Le piège de l’ouverture

11 mai 2009 | Idées, La vie de la cité | 1 Réponse

Souvenez-vous : l’ouverture, c’est ce thème de campagne qui est apparu avec François Bayrou en 2007, et qui se résumait en une maxime simple, « faire travailler ensemble les hommes de bonne volonté ». Cela fleurait bon les coalitions des IIIe et IVe Républiques, quand nos aînés à rouflaquettes et à fumes-cigarettes s’activaient pour ébaucher des majorités consolidées au centre (déjà divisé en deux à l’époque : les radicaux-socialistes et les républicains de droite) : plusieurs partis, pour un même gouvernement et une même gouvernance. Curieusement ou non, il s’est vite trouvé que l’ouverture, les Français aimaient ça pendant la campagne : 65% de plébiscite en juin 2007, 64% en mars 2008. En toile de fond, se dessinait ni plus, ni moins, qu’un refus net du clivage gauche-droite tel qu’il est aujourd’hui organisé, couvert du vernis « blanc bonnet et bonnet blanc » et catalysé par une crise sous-jacente qui fait toujours reparaître le spectre de l’Union sacrée, de la cohésion d’une Nation tout entière faisant fi de ses divisions pour le salut de son âme.

L’ouverture, un thème plébisicté par les Français ? Il n’en fallait pas plus pour que Nicolas Sarkozy en fît un outil stratégique : ce que Bayrou veut, je le fais. Premier coup de pioche dans la roche bayrouïste. « Débauchage ! Déstabilisation ! », ont crié les contempteurs de l’ouverture sarkozyste. Et ils ont eu raison. Rien n’a fonctionné comme une vraie ouverture. Le PS ni l’UMP ne se sont pas mariés, laissant l’ouverture être désignée par quelques trajectoires individuelles : Eric Besson est allé à Canossa en allant jusqu’à prendre des responsabilités au sein de l’UMP ; Jack Lang, Michel Rocard et Claude Allègre, ont été aiguillonnés à coup de petits maroquins, qui à Cuba, qui chez les pingouins, qui par le secret espoir de redevenir ministre. Et que dire du Nouveau Centre ? Lui qui croyait avoir noué une alliance solide et équitable, se retrouve maintenant un vrai parti croupion, accroché aux basques de la majorité. François Sauvadet, président du groupe NC à l’Assemblée, s’étrangle à chaque fois que le groupe UMP fait cavalier seul et ne respecte pas son partenaire, qui se croyait son égal ; Hervé Morin, qui caressait le doux rêve de voir des listes NC aux européennes, a rapidement déchanté et s’est retrouvé à batailler… pour arracher trois places éligibles !

L’ouverture sarkozyste est donc tout sauf un contrat synallagmatique : le Nouveau Centre s’engage à voter les réformes… mais à quoi s’engage l’UMP ? A faire tomber de la table les miettes du festin de Job ?

Surtout, l’ouverture sarkozyste est tout sauf un partenariat. C’est une entreprise d’acculturation. Kouchner, Bockel et Besson comme ambassadeurs du socialisme au gouvernement ? Fadaises ! Bockel est discrédité par son nanisme, Besson se retrouve à exécuter les basses œuvres les plus droitières de la politique gouvernementale. Et Kouchner ? Le voilà aujourd’hui pris au piège de l’ouverture. Car, en Sarkozie, peut-on jamais coopérer avec le gouvernement et conserver une âme de gauche ? Fadela Amara voulait s’en convaincre, qui pérorait en janvier 2008 qu’elle ne voterait pas Sarkozy en 2012 ; peine perdue, deux jours plus tard, elle se dédisait, rattrapée par la patrouille.

Revenons à Bernard Kouchner, sans nul doute la plus belle proie socialiste du gouvernement, la figure la plus emblématique d’un socialisme de bonne conscience, fait de bonhomie médicale sur fond d’Afrique noire ; bref, tout pour faire vibrer la corde sentimentale d’un socialisme tout désigné pour résoudre les problèmes de l’Humanité. Une capture qui a valu un psychodrame au PS, obligé ipso facto d’exclure les renégats du socialisme, comme il le fut lors du vote de la réforme constitutionnelle de juillet dernier. Ce week-end, au détour d’une interview, Bernard Kouchner a été coincé : va-t-il voter UMP ? « J’attends de voir les programmes ! », a-t-il louvoyé. Aujourd’hui, c’est la cabale : Harlem Désir traite le traître de « concessionnaire qui hésiterait à vous accompagner dans la voiture qu’il vous vend » ; Xavier Bertrand enchaîne : « Si Bernard Kouchner regarde ce qu’il y a dans les projets des différents partis pour ces élections européennes, je sens qu’il ne votera certainement pas pour le Parti socialiste ». Un programme, l’UMP ? Pardi !

Celui qui n’a voté Sarkozy ni au premier, ni au deuxième tour, obligé de passer avec armes et bagages du côté de la majorité ? C’est ce qu’il semble aujourd’hui se passer : Kouchner doit boire la cigüe en avouant qu’il votera pour Michel Barnier.

Voilà le donc le triste sort d’une ouverture inégale, faite d’alibis bon teint et de liberté de ton et de pensée pour peu qu’elle ne diverge pas de la ligne fixée par l’UMP. Une espèce de liberté surveillée, de mise sous assistance respiratoire jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’autres choix que la mort… ou la souillure. C’est ce qu’endureront les députés du Nouveau Centre, devenus en un tournemain les communistes de la majorité, et qui en 2012 n’auront que trois choix : rester un satellite qui tourne dans le vide, se fondre complètement dans la majorité en renonçant à leur étiquette, ou revenir vers Bayrou et devoir passer sous les fourches caudines. Et c’est ce qu’endurera également Bernard Kouchner, obligé désormais de faire jouer son entregent pour dégoter un poste de haut-fonctionnaire grassement payé ou honorifique lorsque son temps sera fini.

Pour autant, il serait trop simple de taper sur la majorité. Si l’ouverture est un combat de gladiateurs, c’est aussi parce que le PS n’en a pas la culture. Le système majoritaire contribue à solidifier deux camps, opposition et majorité, avec chacun son rôle, et hermétiquement fermés l’un à l’autre : la majorité et l’opposition ne se peuvent regarder fixement, pourrait-on dire en parodiant La Rochefoucauld. Si l’on veut changer cet état de choses, il faudra nécessairement passer par un système plus proportionnel qui, en fragilisant les blocs, demandera obligatoirement un renfort en mastic. Et ce mastic, c’est la coopération. Comme quoi, tout se tient.

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Représentants du peuple ?

24 avril 2009 | Idées, La vie de la cité | 5 Réponses

Non seulement le vote pantalonnesque sur HADOPI a fait rire dans les chaumières, mais il a également servi à faire refluer sur le rivage de la théorie politique la vague de parlementaro-scepticisme. Les derniers classements de la qualité des députés, que ce soit en France ou au Parlement européen, témoignent de cette volonté de contrôler au moyen d’obscurs critères l’activité des représentants du peuple.

Avec 36 députés présents sur 577, l’excuse était tout trouvée pour expliquer la pantalonnade : le cumul des mandats ! Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, livre aujourd’hui une tribune salée contre le cumul des mandats, où il démonte minutieusement les arguments des tenants de l’ordre établi. Le cumul permettrait aux députés de conserver une attache locale et d’être soucieux des préoccupations des citoyens ? Balivernes ! tonne-t-il, les « députés ne sont pas élus pour représenter le territoire et la population d’une circonscription électorale ; ils représentent la nation tout entière ». Surtout, cet argument est l’arbre qui cache la forêt : si le cumul est aujourd’hui la règle et le non-cumiul l’exception, c’est essentiellement parce que les députés veulent tenir de main de maître leur circonscription, afin de s’augurer des campagnes faciles et d’augmenter substantiellement leurs revenus mensuels. Pour Girard, les députés sont l’expression du peuple dans son ensemble, irréductible à des stratifications géographiques, sexuelles, raciales ou quoi que ce soit d’autre.

Je lui concède volontiers que les sérénades enamourées des parlementaires quant à leur souhait de ne pas être déconnectés du peuple sont une farce : s’ils ont besoin du cumul pour ne pas s’éloigner de la plèbe, c’est la mort de la démocratie ; vouloir être député, ce n’est rechercher les ors et les tapis feutrés, c’est avant tout se préoccuper des gens. Dès lors que la politique vous éloigne de ces sollicitations premières, que l’orgueil dont vous êtes gonflé est fait d’hélium et que partant, il vous faut une solide corde pour vous rattacher à la terre, c’est que le sens même de la politique et de l’ordre contractuel qui en découle est dévoyé.

En revanche, l’extraterritorialité des députés m’a tout l’air d’un défi intellectuel. Comment peut-on dire que les députés représentent la Nation dans son ensemble dès lors qu’ils sont élus à l’intérieur d’une circonscription par les gens de cette circonscription ? Il y a là une simple symbolique : lorsque on ne vous appelle pas à élire tel individu, cet individu ne vous représente pas ; un individu auquel on a soumis votre jugement suffragier, même s’il a été élu sans votre concours, vous représente ; pas à moins. C’est le propre même du système électif : l’élu ne peut prétendre représenter que ceux qui étaient en mesure de l’élire, et ainsi M. Zapatero ne représente nullement le Perpignanais voisin.

Si l’on veut seulement que les députés soient élus nationalement, et partant représentent l’ensemble de la Nation, il n’y a pas trente-six solutions : il faut supprimer les circonscriptions et organiser des scrutins de liste. Les partis présenteront 577 candidats à la législative. Les Français ont pour les représenter géographiquement des conseillers généraux, et c’est assez pour régler des questions locales. Et comme il faudra rompre avec le système majoritaire pour éviter que le Parlement soit monocolore (the winner takes it all), une dose très sérieuse de proportionnelle devra être établie pour maintenir l’équité du vote démocratique. Jusqu’à présent, cette solution n’est envisagée que par les petits partis, que la proportionnelle intégrale avantage toujours mathématiquement. Mais Jean-François Copé a dit qu’il était contre, au prétexte fumeux que la harpie instable de la IVe République reparaîtrait instantanément.

Ou alors, on peut aussi considérer que la territorialisation des députés est loin d’être le problème, et que le cumul ne s’arrangera pas par des triturages dans le mode d’élection. Comme on peut aussi considérer que la proportionnelle intégrale ne porte pas en son sein le germe de l’instabilité. Des majorités moins nettes imposent des coalitions respectueuses ; le cumul est avant tout affaire de carriérisme. Pour un cas comme pour l’autre, c’est une modification de la pratique politique qu’il faudra mettre en place. Pour un cas comme pour l’autre, la balle est dans le camp des députés. Renoncer aux fiefs et acquérir la culture du débat et de la coopération, voilà deux révolutions coperniciennes qu’il faut mettre en place immédiatement !

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Redécoupage électoral : les moules et le rocher

14 avril 2009 | Idées, La vie de la cité | 25 Réponses

img_0918 Ah ! Ça ne se passera pas comme ça, je vous le dis, moi !

Les socialistes sont vent debout : Alain Marleix, figure de proue du charcutage électoral, veut s’attaquer à leurs circonscriptions. La menace se précise : sur les 33 circonscriptions qui seront sacrifiées, 9 sont détenues par la droite et 23 par la gauche ; la trente-troisième concernée est celle de Creuse, qui dispose actuellement de deux circonscriptions, avec deux députés, l’un PS, l’autre UMP. Leur prochaine fusion laissera place en 2012 à un combat à mort entre Michel Vergnier, moustache blanche et casaque rose, et Jean Auclair, raie sinistrogyre et casaque bleue.

On taxe ainsi vite le redécoupage Marleix de magouille électorale. On dénonce que l’expert en carte électorale chargé de redécouper démocratiquement les circonscriptions soit le même que le « monsieur élections de l’UMP » ;  sans doute à gauche aurait-on préféré Bruno Le Roux, histoire d’être mieux servi. Pourtant, le redécoupage à volume de députés constant n’est pas nécessairement une fragilisation de l’opposition. Toute circonscription supprimée ou fusionnée sera recréée ailleurs, de sorte qu’il y ait après le redécoupage le même nombre de députés, soit 577. Si donc les socialistes récupèrent dans un autre département un député perdu ici ou là, le scandale ne sera pas démocratique ; il sera baronnial et féodal.

Avantage à la droite ?

Selon les informations publiées par le ministère de l’Intérieur, 11 départements devraient gagner une circonscription (l’Ain, le Gard, la Gironde, l’Ille-et-Vilaine, l’Isère, le Loiret, la Savoie, la Haute-Savoie, le Var, le Vaucluse, et le Val-d’Oise), et 4 départements bénéficieront de deux circonscriptions supplémentaires (la Haute-Garonne, l’Hérault, la Seine-et-Marne et la Réunion). Parmi les 11 départements qui gagneront une circonscription,  8 sont pour le moment favorables à l’UMP (l’Ain, le Gard, le Loiret, la Savoie, la Haute-Savoie, le Var, le Vaucluse, le Val-d’Oise), et 3 à la gauche (la Gironde, l’Ille-et-Vilaine, l’Isère). Parmi les 4 départements qui gagneront deux députés, la Seine-et-Marne et l’Hérault sont quasiment acquis pour l’UMP (la Seine-et-Marne est acquise, puisque les 9 députés sont UMP), la Haute-Garonne est acquise au PS même si la 1ère circonscription, celle emblématique de la droite, n’est que fraîchement tombée en 2007, et la Réunion est partagée entre UMP et PS. Pour la Réunion comme pour l’Ille-et-Vilaine et l’Isère, l’enjeu sera dans le choix des cantons, car ces trois départemens connaissent une fracture géographique : l’Ille-et-Vilaine est à gauche à l’ouest, à droite à l’est (5e, 6e et 7e circonscription) ; l’Isère est majoritairement de gauche à l’est, UMP à l’ouest (6e, 7e et 8e circonscription) ; la Réunion est un patchwork géographique de gauche et de droite. Ainsi, ce n’est pas la création d’une ou deux circonscriptions qui importera, mais l’endroit où elles seront implantées.

Pourtant, dans tous ces calculs d’apothicaire, une variable très importante est minorée : l’électeur. Conjecturer sur les pertes, les fragilisations, les renforcements en 2009, c’est bien beau, mais on oublie une variable d’importance : la gauche est actuellement lésée à suffrages égaux en 2012. Qui nous dit qu’en 2012, la gauche ne remportera pas les élections législatives, provoquant un raz-de-marée comme en 1981 ? Depuis 2002, les législatives sont un vote de ratification, et qui remporte la présidentielle a de fortes chances de colorier la carte électorale de sa propre couleur. Et quand bien même la gauche ne remporterait pas les élections présidentielles, elle pourrait se maintenir ou améliorer son score aux législatives. L’exemple de 2007 nous l’a bien prouvé : on n’est jamais à l’abri d’un lapsus malheureux comme la fameuse TVA sociale ou simplement d’un désir d’équilibrer le jeu politique afin de ne pas donner les pleins pouvoirs à un parti.

Pourquoi tant de cris d’orfraie alors ? C’est principalement parce que ce sont les moules accrochées à leur rocher qui crient, balayées par les embruns sur le rivage. Touche pas à ma circo ! Dans ce jeu politique, comment est-il seulement possible de proposer de faire un redécoupage dépolitisé ? Si le redécoupage est favorable à un camp, c’est un scandale démocratique. Faut-il donc que l’exigence d’équilibre prime sur l’argument démographique ? En clair : faut-il faire un redécoupage qui arrange les installés ou un redécoupage qui prenne en compte les données démographiques ?

Géologie électorale

Allons au-delà de la simple volonté de nuisance de la part de l’UMP. Il est un fait qu’actuellement la proposition de redécoupage est à l’avantage de la droite. Il est peut-être aussi un autre fait, qui lui est corrélé : l’argument démographique est à l’avantage de la droite. Ici, on touche à un point beaucoup plus sensible : lorsque la victoire par les urnes est légitimée par un processus qu’il faudra bien mettre en place un jour. En clair : « Mais c’est pas de notre faute si les endroits où y’a plein de gens votent pour nous ! ».

Au début du XXe siècle, André Siegfried proposait une lecture géologique de l’électorat. Pour résumer, il avançait que les terrains granitiques, où les points d’eau sont nombreux et dispersés, favorisaient un habitat dispersé, et donc la domination politique des grands propriétaires terriens. A l’inverse, sur les terres calcaires, l’eau est plus rare et impose les regroupements de population autour des lieux où elle jaillit ; l’eau est ainsi à la source d’une sociologie villageoise beaucoup plus égalitaire. Cette théorie, pour stimulante qu’elle soit, ne fonctionnait qu’une fois sur deux au moment où Siegfried écrivait ; alors que dire aujourd’hui, où le clivage politique n’est plus entre propriétaires terriens et villageois citadins ! Cependant, cette théorie par la terre ne manque pas d’interroger. Et si la sociologie électorale fossilisait les circonscriptions ? L’héliotropisme des retraités vers le soleil méditerranéen, en vieillissant l’électorat, l’a déporté sur sa droite, si bien qu’aujourd’hui, s’il eût été encore vivant, Édouard Daladier se serait sans nul doute fait voler sa circonscription de Carpentras par Jean-Michel Ferrand.

Dès lors qu’un critère somme toute démocratique (maintenir autant que possible un ratio d’un député pour 100 000 habitants) favorise les départements aux aires géographiques densément peuplées, il faut s’interroger sur la pertinence du critère en terme démocratique et sur les raisons qui le conduisent à favoriser tel camp ou tel autre. Si le critère démographique favorise les concentrations urbaines du sud, ne peut-on pas y voir une question qui ressort essentiellement de l’aménagement du territoire ? Il faudrait mener de plus grandes études à ce sujet, mais nul doute que la clé est là : pourquoi les gens s’agrègent sur tel territoire et pas sur tel autre ? Dès lors, comment découpe-t-on ce territoire de manière la plus juste possible ? Dans la mesure où la mixité sociale, vaste projet de la gauche, n’a jamais véritablement existé, et dans la mesure où la majorité du territoire français n’est pas radicalement arc-bouté sur une couleur politique mais est doté d’une marge de renversement, une des solutions serait peut-être d’agir au premier échelon, le canton, en favorisant les éclatements iconoclastes, voire, pourquoi pas, les ruptures de continuité territoriale.

Quoi qu’il en soit, c’est sur l’argument démographique qu’on attend le PS. Oui ou non les conclusions d’Alain Marleix ont-elles suivi le principe de solde démographique ? Si le solde démographique favorise la droite, c’est un hasard heureux, mais alors il faut choisir : ou maintenir une carte vieille de 1986 pour contenter les socialistes, ou la réformer, quitte à fracasser certains fiefs au passage dont les seigneurs ne manqueront pas de faire du bruit. Surtout, il faut voir à long terme : quoi qu’il arrive, le principe démographique appliqué stricto sensu favorisera l’un ou l’autre camps, sauf hasard de l’équité ; mais jusqu’à preuve du contraire, en France, ce sont les électeurs et leur libre choix qui décident de la composition du Parlement ; pas leur déterminisme sociologique et géographique.

Plutôt que de hurler au champ de ruines, le PS devrait se mettre en ordre de bataille tout de suite. Vingt-cinq députés de perdus, ce n’est pas un mal ; ils en récupèreront déjà trois ou quatre avec les créations Marleix. Les autres sont à chercher sur le terrain, dans les départements de droite. Hardi les gars !

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Lincoln et Obama : de la comparaison et de la ringardise de l’histoire en politique

19 janvier 2009 | Histoire, Idées, La vie de la cité | 1 Réponse

Obama s’est souvent comparé à Lincoln pendant la campagne, et place sa cérémonie d’investiture sous les auspices de l’un des Pères Fondateurs de la Nation américaine. Entre les États-Unis et la France, la comparaison aux grandes figures n’est pas la même, curieusement, alors que notre histoire est plus chargée que celle de la jeune Amérique.

Tchou-tchou le petit train. Samedi, Barack Obama, en route vers l’investiture à la présidence des États-Unis, a choisi de faire le trajet de Philadelphie à Washington en train, en suivant le même chemin qu’Abraham Lincoln au moment de son investiture en 1861. Ce n’est pas la première ni la seule marque d’identification à celui qui, avec George Washington, figure parmi les hommes politiques dont l’Amérique est la plus fière et qui a eu l’honneur de voir son visage sculpté dans le célèbre Mont Rushmore. Déjà pendant la campagne à l’investiture démocrate, puis lors de la campagne présidentielle, la stratégie d’Obama a été d’une certaine manière lincolnienne. Son discours axé sur la Nation américaine, sa posture affichée de rassembleur de la Nation, et sa ferme volonté de dépasser tous les clivages qui coupent la Nation américaine en plusieurs parts et grèvent son essor toujours plus florissant, le rapprochent de Lincoln s’engageant en 1858 sur la question de l’esclavage, en prévenant qu’elle menace de désunir le pays, et que l’union du peuple américain doit absolument primer sur tout autre question subalterne comme l’esclavage.

D’ailleurs, Barack Obama admet sans peine que Lincoln est un de ses modèles politiques. « Il y a une forme de sagesse et d’humilité dans son approche de la gouvernance, même avant qu’il ne devienne Président, que j’ai trouvée utile », a-t-il déclaré à CBS l’année dernière. Que cette déclaration relève de la posture ou de la conviction, restera toujours du domaine de la spéculation. Certes, Lincoln était Républicain. Certes aussi, à l’inverse de l’histoire politique française, le bipartisme américain n’a guère changé depuis les origines : nombreux en France furent les hommes politiques idéologiquement proches de positions modérées et centristes que gauche, centre et droite de gouvernement peuvent aujourd’hui revendiquer comme ayant été la forge de leur pensée et de leur engagement. Mais après tout, les hommes politiques valent autant par les idées qui sont les leurs que par leur approche de la chose publique et de l’engagement, qui relèvent plus des valeurs humaines, transcendant, elles, pour le coup, les clivages politiques. En France, Charles de Gaulle et Pierre Mendès France sont entrés dans une rivalité politique sans précédent en 1958 au moment des débats sur la présidentialisation de la Ve République : Pierre Mendès France n’a jamais manqué de souligner les dérives autoritaires du pouvoir présidentiel, attaquant frontalement De Gaulle après avoir été son ministre dans le Gouvernement provisoire de la République Française. Et pourtant, Pierre Mendès France figure parmi les hommes politiques que le Général a le plus admirés de sa longue carrière.

La comparaison : une technique politique éprouvée

Se comparer à un homme politique, aîné de soi-même de préférence, est vieux comme Hérode. Elle est pratiquée dans toutes les formes de régime. Elle est par exemple particulièrement prisée en monarchie, quand les putschs violents provoquent des changements subits de dynastie. Dans l’empire achéménide, au Ve siècle avant Jésus-Christ, le roi Darius Ier qui accède au pouvoir après un coup d’État, se place dans la droite ligne du fondateur de la dynastie achéménide, Cyrus II, en inventant un lien de filiation dynastique et en le scellant par la gravure d’une fresque au creux d’un rocher.

Il s’agit de capter les vertus de celui à qui on s’identifie. Cela marche par exemple magnifiquement bien dans le cadre des successions politiques ou des parachutages. Quand on est la cinquième roue du carrosse, mieux vaut jouer la carte de la continuité et de la filiation (symbolique, naturellement) que de tout fouler aux pieds et de vouloir ignorer le passé. Naturellement, lorsque la filiation est unilatéralement revendiquée (comme c’est le cas d’Obama avec Lincoln, mort depuis plus d’un siècle), elle n’a pas le même poids que lorsqu’un aîné adoube officiellement son poulain en le reconnaissant comme son fils politique. Mais la stratégie de base est identique.

Il peut aussi s’agir de vouloir chasser sur les terres adverses. En partageant les idées sur certains sujets d’un homme politique ordinairement classé hors de sa sphère d’influence politique, on adresse un signe aux électeurs de l’autre camp : je suis susceptible de gouverner avec des idées et des mesures que vous partagez. C’est une forme de séduction par la comparaison. Mais il peut aussi s’agir d’une pure manœuvre de déstabilisation. Quand Nicolas Sarkozy, pendant la campagne présidentielle, vole au PS Jaurès, figure tutélaire et panthéonique de la gauche française, ce n’est sûrement pas parce qu’il partage certaines de ses idées. C’est pour mettre le PS en branle-bas de combat, susciter indignations et railleries, et montrer l’image d’un PS incapable de se déterminer clairement idéologiquement. De même pour Guy Môquet, jeune communiste dont le PCF, qui s’est appelé à tort après la guerre le « parti des soizante-quinze mille fusillés », a toujours rendu honneur et conçu de la fierté. Il y a certes dans Guy Môquet certains arguments d’ordre national à plaider, mais des fusillés non communistes, il y en eut pendant la guerre, et des moins polémiques.

En France, l’histoire est ringarde

Ce qui étonne, c’est qu’Abraham Lincol, même 144 ans après sa mort, ne soit pas remisé au placard de l’histoire aux États-Unis, mais soit à l’inverse un homme politique encore très respectable dont on peut se réclamer sans craindre de verser dans le débat historique. C’est comme si en France, chacun saluait un homme politique se réclamant de Léon Gambetta, en étant capable d’acquiescer avec évidence parce que l’on connaît un brin du parcours du modèle aîné !

En France, à l’inverse, les comparaisons historiques sont à court terme. De Gaulle est déjà ringard. On ne salue pas en lui l’homme politique, mais le vainqueur, l’âme de la France pendant la guerre. Le PS revendique du bout des lèvres le Front populaire. Pour Bayrou, le modèle le plus ancien, c’est Georges Bidault. A droite, les modèles historiques sont muets. Il faut dire que la droite après 1945 a été sérieusement laminée, surtout la droite traditionnelle que représentait la Fédération républicaine, dont la plupart des membres se sont échoués sur le récif de la collaboration. Les héritages d’Emile Combes (laïcité), de Waldeck-Rousseau (unificateur de la Nation pendant l’affaire Dreyfus), de Poincaré et des autres hommes politiques de la IIIe République qui ont contribué à forger la Nation française dans ce qu’elle est aujourd’hui, sont encore à prendre. Mais ils ne font pas recette.

A l’inverse des États-Unis, qui prisent particulièrement les sujets de fond qui prêtent le flanc à des introspections historiques, comme le sens de leur Nation, leur rapport à l’histoire, la définition de leur peuple, la France élude soigneusement ce sujet lors des grandes consultations électorales. Cela est revenu sur le devant de la scène pendant les dernières présidentielles avec la question controversée de l’immigration et du legs rousseauiste que revendique encore notre modèle d’intégration nationale (la patrie des Droits de l’homme). Mais en matière de Droits de l’homme justement, lorsque Khadafi pose ses valises à Villacoublay, le silence se fait. Ou alors, des protestations médiocres affleurent, mais rien qui puisse donner sens et prendre à témoin l’opinion.

Mais peut-on réellement blâmer les hommes politiques ? Aujourd’hui, un homme politique qui se lancerait dans une dithyrambe sur les radicaux-socialistes ou les centristes de droite qui ont tous deux contribué à façonner le pays pendant la première moitié du XXe siècle, passerait pour un illuminé. Il parlerait dans le vent. L’histoire contemporaine française est trop mal connue. Entre Napoléon Ier et Verdun, il n’existe rien. Et entre Verdun et Pétain 1940, rien non plus. C’est seulement après 1945 que nos souvenirs reviennent. Mais il ne s’agit pas d’histoire, mais de mémoire.

Barack Obama donne un exemple frappant à la France : celui d’une Nation qui n’a pas peur de se lancer dans ces grands sujets de fond qui sont capables de ranimer un peuple et qui prise encore ceux qui furent les Pères de la Nation.

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Le diktat de l’écologiquement correct

18 janvier 2009 | Idées, Société | 2 Réponses

Incroyable comme en l’espace de trente ans, l’écologie est passée du statut d’idée novatrice à celui de diktat quasi totalitaire.

Préserver la planète, d’accord. Quand un écolo nous présente des chiffres, qu’Al Gore nous montre son film, que nos gosses nous traînent devant Wall-E, on comprend que la planète est en danger. On comprend aussi très vite que deux grands groupes de coupables en sont cause : les industriels et les consommateurs. Au politique de juguler la frénésie polluante des industriels ; au civisme de réguler les déviances écologiques d’une consommation qui pollue par ignorance. Là-dessus, tout le monde s’accorde, c’est la stratégie du civisme horizontal : des petits riens font un grand tout. De la même façon qu’on vous convainc que cinq mille personnes qui donnent 1 euros équivalent à une personne qui en donne 5 000, on vous convainc qu’une ville entière qui plonge civiquement dans le noir pendant 5 min équivaut à une réduction drastique de la part d’un groupe industriel d’une taille donnée pour une durée donnée1.

Seulement, la grande faiblesse de ce type de discours, c’est de jouer sur la culpabilité plus que sur la raison. Certes, à consommer de manière trop échevelée, nous brûlons la planète par les deux hémisphères. En outre, notre situation d’Occidentaux accentue encore ce problème, puisque nous sommes une minorité à épuiser la majorité des ressources. A l’incivisme le dispute l’égoïsme morbide. Sauf que jusqu’à preuve du contraire, personne n’a choisi de naître occidental (i) et bien peu sont ceux qui ont consommé en connaissance de cause jusqu’à ce que les prédicateurs écolo viennent leur dessiller les yeux (ii). Ceux qui auraient dû jouer les prophètes éclairés (à basse consommation naturellement) se sont mis en fait à adopter le discours-type du sermon.

Individualisme contre altruisme ?

Le prêchi-culpa écolo me déchire entre un mode de vie qualifié de civique et de responsable, assimilable en fait à un altruisme complet, et des habitudes, des tropismes qui me sont personnels et qui relèvent de l’individualisme nécessaire à tout un chacun. Le grand rêve alter-gauche de l’écolo d’avoir une Cité idéale où le collectif dissoudrait l’individu pour que la volonté particulière ne dénature pas la Volonté Générale est une utopie. Robespierre, éclairé par Rousseau, a conçu la Terreur à partir de ce mode de raisonnement : dissoudre l’individu dans le corps de la Nation unificatrice. Sauf que, même chez les Athéniens, matrice idéaltypique de la pensée écolo moderne, le collectif n’était pas le grand Tout : il y avait le public, et le privé.

Y a-t-il rien de pire que de vivre constamment aiguillonné par l’écologiquement correct ? Quand je me lève, ma première cigarette est-elle écolo ? Si j’ai froid, dois-je mettre un pull ou ai-je droit au chauffage ? Il paraît que mon papier toilette n’est pas écolo et qu’il vaudrait mieux recouvrer les libations rectales d’antan. La disparition du bidet, tragique arrêt de mort de la santé de la planète ! Comment dois-je faire mes courses en respectant l’écologiquement correct ? Faut-il donc que je passe plusieurs heures dans les rayonnages à comparer la provenance des produits, leur packaging, leur composition, pour faire un calcul empirique de leur bilan carbone et acheter celui qui a consommé le moins d’énergie ?

Il n’y a pas que consommer qui est source de criminalité verte : il y a aussi la vie de tous les jours. Me déplacer peut être suspect. Diantre, il eût mieux valu que j’allasse chercher d’abord ma fille à la danse avant de récupérer mon fils au foot, cela m’eût évité trois kilomètres inutiles (et donc polluants) avec la voiture ! Surtout que ça coûte, un 4×4 qui roule au diesel. Maintenant, même mourir peut être criminel. Mes dernières volontés, pourtant d’ordinairement souveraines parce qu’ultimes, sont maintenant susceptibles d’être retoquées par le législateur pour préserver l’environnement. Le gouvernement anglais fait à présent des recommandations sérieuses, prélude en douceur à une législation future, pour ceux qui voudraient disperser les cendres de leurs défunts proches ayant préféré la crémation à l’inhumation. Déjà que j’ai sali la planète toute ma vie, voilà que je peux encore la polluer une fois mort !

Hypocrisie écologique

Quand cessera-t-on ce totalitarisme vert ? Car ce n’est rien moins que cela, en fait. Le paradigme écolo s’infiltre partout. Il faudrait maintenant que l’écologie chapeautât tous les secteurs de l’action publique. Le tout au service du grand rêve de l’homo ecologicus, un Homme nouveau à façonner : un Homme qui ne polluerait pas, consommerait de manière raisonnée et citoyenne, au bilan carbone irréprochable (en passant de la consommation de viande raisonnée à la maîtrise du tonnage de déchets rejeté au cours d’une vie). En clair : un individu triste en sandales, adorant le tofu et s’interdisant de péter. Et sur le mode TINA, même régime pour tout le monde : puisque la planète est en danger, il faut que nous devenions ainsi.

C’est une vaste hypocrisie que de vouloir changer ces comportements. Le discours écolo qui s’adresse aux consommateurs (subtilement renommés consom’acteurs) tente de contourner par la masse ce qu’il ne peut pas révolutionner ailleurs. Les politiques ont du mal à mettre dans le droit chemin les industriels et les grands groupes économiques, alors on espère faire des consommateurs des têtes d’ampoule (toujours basse consommation) capables d’infléchir à eux seuls mais groupés en masse les industriels. Sauf qu’en fait de proposer un modèle alternatif, les écolos en sont réduits à préconiser des économies de bouts de chandelle. Plutôt que la révolution verte, le compromis kaki. Dans l’idéal, il faudrait acheter ses tomates au marché et les réduire en morceaux soi-même plutôt que d’acheter des dés de tomate en conserve ; il faudrait aussi privilégier le panier en osier plutôt que le sac plastique. Moi, je veux bien, mais comment être éco-responsable, comme on dit, alors que l’on vit dans un monde où les occasions de péché écologique sont légion ? Ces actes déviants de consommation ne sont pas une verrue moderne, ils sont le corrélat d’un mode de vie qui a changé et visent à accompagner ce mode de vie : les emballages plastiques contiennent de quoi vous sustenter sans dilapider votre temps, devenu précieux (et monnayable).

Or, qui faut-il blâmer ? A-t-on vraiment un libre-arbitre — condition essentielle de la notion de responsabilité et donc d’éco-responsabilité — en matière de consommation ? Ne sont-ce pas plutôt les industriels qui produisent les conditions même de notre incivisme de consommateurs ? « Ce n’est pas parce qu’on crée la bombe atomique qu’il faut s’en servir ! », crieront indignés les écolos. Certes, on peut refuser les produits produits dans des conditions pas très respectueuses de l’environnement, bannir les emballages plastiques et les hectolitres de pétrole inutilement dépensés. Mais outre l’énorme et hypocrite gâchis que cela produirait (puisque c’est produit, autant le consommer plutôt que de le jeter), cela ne changerait pas la donne. Ce n’est pas la base qu’il faut blâmer, mais agir en amont. C’est certes plus difficile, mais l’utopie ultradémocratique qui veut que les consommateurs peuvent révolutionner l’industrie en changeant leurs comportements me semble être un miroir aux alouettes.

Et le pire, dans tout cela, c’est que l’écologiquement correct devient une industrie, une manne financière pour l’industrie mondiale. Avant, on surconsommait pas vert ; maintenant, on va surconsommer vert. Splendide et ultime hypocrisie, vous ne trouvez pas ?

  1. Je laisse à plus scientifique que moi le soin de calculer l’équivalence en terme de consommation énergétique. []
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Trois idées sur le monde

5 janvier 2009 | Idées | Aucune réponse

Au travers de la presse, on trouve des initiatives particulièrement porteuses d’enseignements sur l’avenir et sur le sens qu’on veut lui donner.

Facebook a enfin une utilité. Souvenons-nous des cris d’orfraie de certains médias face à Facebook, le nouveau monstre hideux du grand mythe apocalyptique du Big Brother orwellien, et d’autant plus hideux qu’il est lui-même accepté et sollicité par des centaines de millions de personnes dans le monde. Il est vrai que, même sans aller jusqu’à s’effrayer de pouvoir être traqué et vendu aux grandes marques pour une publicité quasi calquée sur nos caractéristiques physiologiques, on pouvait tout de même s’interroger sur l’utilité de ce genre de réseaux pour la société globale.

Hormis les professionnels du web, et ceux dont la profession requiert une connexion humaine internationale de tous les instants, hormis l’aspect purement intime et social, hormis l’exutoire humoristique que constituent les nombreux groupes créés, à quoi sert vraiment Facebook ?

Début de réponse aujourd’hui. Après le suicide de Joël Gamelin, entrepreneur rochelais, le 23 décembre dernier, sa fille a mobilisé Facebook pour une vaste collecte de fonds. Facebook devient ainsi le creuset d’une nouvelle forme de solidarité mondiale. Mais ici, il ne s’agit pas de payer les obsèques du défunt entrepreneur. Non : sur fond de crise, il s’agit de pouvoir sur du court terme payer les salaires des 120 salariés de l’entreprise actuellement en redressement judiciaire.

Voilà sans doute de quoi décrisper les médias vis-à-vis de Facebook. Pour une fois, il ne s’agit pas d’un héritier nigérien poursuivi par la police de son pays vous demandant d’héberger pour lui par virement bancaire le montant de sa fortune, vous promettant en rétribution une commission juteuse, ni de cette cinquantaine de petites filles atteintes de leucémie et de cancer. Voilà surtout une histoire qui, si elle fonctionne, a de l’avenir : les médias, en relayant l’affaire, ont donné à la démarche de Fanny Gamelin une crédibilité qui décrispe les bourses dans cet univers du hoax qu’est Internet. Si les médias jouent le jeu, la connexion des hommes fera le reste.

Dress for Success. Il ne suffit pas de créer de l’emploi pour que le chômage recule. C’est bête, mais c’est vrai. Le modèle de l’emloi journalier, où la qualification importe peu, ne vaut plus que pour quelques secteurs et dans des conditions précises. Aujourd’hui, l’emploi se gagne, se conquiert, et c’est d’autant plus vrai qu’on avance vers des emplois de plus en plus qualifiés. Une petite association américaine a donc décidé d’agir sur un des aspects de la conquête de l’emploi : la tenue vestimentaire.

Dress for Success vous propose donc d’aider ceux qui n’en ont pas les moyens à se doter d’une tenue décente pour les entretiens d’embauche. Costume, veste, petit accessoire chic qui donne une bonne image extérieure.

Jolie initiative, mais profondément dérangeante. Vaut-on plus par ce qu’on dégage ou par ce qu’on donne et peut donner ? Le diktat de la job attitude est le premier obstacle au plein emploi généralisé. Le travail a quitté la sphère du droit inaliénable (éventuellement opposable) pour devenir une rétribution, une récompense d’efforts consentis pour être « embauchable ». Ce work appeal signe définitivement le renversement de la perspective : le travail ne gravite pas autour de l’homme ; c’est l’homme qui gravite autour du travail.

Marraines de prison. Pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement français avait trouvé un magnifique ciment militaire : les marraines de guerre. Plusieurs milliers de Françaises, le plus souvent célibataires, ont associé à leur engagement économique un engagement épistolaire et affectif pour soutenir le moral des troupes. Avec la gnôle et la solde, la lettre devenait ainsi un puissant outil de liant social. Le lien entre le front et l’arrière, indispensable pour maintenir l’intégralité de la société française dans une mobilisation psychologique autour de la guerre, permettait en outre de lier deux mondes afin qu’ils se comprennent.

Milko Paris, ancien détenu incarcéré, a fondé une association, Ban Public, qui voici quelques semaines a lancé une opération similaire. Il s’agit de parrainer (ou de marrainer) des détenus. Il ne s’agit ni d’une simple correspondance épistolaire, ni d’un club de rencontres, mais d’un lien effectif entre la prison dont on ne peut sortir et l’« arrière » où l’on est libre. Il s’agit aussi et surtout de contourner les règles très étroites du parloir et des visites en permettant aux détenus de disposer d’un appui extérieur pour préparer pendant leur détention leur réinsertion sociale, notamment au niveau des études.

Une manière de changer le regard sur les prisons. Depuis le GIP, auquel collaborèrent de nombreux intellectuels pendant les années 70, Michel Foucault et Pierre Vidal-Naquet en tête, voilà une initiative qui renouvelle la façon dont on envisage l’incarcération, loin de la notion purement répressive

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Pourquoi il ne faut pas de VIe République en France

16 novembre 2008 | Histoire, Idées, La vie de la cité | 1 Réponse

Hier, au plus fort de la nuit des longs couteaux, Benoît Hamon l’affirmait haut et fort : il allait gagner face à Ségolène Royal. Car lui incarne le changement, l’unité de la gauche, quand Ségolène veut faire basculer le parti au centre. Et Benoît Hamon d’évoquer les points programmatiques sur lesquels il espère obtenir le ralliement des suffrages militants jeudi prochain. Parmi ceux-ci, je note cette élucubration :

« J’évoquerai les remèdes face à la crise démocratique: il faut passer à la VIe République. »

La VIe République est l’arlésienne de nombreux hommes politiques depuis 1958. Dès 1959, la gauche rassemblée derrière Mendès France fait fonctionner ses méninges pour proposer un contre-projet à la république gaullienne, « coup d’État permanent », comme l’appellera Mitterrand, un coup d’État auquel, d’ailleurs, il succombera dès 1965, à l’inverse de Pierre Mendès France. En 2001, Arnaud Montebourg et Bastien François inaugurent la C6R, ou Convention pour une 6e République.

Les thuriféraires de la VIe République postulent que le lien entre le peuple et les hommes politiques est distendu, voire rompu, que les cohabitations sont une aberration démocratique, et refusent l’inféodation du législatif à l’exécutif. A ces maux souvent constitutionnels ou pratiques, ils proposent la mue symbolique : quitter une République, cinquème du nom, associée à de nombreux vices, pour retrouver une sixième République, virginale, à partir de laquelle nous construirions un nouvel ordre politique.

On ne fera pas grief aux sexto-républicains de vouloir retisser le lien politique entre élus et électeurs, de restaurer le Parlement dans ses prérogatives et d’avoir un couple exécutif-législatif plus harmonieux, avec une vraie séparation des pouvoirs, ce que les récents verdicts dans les différents scandales politico-financiers ont pu mettre en question. On s’interrogera seulement sur le rapport qui lie réforme et changement de République.

N’importe quel constitutionnaliste chevronné le dira : dans tout texte de loi, il y a la lettre et la pratique. La première question à se poser lorsqu’on veut changer un texte, c’est de se demander s’il est appliqué totalement, sans déviation. En ce qui concerne le texte constitutionnel de 1958, de nombreux articles ayant trait au rôle du Président et à celui du gouvernement n’ont pas passé le trépas du Général, notamment l’article 5, premier alinéa :

Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’État.

N’est pas de Gaulle qui veut. La posture même du Général, se situant volontiers au-dessus des partis1, a pu inspirer cet article qui ne lui a pas survécu. Car une position d’arbitrage, si l’on respectait la lettre de l’article 5, nous doterait d’un président à l’allemande ou à l’italienne. C’est-à-dire un président affable, sage, capable de donner à l’opposition un vrai statut, moins impliqué dans la conduite des affaires, rôle qu’il laisse au Premier ministre, pour se consacrer à son rôle de guide de la Nation. Si tant est, naturellement, qu’on tient l’arbitrage pour nécessairement neutre et guidé par l’intérêt de l’État.

On concèdera aux sexto-républicains que la constitution de la Ve République a été taillée sur mesure pour de Gaulle par Michel Debré. Plus encore, la loi constitutionnelle de 1962 qui permet l’élection du président au suffrage universel direct a encore radicalisé la cinquième République en donnant un surcroît de légitimité, et donc d’assise sur l’État, au président de la République. A dire vrai, il n’y a que quelques vieux barbons, qui n’ont pas manqué, tel Jacques Myard, de vociférer dans l’hémicycle pendant les récents débats sur la réforme constitutionnelle, à ne pas vouloir changer une virgule à la constitution de 1958.

En l’occurrence, des aménagements constitutionnels étaient nécessaires pour déprésidentialiser la Ve République, qui a besoin de donner plus de pouvoirs au Parlement pour mieux faire tourner la machine. Ces aménagements sont venus, même mâtinés de nouvelles modifications qui prolongent encore le travail de toilettage qu’il faudra impérativement finir. Le président Sarkozy a à la fois dénoué des entrelacs et semé de nouveaux lapins dans la futaie constitutionnelle.

Pour autant, s’il apparaît louable et nécessaire de trouver un nouveau souffle constitutionnel, a-t-on nécessairement besoin d’une nouvelle République ? Les chantres de la 6R nous objecteront qu’à telle République, tel texte, et qu’il serait bien bouffon de retourner l’esprit d’une constitution en conservant une même République. A dire vrai, c’est un argument logique : constitution et République sont indissociables, et changer l’un, c’est changer l’autre.

Cependant, si l’on regarde l’histoire de notre République, et qu’on se prête au petit jeu de la comparaison, nous avons de quoi nous sentir honteux. Les Républiques française et américaine sont quasi jumelles : 1787 pour les États-Unis, 1792 pour la France2. Les États-Unis sont toujours sous le régime de la première, nous en sommes à notre cinquième. Nous avons passé notre temps à triturer nos textes constitutionnels, à les changer au gré du vent, sans pouvoir apporter une stabilité durable au régime, à tout le moins un fonctionnement qui n’est pas décrié tous les quatre matins.

Ils furent nombreux ceux qui mirent tout leur espoir dans l’avènement d’une nouvelle République. Changer de République, c’était bouturer le régime : on coupe, pour que cela repousse mieux et plus joli. Alors on a cherché à tout changer : la constitution, la prééminence législative ou exécutive, le juste équilibre, le numéro. Tout… sauf les hommes qui étaient censés l’incarner ! En 1946, après que la Troisième République se fut dévoyée dans les années Vichy, les constituants sont enthousiastes à l’idée d’une IVe. Sauf que, à quelques petits éléments près, la IVe est un copié-collé de la IIIe République. Pire, ce sont les mêmes hommes qui ont sonné les jours de la IVe qui ont fait leurs premières classes sous la IIIe : Auriol, Herriot, Coty, Mendès, Champetier de Ribes, Bidault… Tous ceux-là ont fait leurs classes dans les années 30 : Mendès était même sous-secrétaire d’État dans le gouvernement du Front Populaire !

Rien ne sert de changer de République si les pratiques politiques continuent de dévoyer l’esprit d’une Constitution. Car plus encore que le fonctionnement du régime, ce sont les accommodements avec les textes qui le gouvernent qui sont l’une des causes principales à la distension du lien entre les citoyens et leurs élus. Si effectivement l’on veut changer de régime, alors il faut tout changer : constitution, esprit, pratiques, hommes politiques et, plus encore, la façon dont on les recrute et dont on les forme ! Car ceux qui sortent des tuyaux de nos jours, malgré leurs philippiques et leurs promesses la main sur le cœur, reproduiront les mêmes travers que leurs aînés. Les chiens ne font pas des chats.

Alors, chiche pour tout changer, messieurs les tartuffes ?

  1. Même s’il n’a pas hésité, à créer en 1947 le RPF à son image pour garder une voix lointaine dans la traversée volontzire du désert de la IVe République. Il le sabordera en 1955. []
  2. Il faut cependant faire remarquer que la première République, proclamée le 21 septembre 1792, et prenant fin en 1804 avec l’Empire, est contestée ; certains estiment que l’instauration de la Convention Nationale et du régime de la Terreur le 21 septembre 1792 fait de la première République une république mort-née. []
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Nick Carraway

And as I sat there brooding on the old, unknown world, I thought of Gatsby's wonder when he first picked out the green light at the end of Daisy's dock. He had come a long way to this blue lawn, and his dream must have seemed so close that he could hardly fail to grasp it. He did not know that it was already behind him, somewhere back in that vast obscurity beyond the city, where the dark fields of the republic rolled on under the night.

Gatsby believed in the green light, the orgastic future that year by year recedes before us. It eluded us then, but that's no matter-to-morrow we will run faster, stretch out our arms farther... And one fine morning.

So we beat on, boats against the current, borne back ceaselessly into the past.