La polémique Hortefeux en finit guère de désenfler. Ministres, parlementaires, conseillers spéciaux, tous les appuis sont bons pour sortir Brice du pétrin. Aujourd’hui, c’est Henri Guaino, le mépris réactionnaire fait homme, qui lance chez David Abiker cette tirade tragique :
Ce n’est pas pareil de prendre la parole quand on est un homme politique, un responsable, pour affirmer quelque chose que l’on assume et de prendre la parole dans un cadre intime, amical, informel
Ah, donc les universités d’été de l’UMP sont un moment intime, amical et informel de la vie du parti majoritaire et du gouvernement (on a beau dire que le gouvernement est censé être au-dessus des partis et œuvrer pour le bien de tous les Français, vous avez quand même compris qu’il y a quand même 53% de Français qui sont plus égaux que les autres). Mais où les caméras sont admises dès qu’il s’agit de tacler le PS et le MoDem ou de glorifier l’ouverture (2007) , l’union (2008) et la solidification (2009) de l’UMP.
Quand le soir, Guaino accroche sa mauvaise foi avec son manteau à la patère, il jette un rire sardonique et crache devant son miroir :
Non mais quelle bande de cons. Ils n’ont pas encore compris que, symboliquement, un ministre reste ministre tant qu’il ne rentre pas chez lui, et que toute activité publique, exercée en tant que ministre, ou homme de parti, est publique et partant peut être portée à son crédit ou débit ?
Eh oui, c’est la contrepartie de la notion de notoriété. Elle se travaille, elle s’entretient. L’homme public est plus public que privé. Et s’il accepte volontiers tous les avantages de la vie d’homme public, ce serait fort de café qu’il n’en accepte pas les maigres inconvénients.
Gilles de Robien disait déjà qu’en France, il est impossible d’être ministre de l’Éducation Nationale, car il y a avec soi 60 millions de co-ministres. Il suffit désormais depuis hier que Nicolas Sarkozy fasse un malaise pour que chacun se fasse médecin.
Molière aurait été bien satisfait de cette tartufferie qui veut que chacun se veuille ce qu’il n’est pas en donnant son avis à la petite semaine. Malaise vagal ? Balivernes ! La France a une trop grande tradition du secret médical sur ses présidents pour croire au simple malaise : un hélicoptère, une batterie de test, et c’est bien trop pour un petit bobo. Ajoutez à cela un médecin qui soulève l’hypothèse du malaise cardiaque pour que, caution médicale brandie devant soi, on rejoue un énième avatar paranoïde de la théorie du complot. Et pourtant, de Molière à Dr House, chacun sait qu’il n’y a rien de plus contradictoire que deux médecins dans leurs diagnostics. Alors, thèse contre thèse, arguments contre arguments, voilà que chacun se met à spéculer en vain.
Le pire, à n’en pas douter, dans ce non-événement, ce sont les prescripteurs d’ordonnance. Le Barbier de l’Express, qui ne s’appelle pas Figaro mais Christophe, porte bien son nom : non seulement il rase dans ses éditos, mais voici qu’il prodigue soins et recommandations. Pour un peu, on entendrait le « rasori e pettini, lancette et forbici »1 de l’aria de Rossini. Le factotum du média mainstream saute sur l’occasion grosse comme une verrue plantaire pour enfoncer une porte de bloc opératoire grand ouverte : Nicolas Sarkozy doit se calmer.
Le diagnostic du mal se fait sans guère de précautions, et la recommandation ressemble plus à celle du boucher qu’à celle du praticien : amputer une jambe pour un ongle incarné. Plus le charlatanisme est vorace et rapide, plus il passe. Si Nicolas Sarkozy a fait un malaise vagal hier, c’est parce qu’il est surmené. Mais si, mon beau-frère a fait la même chose il y a 6 mois, il est tombé dans les pommes en servant l’apéro parce qu’il venait de se faire virer et qu’il avait perdu son job. Fredo le Boucher, décoré d’un Ph. D. de désosseur et passé maître dans l’art du tacle à la carotide, a décidé de remplacer le bistouri par le poignard, celui qu’on lance dans le dos : « Si personne ne considère qu’un accident cardiaque est une alerte, qu’est-ce qui peut être une alerte ? [...] Je crois qu’il faut évidemment que le président de la République fasse ce que font d’ailleurs tous les citoyens quand ils vivent une alerte de ce type, et trouve le moyen de prendre du repos, parce qu’il se trouve que ça intervient à un moment où il va pouvoir le faire plus facilement qu’à d’autres. » Si après ça, Sarko n’est pas bon pour l’abattoir…
En se gaussant, on se rappelle d’ailleurs de l’argument de la santé qu’avait convoqué Sarko dans son combat contre Chirac. Le nerveux ayant poussé la gâteux, que reste-t-il à présent que le nerveux a flanché ?
C’est finalement dans ces moments-là qu’on ne donne rien moins que plus de crédit à la thèse du Sarko-surhomme. D’ailleurs, il ne vous a pas attendu pour ciseler sa communication de sortie. Dès hier, il « parlait normalement avec le personnel médical ». Ce matin, il est sorti « à pied » du Val-de-Grâce. A tous ceux qui ont fait leurs choux gras et leur obsession dominicale de ce malaise, l’Élysée enverra un joli carton de remerciement : « Le Président, au nom de toute la France, vous remercie chaleureusement d’avoir participé à une gigantesque opération non fortuite (faut pas déconner quand même) de communication superhéroïque ». Avec un bulletin d’adhésion à l’UMP glissé à l’intérieur.
Comme Authueil, je n’ai pas la télé. M’ont donc été épargnées ces images répétitives tournant en boucle depuis hier, entrecoupant même le match de Federer de points info en direct de Roissy. Répétitives, et vides : des points réguliers brodant avec habileté le néant de l’information, du conditionnel et de l’hypothétique qui s’enfilent à longueur de transitions, de l’émotion à la pelle avec ces gros plans sur les familles désespérées errant dans les couloirs de l’aéroport. Depuis hier toujours, un vaste colloque scientifico-médiatique se déploie sous les yeux de tout le monde : mais de quoi donc a bien pu sombrer le vol AF 447 Rio-Paris ? Foudre ? Panne électrique ? Perdition dans une zone de turbulences aux vents violents qui auraient déchiqueté l’avion ? Terrorisme ? Dans une démarche heuristique, ça bouillonne dans l’ébauche des différents scénarios possibles.
Scénario, le mot est bien choisi. Il ne s’agit pas d’une information que ce crash, mais d’une histoire dramatique. Certains journalistes voudraient encore nous faire accroire qu’ils ne sont que des passeurs d’informations, que l’événement se crée par le fruit du hasard et qu’ils en sont le bras emplumé. Mais personne n’est dupe : voilà bien longtemps que les médias participent autant à la forge des événements qu’ils les décrivent.
Alors, quel scénario ?
Cela commence par une disparition brutale, tragique et entourée de mystère. La seule chose que l’on sait depuis hier soir, est qu’on ne sait rien. Deux centaines de passagers, équipage compris, se sont abîmés en mer quand ils auraient dû arriver à 11h10 sur le tarmac de Roissy ; parmi eux, 73 Français ; s’il advenait qu’il n’y eût aucun survivant (et l’hypothèse est quasi certaine), ce serait la pire tragédie aéronautique pour Air France. Voilà pour le synopsis à partir duquel l’on peut tirer le scénario dans tous les sens possibles.
Est-ce parce que le scénario s’étouffe que depuis hier les péripéties s’enchaînent dans l’horrible ? Il y a d’abord cette révélation : dix-huit salariés d’une même entreprise ont trouvé la mort ensemble alors qu’ils revenaient d’un séjour au Brésil qu’ils avaient gagné. Le tragique le dispute à l’horreur : dix-huit salariés, saisis dans la mort alors qu’ils étaient encore plein de l’insouciance et de la légèreté de ces voyages exotiques. Et puis aujourd’hui, comme une évidence, on donne la parole, faute de survivants, aux miraculés, à ce couple qui fit des pieds et des mains pour entrer dans l’avion qui aurait pu être leur tombeau, mais que la main de la Fortune a maintenus en vie.
On trouvera là un curieux parallèle avec l’histoire du nageur australien Ian Thorpe, présent dans les tours jumelles quelques minutes avant le terrible drame : pour lui, c’était l’oubli malencontreux de sa caméra vidéo qui l’a sauvé du destin funeste ; pour ce couple, c’est pour un ironique changement de billet inabouti parce que l’avion était complet… Ce n’est d’ailleurs pas le seul point commun que cet événement entretien avec le 11 septembre. Encore une fois, une catastrophe aérienne fait les gros titres, et pour la seconde fois, chamboule les programmes télévisés : JT en direct, et aujourd’hui déprogrammation de la série Fringe sur TF1, dont la première scène montre un crash d’avion… Et à mesure que les informations parviennent, se dessine lentement une conclusion blafarde : il est probable qu’on ne retrouve jamais les débris de l’avion, laissant l’énigme irrésolue comme lors du crash d’un avion de la TWA en 1996. On ne serait alors pas loin de la folie du complot identique à celle qui a saisi le 11 septembre.
On ne décrit jamais mieux un événement qu’en l’inscrivant dans une longue chaîne de tropes et d’items chronologiques, qui fonctionnent comme autant de repères inconscients. Le crash de Rio nous prouve l’indigence médiatique à s’emballer pour un événement dont on ne sait rien. Mais on sait, depuis longtemps, que les médias sont « une industrie avant d’être un sacerdoce » (Albert Thibaudet) : la course au scoop et au sensationnel a un peu plus, cette fois-ci, poussé l’horreur des victimes et des familles au-delà de ce qu’elles avaient déjà subi.
A l’instar du buzz Susan Doyle, dont on dit qu’il faut revenir d’Irak pour ne pas en avoir entendu parler, ce week-end il fallait vraiment s’enterrer dans un abri antinucléaire pour ne pas entendre parler du Grand Pardon de Ségolène Royal, volume 2. Après la sortie du premier épisode dans toutes les salles de métropole et du Sénégal, le second volume était attendu au tournant.
Je suis allé le voir. J’ai été déçu. Le premier ne m’avait déjà pas vraiment emballé : le personnage principal était un peu trop fantoche, trop madone, trop pleureuse ; on n’y croyait pas, à ce personnage d’opposante qui veut se tailler la carrure d’une présidente en taillant des costards au Présidents. Et puis, dans le genre personnage bouffie d’arrogance, je préfère Hubert Bonnisseur de La Bath, qui me décroche au moins des rires à m’en déboîter la mâchoire. C’est peu dire que j’ai visionné le second épisode avec beaucoup de circonspection et, pour le coup, d’a priori. Je ne suis pas sorti de ces jugements.
Si j’ai pu a posteriori reconnaître une certaine habileté au contre-discours de Dakar, joli coup stratégique en dépit d’un profond mépris pour l’ordre constitutionnel, qui doit pourtant être la pieuse Bible de tout postulant à la magistrature suprême, en revanche ce second opus est d’une indigence crasse. J’ai trouvé chez Aliocha une très bonne critique à laquelle je n’ai rien à ajouter : le comique de répétition va bien cinq minutes, mais la stratégie de Ségolène de développer un nombre incalculable de spin-off à la manière des Experts lasse très vite.
J’espère pour Ségolène que les producteurs (qui sont tous de gauche, vous le savez) la rappelleront en 2012 : c’est si triste de voir une actrice bankable connaître la déchéance publique.
Parfois, on se rend compte avec amertume et cynisme qu’il y a des sujets extrêmement racoleurs. Quand je tape sur Sarkozy, ça m’amène parfois un nombre incroyable de visites. Quand je parle de la grossesse de Rachida Dati sur Facebook et Twitter, les gens se ruent plus que d’ordinaire sur mes liens. Quand je parle de Quitterie Delmas ou d’une déclaration fracassante sur Bayrou, la blogosphère MoDem accourt alléchée. Récemment, j’ai trouvé un autre aspirateur à polémique : les billetscritiques sur le féminisme. Le sensationnalisme paie toujours, et c’est parfois dommage quand on aimerait aborder d’autres sujets.
Tout blog qui se respecte et qui est un tant soit peu visible est truffé de mouchards à spam. A l’heure actuelle, Akismet avec ses petits bras musclés m’en a interceptés près de 4 000 en quelques mois. Mais parfois il arrive qu’il en laisse passer et que ceux-ci se retrouvent dans l’antichambre de ma page de commentaires, à un cheveu de se retrouver dans le fil des discussions de mes brillants lecteurs (je n’ai jamais eu à me plaindre de la qualité des discussions sur mon blog jusqu’à présent). Aujourd’hui, à la suite de mon dernier billet malicieusement titré autour du clitoris et du pénis (ça va encore aspirer les spams, ça), un généreux site m’a envoyé le commentaire suivant (cliquez pour voir en plus grand) :
Le site Internet en lien hypertexte vaut son pesant de cacahouètes. Et la technique de postage aussi. On reprend le commentaire de l’auteur avec un faux compliment (même pas en français en plus…). Ils sont de plus en plus ingénieux.
Le sommet du G20, sommet des 20 pays les plus puissants de la planète ? Certains en doutent, comme Jean-Pierre Pernaut, qui a prononcé jeudi un joli lapsus au journal de 13h. Ecoutez bien la vidéo, et vous entendrez cette jolie phrase : « le sommet des 20 pays les plus impuissants de la planète ».
La journée de la femme arrive à grand pas, et Vendredi sort un numéro entièrement écrit par des femmes. Comme prévu, ça trolle partout et ça fait débat. Je vous invite à aller lire ici, ici, ici, ici et ici. Ce numéro, je ne l’achèterai pas.
Après réflexion, l’orientation féministe du numéro spécial n’est pas nécessairement le pire de mes griefs. Je déplore cependant qu’il soit impossible, au XXIe siècle, d’être un tant soit peu critique envers certains discours et actions féministes sans être taxé de machos qui a des problèmes avec sa virilité. Ces femmes qui crient haut et fort qu’elles veulent faire de la politique autrement et qu’elles ont des qualités que les hommes n’ont pas, visiblement sont incapables de débattre sans se jeter des anathèmes qui ne font pas avancer le schmilblick, et de se remettre en question.
Je fais partie de ceux qui plaident pour l’égalité salariale, pour une meilleure législation qui permettrait de mieux concilier travail et vie familiale, et évidemment pour une meilleure représentation des femmes à l’Assemblée (mais pas uniquement : il y a d’autres composantes sociales qui manquent à l’Assemblée). Pour autant, ça ne m’empêche pas d’exécrer les féministes, qui sont dans leur très grande majorité focalisée sur le chiffre de la parité plus que sur son principe.
Quand je vois Olympe faire des calculs d’apothicaire sur le classement Wikio pour déplorer que sur les 20 blogs politiques les plus influents, il n’y ait pas assez de femmes, je trouve ça risible. De même quand je l’entends dire qu’elle a effectué des statistiques (!) sur les numéros de Vendredi pour connaître le taux de publication des blogs de femmes. Au bout d’un moment, il faut savoir coopérer : ou bien les féministes jouent les inspecteurs des travaux finis et passent leur temps à harceler tous ceux qui n’ont pas atteint la parité, ou bien on est un tant soit peu progressistes et on considère que le principe vaut mieux que le résultat lui-même. Vendredi a toujours publié des blogs de femmes, certes moins que les hommes (et pas pour les raisons machistes qu’évoquent Olympe et d’autres). Il a toujours fait primer le contenu du billet sur leur auteur, même si je trouve depuis quelques numéros que le pool de blogueurs tend à se fossiliser autour d’une vingtaine de blogs.
Encore une fois, on prend un classement qui ne signifie rien pour le détourner à des fins politiques. Le collectif des Femmes Engagées, c’est comme les Left Blogs : se linker mutuellement, se bombarder de commentaires mutuels, pour grimper artificiellement dans le classement. C’est une pure démarche d’affichage. Il s’agit d’attester qu’il y a des blogs féminins qui sont lus et qui sont influents. Influents par leur qualité ? On s’en fiche ! C’est la même démarche que ceux qui prennent à tout prix des femmes sur leurs listes électorales, sans regarder leurs compétences concrètes. Je ne crois pas que ce soit servir la cause des femmes que de les utiliser comme ça.
Si je n’achèterai pas Vendredi aujourd’hui, c’est parce que ce numéro va à l’encontre du projet qu’on m’avait proposé au moment des numéros d’essai. L’objectif de Vendredi, qui figure toujours en slogan en une, c’est « chaque semaine, les meilleures infos du net. » Or, ce n’est absolument pas ce qu’on aura dans ce numéro, qui est centré sur la femme. Que Vendredi invite un collectif de femmes à jouer les rédactrices en chef et à sélectionner elles-mêmes les billets, je trouve l’idée très séduisante, et on pourrait la reproduire pour d’autres groupes (blogs de gauche, de droite, européens, etc) : chacun à une sensibilité différente vis-à-vis de l’information, et le pluralisme est une bonne chose. Mais que ces femmes rédactrices en chef d’un jour ne publient que des blogs de femmes, je ne vois pas l’intérêt. C’est l’auteur du blog qu’on veut mettre en avant, et pas l’information qu’il publie ! Le journal est détourné de sa fonction première pour d’autres fins, et ça ne me plaît pas. Comme ça ne me plairait pas de lire un journal qui ne publie que des articles ouvertement de gauche, ou autres combinaisons.
Et pour répondre à celles et ceux qui sont focalisés sur le chiffre de « 1 numéro dans l’année, c’est 1/52e, c’est pas la mer à boire », je répondrai que ça ne change rien. Allez plaider devant un juge que certes, vous avez volé, mais c’était un petit montant. Ca n’enlève en rien le principe initial. Alors certes, ce n’est qu’un numéro, inutile d’en faire toute une montagne. Mais ça n’est pas une raison pour ne pas en parler, ni non plus pour ne pas l’acheter. Il y aura donc un trou dans ma collection, et il y en aura à chaque fois que le journal tombera dans l’entre-soi.
Ce qui ne m’empêche pas de soutenir encore et toujours le projet du journal. Mais avec esprit critique.
Comment passer de la subtilité de l’artiste engagé au ridicule grossier de l’artiste encarté ? C’est Cali qui nous éclaire le mieux. Jadis, les aînés, Ferré ou Brassens, inséraient dans leurs chansons cette poésie subversive et éminemment politique. Le génie faisait le reste : il en résultait que les chansons formaient un tout, sans scorie politicarde et pseudo-rebelle. Aujourd’hui tout a changé.
Cali est de ces artistes qui nous servent une soupe rebellocrate arrosée de militantisme vulgaire. Les chansons ne sont plus originellement subversives, elles sont retravaillées pour le format télévisuel : les paroles changent, les saillies politiques lors des bridges ou des fins de chanson font mine de donner ce caractère improvisé et donc totalement rebelle en regard du cadre si bourgeois et formaté de la prestation télévisuelle en direct. Cali ne fait pas de chansons engagées : il détourne ses chansons pour faire passer un message, souvent d’une affligeante bêtise.
Ses passages télévisuels se résument souvent à proférer cette bouillie politicienne du haut de son statut d’artiste, à tel point que le CSA l’a inscrit dans la liste des personnalités socialistes dont le temps de parole est à décompter. Quand on l’asticote sur cette posture faussement rebelle, Cali s’énerve. Il veut qu’on parle de ses chansons, pas de ses positions politiques. J’ai un conseil : qu’il se borne donc à chanter. A vouloir prouver son engagement plutôt que de l’éprouver, il prend en otage un public à qui il vocifère des prescriptions morales et politiques
Hier soir, aux Victoires de la Musique, j’ai eu l’impression que nous étions sous l’Occupation. Expulsions, rafles, horribles âges obscurs de la démocratie, qu’il nous mettait sous les yeux. Cali venait nous dessiller les yeux. Hier j’ai compris que le second prénom de Nicolas Sarkozy était Adolf, et qu’il nous fallait entrer en résistance et prendre le maquis contre les vieux démons qui menacent la liberté et la dignité mondiales.
Cali, c’est le Sarkozy de la chanson française : un histrion gesticulant, sautillant partout, insaisissable aux caméras qu’il fait ainsi semblant de fuir, mais dont il se goberge pourtant. Un dynamisme scénique entrecoupé de paroles de chanson qu’on oublierait presque. Cette même façon de faussement se défendre de faire de la politique brute.
Mais quand on gratte un peu, on comprend mieux le personnage. Alors qu’il avait juré de ne jamais servir la soupe aux émissions de téléréalité, voici que sa dernière chanson est choisie comme générique de la première Star Academy québécoise. Gênant, n’est-ce pas ? C’est ainsi que terminent tous les faux artistes engagés : vendus à la course aux disques, bourgeoisement installés dans de grands appartements. Dans le monde du tout médiatique, qui adore ces disruptions politiques dans les prestations en direct parce qu’elles génèrent de l’audience, ces artistes feraient bien de comprendre qu’ils ne sont que des pions. Et d’en adopter les comportements qui s’imposent : ne pas faire de vagues, ou quitter la scène médiatique.
On pardonne tout aux artistes qui ont du talent et de la subtilité. Alors brûlons Cali.
Ségolène Royal est furibarde. Paris-Match, le journal des politiques-qui-voudraient-vivre-l’über-vie-de-Beyoncé, a publié des clichés pseudo-volés de Ségolène Royal main dans la main avec un homme d’affaires français. Ah la la, ça ne se passera comme ça, qu’elle dit la Ségolène : allez, au trou les journalistes gonzo ! C’est que les photos, publiées juste après son passage en Guadeloupe, font un peu « télescopage », comme elle dit. Ah ! les grandes figures de la gauche qui couchent dans des draps de soie avec des barons d’affaires dans des palmeraies sublimes et qui, la braguette rezippée, s’en vont pourfendre le capitalisme destructeur ! Toujours ce paradoxe irrésolu : Julien Dray fait dans ses chausses quand on révèle son goût pour les montres et Ségolène Royal toussotte quand on photographie ses batifoleries andalouses. Du côté de la Madone du Poitou, on crie au viol de la vie privée et à l’avilissement de sa dimension politique, qu’on voudrait décrédibiliser en la rétrogradant au rôle plastique d’icône people. Du côté de Paris Match, on tonne à l’hypocrisie : « Mais la peste soit de la suffisante Ségolène ! Quelle déplorable manie est-ce là que ces hommes politiques qui courtisent les journalistes quand il faut se faire flasher en terrain politique, et qui refusent toute image compromettante ? » Pointe-à-Pitre, touché. En effet, Ségolène est prise à son propre piège. Sa stratégie politique est identique à celle de Sarkozy : monter grâce aux médias. Son voyage en Guadeloupe, c’est communication de tarmac à tarmac. Ses frasques obamaniaques, c’est délire présidentiel et médiatique. Sauf que les médias sont moins bêtes qu’ils en ont l’air : vous leur donnez le doigt, ils réclament légitimement le bras. Si tu veux être star comme Beyoncé, attention dans ce cas à ne pas sortir sans maquillage ou lardée comme une truie !
Hier, Benoît Hamon était à la République des Blogs, pour débattre des élections européennes. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a déçu. Tout le monde attendait un débat informel, autour d’une mousse, avec podcasting à mort et éclairages merdiques. Oui mais Benoît il aime pas ça. Il veut contrôler chaque image. Alors on s’arrange pour faire venir CAPA qui se chargera de vendre le sujet à Canal, histoire de montrer que Ben, c’est grave un djeunz politique. De toute façon, blogs ou autres médias, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, comme il l’a dit hier. C’est vrai qu’à l’heure des iPhone et autres sorcelleries technologiques, un petit off qui buzze serait si vite arrivé, comme un doigt un peu turgescent qui gigoterait, ou un montage exclusif de « Euuuuuuuuuh… » Pas bon, pas bon, tout ça, pour la communication.
N’ont-ils pas encore compris que cela ne sert pas à grand chose de vouloir tout contrôler par peur de la petite phrase assassine ? Allez Benoît, viens prendre une mousse à la RDB. Tu verras, les blogueurs aiment bien qu’on ne les prenne pas pour des journalistes charognards ; ils aiment le contact personnalisé et informel, sincère et sans arrière-pensée. Et (mais chut c’est un secret) il paraîtrait même que ça serait une super occasion pour engendrer du buzz positif. Les marques ont commencé à le piger.
C’est l’escalade. Depuis Loft Story 1, premier coup de pioche inoffensif dans le roc de la téléréalité, les boîtes de prod’ françaises ont continûment gravi un à un les échelons vers toujours plus de vulgaire.
Premiers de cordée, tous les shows censés récompenser l’exercice de compétences, notamment les nouveaux télécrochets modernes : car qui dit vainqueur par talent, dit aussi éliminés par manque de talent. Et c’est ainsi que de voyeurs de seize rats de laboratoires enfermés dans un grand appartement on est devenus voyeurs au rire gras des casseroles vocales de malheureux candidats en quête éperdue de célébrité rapide.
Pire : on a voulu aussi tester la capacité de candidats à surmonter leurs peurs ou à jouer les Rambos modernes. Alors, devant Fear Factor, nous sommes devenus des violeurs de l’intimité, nous repaissant goulûment des phobies d’autrui. Devant Koh-Lanta, nous avons regardé des pauvres malheureux obligés d’ingurgiter des gros vers, des testicules de mouton, ou, dernière facétie en date, des tarentules vivantes, poils et pattes compris.
Nous avons aussi vu des couples se déchirer, se tromper, exposer à la lueur des flammes les détails intimes de leur couple, leurs espoirs déçus, leur tristesse et leurs larmes. Et ça nous a plu. Dans la même veine, on nous a servi en guise de dessert d’autres candidats chargés de lutter pour préserver un secret, par nature fermé à la divulgation, dernier joyau de l’indissolubilité de l’homme dans le collectif. Et pourtant, on a proposé à certains de se dévoiler pour les plaisirs d’un jeu et pour le son argentin de plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Certains de ces ex ont fait leur rédemption. La plupart sont retournés à un anonymat qu’ils n’auraient jamais dû quitter, qui avec regrets, qui sans. D’autres continuent éperdument à écumer les soirées people, pensant être devenus un des leurs, avides de monnayer leur vie sans chercher à vraiment la remplir. D’autres enfin s’en sont extraits, ont gagné avec un brin de talent d’autres reconnaissances, musicale, artistique ou médiatique. Pour autant, ils resteront toujours marqués par la macule de la téléréalité.
Voici quelques jours, Loana, plus grande « star » de la téléréalité à la française, a été hospitalisée, sans doute pour cause d’agression physique à son domicile. Titres des journaux tabloïds, couverture filée (et cousue de fil blanc ?). Voilà un scoop. Comme si désormais, tout dans sa vie devenait événement : sa manducation des cerises, ses entorses de la cheville, ses sourires disgracieux, etc. Traquée à tout jamais : comment celle qui a accepté qu’on la filme en train de vivre enfermée, qu’on pénètre au plus profond de son intimité (sans mauvais jeu de mots), pourrait-elle avoir autorité pour réclamer un droit à la vie privée et un droit à l’oubli ?
Hors de France, le déchaînement du vulgaire, du salace et de l’odieux, est encore bien pire. Aujourd’hui, une ancienne star de la téléréalité britannique, Jade Goody, vit les derniers mois de sa vie. Sa bataille contre le cancer semble perdue. Oh, ne nous attendrissons point trop : jusqu’au bout, elle aura joué à fond la carte de la téléréalité. Celle qui a toujours assumé le fait de monnayer sa vie, monnaie aussi sa mort : son cancer lui aura permis d’assurer à ses deux fils un solide héritage qui leur permettra de grandir plus confortablement qu’elle-même. En Espagne, le sommet du vulgaire a été atteint. Un couple de candidats à la version ibérique de Pékin Express, a été sommé d’abandonner. Motif ? Le candidat masculin, âgé aujourd’hui de trente ans, a assassiné ses parents quand il avait 15 ans.
Qu’y a-t-il de plus paradigmatique de cette forme de télévision qui conduit à la déshumanisation par le cloisonnement, la destruction de l’instinct grégaire par le concept des éliminations endogènes au groupe, et l’abandon de toute dignité, que d’avouer en direct avoir commis l’acte qui par essence vous exclue le plus de la communauté humaine : le meurtre ?
And as I sat there brooding on the old, unknown world, I thought of Gatsby's wonder when he first picked out the green light at the end of Daisy's dock. He had come a long way to this blue lawn, and his dream must have seemed so close that he could hardly fail to grasp it. He did not know that it was already behind him, somewhere back in that vast obscurity beyond the city, where the dark fields of the republic rolled on under the night.
Gatsby believed in the green light, the orgastic future that year by year recedes before us. It eluded us then, but that's no matter-to-morrow we will run faster, stretch out our arms farther... And one fine morning.
So we beat on, boats against the current, borne back ceaselessly into the past.