirac. Le nerveux ayant poussé la gâteux, que reste-t-il à présent que le nerveux a flanché ?

C’est finalement dans ces moments-là qu’on ne donne rien moins que plus de crédit à la thèse du Sarko-surhomme. D’ailleurs, il ne vous a pas attendu pour ciseler sa communication de sortie. Dès hier, il « parlait normalement avec le personnel médical ». Ce matin, il est sorti « à pied » du Val-de-Grâce. A tous ceux qui ont fait leurs choux gras et leur obsession dominicale de ce malaise, l’Élysée enverra un joli carton de remerciement : « Le Président, au nom de toute la France, vous remercie chaleureusement d’avoir participé à une gigantesque opération non fortuite (faut pas déconner quand même) de communication superhéroïque ». Avec un bulletin d’adhésion à l’UMP glissé à l’intérieur.

  1. « Rasoirs et peignes, aiguilles et ciseaux » []
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Une Super Nanny pour le PS !

15 juillet 2009 | La vie de la cité | 3 Réponses

Après Jack Lang, après Kouchner, les socialistes continuent la chasse aux sorcières. Manuel Valls, ancien soutien de Ségolène Royal, héraut de l’alliance immédiate avec le MoDem, sans illusion sur l’arc-en-ciel B2B (Besancenot to Bayrou), s’est mis en tête de jouer les franc-tireurs en dévoilant ses intentions pour 2012 et en accentuant ses attaques contre le PS. Martine Aubry n’a pas tardé à répliquer en lui adressant une lettre écrite avec les pieds, que l’on peut résumer en un slogan honni des socialistes : « Le PS, tu l’aimes ou tu le quittes ».

Mais à quoi jouent (encore) les socialistes ? Ont-ils vraiment envie de concourir en 2012 ? Pensent-ils sérieusement avoir l’ombre d’une chance ?

Depuis 2007, hormis lors des municipales, les socialistes ont perdu tous les scrutins électoraux, jusqu’à se prendre une sévère raclée lors des européennes. Pire, pas une fois depuis 2007 ils sont parvenus à combler le fossé qui les sépare de Sarkozy : dans toutes les enquêtes d’opinion, s’il fallait organiser de nouvelles présidentielles dans les mois à venir, Sarkozy maintiendrait son score du premier tour de 2007 (30%), voire l’accentuerait ! Depuis 2007, on parle de rénovation, d’union de la gauche : on a eu la commission de récollement. Depuis 2007, on parle d’opposition constructive : on a eu l’obstruction parlementaire « linge de corps et Saturnin » sur le travail du dimanche. Et pourtant, on n’entend parler que d’une chose au PS : les prochaines présidentielles. C’est le monde à l’envers !

Comment peut-on seulement imaginer que l’armée mexicaine du PS puisse être sur le pied de guerre pour 2012 ? La nature humaine électorale fait que la division repousse, et qu’on n’est élu que lorsqu’on fédère autour de soi et qu’on est capable d’insuffler une dynamique. A ce titre, les primaires démocrates sont une démonstration de stratégie politique : consultation démocratique et ralliement sans faille du perdant au vainqueur. On ne demande pas nécessairement au perdant de faire la claque, car la politique est aussi une bataille d’égo, mais au moins de mettre en sommeil son pouvoir de nuisance pour ne pas se tirer une balle dans le pied. Ce que sont incapables de faire les socialistes.

Le grand problème du PS est qu’il traverse une crise d’autorité. La réaction de Martine Aubry, qui se veut ferme mais qui est ridicule, me fait penser à tous ces parents complètement désœuvrés qui compensent leur manque d’autorité en haussant le ton, en pensant que crier fort est un gage d’autorité. Sauf que le PS a du mal avec la notion d’ordre hiérarchique, et cultive le culte de l’égalitarisme démocratique qui, au lieu de concentrer verticalement les énergies, contribue à les dilapider horizontalement. Ils devraient relire Max Weber, qui oppose le pouvoir autoritaire que détient celui qui est à la bonne place du pouvoir d’influence, que détient en lui celui qui est charismatique et peut susciter une dynamique. Vouloir se structurer en réseau ne dispense pas d’avoir un chef qui donne le cap, bien au contraire !

Pour 2012, c’est déjà trop tard. On ne résout pas une crise de leadership vieille de plus de 10 ans en moins d’un an. D’autant plus que les régionales peuvent d’ores et déjà être considérées comme un échec : avec le quasi grand chelem réalisé par la gauche en 2004, il sera très difficile mathématiquement de se maintenir à ce niveau. Et il me semble très difficile de construire un parti et une dynamique en plein milieu d’une spirale de défaite. Mettre un parti en branle demande très vite une dissolution des courants, ou en tout cas une présence autoritaire qui soit capable de dire : « Maintenant, vous arrêtez les conneries ». Mais l’homme providentiel, les socialistes n’y croient pas : trop césariste, trop mystique, et finalement trop droitier.

Sauf que la Constitution consacre la République, avec un Président ; pas une oligarchie avec un triumvirat, qui aurait le mérite de contenter le parti le plus féodal du paysage politique français.

Vite, une Super Nanny pour le PS !

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Du Front Républicain au front républicain : l’histoire du FN

6 juillet 2009 | La vie de la cité | 2 Réponses

Jusqu’à hier, la menace planait sur Hénin-Beaumont. Dès les législatives de 2007, Marine Le Pen avait annoncé la couleur sur France 2 : « La reconquête du FN passera par Hénin-Beaumont ». C’était finalement tout un symbole : Hénin-Beaumont, dans le Nord, là où les classes populaires frappées depuis le milieu des années 80 par la désindustrialisation et l’envolée du chômage ont progressivement désaffecté le vote PS pour gonfler le vote ouvrier du FN, jusqu’à ce qu’il devienne visible en 2002. Bis repetita en 2009 : comme le signalait il y a quelques jours avec justesse Authueil, face à la corruption et l’envolée des impôts locaux, en quoi le PS était-il suffisamment attractif pour remporter ces élections ?

Comme souvent, le PS est réduit à ripoliner. Après avoir connu une grosse gifle au premier tour, distancé de 20 points par le FN, voilà que les socialistes ont brandi la menace extrémiste en souhaitant organiser un Front républicain. Après le Tout Sauf Sarkozy, voici le Tout Sauf Briois. La tactique n’a pas changé depuis Napoléon : les ennemis de mes ennemis sont mes amis. L’attelage arc-en-ciel du PS ne tenait que par cette injonction à barrer le FN, on ne sait ni pourquoi ni comment.

Chez les blogueurs socialistes, ça vomit à longueur de billets. Quel dégoût, le FN, voilà bien le tout-à-l’égout de la République française. Cette politique faite à l’estomac a le don, pour le coup, de me coller une sacrée gerbe. On leur rappellera, à ces gens-là, que tous les architectes de la République, depuis Platon jusqu’à Robert Schuman, ont toujours placé la Raison comme l’ordonnatrice du régime démocratique. Visiblement, eux ne voient pas de problèmes à ce que l’on puisse voter pour un motif aussi maigre que barrer la route au FN, avec l’argument : « Le FN est anti-républicain ». A choisir entre la peste et le choléra, je préfère encore être anti-républicain qu’anti-démocratique, comme le sont tous ces bien-pensants de la République qui court-circuitent l’initiative du suffrage en extirpant le vote de son opération intellectuelle de délibération rationnelle. Car,tous, de Dany Boon à Martine Aubry, ne demandaient pas aux électeurs d’Hénin-Beaumont de réfléchir, non, mais de se mobiliser, en masse, pour contrer une menace qu’on refuse depuis des lustres à combattre sur le terrain de la raison pour mieux l’immoler sur celui de la chimère. Qu’on assume, au moins, en promulguant un « Patriot Act » électoral qui triera le bon grain de l’ivraie au moment des dépôts de candidature…

Parlons du FN. Son destin semble être lié aux Fronts Républicains, du berceau à la tombe. C’est en 1956 que Jean-Marie Le Pen accède pour la première fois à l’Assemblée Nationale, sous l’étiquette poujadiste « Union et Fraternité française », et déjà, en 1956, un Front Républicain s’était constitué, avec Pierre Mendès France à sa tête, pour ne pas laisser le cancer algérien entre les mains de praticiens douteux. En 2009, c’est encore un front républicain qui clôt définitivement l’histoire du FN.

Le front républicain à Hénin-Beaumont, une victoire pour le PS ? En 1956, c’est Guy Mollet qui est sorti du chapeau. Vous connaissez la suite.

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Après le 16 mai, le 22 juin ?

16 juin 2009 | La vie de la cité | 3 Réponses

Le 22 juin, Nicolas Sarkozy convoquera l’Assemblée Nationale afin de recevoir son discours de politique générale. Après le succès des Européennes, Nicolas Sarkozy veut donner une nouvelle impulsion à son mandat en profitant de l’occasion de solennité pour faire un discours de politique générale et un remaniement ministériel. Après un peu plus de deux ans de présidence, les Européennes ont pleinement joué ce rôle de mid-term elections à l’américaine, où le résultat du scrutin est une jauge de l’action du gouvernement. Certes la comparaison demande de la nuance en raison du très fort taux d’abstention, mais la statistique montrant que jamais depuis que le Parlement est élu le parti au pouvoir n’a remporté les élections européennes.

Déjà certains, comme Noël Mamère, appellent au boycott de la grand-messe présidentielle du 22 juin. Qu’en penser ?

Quand la réforme constitutionnelle était dans les cartons en juillet dernier, j’avais exprimé mes profondes réserves quant à la présence du Président de la République dans l’hémicyle. Il ne s’agit pas de refuser à l’exécutif le droit de s’exprimer devant le Parlement et d’envisager les institutions démocratiques et délibérantes de manière sectaire : les ministres et le Premier ministre ont déjà le droit de s’exprimer devant la représentation nationale. En revanche, l’exclusion du président de la République de l’Assemblée Nationale provient d’une histoire houleuse des rapports entre les parlementaires et l’exécutif. Les rapports entre les Chambres (Sénat et Chambre des Députés) sont fixés par la loi constitutionnelle du 16 juillet 1875, et notamment dans son article 6 :

Le président de la République communique avec les chambres par des messages qui sont lus à la tribune par un ministre.
Les ministres ont leur entrée dans les deux chambres et doivent être entendus quand ils le demandent. Ils peuvent se faire assister par des commissaires désignés, pour la discussion d’un projet de loi déterminé, par décret du président de la République.

Depuis 1875 donc, les ministres ont leurs entrées à la Chambre des Députés et au Sénat. Sous la IIIe et la IVe, c’est un impératif : les Députés devant donner leur confiance au gouvernement pour qu’il puisse exercer, et pouvant la lui retirer, le gouvernement est entièrement responsable devant le Parlement, et doit donc être présent. En revanche, le Président, déclaré irresponsable par l’alinéa 2 de l’article 6 de la loi constitutionnelle du 25 février 1875, qui dispose que le Président « n’est responsable qu’en cas de haute trahison ». Sous la Ve, le Président étant toujours irresponsable et le gouvernement susceptible d’être renversé par la motion de censure, la tradition se maintient. Voilà brièvement pour l’histoire.

Est-ce à dire que jamais le Président n’aura le droit de parler ?

Considérons plusieurs points. Le premier est extérieur aux rapports entre le Parlement et le Président ; il touche au couple exécutif. Quand De Gaulle ordonne à Michel Debré de lui tailler une constitution sur mesure, le contenu du texte lui va comme un gant. La dyarchie de l’exécutif en est l’expression directe : le Premier ministre s’occupe de la popote, le Président incarne la France. Les affaires courantes, ce n’est que du secrétariat pour De Gaulle, qu’il faut laisser aux subalternes. Avec la réforme constitutionnelle, Nicolas Sarkozy entérine l’hyperprésidence : le Président s’occupe de tout. Dès lors, quelle logique y a-t-il à ce que le Premier ministre soit aussi présent dans l’hémicycle ? Quelle logique même y a-t-il à ce qu’il existe ?

Second point : l’équilibre des pouvoirs. Nicolas Sarkozy convoquera le Parlement le 22 juin pour leur faire ouïr un discours pompeux d’autosatisfaction, sous couvert de transparence. Ne nous y trompons pas : il s’agit là du triomphe de l’hyperprésidence où le Président en majesté vient pérorer devant les parlementaires et repartir aussi sec. Une telle sujétion du législatif, obligé d’accourir à Versailles, de ne piper et d’acter la parole du Président est tout sauf une démarche équilibrée.

Ce qui aurait une tout autre gueule, ce serait pour le Président de la République de venir s’exprimer une fois par an devant le Parlement réuni en congrès, et de solliciter la confiance des chambres qui ne pourraient la lui retirer qu’avec une majorité qualifiée et uniquement en cette occasion. De la sorte, la grandiloquente prédication revêtirait un caractère d’épreuve. Et non pas celui d’une conférence avec un maître d’école et des élèves sagement assis…

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Affaire Coupat : penser n’exempt pas de méfaire

25 mai 2009 | La vie de la cité | 9 Réponses

Aujourd’hui a paru dans Le Monde une interview épistolaire de Julien Coupat, en détention provisoire dans l’affaire de Tarnac. Le coup, car il s’agit bien d’un coup médiatique, fonctionne par l’humeur qui se dégage entre les lignes : le détenu, à qui l’on interdit l’exposition médiatique, reclus dans une cellule, obligé de réaliser une interview en différé. Dans ce chat épistolaire, il y a quelque chose d’antan, quand les prisonniers recevaient par dizaines des lettres de soutien auxquels ils répondaient avec la rage de l’incarcéré.

Bref parcours de l’univers intellectuel de Julien Coupat

On peut être sensible à l’ignominie de la détention, percevoir avec émotion la force des mots de la part de celui qui est maintenu en détention au-delà du raisonnable parce qu’un gouvernement aux abois sur la question sécuritaire a trouvé de quoi entamer un procès stalinien pour restaurer son autorité et un simulacre d’ordre policier. Cela, on ne l’enlèvera pas à Julien Coupat : il est comme il le dit lui-même, un de ceux qui donnent « un peu de chair et [un] visage » au « profil de la menace », celui du « casseur », vieille figure tutélaire de l’ordre sociétal, fils du loubard des années 50, du punk outre-manche des années Giscard, celui qui toujours, malgré les efforts bienveillants d’un gouvernement intègre, continuera obstinément à refuser la socialisation et la normalité cordiale d’un ordre parfait. Une figure du « casseur », représentation sociale de l’ennemi de l’ordre, jugulée difficilement par un État qui l’a lui-même fabriquée, où se croisent dans les années Sarko « pêle-mêle les ouvriers de Clairoix, les gamins de cités, les étudiants bloqueurs et les manifestants des contre-sommets ».

On pourra suivre Julien Coupat dans ses retournements notionnels directement inspirés de la philosophie de Foucault, et notamment sa définition de l’antiterrorisme, non pas comme l’activisme justicier de l’endiguement d’une menace réelle, mais comme la résolution hypocrite de « la méthode par quoi l’on produit, positivement, l’ennemi politique en tant que terroriste ». Comme on pourra lire avec le délice de la subversion intellectuelle la reprise inversée de Foucault, pour qui le seul reclus dans une prison, c’est le monde extérieur qui n’y est pas enfermé, dans un subtil jeu de miroir où l’on lit la société qui se définit négativement par le rejet des marginaux qu’elle enferme (prisons), interne (fous), ou veut éduquer (école).

On a bien compris dans la tribune de Julien Coupat ce qu’il avait d’anarchiste : son refus en conscience, argumenté et plaisant, de l’institution comme tutelle de la société moderne. C’est d’abord un anarchisme blasé de devoir rejeter des institutions qui n’en sont pas. Coupat est identique à ces généraux qui fulminent de devoir engager des duels à fleuret moucheté parce que le camp d’en face — et ici l’on peut parler d’ennemi — ne tient pas son rôle. « La plus remarquable imposture du système judiciaro-pénitentiaire consiste certainement à prétendre qu’il serait là pour punir les criminels quand il ne fait que gérer les illégalismes », affirme-t-il plaisamment. L’État prétend maintenir un ordre social rigoriste, traquer sans relâche les déviances — souvenez-vous de la tolérance zéro —, et pourtant la société et l’État semblent s’accommoder de l’illégalisme, légal jusqu’à un seuil d’intolérabilité, et dont le curseur entre le permis et le proscrit fluctue selon des critères inadmissibles. Par conséquent, face à une justice qui n’en est pas, puisqu’elle ne sépare pas la culpabilité de l’innocence, mais le socialement intolérable et le socialement passable, il refuse de clamer son innocence, hors de propos, selon lui, dans l’affaire dont il doit répondre.

Par ailleurs, clamer son innocence équivaudrait à reconnaître que c’est lui qui se trouve en face de la justice. Or, il affirme le contraire : l’affaire Tarnac — si tant est qu’il y en ait une — oppose « une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout », dont la radicalité de l’apartheid social conduit inévitablement à la « guerre », une guerre qui menace aujourd’hui parce que, des rafles de sans-papiers aux licenciements massifs, cette conscience du soulèvement comme la fin d’une servitude qu’il définit comme « l’intolérable infiniment toléré » se serait réveillée.

Alors oui, Julien Coupat le reconnaît : on l’accuse de vivre aux marges de l’ordre social et de s’en désolidariser, et l’on a raison. Mais il se désolidarise d’un monde qui tombe en ruines, et dont le gouvernement qui écope en plastronnant conduit un peu plus à sa ruine.

Toujours le grand soir, alors ?

A lire Julien Coupat, nous voici encore dans une antienne bien connue : « cette fois-ci, c’est la bonne, en route pour la Révolution », qui fait penser au « risque révolutionnaire » de Villepin. Julien Coupat est un lettré, nous avons fréquenté la même école, les mêmes professeurs, sans doute lu des livres en communs et partageons au final un univers culturel et intellectuel à peu près semblable. Prédire une révolution est un jeu de Cassandre auquel j’estime qu’il est illusoire de vouloir jouer. Car tous ceux qui la prédisent regardent dans le passé comment une société allume une révolution et purge un monde pourri jusqu’à l’os. A ceux-là pour qui l’Histoire est un guide suprême, je montre une moue dubitative. Oui certes, il y eut 1789, il y eut 1917, il y eut sans doute ici et là de nombreuses microrévolutions qui ont révolutionné le monde dans lequel elles se déployaient.

Mais j’objecterai que jamais alors le monde n’était à ce point résilient et vivait hors d’une violence régulatrice comme aujourd’hui. La violence aujourd’hui est à l’action sociale ce que le terrorisme est à l’action policière : un marqueur de sa présence. Les violences aujourd’hui sont localisées dans le temps et dans l’espace et, même en 2005, même à Athènes, même en 68, servent plus à attester qu’à subvertir. La violence que Julien Coupat tient pour sincère dans le mouvement radical de la gauche est un leurre désabusé, celui de voir que le soutien et le ras-le-bol d’un nombre croissant de Français précède de peu le refus poli de participer, ou même de subir, cette violence qu’ils promettent comme le moyen nécessaire au basculement du monde. « Fouler aux pieds les lois et les recommandations d’un État pourri ? Oui, mais de loin, et pas dans mon jardin, je vous prie ». Est-ce simplement que la masse n’est pas éclairée du message révolutionnaire et qu’elle cherche un porte-voix ? Non. C’est simplement qu’elle y voit un écho intérieur à ses propres malheurs, à ses propres coups de gueule, et que si elle partage une connivence avec les délices de la radicalité, elle se détourne cependant en conscience, elle aussi, de la subversion du monde.

Le phantasme révolutionnaire

Une chose me chiffonne cependant. Ce que j’ai lu ce matin, ce n’est pas un livre ni un exposé, mais bien le manifeste épistolaire d’un détenu. Et pourtant, je n’ai pas appris une ligne sur une question qui mérite d’être posée et que Koztoujours a éloquemment soulevée : « Que faisaient Yldune Lévy et Julien Coupat le 7 novembre dans la campagne seine-et-marnaise à l’aplomb de la voie du TGV-EST sabotée cette nuit-là ? » La détention provisoire de Julien Coupat s’étend, disons-le franchement, au-delà du raisonnable, et il ne faut pas être grand clerc pour s’apercevoir que sa libération constituerait un aveu de faiblesse pour le Gouvernement qui, après avoir gonflé artificiellement la baudruche, sombrerait dans le ridicule. Toutefois, je confesse ne pas comprendre la logique de ceux qui excusent ces « salauds magnifiques », sortes de Robins des Bois des causses du Larzac, dont la cause excuse les moyens et blanchit de toute accusation, et parce qu’ils se battent contre des institutions critiquables, devraient être absous pour leur rejet de la légalité. Tout révolutionnaire, tout brillant intellectuel, et tout romanesque qu’il apparaît, Julien Coupat est aujourd’hui soupçonné d’avoir projeté de faire dérailler un train. Et cette question, cette simple question, il l’élude soigneusement pour faire le procès d’un État policier versé dans l’hystérie antiterroriste. Pourquoi ?

Si je lis Marc Vasseur, j’apprends que Julien Coupat est un intellectuel incarcéré pour « délit d’opinion ». A l’heure du procès d’Aung Sang Suu Kyi, je tiens, en suivant les enseignements de Sainte-Ségolène, à demander pardon à l’opposante birmane pour ceux de mes compatriotes qui ne savent pas le prix de la liberté.

Car voilà le point central sur lequel achoppe la théorie de Julien Coupat. Malgré tout le ras-le-bol généralisé, les récriminations, la violence qui sourd sur les cinq continents, le capitalisme a produit de la stratification sociale en offrant un progrès différemment rapide aux quatre coins du monde. En France, ceux qui vitupèrent sont les mêmes que ceux qui refusent le relativisme. Or, pourquoi rejeter la question ? Sans vouloir faire de la concurrence des indigents, il faut bien reconnaître que le malheur en Occident a une conception fort éloignée de celle sous d’autres cieux. Menacées les libertés, en France ? Mais qu’est-ce qu’Hadopi si l’on regarde la Chine ou la Corée ? Déliquescente, la structure économique de l’Occident boursier ? Et l’Afrique ?

Voilà à quoi regimbent les anarchistes d’aujourd’hui : à se défaire des représentations bourgeoises qui les ont enfantées et qu’ils ont toujours fréquentées. Quand Julien Coupat est interrogé sur son enfance aisée, il répond laconiquement avec Hegel : « Il y a de la plèbe dans toutes les classes ».

Et là réside, au fond, le plafond de verre contre lequel se heurte l’illusion révolutionnaire : celui d’un caprice d’enfant gâté. Il semble qu’il y ait de la gêne à passer par pertes et profits un monde que nombreux sont ceux, qui n’y goûtent pas, regardent avec des yeux de Chimène. Et c’est le jour — et ce jour-là seulement — où ces yeux se cloront sur Ceuta, Melilla, Lampedusa, et le désert d’Arizona, que le monde sera vraiment au bord de l’agonie et menacera de basculer dans une grande révolution.

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Députés godillots : une initiative ambigüe

22 mai 2009 | Internet, La vie de la cité | Aucune réponse

Depuis quelques temps, les initiatives citoyennes de contrôle parlementaire se multiplient : classement de l’activité des députés européens, même chose en France, et maintenant le site des députés godillots. Louable initiative, tant les escarmouches et les chausses-trappe sur la loi Hadopi ont montré que le métier parlementaire est parfois un camp de vacances.

Le site établit donc des fiches précises concernant les godillots, en fonction du nombre de leurs interventions en séance et de leur activité parlementaire. Comme le relève très justement mon camarade Authueil, un tel classement est à prendre avec des pincettes, tant les critères pour établir un classement sont assez ardus à réunir et ne peuvent en aucun cas se résumer à des données de présence. En outre, un « bon » député n’est pas nécessairement un député « hyperprésent » : l’efficacité du député est une part importante de ses compétences, et cette efficacité n’est pas aisée à définir selon une liste de critères !

L’initiative est intéressante et documentée : on n’est clairement pas avec ce site dans le sillage de tous ces blogs pseudo-vigilants qui passent leur temps à faire du député-bashing très primaire. Toutefois, je soulève un point important à prendre en compte : il ne faut pas que le contrôle se résume à débusquer les godillots ! Tout processus de contrôle est par nature négatif, en ce sens qu’il se focalise sur les points noirs. Le site propose donc également une liste des anti-godillots, afin de faire le pendant à ceux qui sont vilipendés. Attention donc à ne pas verser encore une fois dans un antiparlementarisme trop systématique en France depuis la République des Jules…

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La chasse à l’homme, une mauvaise stratégie politique

18 mai 2009 | La vie de la cité, MoDem | 6 Réponses

Comment faire descendre Bayrou ? Enigme irrésolue pour l’UMP depuis le second tour de la présidentielle, casse-tête insoluble pour le PS. La majorité, en voulant isoler le troisième homme de la présidentielle, l’a renforcé. A un point tel qu’il n’y a qu’une alternative pour l’abattre : la mort ou la souillure.

François Bayrou, c’est le mystère scientifique de la vie politique française. Comment un député et conseiller municipal, tout président de parti qu’il est, battu pour la deuxième fois à une élection présidentielle, dont l’électorat s’effrite à longueur de scrutin, lâché par les élus qu’il croyait être ses amis, et dont les ambitions présidentielles s’ébruitent à longueur d’articles et de lapsus, fait-il pour conserver intacte sa puissance audimétrique ? J’en connais à l’Elysée qui doivent ravaler chaque jour que Dieu fait leur haine renfrognée : malgré tous les coups de boutoir, le charançon béarnais est bien difficile à écrabouiller. Diantre.

Les ruses du gibier Bayrou

Pourtant, l’UMP n’y va pas de main morte depuis deux ans. A la manière des clubs de foot approchant dans les vestiaires les joueurs-clés de l’équipe adverse avant le match avec de juteux contrats sous le bras, Nicolas Sarkozy a pris le parti d’arracher à François Bayrou le bloc le moins solidaire de feue la vieille UDF. Sans doute est-ce là l’avantage d’être ami avec le grand patron d’LVMH : lorsqu’on parle maroquinerie gouvernementale, on est gage de sérieux. Et voici que, main par la main, la farandole d’anciens soutiens bayrouistes, dont tous ont voté en janvier 2006 au congrès de Lyon le principe de l’indépendance vis-à-vis de l’UMP, acte fondateur de la stratégie présidentielle du ni-ni (ou du et-et, c’est une question de point de vue), ont tourné talons et retourné veste pour s’en aller bras dessus, bras dessous, avec une majorité leur faisant les yeux doux : « Reviens à la maison, chérie, c’est pas grave, je te pardonne, et je t’offrirai même un cadeau ». Cela ne suffisant pas, l’UMP s’est mis en tête de poursuivre la destruction de la vieille grand-mère centriste : Jean Arthuis et Hervé de Charette faisant planer le spectre d’une renaissance de l’UDF, dont l’un possède apparemment le nom, Michel Mercier titillé par des envies gouvernementales ; tout est fait, ou presque, pour déshabiller Bayrou.

Du côté du PS, c’est un son de cloche différent. En quittant la majorité le baluchon orange sur l’épaule, le nomade Bayrou a entamé sa conquête de l’ouest de l’échiquier politique. Les politologues lui disaient apparemment que l’herbe y était plus verte : les écolos Yann Wehrling, Jean-Luc Bennahmias et Corinne Lepage lui ont somme toute donné raison, qui tous trois ont choisi de rejoindre en marche le pèlerinage solitaire du Christ nu de la politique française. « Hors de mes terres, visage pâle », lui ont rétorqué dles socialistes peu enchantés par l’invasion centriste. Et ceux-ci, autocentrés comme une tribu indienne, de repousser Bayrou à leurs marges : c’est un homme de droite, de droite vous dis-je, le monde doit le savoir.

Aujourd’hui encore, la récente sortie de son livre Abus de pouvoirs attise la rancœur de ses chasseurs : catapulté premier opposant de France, ils sont 44% à estimer envisageables un retour en grâce et une éclipse centriste du soleil socialiste. Plus de 80 000 exemplaires de son livre vendus en une quinzaine, selon sa maison d’édition. A côté, le feu de paille de Dominique Paillé reste sans effet. Caramba, encore raté ! Et maintenant, le poil à gratter de la gauche et de de la droite se met en tête de perturber la campagne des européennes, maintenant le MoDem dans les sondages à un étiage plus que satisfaisant. Las : traqué, pourchassé par une meute d’aboyeurs, force est de constater que le gibier Bayrou parvient à « ruser », comme disent les veneurs pour qualifier un gibier qui parvient à s’échapper.

Mais comment diable celui qui vagabonde dépouillé, le front meurtri de ses échecs politiques, et ne drague avec lui qu’un chapelet de pauvres hères, derniers dans la hiérarchie des bankable people, mais à qui il promet d’être les premiers dans l’Au-delà démocratique, fait-il pour exister toujours dans les médias ?

Seul, mais soutenu : l’innombrable foule silencieuse

A vouloir l’isoler pour l’affaiblir, la majorité n’a réussi qu’à le renforcer. Pour affaiblir le PS, il suffit de soutenir en sous-main les ambitions des seconds couteaux : le combat de coqs fait le reste. Mieux valent trop de chefs que pas assez, et voilà l’erreur de l’UMP. Seul à bord de la galère centriste, Bayrou en est le maître incontesté. Il marche à pas cadencé sans que personne au MoDem ne lui puisse contester le droit d’appuyer sur le champignon. La critique du pouvoir autoritaire, de l’ambition personnelle ? Si seulement les Français y étaient sensibles… à moins qu’ils soient en fait lucides et comprennent que ce n’est là qu’une métastase ? L’agrégé de grammaire aurait sans doute son idée sur les procédés rhétoriques utilisés par la majorité pour l’occire.

En outre, vouloir en démocratie réduire quelqu’un au silence est une entreprise avortée dans l’œuf. Si les médias plébiscitent Bayrou à due concurrence des cadres des autres partis, c’est aussi parce qu’en voulant réduire un homme au silence, la majorité menace un parti. Et les médias, tous à l’unisson derrière Plenel, prédicateur en chef d’une démocratie à sauvegarder par la plume et l’encre, de refuser ces petites morts de la démocratie. Quand Alain Minc pérore en affirmant que Bayrou est un nouveau Le Pen, il a raison sur un point : Bayrou devient le nouveau pestiféré, une figure qu’on voudrait repoussoir pour endiguer le tropisme centriste si courant chez les Français depuis qu’on les sollicite aux urnes. Du moins c’est ce que voudrait la majorité, et ce dont rêvent secrètement les socialistes. Et pourtant, Bayrou comme Le Pen n’ont jamais été aussi audibles que lorsqu’on a cherché à les museler.

Dans la posture de Bayrou, le petit qui résiste fièrement aux grosses machines, il y a quelque chose du petit village d’Astérix. Il y a plus de prestance à choisir le long et dur chemin de la solitude, le risque démocratique de tout perdre, qu’à accourir vers les gamelles clinquantes dès que la famine menace. La bravachitude de Bayrou a quelque chose de courageux et de gaulois, que les Français soutiennent : en estime pour le moment ; en voix s’il les convainc.

Est-ce à dire qu’il n’est jamais possible d’anéantir un adversaire en politique ? Nullement. Mais il faut jouer serré. Ne subsistent que deux voies possibles : attendre la mort de l’ennemi ou le faire tomber en disgrâce. De mort, il ne saurait être question maintenant, à moins d’un funeste coup du sort : au milieu de sa cinquantaine, François Bayrou est encore fringant, et la vie politique française suffit à nous convaincre qu’il existe sur Terre des hommes toujours dans leur adolescence au demi-siècle passé. Pensez, Serge Dassault commence à peine à être nommé senior. La disgrâce est une infortune si imprévisible et pourtant si délicieuse : un scandale est si vite arrivé, et peu sont ceux capables de s’en remettre. Encore faut-il choisir le bon. Chercher dans le passé ministériel de François Bayrou et ressortir la grande manifestation contre le rétablissement de la loi Falloux ? Technique éculée, d’autant plus que par décret Nicolas Sarkozy vient de la rétablir en principe. A-t-il des amitiés dans le monde de la finance, des tentations collusives ? Pour sûr, démontrer irréfragablement que celui qui refuse le règne de l’Argent comme modèle de société est en fait riche serait une enquête dont Bayrou se passerait bien : mais hormis une passion pour les chevaux, somme toute assez commune, point de folie. Y a-t-il donc quelque scandale à chercher chez cet homme-là ? Peu évidente est la réponse. Sauf qu’en France, les seuls scandales qui font recette sont ceux d’argent, jamais de chair. Difficile de trouver autre motif.

Si l’UMP et le PS veulent tant que cela affaiblir Bayrou, ce n’est pas en le bâillonnant qu’ils y parviendront. Tout tribun vit aux dépens de ceux qui l’écoutent : c’est en convainquant son auditoire qu’on fait taire le tribun, réduit à plastronner devant des rangs clairsemés. Sauf qu’en politique, il est toujours plus facile de mettre l’autre à l’amende que de s’amender soi-même. Tant que ni l’un, ni l’autre, ne sauront satisfaire l’oreille de ceux qui se sont distraits d’eux, il faudra toujours attendre que le charme du centre se fane ou se rompe.

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Nick Carraway

And as I sat there brooding on the old, unknown world, I thought of Gatsby's wonder when he first picked out the green light at the end of Daisy's dock. He had come a long way to this blue lawn, and his dream must have seemed so close that he could hardly fail to grasp it. He did not know that it was already behind him, somewhere back in that vast obscurity beyond the city, where the dark fields of the republic rolled on under the night.

Gatsby believed in the green light, the orgastic future that year by year recedes before us. It eluded us then, but that's no matter-to-morrow we will run faster, stretch out our arms farther... And one fine morning.

So we beat on, boats against the current, borne back ceaselessly into the past.