Affaire DSK vs Who’s nailin’ Paylin : le paradoxe américain

22 octobre 2008 | La vie de la cité, Médias | 6 Réponses

Avec l’affaire DSK, on a pu voir encore à quel point l’Amérique renâcle à ne pas s’émouvoir des histoires de coucheries légèrement contre-nature, que cette nature soit conjugale ou professionnelle. Naturellement, il y a dans cette histoire un faisceau croisé de motifs à monter une relation adultérine en fait divers, et plusieurs angles sous lequels l’envisager, et l’on ne saurait expliquer les révélations du Wall Street Journal uniquement à l’aune de cette frilosité victorienne.

Rappelons de plus que l’Amérique est certes un continent très chaste, où peuvent même se développer des groupes universitaires ultra radicaux prônant toutes formes d’abstinences sexuelles chez les graduates. La mini-affaire Bristol Palin, du nom de la fille de la colistière républicaine à la présidence américaine qui se trouve être également une mère-adolescente quand maman joue les sainte-nitouche, montre bien que les vieux réflexes sont là. Mais les États-Unis sont également le pays où l’industrie pornographique est la plus développée du monde, avec des maisons de production équivalentes en financement aux maisons de production de cinéma mainstream françaises… Le jour et la nuit, en somme.

Depuis quelques jours, un petit séisme porno-médiatique secoue la campagne présidentielle : la sortie du dernier film de Larry Flint, Who’s nailin’ Paylin ? Une fois traduit, on comprend que des vilains messieurs veulent faire des choses pas très catholiques protestantes à la madame Paylin. Pour le rôle, Larry Flint, magnat du X américain, a frappé un grand coup : il a trouvé une sosie de Sarah Palin, aussi confondante que Tina Fey, qui officie à Saturday Night Live, avec des arguments… politiques convaincants !

On a peine à imaginer en France Marc Dorcel se mettant en quête d’un sosie de Rachida Dati pour conter le récit de la fameuse nuit où l’Immaculée Conception a été engrossée.

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Vendredi ou l’avis sauvage

15 octobre 2008 | Internet, Médias | 13 Réponses

Un nouvel hebdo sort dans les kiosques ce vendredi ! Cet hebdo, Vendredi de son petit nom, promet de ne pas être comme les autres. J’ai d’autant plus de plaisir à vous parler de ce nouvel hebdo que j’en suis, parmi plusieurs centaines d’autres, un des collaborateurs.

Commençons par le projet. Vendredi est chaperonné par deux vieux routiers du journalisme, Jacques Rosselin, cofondateur à succès du Courrier International, de Bakchich.info, et Philippe Cohen, cofondateur de Marianne, et par un investisseurs bien connu, Pierre Bergé. Vendredi se veut tout sauf une « synthèse objective » ou une revue de presse du web, pas plus que le Courrier international n’était une revue de presse de la presse internationale. Vendredi compte bien produire une vraie valeur ajoutée par le travail de rédaction.

Vendredi sera plutôt une sélection de points de vue, d’analyses, d’éclairages, de mises en visibilité, de sujets d’actualité, dont le dénominateur commun est qu’ils auront été publiés sur Internet. Le média choisi par les fondateurs du journal n’est ni innocent, ni trendy. Les fondateurs de l’hebdo placent une vraie confiance et un vrai enthousiasme dans l’outil Internet et les blogs, qu’ils connaissent bien. Il en ressort un regard neuf sur les blogs et les blogueurs qu’ils savent mobiliser pour réaliser l’alchimie de l’hebdo et attirer les blogueurs dans cette entreprise de presse. Cela change grandement de certains journalistes-blogueurs qui se sont indignés ces derniers mois que les blogueurs osent marcher sur leurs plates-bandes. On a parfois l’impression que ces messieurs1 ont peur que des blogueurs leur retirent le pain de la bouche, voire concurrencent leur façon de faire du journalisme. Pour sûr ! Qui sommes-nous, blogueurs à la petite semaine qui sommes lus, débattons, et sommes parfois repris par la presse, pour oser défier la pratique journalistique et la contraindre à se prendre par la main pour se modifier ?

Vendredi s’adresse donc à tous ceux qui sentent depuis quelques années qu’il se passe quelque chose sur Internet. A ce titre, il se propose d’être un super-agrégateur qui disposerait d’un filtre qualitatif pour agencer les sources de la meilleure manière, en fonction de l’actualité, et surtout de la pertinence des sources ! Une recette que ne parviennent pas à confectionner les outils de classement des blogs, malgré la réforme en profondeur de l’algorithme de Wikio.

Avec Courrier International et Bakchich, Vendredi se place sous la filiation de deux types de journalisme : d’une part l’homogénéisation de sources diverses pour produire un discours cohérent sur des faits d’actualité, et d’autre part un journalisme irrévérencieux et désinvolte, que je décrivais ici. Nul doute que Jacques Rosselin tiendra à ce que le blog cultive le côté sulfureux et irrévérencieux de certains auteurs qui sont libérés de toute pression éditoriale, de toute déontologie, et écrivent les choses comme ils les pensent et les conçoivent, pourvu qu’elles satisfassent aux règles de la rhétorique et de la logique. Ces « avis sauvages » sont la vraie valeur ajoutée du projet.

Passons à la maquette. J’ai pu me procurer les numéros 0. La première chose qui m’a frappé, c’est le format. Je n’ai jamais vu ce format de ma vie. Le journal est un peu plus étroit, et surtout plus étiré en longueur, que d’autres hebdo au format 8 pages comme le Canard Enchaîné. L’impression m’a fait très bizarre, il faudra s’y habituer, d’autant plus qu’une fois replié en deux, le journal fait un carré. Mes petites habitudes en ont été tout bousculées.

La maquette emprunte beaucoup à la presse gratuite, Direct Soir en tête. La couleur est omniprésente. Il y a beaucoup de rubriques insérées dans des sidebars, sur fond coloré. Beaucoup de petites informations plus légères qui permettent de faire un contrepoids aux articles de fond au cœur du journal. Mais, à l’inverse de la presse gratuite, l’information y a une vraie place, puisque les articles de blogs sont repris dans leur totalité ou peu coupés. L’image et la pub n’ont pas une place prépondérante.

Il y a beaucoup de petites rubriques, qui sont sommairisées sur la une à l’image d’un site d’informations en ligne. Pour l’instant, dans les numéros 0, j’ai un peu l’impression que les rubriques se cherchent encore, car il y en a toute de même pas mal, et surtout beaucoup qui servent à faire la pub de sources, notamment des vidéos. L’équilibre entre publication de sources et création d’un journal mérite peut-être qu’on s’y penche un peu plus.

Il manque, dans les numéros 0, pour l’instant, la dimension dynamique et participative du web. Si Jacques Rosselin passe par ici, je lui suggère d’ouvrir le journal aux commentaires des blogs, en publiant par exemple chaque semaine un débat intéressant qui aurait pu se passer à la suite d’un billet. Chez Eolas, eu égard à la qualité des intervenants, souvent juristes, ils sont fréquents. De la même manière, il manque l’aspect communautaire de la blogosphère via la pratique du linking. Je lui suggère aussi de choisir chaque semaine un sujet d’actualité et de confronter les propos de deux ou trois blogueurs qui sont entrés en débats sur leurs blogs respectifs.

Questions d’avenir. Pour les premiers numéros, Vendredi vise un fort tirage, et a misé sur la pub. La grande inconnue va être sur l’accroche du public. La notion de journal, du moins sous cette forme, est liée à la notion de professionnalisme dans l’esprit commun. On peut donc légitimement se demander si les lecteurs ne vont pas bouder, par peur de ne pas voir de qualité ou de ne pas être informés correctement, un journal qui agrège des sources de qualité, certes, mais amatrices. On peut toutefois faire confiance aux rédac’ chefs pour axer la communication du journal non pas sur l’information (ce n’est pas le rôle de l’hebdo), mais sur la découverte de points de vue circonstanciés et argumentés. L’art de l’éditorial s’est un peu perdu aujourd’hui, et ceux-ci sont réduits à la portion congrue.

La rédaction, réduite et chaleureuse, s’active en coulisses, et le projet en bottera plus d’un parmi les blogueurs. Rendez-vous dans vos kiosques, vendredi, munis d’1,50 € pour vous nourrir de la « substantifique moelle »2 de la blogosphère française.

  1. Citons-les : Gui Birenbaum, Jean-Michel Aphatie, Jean-Marc Morandini. []
  2. Mon tag spécial Luc Mandret []
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Peopolisation : la consécration ?

6 août 2008 | La vie de la cité, Médias | 3 Réponses

Une jolie arlésienne qui rôde depuis le début de ce jeune XXIe siècle semble sur le point de s’épanouir rapidement et franchement : la « peopolisation » de la vie politique. Sinon le principe, du moins la pertinence et l’attraction de celui-ci.

Balbutiante sous Giscard, tabou sous Mitterrand, inintéressante sous le premier mandat de Jacques Chirac, la peopolisation de la vie politique a fait son cours depuis le début des années 2000, portée par le nouveau souffle de la presse tabloïd française et sans doute également par Internet. Voraces, les hommes politiques s’y sont jetés, afin de parfaire et d’accentuer leur politique communicationnelle. Femmes, enfants, vacances, loisirs, veaux, vaches, cochons, tout y est passé.

Mais cette peopolisation fonctionnait-elle ? La presse tabloïd s’intéressait-elle aux hommes politiques parce qu’elle voyait là une manne financière ou était-ce par mesquinerie ? On rappellera par exemple que l’activité favorite de la presse tabloïd consiste à guetter la déchéance des successful livings : la curée autour de Britney Spears ou d’Amy Winehouse, les clichés de paparazzi montrant les petits boutons de telle actrice ou le fessier mafflu et constellé par endroits de capitons de Beyoncé, en sont des exemples frappants. Dans cette optique, la presse tabloïd n’est pas exempte d’une influence très appuyée de la fameuse « rhétorique de la désinvolture ».

Une interview du chef d’édition de Voici, Hugues Royer, lève une partie du voile. Effectivement, la peopolisation, ça fonctionne, et ça fait vendre ! Rachida Dati supplante Sophie Marceau, Emmanuelle Béart, et autres actrices françaises lorsqu’elle est couverturée. Pour dépasser la famille princière de Monaco, il faudra encore un peu de temps, mais les prospectives semblent tracées. Ce succès tient sans aucun doute à trois facteurs : d’une part, à l’effort que font les nouveaux visages politiques pour se rapprocher des Français — les mises en scène du jogging sarkozyen, les vrais-faux clichés instantanés pris dans sa cuisine, etc —, d’autre part à l’effort, naturel ou non, qu’ils ont fait pour se fondre dans le moule de la vie des people — la robe Dior, le yacht, les vacances au soleil, le tryptique magique pour être une vraie star — et enfin la perception par le lectorat que les hommes politiques de cette nouvelle génération étaient comme eux — Rachida, la célibattante de 40 ans, Sarkozy le divorcé, Madame la Première Dame de France la croqueuse d’hommes, et autres joyeusetés.

Sur le plan comptable, la peopolisation fonctionne. La France a crevé l’abcès et l’omerta qui a sans doute beaucoup souffert de l’affaire Mazarine Pingeot. La persistance avec laquelle les médias comparent le couple Sarkozy au couple Kennedy, précurseurs mondiaux de la peopolisation, montre bien que le plafond de verre s’est brisé et que l’affichage médiatique devient décomplexé. Il faudra du temps sans doute pour que la peopolisation soit identique à celle outre-atlantique, mais le chemin est lancé.

En revanche, la peopolisation de la vie politique est-elle une consécration de cette rhétorique de la désinvolture passée au filtre de la presse tabloïd, et qui, en mutant, se transforme plutôt en quête de la déchéance ? Hugues Royer définit bien cette tendance :

« Mais pour rentrer dans la logique «people», les hommes politiques comme les acteurs ou les musiciens doivent s’inscrire dans un feuilleton dont on attend le prochain épisode. Chacun se passionne pour les histoires de grandeur et de décadence : maintenant qu’on la sait lâchée par le Président, tout le monde attend sa chute. »

A ce titre, on perçoit çà et là des atermoiements. Les peines de cœur de Sarkozy ont fait grand bruit à l’été 2005 : c’est politiquement correct. La déchéance politique des hommes politiques qui auront voulu se servir des médias et de la presse tabloïd pour bâtir leur carrière et tutoyer les cimes sera relayée à bon train, et d’autant plus forte qu’aura été la recherche de la collusion médiatique : les médias ont léché, ils lâchent, ils lyncheront. En revanche, il ne semble pas que cette peopolisation conduise à une quête de la déchéance qui soit étrangère à la vie politique. On ne cherche pas à salir quotidiennement en montrant les petits défauts physiques de chacun : la dentition inférieur aléatoire de Sarkozy, le front luisant de François Hollande, les oreilles paraboles de François Bayrou. C’est politiquement incorrect. Même l’été, synonyme de torses dénudés et de bedaines fièrement exposées au vent, impose une certaine pudeur dans l’exposition photographique des corps. Quand les hommes politiques sont vieux ou qu’ils ne prêtent guère d’attention à leur image, la gêne tombe : je me souviens d’une photo de Raffarin, bide proéminent en tête, sur les plages aquitaines. A l’inverse, on se souvient du fameux gommage de bourrelet et du bronzage artificiel sur corps présidentiel joliment ouvragé de la part de Paris-Match il y a exactement un an. On nuancera le propos par la prudence qui est de mise : on ne connaît pas les raisons — censure en amont des rédac’ chef dû à la présence inquisitoriale et planante d’Arnaud Lagardère, censure en aval de l’Elysée avec le coup de fil qui va bien, ou simple respect de la personne et petit retouchage pour le montrer à son avantage — de ce joli retouchage Photoshop.

Le Canard enchaîné, jadis, surnommait Michel Poniatowski « Gros-cul ». Le dire est facile, le montrer, beaucoup moins. Et c’est tant mieux.

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Le buzz de l’année

2 juillet 2008 | Médias | Aucune réponse

Ce ne sera pas le prix du baril de pétrole à 140$.

Ce ne sera pas la présidence Sarkozy.

Ce ne sera pas le rejet du traité de Lisbonne.

Ce ne sera pas l’Euro catastrophique de l’équipe de France.

Ce sera la libération d’Ingrid Betancourt.

Étrange enchaînement de buzz ces derniers jours. L’accident malencontreux de Carcassonne, la vidéo off the record de Nicolas Sarkozy, les accrochages de Nicolas Sarkozy avec Peter Mandelson et le président Kacszynski… à croire que personne ne veut parler de la présidence française de l’Union européenne.

Quoi qu’il en soit, cette information révélée par les agences de presse en début de soirée fait turbiner toutes les rédactions. Libération.fr consacre la totalité de la une de son site à l’affaire. Les chaînes de télé ont interrompu leurs programmes pour ouvrir des flash spéciaux.

La dernière fois, c’était le 11 septembre 2001…

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Off the record et rhétorique de la désinvolture

1 juillet 2008 | Médias | 4 Réponses

Nouveau buzz. Ça commence à circuler partout, on se refile l’info, vidéo virale, effet tâche d’huile. Un Président de la République au naturel, « off the record », comme on dit dans le jargon journalistique, qui discute avec des journalistes et des techniciens de France 3. Échanges pas toujours très amicaux, notamment avec un technicien, qui refuse de lui dire bonjour (ça rappelle quelque chose). Comme avec l’esthéticienne, le président, échaudé par sa houleuse prise de bec au salon de l’Agriculture, se contrôle. Un petit coup de morale pour dire que c’est pas bien de ne pas saluer les invités d’un plateau, a fortiori quand on est sur le service public, etc. Échanges formels et assez froids avec Paul Nahon et Audrey Pulvar : pas vraiment la rigolade.

Ah, ça croustille. On nous avait fait le coup deux fois, avec Rachida Dati. On aime ça, farfouiller. Nos hommes politiques dans l’intimité, la petite phrase malencontreuse, vite montée en épingle, et le bataillon de journalistes prompts à se constituer en tribunal de l’éthique politique.

Chez Embruns, on partage mon avis. Cette information est une non-information, un pot de miel sur lequel se jettent de « noirs bataillons de larves » affamés de scoop. Rien à ronger sur l’os, pourtant. Pas de vitupération de Nicolas Sarkozy, une ambiance tendue mais non houleuse. Oh, de-ci, de-là, quelques sous-entendus qu’on éclaire à la lumière de la commission Copé, notamment un cinglant « ça va changer », mais, dans le fond, rien.

Chez les journalistes autoproclamés, on ne partage pas l’analyse des « blogueurs autoproclamés » (on ne reviendra pas sur le débat oiseux au sujet de l’arlésienne des blogueurs influents). Guy Birenbaum, dont la distance critique est aussi courte que le prénom, livre sur l’excellent Post.fr (ironie inside) une réponse en forme de pamphlet à Embruns. Extraits :

Parce que, justement, rien n’est plus révélateur qu’une séquence comme celle-là et ce, quel que soit l’intéressé. [...]

Parce que, justement, la différence entre la communication et l’information suinte uniquement dans ces interstices où la vraie personnalité affleure et se révèle.

Parce que, justement, tout politique et tout journaliste installé(s) sur un plateau sait/savent évidemment que, dix minutes avant l’antenne (et après encore), des caméras tournent, que les micros sont ouverts et qu’on les enregistre en régie… Et que, donc, tout peut sortir. Président ou pas. [...]

Parce que Gloaguen, enfin, ne sait absolument rien des devoirs d’un journaliste. Le premier est simplement le devoir d’irrespect… [...]

On y vient. Le rôle du journaliste n’est pas d’informer, mais d’emmerder. Chercher la petite bête, mener l’enquête indépendante, investiguer, chercher la vérité derrière la vérité officielle, démonter le complot. Tout cela, par irrespect. Par mission bienfaitrice et charitable. Alors, l’homme politique devient non pas un être respectable, mais un être potentiellement dangereux, manipulateur. Les mots qu’ils prononcent ne sont que des paravents, des écrans de fumée intolérables pour celer la vérité.

Et puis la politique, c’est quoi ? Un miroir aux alouettes ? Un jeu de l’être et du paraître. Procès de l’impuissance de l’action publique, dilution du politique et du diplomatique, asservissement de ceux-ci aux intérêts économiques (Kadhafi et le Tibet). Alors, en bon journaliste citoyen irrespectueux, on a le devoir de mépriser l’action publique, de bousculer les hommes politiques.

C’est cela, la « rhétorique de la désinvolture » qu’a analysée Michel Truffet. Une rhétorique qui naît directement avec la pratique underground du journalisme pendant mai 68 et s’institutionnalise dans les années 70 via la presse satirique de gauche ou d’extrême gauche, dont Hara-Kiri ou Charlie Hebdo. J’en ai parlé ici. Une rhétorique qui avilit l’action publique au moyen d’un ton irrévérencieux, mobilise le doute méthodique de Descartes au rang de principe réflexif, et utilise le mauvais esprit comme une marque de fabrique.

Tout n’est pas à jeter dans ce journalisme. Bakchich, iPol, Dimanche+ sont les fils de cette presse irrévérencieuse et désinvolte, cette soif de déguinder le politique. Tant qu’on se rend compte que c’est une posture, nul souci. Quand, comme Birenbaum, on est prêt à l’enseigner dans les écoles de journalisme en considérant que c’est l’article premier, sinon le préambule, du code déontologique du métier de journaliste, on peut douter de l’avenir des médias.

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Petite leçon de maljournalisme

30 juin 2008 | Médias | 1 Réponse

Lundi 30 juin, début de semaine. L’Espagne vient de gagner l’Euro 2008 hier, par une courte mais franche victoire sur la Deutsche Mannschaft. Et donc, ça turbine dans les rédactions. Il faut non seulement traiter l’information d’hier, la décortiquer, mais se coltiner en plus toute la synthèse de ces trois semaines de compétition ?

Que dire ? Comment analyser ? Quels enseignements en tirer ?

Mercredi soir, au Pavillon Baltard lors de l’anniversaire de la République des Blogs, Thomas Clerc, de l’équipe de Minuit/Dix, prononçait sa chronique sur le commentaire sportif, où il déplorait que les sportifs retraités se fissent journalistes alors qu’ils n’en avaient pas les qualités rhétoriques.

D’autres n’ont pas froid aux yeux. Christophe Barbier, grand sportif devant l’éternel, et non moins excellent journaliste (quand il veut), s’essaie à l’analyse politico-sportive. Politico-sportive car il essaie de lier l’Euro 2008 à la présidence française de l’Union européenne.

Alors, comment fait-on du maljournalisme en quelques étapes ?

  1. Se laisser prendre au piège de l’actualité. La chronique vidéo de Christophe Barbier surfe sur l’actualité. Chaque jour, un sujet à traiter, souvent le matin, d’ailleurs. Deux minutes chrono, pour effectuer un rappel des faits, décrypter, conjecturer. C’est court. Mais l’esprit de Christophe Barbier est court, il prend des raccourcis. Peu importe, il s’agit de débiter, d’attester et de convaincre plutôt que de constater. Alors, dans la frénésie de la production forcée d’informations, on râtisse large, et on prend tout et n’importe quoi. Ce qui fait la une des titres. Ce qui est en tête de gondole dans les kiosques. Ça permet de rester in.
  2. Faire de la téléologie. Le discours de Christophe Barbier est orienté vers un but : montrer que l’Europe, c’est important. Qu’il faut de l’énergie, de l’impulsion, ne pas manquer le rendez-vous. Discours non pas journalistique mais convictionnel. Tout est bon pour arriver à ce but : raccourcis, écrans de fumée, distorsions, parallèles grossiers, et j’en passe. Ou comment parvenir à comparer deux faits avec leur plus petit commun dénominateur. Et ça commence par le titre : sport et société sont liés (il est au moins cultivé), donc allons-y, j’ai la bénédiction du champ universitaire.
  3. Tartiner de truismes. Ça ne coûte pas cher et ça fait toujours de l’effet. On donne le change. Premier truisme, celui qui saute aux yeux et qui est tout sauf porteur d’enseignement : le joli parcours de la Turquie et de la Russie. Signe des temps ? Indice que l’Europe des géo-technocrates n’a aucun sens ? Ah. Fallait-il que la Russie et la Turquie arrivassent en demi-finales pour qu’on s’en rende compte ? La Turquie est membre de l’UEFA depuis 1962, la Russie depuis sa création, en 1954 ! L’Euro n’invente en rien le concept d’Europe des idées et des valeurs : l’Eurovision aussi accueille la Russie, il l’a même sacrée cette année.

    Les grands d’Europe, ah le beau concept ! Joliment embrayé d’ailleurs par tous les pseudos-analystes du dimanche qui ébauchent des corrélations idiotes entre résultats sportifs et moral national. Les grands gagnent ? Ils se renforcent. Ils perdent ? Ils se fragilisent. Même raisonnement pour Christophe Barbier. On a cru un temps que la Russie ou la Turquie supplanteraient les grandes nations du football, mais non, ouf ! les grandes nations reprennent leur droit, l’Europe ne s’en portera que mieux ! Et l’Angleterre, absente du tournoi ? Encore une marque d’euroscepticisme forcené.

    Le clou de l’édito : la leçon sur l’offensive. Pour gagner, il faut attaquer. Oui, mais encore faut-il bien le faire. Les eurodéputés et Nicolas Sarkozy feraient donc bien de s’inspirer de la grinta de Cristiano Ronaldo ou de l’inspiration d’un Xavi. Fernando Torres comme père de l’Europe : Jean Monnet relégué au placard, trop vieille école, trop lent, pas assez technique. L’Euro contre la CECA, le cuir contre le charbon. Nouvelle époque, nouveau modèle.

Vous aussi, faites dire à un événement ce qu’il ne dit pas en devenant journaliste. Vous aussi, privilégiez à la rigueur analytique la fumée du verbe bien maîtrisé et du style fleuri. Vous aussi, dressez des parallèles. Ce matin, j’ai pu tirer des conclusions de mon petit-déjeuner pour la présidence française. Il faudra des vitamines, d’abord, pour impulser l’énergie nécessaire. Des glucides lents, ensuite, pour tenir la distance, car 6 mois, c’est long, et gare au coup de fringale. Du calcium, à la fois pour bien faire fonctionner la machine à idées et pour consolider le fragile édifice déjà branlant du traité de Lisbonne. Il faudra bien s’armer dès le début de la présidence pour éviter le coup de barre de l’automne, si ravageur pour l’action politique !

Je n’ai pas le droit ? Pourtant, la politique, c’est d’abord, et depuis des temps immémoriaux, affaire de commensalité.

J’ai un conseil pour Nicolas Sarkozy : chausser des crampons.

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Télévision et révolution

29 avril 2008 | La vie de la cité, Médias | 2 Réponses

Ah la télévision. Rempart de l’ordre bourgeois. Elle nous gave de sucreries publicitaires que nous nous empressons d’engloutir. Elle nous aliène, nous rend captifs, dans tous les sens du terme. La télévision, fossoyeuse de la culture et de l’intelligence, immonde bassine à crétineries virtuelles dont on nous gave à coups d’entonnoirs.

Quand on est révolutionnaire, on hait la télévision. En ces temps de commémoration de mai 68, on se rappelle de toutes les critiques adressées à l’ORTF, télévision d’État. « La police vous parle tous les soirs à 20h » : TF1 ? Non, l’ORTF. La télévision comme vecteur lénifiant d’abrutissement des masses, erase and rewind dans ton cerveau pour t’imprimer un nouveau message. « La voix de son maître« , comme disait une autre affiche.

Les années 80, la libération ?

Oui, et non. Multiplication des chaînes, ouverture du câble et du satellite, libéralisation des radios, mais asservissement au marché, disent les contempteurs. La télévision a un nouveau maître : la publicité. Une nouvelle idole : l’audimat. Un nouveau fidèle : la ménagère de moins de 50 ans. Arthur et ses boîtes comme messe de 19h. L’Île de la Tentation comme un tableau vivant de Bosch (au hasard : l’Enfer). La « grand messe du 20h », suivie de l’eucharistie publicitaire.

La télévision et les hommes politiques ? Une sombre histoire de vengeance. La télévision, jadis si manipulée parce que naissante, se venge. Encore que, dans les années 60, entre les inadaptés de la télévision, vestes rayées ou pied-de-poule et discours chiants (Malraux), les snobs (de Gaulle), peu la prirent comme le nouveau vecteur de communication politique (Lecanuet). La télévision se venge. Elle, a compris son nouveau pouvoir : le quatrième, dit-on. Celui de porter une opinion, de surfer dessus, de la fabriquer même, disent les contempteurs. Le journalisme se fait punchy et n’attend plus les sollicitations des hommes politiques. Il les devance, voire remplace leur présence par des chroniqueurs. On n’écoute plus la voix du maître. Quel maître, d’ailleurs ?

La pipolisation des hommes politiques. Le péché mortel. Un avilissement d’une noble cause. Un barbotage dans la mélasse, un abandon de dignité. Une communication trop facile, on n’y parle pas de politique.

Olivier Besancenot n’a pas eu ces étâts d’âme. Certains de ses militants, si. Il passera chez Drucker. Parce que Besancenot a compris ce que pouvait être la révolution du XXIe siècle. Non plus la frustrée espérance d’un grand soir repoussé de jour en jour aux calendes grecques soviétiques, mais une posture quotidienne. On peut être révolutionnaire en baskets. On peut être révolutionnaire en achetant des figurines Batman à son fils. Parce que la première révolution à faire dans la Révolution, c’est une révolution sur soi, un effort extrême pour observer le monde comme il est. Le détester, oui. Mais en le regardant.

PS : J’emprunte l’affiche à ce très bon blog sur mai 68.

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L’énigme du nouveau style présidentiel : eurêka !

26 mars 2008 | La vie de la cité, Médias | 4 Réponses

Ca y est, j’ai compris ce que les journalistes entendent par « chiraquisation » ou « présidentialisation » de Nicolas Sarkozy.

En fait, par « chiraquisation », il faut comprendre que Carla Bruni enfilera désormais les tailleurs et manteaux de Bernadette Chirac…

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Sur la nouvelle campagne d’Adecco

22 mars 2008 | Médias, Société | Aucune réponse

« Les gens sont pleins de ressources humaines« . Tel est le nouveau slogan d’Adecco. Les nouvelles affiches commencent déjà de s’afficher dans le métro, et la polémique naît dans les rédactions, surtout chez Libé.

Le lien établi par Adecco entre l’image de Coluche et l’image de l’entreprise (intérim) semble assez peu évident. On rappellera tout le mal que pensait Coluche de la publicité (il en fit un sketch hilarant sur la « lessive qui lave plus blanc que blanc« ), qu’il n’a jamais figuré jusqu’à ce jour sur aucune campagne publicitaire. On rappellera que le travail intérimaire est associé à la précarité. Et on rappellera enfin que les Restos du Cœur, le grand œuvre de Coluche, accueillent justement par bataillons entiers ces mêmes travailleurs précaires. Voilà donc Coluche faisant la promotion d’une enseigne qui génère de la précarité.

Je trouve cette polémique inutile. D’ailleurs, elle est largement surfaite. Et pourtant, cette affiche m’a choqué, mais sur un autre plan. C’est l’éloge déplacé de la polyvalence incohérente comme vecteur de fierté et d’ascension sociale que je trouve incongru. A ce titre, la seconde affiche, qui utilise l’image de Gandhi, est beaucoup plus cohérente. J’y reviendrai.

Quel est l’objectif d’une agence d’intérim, comme de l’ANPE ? Ce n’est absolument pas de donner du travail à chacun, auquel cas ces agences manquent totalement leur objectif. Leur but est de donner à chacun les instruments pour se construire professionnellement. C’est d’un avenir professionnel plutôt que d’un expédient qu’il s’agit. On n’a pas vocation à être intérimaire toute sa vie, et l’objectif d’agences comme Adecco est d’offrir de l’expérience rapidement, en vue d’une embauche durable.

A partir de ce moment-là, la notion de cohérence est indispensable et naturelle. Lorsqu’on cherche à bâtir son avenir, on réfléchit dessus. Sur l’affiche de Gandhi, on a un parcours professionnel cohérent et lisible. « J’ai suivi des études qui m’ont amené à exercer l’avocature (avocat). Par ailleurs, celles-ci m’ont permis de baigner dans un univers intellectuel favorisé (philosophe). Et ces deux influences ont débouché naturellement sur un engagement social (résistant et diplomate) ». Il y a une homogénéité du parcours, qui montre qu’un avenir professionnel se construit pas à pas, en sollicitant de nombreuses ressources. Sur l’affiche de Coluche, on assiste à un discours beaucoup plus incohérent : « J’ai été humoriste et comédien, deux professions fort proches. Mais j’ai également été tantôt fleuriste, tantôt restaurateur, avant de me lancer finalement en politique ». Aucun lien n’existe entre ces professions, dont le passage de l’une à l’autre s’opère sur le mode de revirement de carrière, souvent très mal perçu des employeurs.

Naturellement, tout un chacun retissera derrière la liste des professions le parcours de Coluche et de Gandhi tel qu’il s’est vraiment réalisé, et trouvera une plus grande cohérence. Mais ce n’est pas le message de la campagne de pub. Elle ne cherche pas à replacer les compétences de ses deux hérauts dans un contexte. Comme le dit le slogan, elle vise à faire étalage d’une polyvalence professionnelle. C’est la raison pour laquelle Adecco n’a pas hésité à placer « fleuriste » sur l’affiche, profession jamais exercée par Coluche, hormis dans un sketch, ni à résumer les activités pacifistes de Gandhi sous la profession de « gardien de la paix ».

On ne peut pas sacrifier à la cohérence la polyvalence nécessaire à la flexibilité du marché du travail, qui en soi est une bonne bouffée de respiration. Cette campagne contient en creux le message qu’elle ne veut d’ailleurs surtout pas véhiculer : donner du travail aux gens, peu importe lequel, leur bloquant tout déploiement de carrière. Diversifier les compétences, il le faut, car l’évolution de l’emploi appelle la maîtrise de compétences croisées. Faire s’épanouir la polyvalence, c’est une obligation, car c’est comme cela qu’on se construit en profondeur, c’est comme cela qu’on prend de la valeur, et c’est donc comme cela qu’on refait fonctionner ce qu’on nomme « ascenseur social » (notion par ailleurs assez destructrice, j’essaierai de creuser l’idée). Mais cela ne doit pas être un horizon obsédant ni une fin en soi. La polyvalence pour la polyvalence ne veut rien dire. D’autant plus que nous sommes tous polyvalents, c’est le propre de l’homme d’avoir de multiples talents. Mais c’est la manière dont nous nous en servons, dont nous concevons les liens qui peuvent les unir, qui construit et plaît.

Le contresens est la pire erreur en marketing, et Adecco est tombé en plein dedans.

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Liveblogging municipales : la liste des articles

16 mars 2008 | Internet, Médias | Aucune réponse

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On a sorti la coke à TF1 ?

On va frissonner jusqu’au bout.

Mince, serait-on déjà en 2012 ?

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Nick Carraway

And as I sat there brooding on the old, unknown world, I thought of Gatsby's wonder when he first picked out the green light at the end of Daisy's dock. He had come a long way to this blue lawn, and his dream must have seemed so close that he could hardly fail to grasp it. He did not know that it was already behind him, somewhere back in that vast obscurity beyond the city, where the dark fields of the republic rolled on under the night.

Gatsby believed in the green light, the orgastic future that year by year recedes before us. It eluded us then, but that's no matter-to-morrow we will run faster, stretch out our arms farther... And one fine morning.

So we beat on, boats against the current, borne back ceaselessly into the past.