17 janvier 2009 | La vie de la cité, europe |
Dominique Baudis, emblématique maire de Toulouse, conduira la liste UMP aux prochaines européennes. L’UMP vient de réaliser un coup politique.
L’art de la stratégie politique, c’est de savoir humer le sol. Quand on veut imposer des solutions ou des tactiques sans les soumettre à l’expérience du terrain et à ses particularités, c’est la débandade assurée. Il n’y a qu’à se souvenir de Frédéric II de Prusse, tâtant le sol à Rossbach de la pointe de sa canne en 1757, pour se convaincre de l’importance de l’adaptabilité tant en politique que dans l’art des armes.
Dans le grand sud-ouest, la droite est historiquement faible. Depuis les débuts de la République, le grand quart sud-ouest est de gauche. Une gauche très modérée, qui fut d’abord radicale, avant de se convertir progressivement au socialisme à mesure que le parti radical perdait de son influence après 1945. Aujourd’hui, les derniers bastions du Parti radical de gauche sont dans le grand quart sud-ouest : Baylet dans le Tarn, Charasse dans l’Allier. Les quelques ilôts de droite du sud-ouest correspondent aux quelques villes qui sont toujours restées catholiques parmi l’océan protestant du Midi. Toulouse fait partie de ces villes dont les campagnes environnantes n’ont pas la même couleur politique.
La droite du sud-ouest a dû très clairement pâlir son discours pour pouvoir vaincre. A Toulouse comme ailleurs, il n’y a jamais eu de droite pure et dure, et ce n’est pas demain la veille qu’il y aura un sarkozyste patenté au Capitole. La droite du Midi, c’est principalement la droite modérée que représentait bien feue l’UDF. Une droite petite-bourgeoise, notabiliaire, peu encline à faire des vagues, qui convient très bien au tissu bourgeois catholique qui peuple les hôtels particuliers de la Ville Rose.
Sauf que si la droite a su conserver la mairie de Toulouse comme un bastion de droite au milieu d’un océan rose, les municipales ont changé la donne. Déjà aux dernières législatives, et pour la première fois, les huit députés haut-garonnais ont viré socialistes : même dans l’emblématique 1ère circonscription, celle du Capitole, la socialiste Catherine Lemorton (relativement inconnue) a battu Jean-Luc Moudenc, le maire en exercice qui avait réussi le tour de force de faire oublier Philippe Douste-Blazy (et ce n’était pas facile). Et aux municipales, pour la première fois depuis près de 40 ans, la mairie est devenue socialiste. Autant dire que la droite dans le sud-ouest, hormis à Bordeaux et dans le Pays Basque où la présence de Michèle Alliot-Marie dynamise un peu la majorité, c’est le désert complet. Pas de résultats dans les urnes, pas de leader.
L’UMP compte beaucoup sur la nationalisation des scrutins pour tirer les scores à son avantage. Sauf que dans le Sud-Ouest, la nationalisation, on n’aime pas trop ça. Dominique Baudis a toujours mené ses campagnes hors de l’emprise des partis. Jean-Luc Moudenc a adopté la même stratégie pendant son mandat et pour les municipales de mars dernier : refuser Paris, refuser les partis. Ni logo UMP sur les affiches et une carte rendue ; un refus catégorique d’être soutenu par Douste-Blazy, et un soutien officiel de l’UMP peu mis en avant comme poids électoral.
Alors, à la convergence des nécessités, il n’y a que Baudis. Maire sans failles, quasiment sanctifié depuis l’affaire Alègre, encore doté d’un potentiel de notoriété incroyable à tel point que le MoDem a songé à lui pour les municipales de 2008. C’est le profil-type pour faire gagner l’UMP : populaire, et suffisamment éloigné de l’idéologie classique de l’UMP pour ne pas plomber la majorité. Il faudra suivre très attentivement les résultats de la majorité aux prochaines européennes, car il risque d’y avoir un joli coup dans les urnes. Alain Lamassourre, excellent eurodéputé, sans doute le meilleur d’entre tous, peut s’en sentir floué, mais l’UMP a besoin de reprendre pied dans le coin.
Cela pourrait ouvrir une nouvelle stratégie pour l’UMP. On irait ainsi vers un système à l’allemande avec le CDU, parti chrétien-démocrate national, et le CSU, parti chrétien-démocrate bavarois, satellite régional chargé de faire le rabatteur pour le parti national en offrant une étiquette plus soucieuse de l’humeur politique bavaroise. C’est la stratégie qu’a voulu faire l’UMP en 2002 en provoquant une fracture dans l’UDF : cueillir au sein d’une grande fédération des sensibilités plus modérées pour se maintenir dans certains territoires. Mais l’assimilation a ses limites, et le vote-sanction que privilégient souvent les Français conduit généralement à des échecs patents. Un peu comme en football, quand le collectif faiblit, on est obligé de s’en remettre aux talents individuels, et ce sont alors les barons locaux qui réussissent à se maintenir et à éviter à tout l’édifice de s’écrouler.
Pierre Méhaignerie veut importer le modèle allemand en Bretagne. La Bretagne, très sarkophobe, est traditionnellement une terre de centre-droit, MRP, puis UDF. Pour faire basculer l’électorat de centre-droit définitivement dans le camp de l’UMP, il propose de créer une fédération UMP de l’Ouest, faux-nez de la majorité qui offrirait un visage plus accueillant pour l’électorat breton.
Les manœuvres pré-électorales sont toujours fantastiques. C’est là que les psychodrames éclatent, entre les enjeux collectifs, les velléités individuelles, les règlements de comptes et les promotions. Le plus stratège dans cette histoire, c’est Baudis. Celui qui rêve d’une retraite dorée à Bruxelles après avoir pris la présidence de l’Institut du Monde Arabe a tout simplement réussi à imposer ses volontés : il est l’homme de la providence. C’est toujours imparable en politique.
14 décembre 2008 | La vie de la cité, europe |
On oublierait presque qu’il reste deux semaines de présidence. Mais avec les vacances qui approchent, on se presse de tirer le bilan de la présidence française de l’Union européenne avant de se lancer bille en tête dans les marronniers de la période des fêtes.
Vendredi, Nicolas Sarkozy clôturait sa présidence française par un accord sur le climat. Le coup est admirable : la présidence a commencé avec la libération d’Ingrid Betancourt, elle se termine sur un accord politique qui n’est pas toujours aisé à obtenir dans l’Europe des 27.
Activisme à tous les étages
En six mois de présidence française de l’Union européenne, le bilan de Nicolas Sarkozy est majoritairement positif. A son crédit, l’Union européenne est sortie d’une torpeur qui menaçait d’être angoissante avec le non irlandais au traité de Lisbonne. Si Nicolas Sarkozy a su profiter des crises pour remettre l’Europe en selle, il n’a cependant pas attendu qu’elles pointent le bout de leur nez pour mettre l’Europe sur orbite.
Très clairement, la crise géorgienne a permis à l’Union européenne de jouer un joli coup sur la scène diplomatique. Malgré l’aspect psychodramatique sous le soleil augustéen, Nicolas Sarkozy a su amener l’Union européenne à une décision rapide, concertée et unanime, ce qui, après l’échec d’une stratégie globale de positionnement diplomatique et politique lors de l’intervention américaine en Irak, a redonné aux 27 le goût presque oublié de l’action commune.
Nicolas Sarkozy a fait valser l’Europe du Danube jusqu’à ses pratiques de gouvernance. Jusqu’à présent, la Commission européenne était toute puissante sur les États. Sa trop grande distance vis-à-vis des États membres rendait cependant sa politique difficilement lisible, et donc sujette à méfiance. En éclipsant la Commission d’enquête et en prenant tous les États par la main pour définir une politique globale, Nicolas Sarkozy a rangé au placard l’Europe molle du Traité de Nice, trop juridiquement centrée, pour une Europe beaucoup plus politique, où les chefs d’États s’engagent pleinement. Une façon de procéder que n’aurait pas renié le général de Gaulle, mais une façon de faire qui déplaît fortement à Barroso, celui-ci n’appréciant pas les critiques formulées à son encontre par Nicolas Sarkozy.
Cependant, la crise économique qui s’abat sur l’Europe depuis octobre a montré les limites — beaucoup plus institutionnelles que politiques — du champ des possibles pour l’Europe. Malgré la réunion d’un mini-sommet européen début novembre, la construction d’une stratégie concertée de réponse à la crise n’a pas donné entière satisfaction, chaque pays préférant agir préférentiellement à l’échelon national, quitte à redoubler le bouclier de sécurité ensuite au niveau européen. Il s’agit plus là d’un plafond de verre difficile à briser pour les États-membres qu’un échec politique de l’UE : l’Europe politique se cherche encore, et les opinions publiques des États-membres ne réfléchissent pas toujours sur une échelle européenne, contraignant les gouvernements à ne pas vouloir risquer la fragilisation nationale par un europtimisme trop marqué.
Le jouet dans le paquet de corn flakes
Nicolas Sarkozy a su jouer sur l’indissolubilité de son action et de sa personne pour faire avancer l’Europe. Il reste une personne qui peut hérisser le poil, pas toujours très diplomate ni respectueux des cadences et des traditions. Son activisme peut le faire ressembler à un éléphant dans un magasin de porcelaine, mais enfin il remue le cocotier. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par EuroRSCG sur l’aspect anxiogène des mots de la crise. Nicolas Sarkozy est à mi-chemin : sa personnalité reste clivante, mais il est perçu comme un bon capitaine à la barre de la France et de l’Europe. Il est en fait comme le jouet dans le paquet de corn flakes : si vous achetez le paquet, vous achetez le jouet ; si vous achetez le dynamisme, vous achetez la petite figurine qui peut devenir agaçante.
Et force est de constater que la ferme volonté de Nicolas Sarkozy de faire avancer les choses n’a pas été sans heurts. Sa détermination à faire revoter l’Irlande sur le traité de Lisbonne, quitte à ce que le vote souverain issu du référendum soit bafoué par une ratification parlementaire alors qu’il s’agit du même texte, a provoqué l’ire des Tchèques et des Irlandais. Les Tchèques, qui prendront la présidence au 1er janvier, n’ont pas non plus apprécié que Nicolas Sarkozy, qui comme Giscard aime bien être président, veuille prendre la présidence de l’Eurogroupe jusqu’en 2010, et ainsi puisse être en mesure de conserver la main sur l’Europe au-delà de ce qui lui est légitimement alloué.
C’est sans doute ce trop grand confort dans le pouvoir qui a creusé les tensions avec l’Allemagne. Quelle différence entre le couple franco-allemand qui s’étreignait avec camaraderie en mai 2007 et celui qui se tourne le dos cet automne ! L’axe Paris-Berlin, moteur historique de la construction européenne, semble aujourd’hui avoir du plomb dans l’aile.
Les électeurs européens oubliés ?
Alors que les prochaines élections européennes se tiendront en juin, on pouvait légitimement s’attendre à ce que Nicolas Sarkozy profite de la présidence française pour sensibiliser les Français aux enjeux européens. Ce n’est un secret de polichinelle pour personne : depuis 1979, date des premières élections européennes, les Français s’abstiennent plus que la moyenne des autres pays européens, et le taux d’abstention a atteint le chiffre record de 57% aux européennes de 2004 !
On aurait pu penser que Nicolas Sarkozy profiterait de la visibilité de la politique européenne en France qu’offrait la présidence française pour concocter des campagnes de sensibilisation ou quelque discours savamment troussé pour mobiliser les Français aux enjeux de l’Europe. Mais las ! Il est vrai que la crise financière a occupé l’agenda européen. Mais tout de même. Pour toute actualité sur les européennes, nous avons eu les récentes tractations au sein de l’UMP sur les têtes de liste, le malaise de Michel Barnier, la disgrâce de Rama Yade, et l’hallali du Nouveau Centre qui cherche désespérément à obtenir l’autorisation de présenter des listes autonomes. Comme le fait remarquer Jean Quatremer, les partis français ont encore beaucoup de boulot pour ne pas considérer le Parlement européen comme un théâtre sans spectacle, sans public, rempli de marionnettes à défaut de comédiens.
Les élections européennes qui auront lieu au printemps seront un vrai test. Alors que les récents événements ont montré la capacité de l’Europe à sortir de sa léthargie, le scrutin européen pourra montrer la cote d’amour de l’Europe auprès des Français, en même temps que la capacité de l’Europe à diffuser un message politique compréhensible et qui fasse rêver. Et qui permette aussi de faire face aux enjeux de demain, voire, en ces temps de crise financière, de prendre ses responsabilités dans la résolution de la crise mondiale.
6 octobre 2008 | europe |
Taggué par Pierre Catalan, je suis sommé de réfléchir à quatre façons de réformer l’Europe afin qu’elle puisse relever les défis de demain. Le coup de coude est propice, puisque je me rendrai les 10 et 11 octobre à Nantes pour le forum de Paroles d’Européens et y présenter un projet de labellisation des entreprises européennes qui soutiennent l’effort de mobilité des jeunes actifs (plus d’informations bientôt).
1. Une Europe, une vraie. L’Europe existe-t-elle vraiment ? Non. Il manque l’Europe politique pour véritablement solidifier la mayonnaise. Depuis le Plan Monnet, l’histoire de l’Europe oscille entre les partisans d’une Europe très homogène, et les contempteurs qui sont très soucieux de gérer leur popotte. A tel point qu’on a trouvé un consensus a minima : l’Europe économique. Et même dans l’Europe économique, on a tout réalisé a minima, à tel point que l’Europe apparaît pour beaucoup d’Européens (en tout cas de Français), comme un arbre à subventions. Peu de politiques, peu de concertation, mais de l’arrosage permanent. Drôle de paradigme.
Pour retrouver une Europe, une vraie, il faut un vrai gouvernement, un vrai volontarisme européen. Je propose, par exemple, de décréter qu’il existe, en vertu de leur importance, des départements régaliens sur lesquels les Etats-membres auraient obligation de dessaisissement : le développement durable en est un, par exemple. A enjeu mondial, travail communautaire.
2. Vivre l’Europe. Constat alarmant en France : les Français se foutent de l’Europe. Le taux d’abstention aux élections européennes est en moyenne de 39,7%, et l’on est monté jusqu’à 57,2% (le record) aux dernières européennes. La France s’est toujours plus abstenue que la moyenne des autres Etats-membres. Pourquoi ? Parce que l’Europe apparaît comme trop lointaine.
L’espace Schengen relève souvent du miroir aux alouettes. Il n’a de réalité que pour les camions, les marchandises. Encore l’Europe économique. Il faut donc mettre en mouvement les actifs européens pour que l’Europe cesse d’être un schéma intellectuel griffonné sur un coin de table mais une réalité quotidienne pour le plus grand nombre. Cet effort de mobilité, si on le veut durable pour l’avenir, doit en priorité concerner les jeunes.
3. Parler d’Europe. On parle très peu d’Europe, si ce n’est pour critiquer Bruxelles. Parler, connaître, c’est encore le meilleur moyen de l’avoir présent dans son esprit. Il serait de bon ton, par exemple, que les cours d’éducation civique, et les TPE, comportent dès à présent une dimension européenne (sans retrancher la dimension proprement nationale). Aujourd’hui, nos chères têtes blondes ont besoin d’être formés à la fois à la citoyenneté française et européenne. Ces cours d’éducation civique comporteraient un apprentissage des principales institutions européennes, de leur fonctionnement, des compétences et des politiques de l’Union européenne, avec un accent fortement marqué sur la présence de l’Union dans la vie de tous les jours, un peu comme l’on présente tous les objets de la vie courante qui sont dérivés du pétrole.
4. Définir un modèle de société. Il ne me semble absolument pas utopique ni incohérent d’envisager que l’Europe puisse définir un modèle de société à l’échelle communautaire, et que ce modèle soit porté par les élus européens, cependant que ceux-ci, dans leurs Etats respectifs, en défendent un autre. On rappellera que l’Europe n’est pas un conglomérat issu de l’addition de vingt-sept Etats-membres. C’est quelque chose de circulaire, de total, comme dirait Spinoza. Elle est une entité propre. A ce titre, elle peut définir un modèle de société qu’elle pourra promouvoir, voire opposer, à d’autres grandes nations. L’homogénéité est la seule garantie de réussite du gigantisme européen, qui est tout sauf évident aujourd’hui.
Chaude, chaude, la patate. Je transmets le bébé à Quitterie, ce qui constituera un premier test pour elle, au revenant le Crapaud du Marais, à Valerio Motta, et à Dagrouik, pour voir un peu si les left_blogueux savent s’extraire de leur microcosme sinistrocentré.