15 juillet 2009 | Coulisses, Internet |
Chers lecteurs,
Il y a une semaine, je publiais sur ce blog « Psychanalyse du web social ». Vous pouvez désormais retrouver l’article très refondu sur Slate.fr. Le titre a complètement changé (et je m’interroge d’ailleurs à son sujet, vu qu’il tronque un peu le contenu de l’article). Bonne lecture, et n’oubliez pas de mettre Slate dans votre agrégateur !
8 juillet 2009 | Internet |
Dans Pomme C, Calogero raconte l’histoire de ces dizaines de milliers d’usagers des sites de rencontre en ligne, qui s’embrasent par claviers interposés, tirent des plans sur la comète au moindre indice, et ouvrent leur coeur au tout-venant numérique quand il semble qu’il leur est difficile de le faire IRL (in real life). Et souvent, quand le charme factice de l’écran se dissipe, la réalité distordue par le prisme du web apparaît aux yeux des amants numériques dans toute sa vérité crue et sa complexité, souvent pour le pire, parfois pour le meilleur…
Le ring Twitter ?
Hier, je lisais l’excellent article de Vincent Glad sur Twitter et la rapidité avec laquelle les clash se propagent. Sur Twitter aussi l’on s’échauffe, et les petites éruptions émotionnelles momentanées arrivent plus souvent qu’à leur tour. Hier, nous en discutions brièvement lors d’une rencontre entre jeunes acteurs du web. Pour Vincent Glad, il y a une espèce de tare sur Twitter, qui fait que le service de microblogging est autant rempli de germes de clash que la rivière Ebola.
L’interface technique de Twitter serait la source principale de la pandémie frondeuse : « Twitter n’ayant pas de fonction d’annulation de l’envoi comme sur Gmail, il suffit de 5 secondes d’égarement pour se ruiner une carrière. Tout twitt envoyé passe immédiatement dans le domaine public, même si on cherche à la supprimer en douce. » J’y crois assez peu. Les decks Twitter, comme Twhirl, ont une fonction annulation (tout comme l’interface officielle, d’ailleurs). Même passé à la postérité, un tweet a besoin d’un temps minimal d’évolution pour avoir un petit écho, et un tweet lâché puis tué dans l’œuf a peu de chances d’être colporté avant que son auteur le supprime (toutefois faut-il réagir vite), sauf malchance.
Quand les tweets sont assumés, la rapidité du service fait le reste : en 140 caractères, personne n’a le temps de peser ses mots, curieusement. Faites le test sur tous les supports de chat : le lapidaire flingue le réfléchi. La froideur du texte fait le reste : il est souvent difficile de distinguer les registres de langue, ce qui rend les quiproquos et les malentendus fréquents. Tout pour exploser en clash.
Un problème de surmoi numérique
Pour autant, je ne crois pas vraiment à la particularité de Twitter dans la tendance naturelle du web à finir toute conversation en clash. Mais il permet de poser quelques questions.
Revenons à Calogero, et à tous les éminents psychologues, psychiatres, pédopsychiatres, pompiers de l’addiction qui pensent avoir pris le tournant de la culture numérique et pullulent sur les plateaux télé. L’écran et le clavier seraient des refuges de l’émotion, une manière de se couper du monde social. Le succès des sites de rencontres en ligne serait le signe d’une incapacité à affronter l’autre dans le jeu de la séduction, et l’adolescent qui veut une notoriété numérique par son blog ou son profil MySpace chercherait une échappatoire aux vraies relations sociales. Cette soupe, on l’a entendue de nombreuses fois. Même si elle est à côté de la plaque, elle repose sur un fondement scientifique assez intéressant : le rapport de soi au monde social sur le web.
Si les émotions s’expriment brutes sur le web, c’est qu’il y a une totale absence de surmoi numérique. En psychanalyse, le surmoi, c’est le « moi social », une espèce d’image déformée de soi qui est pétrie de codes de bonne conduite. C’est le moi qui est construit, en général, par la figure paternelle, puis par l’école, et en général par toutes les institutions éducatives (même l’Eglise pour les croyants). C’est l’instance de la personnalité qui intériorise les principes du Bien et du Mal, et de la justice. De là naissent les sentiments sociaux que sont la honte ou la bienséance, et qui modèlent un comportement policé. Lorsque la pression du surmoi est trop forte et empêche l’individu d’exprimer son moi intime, sa vraie personnalité, la névrose apparaît. Sur Internet, il n’y a pas de contrôle social, parce que l’on reste isolé derrière son écran. Personne n’est là pour juger positivement ou négativement les émotions que l’on exprime, et c’est ce qui explique que les sentiments qui affleurent sur le web soient toujours, peu ou prou, paroxystiques.
L’anonymat relatif que confère le web conduit finalement aux éruptions que l’on connaît. Pour les hommes politiques, la gestion de ce bal masqué est parfois compliquée, car la parole est libérée du poids de la pression sociale qui aplanit vers un niveau médian les sentiments et les affects. Finalement, quand Denis Olivennes se désole que le web soit devenu le « tout-à-l’égout de la démocratie », c’est le signe flagrant du chemin qu’il reste à parcourir dans l’appréhension de ce territoire décomplexé qu’est devenu le web social.
Web social et surmoi numérique
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Depuis environ 4 ou 5 ans, l’anonymat du web est battu en brèche jusqu’à n’être plus qu’une donnée relative, voire un mirage cruel. L’ascension des mastodontes Google et Facebook pose le délicat problème de l’archivage ad vitam aeternam de nos données numériques. Le nouveau réflexe des recruteurs de googliser le nom d’un potentiel candidat pour scruter sa présence sur le web et ainsi recueillir des informations masquées lors de l’entretien conduit de plus en plus les jeunes à censurer leurs profils Facebook, comme le montre une étude de l’université de Dayton.
Aujourd’hui, nombreux sont ceux à vivre du web ou à en être des acteurs. La question de la gestion de réputation devient alors un enjeu indispensable. On ne peut pas tout faire ou tout dire en toute impunité dès lors que l’on a acquis une visibilité sur le web social. Les récents déboires de Romain Libeau sur Twitter ont fait rire, puis un peu peiné. S’il semble qu’il y ait cependant une grande capacité d’oubli (peut-être due à l’impressionnant débit d’informations ?), une réputation peut effectivement vite se ruiner, comme le relevait Vincent Glad.
Toutefois, y a-t-il vraiment des mécanismes de prévention du clash ? Même en dépit de cette constitution progressive d’un espace social numérique, il ne semble pas qu’il y ait aujourd’hui un surmoi numérique. J’en tire deux hypothèses :
- Ou bien le web touche à un horizon indépassable, celui de l’impossibilité de matérialiser des rapports sociaux, auquel cas la société numérique qui se solidifie aujourd’hui est une pâle copie artificielle de la « vraie » société (hypothèse pessimiste)
- Ou bien le web organise un espace numérique différent de la société charnelle, en dissipant le surmoi social. On parvient alors à une société hybride où les individus s’expriment hors de tout contrôle social malgré un anonymat plus que relatif (et qui n’ira pas en s’arrangeant). Deux sociétés coexistent alors de manière complémentaire, les uns trouvant dans l’espace numérique une forme de refuge, les autres cherchant à explorer de nouveaux canaux d’expressions de leur personnalité
De cette modeste tentative de psychanalyse du web social, on tirera une conclusion : quel nom donner au complexe d’Œdipe numérique ?
22 mai 2009 | Internet, La vie de la cité |
Depuis quelques temps, les initiatives citoyennes de contrôle parlementaire se multiplient : classement de l’activité des députés européens, même chose en France, et maintenant le site des députés godillots. Louable initiative, tant les escarmouches et les chausses-trappe sur la loi Hadopi ont montré que le métier parlementaire est parfois un camp de vacances.
Le site établit donc des fiches précises concernant les godillots, en fonction du nombre de leurs interventions en séance et de leur activité parlementaire. Comme le relève très justement mon camarade Authueil, un tel classement est à prendre avec des pincettes, tant les critères pour établir un classement sont assez ardus à réunir et ne peuvent en aucun cas se résumer à des données de présence. En outre, un « bon » député n’est pas nécessairement un député « hyperprésent » : l’efficacité du député est une part importante de ses compétences, et cette efficacité n’est pas aisée à définir selon une liste de critères !
L’initiative est intéressante et documentée : on n’est clairement pas avec ce site dans le sillage de tous ces blogs pseudo-vigilants qui passent leur temps à faire du député-bashing très primaire. Toutefois, je soulève un point important à prendre en compte : il ne faut pas que le contrôle se résume à débusquer les godillots ! Tout processus de contrôle est par nature négatif, en ce sens qu’il se focalise sur les points noirs. Le site propose donc également une liste des anti-godillots, afin de faire le pendant à ceux qui sont vilipendés. Attention donc à ne pas verser encore une fois dans un antiparlementarisme trop systématique en France depuis la République des Jules…
5 mai 2009 | Internet, europe |
Je vous fais part du blog ouvert aujourd’hui par la rédaction de libé.fr. Vous m’y retrouverez jusqu’au 7 juin pour chroniquer la campagne européenne en compagnie d’autres glorieux contributeurs : Pierre Catalan, l’excellent Eurojunkie, Eric L’Helgouac’h de touteleurope.fr, Alexandre Delaigue d’Econoclaste, et mes deux camarades Dagrouik et Authueil. Une dream team plutôt de droite, ça change pour une fois !
Retrouvez-nous dès à présent sur ce blog collaboratif qui a pour objectif de chroniquer la campagne européenne selon divers points de vue. Pour ma part, j’essaierai plutôt de parler de la campagne en France. Vous pouvez lire dès à présent mon manifeste : « Nous sommes les baltringues de l’Europe ».
A très bientôt !
27 avril 2009 | Internet |
Dans quelques jours sortira le Dictionnaire posthume de la finance, coécrit par David Abiker, journaliste bien connu des blogueurs, et Évariste Leuvre, économiste à Natixis. Pour l’occasion, ils ont mis en place un petit site collaboratif qui propose aux blogueurs de faire la définition de quelques mots associés à la grande débâcle financière et à l’effondrement des objets ostentatoires de la réussite matérielle : stock-options, banksters, crise… mais également Rolex et achats par les blogueuses modes qui ont aussi leur bon mot à livrer sur la crise ambiante !
Alors j’ai également participé, et j’ai soumis une définition. Elle tranche un peu avec le titre du Dictionnaire, puisqu’elle interroge le mot « posthume » : mort ou pas, le capitalisme ?
Mort, le capitalisme ? Occises, les stock-options ? Eradiqués, les financiers véreux ? Moralisée, la frénésie spéculatrice sur des actifs fictifs ? C’est ce qu’on aimerait tous croire.
Toutes proportions gardées, la grande entreprise de salubrité financière que les gouvernements mondiaux organisent depuis plusieurs mois à coups de déclarations fracassantes, a tout du processus de résilience. En physique comme en psychologie, la résilience, c’est la capacité à subir un choc sans se déformer, à subir un traumatisme sans sombrer dans une profonde dépression. Alors nous parlons de choc, de krach, nous réfléchissons aux causes, nous prévoyons les conséquences, nous déterminons les prescriptions nécessaires ; en un mot, nous parlons du mal, pour ne pas que la mal nous emporte. Le G20 ressemblait à s’y méprendre à une grande communauté résiliente, les mêmes que celles que l’on met en place quand les tornades et les inondations s’abattent sur un pays.
Mais le capitalisme, lui-même, n’est-il pas aussi résilient ? Il vient de subir un choc profond en plongeant les places boursières dans la pagaille financière, ceux qui le manipulent sont vilipendés par tous, ses grands manitous comme Madoff sont derrière les barreaux, les parachutes dorés sont criblés de balles dès que les grands patrons sautent du navire volant, ceux qui s’en gobergent comme les cadres d’AIG sont voués aux gémonies gouvernementales et menacés fermement par les autorités publiques de voir leurs profits hautement taxés. Et pourtant, a-t-on eu l’impression que quelque chose avait vraiment changé, que la pantalonnade de la liste grise-noire des paradis fiscaux avait une quelconque utilité dès lors que certains paradis fiscaux bien cachés dans les pays du G20 étaient subtilement omis ?
Et si la capitalisme pouvait subir un krach profond sans jamais se déformer et tout continuer comme avant ? Ce serait vraiment pas de bol.
11 avril 2009 | Internet, europe |
Alors que la majorité des partis, surtout le PS et l’UMP, tardent à s’organiser, le parti Libertas, « l’accord programmatique conjoncturel » entre Nihous et de Villiers (appréciez la jolie novlangue qui évite de parler d’alliance), a entamé sa stratégie de communication antieuropéenne en frappant fort ; faut dire qu’ils y mettent les moyens sur ces européennes.
Pour le moment, le PS a produit une petite vidéo pseudo-virale représentant Nicolas Sarkozy sur Facebook. Elle fait sourire, mais est quand même d’assez mauvaise qualité. C’est bourré de clichés (le clavier en or…), l’imitation est mauvaise (et ça décrédibilise la vidéo), et la réalisation pas forcément très réaliste pour le coup (la navigation sur l’écran est simulée informatiquement). Libertas, à l’inverse, vient de livrer deux vidéos virales où l’on sent qu’on a mis le paquet pour les produire. Ils ont repris la technique de Mozinor, connu pour ses détournements de vidéos, surtout celle sur Luc Besson, en parodiant Star Wars.
Je vous laisse apprécier. Malgré toute la non-considération que j’ai pour les souverainistes bruxellophobes, je suis obligé de leur tirer un grand coup de chapeau. Maintenant, restent aux autres partis à répondre sur le même mode et avec le même film !
8 avril 2009 | Histoire, Internet |
Cela fait plusieurs semaines que je rumine ce billet. Depuis quelques temps dans la blogosphère politique, la question des étiquettes est un sujet de débat stérile mais qui pourtant agite tout le monde. Il y a d’abord eu le psychodrame LHC, initié par certains blogueurs de gauche. Depuis hier, c’est la tragédie Renovatio Occidentalis qui fait bruire ses fuseaux. Ce soir, je lis un twitt de Marc Vasseur très éloquent.
Que lit-on à chaque fois ? Qu’untel est de droite, qu’untel est un fasciste. Voilà une attitude extrêmement révélatrice.
Derrière le vernis classificatoire se cache en fait un sectarisme très marqué. Il ne s’agit pas de classer les blogs sur l’échiquier politique par plaisir de savoir à qui l’on parle, mais pour savoir qui est respectable et qui ne l’est pas. A gauche, on fonctionne volontiers en circuit clos : les blogs de gauche lisent des blogs de gauche, où chacun est quasiment d’accord sur tout, et surtout n’allons pas linker ou commenter chez les frères ennemis de la droite, ça tacherait les esprits. A droite, c’est presque quasiment pareil, encore que la blogosphère de droite est moins développée.
Avez-vous vu comme le dialogue est impossible entre les différentes sensibilités ? C’est le magnifique triomphe des étiquettes. On les colle sur le front des blogueurs pour mieux les identifier de loin. Avec cette idée très foucaldienne et très lacanienne que le lieu précède le discours, en clair que votre étiquette parle avant vous-même. Et c’est parce qu’on colle ces fichues étiquettes que la blogosphère se sectarise de jour en jour : impossible d’être d’accord avec un mec de droite quand on est un blogueur de gauche, c’est juste politiquement impensable. Pas étonnant, donc, que sur certains blogs militants, il devienne impossible d’apporter la moindre contradiction, comme chez CSP et Dagrouik. A chaque fois qu’on y va, même en étant neutre et doucereux, c’est un tombereau d’injures qui vous pleut dessus.
Pourtant, il me semblait bien que les mêmes qui ont commencé à bloguer peu avant la présidentielle voulaient faire de la blogosphère un lieu d’expression libre, fruit d’une société civile en mouvement, désireuse de porter une parole publique, d’échanger. Il me semblait aussi que les blogueurs formaient une sorte de confrérie, de communauté virtuelle fondée sur la discussion amicale, l’échange. En fait non, le politique s’infiltre partout. On dresse des étiquettes qui ne sont en fait que des cloisons qui servent à tenir l’autre à distance, pour ne pas discuter avec lui. Et mieux rester dans l’entre-soi.
C’est d’ailleurs assez révélateur. Parmi les quelques blogueurs de gauche que je côtoie fréquemment, les seuls avec qui je trouve parfois des points d’accord sont Vogelsong et Eric. Les deux ne sont pas encartés. Pour tous les autres, et notamment les ségophiles (voire ségolâtres), il est impossible de leur faire admettre la moindre critique : Ségolène est belle, brillante, elle a raison sur tout. Même chose avec les bayroulâtres incapables de voir plus loin que leur engagement. Mais où donc est passée cette blogosphère impertinente, volontiers irrespectueuse du silence militant que veulent leur imposer les divers bureaux partisans, et qui porte l’esprit critique comme un tatouage tribal au milieu du visage ?
Triste destin de la blogosphère.
7 avril 2009 | Coulisses, Internet, Médias |
Parfois, on se rend compte avec amertume et cynisme qu’il y a des sujets extrêmement racoleurs. Quand je tape sur Sarkozy, ça m’amène parfois un nombre incroyable de visites. Quand je parle de la grossesse de Rachida Dati sur Facebook et Twitter, les gens se ruent plus que d’ordinaire sur mes liens. Quand je parle de Quitterie Delmas ou d’une déclaration fracassante sur Bayrou, la blogosphère MoDem accourt alléchée. Récemment, j’ai trouvé un autre aspirateur à polémique : les billets critiques sur le féminisme. Le sensationnalisme paie toujours, et c’est parfois dommage quand on aimerait aborder d’autres sujets.
Tout blog qui se respecte et qui est un tant soit peu visible est truffé de mouchards à spam. A l’heure actuelle, Akismet avec ses petits bras musclés m’en a interceptés près de 4 000 en quelques mois. Mais parfois il arrive qu’il en laisse passer et que ceux-ci se retrouvent dans l’antichambre de ma page de commentaires, à un cheveu de se retrouver dans le fil des discussions de mes brillants lecteurs (je n’ai jamais eu à me plaindre de la qualité des discussions sur mon blog jusqu’à présent). Aujourd’hui, à la suite de mon dernier billet malicieusement titré autour du clitoris et du pénis (ça va encore aspirer les spams, ça), un généreux site m’a envoyé le commentaire suivant (cliquez pour voir en plus grand) :

Le site Internet en lien hypertexte vaut son pesant de cacahouètes. Et la technique de postage aussi. On reprend le commentaire de l’auteur avec un faux compliment (même pas en français en plus…). Ils sont de plus en plus ingénieux.
7 avril 2009 | Histoire, Internet, Société |
Décidément, la blogosphère est un écosystème qui grouille de vie. Sous la canopée du classement Wikio les blogs se déplacent, naissent et disparaissent, s’agrègent et se délitent. Un nouveau réseau de blogs semble se mettre en place : Renovatio Occidentalis. Ce qui les lie, c’est une même sainte horreur de la décadence de l’Occident à l’heure de la réintégration de la France dans l’OTAN et de sommets internationaux qui contribueront peut-être à donner une nouvelle impulsion à ce XXIe siècle naissant.
Certains crient déjà au loup. Fascistes ! nazis ! Ce sont les mêmes qui ont la pensée un peu courte, et souvent hémiplégique. Les mêmes qui hiérarchisent les extrêmes, rejettent culturellement l’extrême-droite mais accueillent à bras ouvert l’extrême-gauche en adoptant par jeu certains de ses codes linguistiques (goulag, Politburo), certes désubstantialisés. Les mêmes pourtant qui crieraient à l’horreur si l’on utilisait les mots de stalag, d’oflag, si un patron cynique lâchait à des ouvriers grévistes le terrible adage inscrit sur le linteau du portail en fer forgé qui mène au camp d’Auschwitz : « Arbeit macht frei ». Certains autres comme Le Chafouin, dont j’apprécie de plus en plus les positions posées et intellectuellement honnêtes, rejettent avec vigueur ces paresses intellectuelles.
Pourquoi Renovatio Occidentalis, au-delà des idées qui sont les siennes et dont il appartient à chacun de juger son degré de proximité avec elles, est en soi intéressant ? Parce qu’il renseigne sur les mouvements décadentistes dans leur ensemble. D’une certaine manière, il y a du Robert Aron dans Criticus, certes avec moins de talents de prosateur et même d’intellectuel, mais une même crainte de la dissolution morale d’une nation entière. En 1931, Robert Aron publiait Décadence de la Nation française et le Cancer américain, deux vitrines du groupe de droite conservatrice Ordre Nouveau, l’un des piliers, avec la revue Esprit d’Emmanuel Mounier, du mouvement personnaliste français. Pour les personnalistes français, la faillite morale provenait à la fois de l’individualisme issu de la pensée capitaliste et du reflux du spirituel. Rénover la nation et la pensée françaises passait donc pour eux par la recherche d’une troisième voie entre marxisme et capitalisme, et par le retour de la Primauté du spirituel, comme le titrait le philosophe catholique Jacques Maritain en 1927.
Nous sommes effectivement en ce moment dans une période où nous interrogeons les moindres aspects de notre société. La crise économique mondiale et les tribunaux d’Inquisition morale qu’on dresse sur la place publique pour juger les patrons engraissés amoralement aux stock-options et aux retraites dorées nous imposent de faire une introspection du modèle capitaliste actuel et de corriger immédiatement les dérives qui sont les siennes, dussent-elles le vider de sa substance. Les nouveaux enjeux géopolitiques et les déplacements des foyers de conflit qui ont suivi le 11 septembre nous imposent eux aussi de considérer un nouvel ordre mondial, qui passe par la question de la sécurité mondiale et des jeux d’alliance. Quant à la pensée… voilà plus de vingt ans que l’on fait le procès d’un Occident désintellectualisé, où la vie intellectuelle est repoussée aux marges des salons feutrés, repliée sur de l’entre-soi.
Ce procès de la faillite culturelle et intellectuelle est-il juste ou biaisé ? Chacun jugera. Quoi qu’il en soit, la situation actuelle, toutes proportions gardées, n’est pas sensiblement différente à celle des années 30, avec cette impression d’un monde qui craque de toutes parts, dont on ne sait pas encore ce qu’il peut sortir. Ce matin, les radios revenaient sur les violents incidents de Strasbourg ; depuis la crise économique, quand la violence descend dans la rue, la comparaison avec le 6 février 1934 titille certains. D’autres prédisent une troisième guerre mondiale avec le monde musulman. D’autres enfin sont persuadés que la crise économique est équivalente à celle de 1929. Difficile de dresser une comparaison scientifiquement satisfaisante d’un point de vue historique. Ce qui importe le plus, peut-être, ce n’est pas tant que les faits soient identiques, c’est la comparaison possible de la symbolique : un monde est peut-être en train de mourir, à nous de le rénover (droite) ou de le reconstruire (gauche).
D’ordinaire, le décadentisme est un mouvement typiquement fin-de-siècle ; pour la première fois aujourd’hui, il est début-de-siècle. Tout change.
6 avril 2009 | Antiféminisme, Brèves, Internet |
Ah, Wikio ! Je me souviens de mes premiers émois du mois de mai dernier où, tout hardi de mon classement dans le Wikio ancien régime, je me prenais des rêves de grandeur… et de profondeur auprès d’anciennes gloires du classement qui en sont désormais sorties.
Wikio, finalement, est un rocher de Sisyphe. Soyez en bas du classement, et vous êtes sur le versant ascendant, vertueux, et Wikio n’a que des avantages en termes de visibilité et de socialisation. Soyez en haut du classement, et celui-ci ressemble pour vous à la lex de maiestate antique : une liste hiérarchisée de noms à abattre. Soyez en haut, et ce n’est que concert de critiques aigres, qui vous poussent souvent à demander à Saint Wikio de vous retirer de son annuaire.
J’ai déjà exprimé mes critiques envers Wikio. D’autres que moi le font aujourd’hui. Ce n’est plus un secret de polichinelle : Wikio est pollué par des stratégies de linking mutuel afin de truster artificiellement les premières places. J’avais déjà décrié ce genre de pratiques il y a un an avec d’autres acteurs. Aujourd’hui, un nouvel avatar de ces filouteries blogosphériques apparaît avec la sortie du classement d’avril : dans plusieurs catégories du classement, les blogs féminins venus des tréfonds insondés et quasi-invisibles de la blogosphère font des remontées spectaculaires, jusqu’à détrôner par surprise des vieux barons installés.
Certaines femmes s’en félicitent. Enfin, dans Wikio, il y a des femmes aux premières places du classement politique ! Enfin, les femmes sont reconnues comme bonnes à autre chose qu’à causer couture ou chiffons ! Enfin, la blogosphère politique, machiste forcément, est renvoyée à ses chères études par cette poussée d’œstrogène printanière !
C’est que depuis quelques temps, la blogosphère féminine s’organise. Il y eut d’abord ce collectif des Femmes Engagées, porte-étendard de la parole féminine sur le politique et les sujets de société, aspirateur à liens et finalement catalyseur d’une stratégie globale parmi les blogueuses politiques de linking mutuel qui depuis deux mois leur font gagner de nombreuses places. Une certaine blogueuse justifie cette filouterie vis-à-vis de l’algorithme de Wikio par le fumeux projet de rendre visible une blogosphère politique féminine, avec de nouveaux regards, d’autres sensibilités, d’autres sujets de prédilection aussi. J’ai déjà à ce sujet exprimé de profondes réserves. Le précepte machiavélien qui veut que la fin justifie les moyens me laisse vraiment de marbre.
Après avoir écouté les arguments de certains défenseurs de ces démarches d’autopromotion pseudo-charitables, je me suis dit que peut-être, effectivement, ces stratégies de visibilité artificielle pouvaient nous faire découvrir d’autres blogs tenus par des femmes. Encore que nombreux sont les hommes du classement Wikio à ne pas prêter attention au sexe de l’auteur, et à être accoutumés à lire des blogs de femmes, qui n’ont pas attendu ce cirque blogosphérique pour se faire entendre !
Sauf que ce qui apparaît comme un processus innocent est en fait d’une grande hypocrisie. Chez Olympe, on est au royaume d’Ubu : elle qui plaide pour une coexistence harmonieuse et pacifiée des hommes et des femmes dans les sphères économiques, médiatiques et de pouvoir, bref une parité totalement acceptée et perçue comme naturelle, joue les guerrières, couteau entre les dents, en ce qui concerne Wikio. Citation :
« C’est un peu comme dans la vraie vie, quand des femmes arrivent à quelque sommet on les accuse généralement d’avoir couché. Comme cela semble difficile dans le cas présent c’est donc qu’elles ont utilisé des outils déloyaux. Effectivement elles se sont linkés outrageusement, sauf qu’elles n’ont pas inventé cette pratique qui a largement fait ses preuves par le passé pour les blogs high tech ou les lefts blogueurs. On ne voit donc pas pourquoi ce serait réservé aux hommes. »
Encore et toujours cette vieille antienne qui sent le renfermé. Soyez critiques, et vous êtes machistes. Soyez un poil caustique, et votre prostate est atrophiée. Ces arguments sexistes sont prisés des femmes, comme je le disais dernièrement. Sauf qu’à avancer à chaque fois le mors entre les dents, on n’adoucit jamais rien. Ça me rappelle ceux qui s’escriment à hurler pour demander le silence ou à guerroyer de manière dispendieuse pour avoir la paix. Un peu contradictoire.
Et puis, arrêtons l’hypocrisie avec Wikio. Il y aurait donc d’un côté les hommes qui s’intéressent au classement Wikio pour faire un concours de quéquettes, et les femmes, qui se serviraient de Wikio de manière totalement non narcissique ? Arrêtons avec ce vieux concept des filles qui naissent dans les roses et les garçons dans les choux. Non, les filles ne sont pas différentes des garçons : pénis ou clitoris, même combat, ça gonfle quand c’est excité, et truster le classement Wikio c’est le shot d’adrénaline du début de mois pour le blogueur. Arrêtons de nous cacher derrière des paravents fallacieux de ceux qui le font pour la gloriole, et ceux qui le font pour le Socialisme, le Féminisme, ou tous les autres concepts faussement essentialisés pour justifier son reflet dans le miroir.
Je reste toujours surpris de ce combat absolu de la femme pour la parité partout, comme si c’était un but en soi. Comme disait Renaud dans sa chanson « Miss Maggie » : « un génocide, c’est masculin, comme un SS, un torero » (amitiés au Toréador par ailleurs — hop, un lien). Allez-vous Mesdames, exiger la parité dans les exactions guerrières, les scandales boursiers, les crimes patronaux ?
Le perdant, dans toute cette histoire, c’est Wikio et ces blogs féminins. On se fait mousser, on remplace quantité par qualité, ou en tout cas on fait considérer que la quantité est un gage de qualité, ce qui n’est pas toujours le cas. Wikio est critiqué parce qu’il est subvertible et bouffon dans sa hiérarchisation des producteurs de contenus, et les blogs féminins se font ouvertement critiquer parce qu’ils grimpent autrement que par un talent « naturel ». Fermez le ban !
Et rassurez-vous, Mesdames : nos prostates vont bien.