Petites leçons d’après scrutin

8 juin 2009 | MoDem, europe | 5 Réponses

Hier, c’était soirée électorale partout en Europe. Après avoir assuré la couverture en live de la soirée à la RDB, les blogueurs assurent aujourd’hui le SAV à froid. Alors, quels enseignements ?

Il fallait donc mobiliser
L’abstention a tenu ses promesses : avec 60%, c’est un nouveau record à la hausse. Avec ces taux d’abstention stratosphériques, assurer la mobilisation de son camp était amplement suffisant. C’est ce qu’a réussi à faire l’UMP tant bien que mal en ne souffrant pas trop de l’abstention. C’est ce qu’a totalement manqué le PS, qui a subi la dispersion de ses voix chez Mélenchon et chez les Verts.

A l’inverse, les petits partis étaient en quête d’une audience. C’était le challenge d’Europe-Ecologie et du MoDem, aux destins croisés : Europe-Ecologie cartonne, quand le MoDem dérape. Idem pour Mélenchon, qui réussit son pari de se loger une petite place à gauche du PS et ravit la place de l’altergauche au NPA.

Au PS, où se situe l’avenir ?
Le PS ne fera pas l’économie d’un profond changement. Après 2002, 2007, voici 2009. A chaque fois, on promet la rénovation, et on n’assiste à chaque fois qu’à un replâtrage. Jusqu’où creuseront-ils ? Le PS, qui vit toujours sur l’illusion d’un vote arc-en-ciel de Besancenot à Bayrou, va devoir maintenant à la fois reprendre son propre discours et choisir une orientation : à gauche ou au centre toute ?

Le score d’Europe-Ecologie laisse songeur : l’alliance de la carpe et du lapin entre l’alter José Bové et l’écolo CSP+-compatible Cohn-Bendit a rallié autour d’un même thème des écolos de tendances diverses : reste à savoir qui est majoritaire… Mon impression est que l’écologie est devenu un thème de droite, bobo-compatible pendant cette campagne et que ceux qui ont donné leur vois à Cohn-Bendit et ses acolytes sont des socialistes rose pâle et des anciens bayrouistes. Par conséquent, l’avenir du PS me semble plutôt dans une convergence vers le centre. A suivre…

Au MoDem, doutes et espoirs
François Bayrou, dans son allocution, l’a dit sincèrement : le MoDem a connu une lourde défaite. Difficile cependant de réaliser une comparaison statistique : les 7% des législatives, les 10% des municipales et les 8,5% des européennes sont des résultats partiels, dûs à une abstention plus forte. Comme toujours depuis 50 ans, l’élection-reine, c’est l’élection présidentielle, la seule qui permette vraiment de jauger du réservoir de voix et de la puissance d’une dynamique électorale.

Les raisons de la défaite sont évidentes. La stratégie antisarkozyste et la personnalisation de l’élection autour de la personne de François Bayrou est friable. Cette campagne a mal commencé avec la sortie du livre de Bayrou qui a polarisé toute l’attention. Comme un symbole, le dictionnaire de l’Europe de Marielle de Sarnez sortait simultanément : on n’en a pas entendu parler… Et c’est le grand paradoxe du MoDem : sur le terrain, les militants ont fait une campagne active, centrée sur l’Europe, et entamée très tôt. Mais qu’a-t-on vu sur les plateaux télé ? Une réplique des autres élections, avec Bayrou en tête de pont. Je partage l’avis de Pierre Catalan : avec Corinne Lepage, Robert Rochefort et Sylvie Goulard, c’était la bonne occasion de faire émerger de nouvelles têtes et de concurrencer les Verts sur le terrain de l’écologie. Un peu moins de Bayrou, un peu moins d’antisarkozysme, n’auraient pas nui au MoDem, loin s’en faut.

Tout n’est pas noir cependant. Avec 6 élus, le MoDem se maintient. Certes, il avait 11 élus sous la précédente législature, mais rappelez-vous qu’entre temps, certains avaient signifié, comme Jean-Louis Bourlanges, Claire Gibault et Janelly Fourtou, qu’ils rejoignaient le Nouveau Centre. De plus, à présent que Corinne Lepage, Jean-François Kahn, Robert Rochefort et Sylvie Goulard ont été élus, ils acquièrent une légitimité d’élus. Pour un parti qui se construit, c’est une bonne chose !

Quels enseignements en tirer ? Pour Bayrou, je ne suis pas sûr qu’on puisse parler de mort politique comme certains blogueurs le claironnent. Bayrou a moins à craindre de ce scrutin que du prochain baromètre de popularité et de classement du meilleur opposant. Sa sortie malheureuse contre Cohn-Bendit et sa victimisation sondagière risquent de le faire chuter lourdement. A l’image de Sisyphe, celui qui avait patiemment remonté la pente depuis les municipales risque de se retrouver au même étiage et de devoir recommencer…

Les régionales arrivent à grand pas. Pour le MoDem, la meilleure stratégie est encore celle de ne pas faire du scrutin un enjeu primordial. Cela impliquera une chose fondamentale : que les récents élus MoDem au Parlement européen restent à Bruxelles. Le Modem s’étiole progressivement de mettre sur le devant de la scène toujours les mêmes têtes en croyant que cela produit de l’attraction. Pour les régionales, il faudra faire confiance à d’autres personnes, jouer profil bas, et produire en discours en phase avec la nature de l’élection. Sans têtes d’affiches, avec un Bayrou effacé (qu’il n’aille surtout pas se présenter en Aquitaine contre Xavier Darcos !), les médias devraient relâcher la pressante étreinte de la question des alliances. Et si elle se pose, il devra lui être opposée une réponse ferme et définitive : aucune alliance d’aucune sorte, ni avant le premier tour, ni entre les deux tours.

L’outil Internet
Puisque la campagne n’a pas décollé sur les médias mainstream, c’est sur Internet qu’elle a fait un peu de bruit. Lipdubs, vidéos à projet viral, sites communautaires… L’effet Obama commence à prendre doucement dans les grands partis. L’UMP et le PS sont les deux partis en avance, qui chacun ont produit une plate-forme destinée aux militants (palme d’or à la Tract Machine du PS) afin de démultiplier les points de parole et de créer une armée d’ambassadeurs dans les campagnes et dans les villes. Ce qui est clair, c’est que les partis n’ont pas encore bien compris comment s’en servir : rien ne sert d’avoir un site communautaire si on ne l’anime pas, et s’il n’est pas adossé à une vraie campagne de terrain. L’outil Internet n’est pas la solution miracle et ne remplace pas la politique à l’ancienne.

Les stratégies Internet des différents partis ont produit des effets différents. On s’est gaussé du lipdub de l’UMP, qui n’a décidément rien compris aux règles du genre. Europe-Ecologie, lui, a produit un lipdub particulièrement en phase avec son électorat et le discours qu’il voulait porter : un parti à mi-chemin entre le parti et l’ONG, du militantisme citoyen à la cool que retranscrit bien la chanson entraînante, une joie communicative avec les danses endiablées de Dany le Rouge et d’Eva Joly. Cet enthousiasme communicatif qui tranche avec la gravité de la menace écologiste a su séduire tout un électorat bobo qui a trouvé là une bonne alternative au PS. Le PS et Internet, ça a donné quoi ? Le MJS s’y est collé, avec des vidéos en phase avec leur temps (Sarkozy et Facebook), mais pas vraiment de bonne facture ; et il a même touché le fond avec cette vidéo racoleuse vantant une abstention pas sexy du tout…

Et le MoDem ? Voilà qui est intéressant. On avait laissé le MoDem il y a deux mois avec une innovation intéressante : un réseau social destiné aux militants. J’aimerais  bien savoir ce qu’il en est aujourd’hui. En absence d’animation quotidienne, ce site tourne à vide : à quand un community manager pour les militants démocrates ? Quant au reste, on a assisté à une non-campagne sur le net. Du contenu froid et officiel des rencontres thématiques (sans grand intérêt car aucun montage), un clip de campagne ahurissant de classicisme (je dirais même de vétusté). Pourtant, le MoDem avait su produire en 2007 une très bonne vidéo de campagne dans les derniers jours, qui avait bien compris les mécanismes du storytelling et qui était en phase avec l’époque : vous remarquerez à quel point le titre d’Arcade Fire est en harmonie avec la vidéo et avec la notion de clip de campagne. Le MoDem donne parfois l’impression de refuser la communication et ses évolutions, en faisant la fine bouche, comme si la communication, c’était du mensonge qui devrait inspirer de la méfiance. Faire de la politique autrement, ce serait nécessairement retourner au terrain et laisser les autres partis s’amuser avec le hochet de la communication sur Internet. Attention : comme le disait il y a un peu plus d’un an François Bayrou lors d’un café démocrate, « on ne joue pas au football avec les règles du rugby ». La communication fait partie intégrante d’une démarche politique, et il faut savoir vivre avec son temps, et ne surtout pas rater la marche du train de la netpolitique : jouer les fines bouches ne pourra que desservir.

Pour terminer, on soulignera un paradoxe : les Européennes ont été totalement éclipsées pendant toute la campagne, jusqu’à se faire détrôner par un fait divers ; et pourtant, hier, elle a été sur toutes les lèvres, à tel point qu’on n’a pas parlé de la mort d’Omar Bongo. Comme quoi…

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Au PS, Bruxelles rime avec gamelle

3 juin 2009 | europe | Aucune réponse

Ah, ça ! C’est peu dire que le PS en bave des ronds de chapeau : l’UMP, ce vilain garnement, ne fait rien qu’à embêter le bon élève du PS qui cherche à parler d’Europe. Mais las ! l’UMP perturbe la campagne par ses bavardages intempestifs et fayotte à tout va devant le Maître Sarkozy qui ressasse à tout va un prêchi-prêcha de vieille morale grand-parentale. Au piquet ?

Et si on gratte un peu, le PS aussi ne jouerait-il pas les mauvais élèves ? En position de challenger, il essaie tant bien que mal d’intéresser les Français aux enjeux européens, parce qu’il lui faut combler le fossé de voix avec l’UMP, qui part grand favori. Et pourtant… En meeting à Montgeron, les quadras socialistes ont donné une belle leçon de politique baronniale comme ils en ont le secret. En effet, Benoît Hamon, troisième de liste et député sortant, est sous la menace d’une non réélection par la faute de sondages très peu favorables en Île-de-France (et même carrément catastrophiques). Alors, pour sauver le soldat Hamon, on met tout en branle afin de ne pas déchoir l’une des étoiles montantes du PS : le mot d’ordre, c’est « faire élire Benoît Hamon » à tout prix.

Après Aurélie Filippetti et Vincent Peillon, voici maintenant Benoît Hamon pris les doigts dans le pot de confiture. Et dire que le PS passe son temps à dénoncer chez le voisin les ambitions personnelles ! Joli parangon de vertu.

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La campagne des européennes bat son plein (oui)

15 mai 2009 | europe | 2 Réponses

A longueur de semaines, nous nous lamentons que la campagne pour les européennes tarde à pointer le bout de son nez. Et pourtant, elle a bel et bien commencé depuis plus d’un mois.

Une campagne frugale

En cause en premier lieu sans doute, la procédure française de dépôt des listes, ouverte le 11 mai dernier. Plus la date est tardive, plus le phénomène de date-butoir prend de l’ampleur, et l’on peut gager que si le dépôt des listes avait été avancé dans le calendrier, celles-ci auraient été constituées plus tôt. Mais cela ne permet pas d’expliquer qu’en dépit de listes déjà connues depuis plusieurs semaines, le PS ne parvienne pas à entamer un débat national.

Serait-ce une question programmatique ? Difficile en effet de faire campagne sans idée, sauf à se contenter de slogans de morale grand-parentale comme l’ânonne l’UMP avec son « Quand l’Europe veut, l’Europe peut ». Clairement, les partis ont été plus soucieux de modeler le visage des listes avant de les doter d’un cerveau fonctionnel et riche d’idées. Guère étonnant en effet quand on sait la faible culture européenne qui anime les grands partis français, ceux-ci considérant Bruxelles comme un vaste placard éloigné où sont remisées les anciennes gloires et glorioles de la vie politique française ou les bannis de la Cour élyséenne condamnés à l’exil bruxellois. Mais, nous dira-t-on, le PS a un programme depuis longtemps, c’est le PSE Manifesto. Effectivement.

On pourrait alors accuser de concert médias et électeurs français. Les premiers pour n’avoir pas tenté de surtraiter un enjeu électoral certes difficilement abondé par les formations politiques, les seconds pour assister goguenards à la campagne. Pour la campagne présidentielle, les médias n’ont pas hésité à se mettre en ordre de bataille dès les préliminaires à l’automne 2006 en couvrant massivement la primaire socialiste. En 2005, ils firent de même avec le TCE, allant jusqu’à organiser de longues soirées de catéchisme référendaire sur les principales chaînes. Et l’on sait que lorsque les médias s’y mettent, les Français s’y intéressent. Pure logique médiatique. Or, lions deux faits : l’Express a attendu ce lundi pour entamer une série d’articles comparatifs sur les programmes des différents partis. Et, lundi dernier, ils étaient pourtant encore 53% des Français à s’y désintéresser.

Très clairement, ce démarrage poussif de la campagne est le résultat croisé d’une paresse tant médiatique que politique. Les premiers se défendront de ne pas survendre un sujet au-delà de l’intérêt que leur accordent les formations politiques, les secondes seront muettes sur la chose. Pour Harlem Désir, tête de liste PS en Île-de-France, l’UMP « fait tout pour éviter le débat ». Effectivement, l’UMP n’a guère d’intérêt à lancer un débat trop tôt, qui risquerait, manque de culture européenne oblige, de se transformer en campagne nationale de protestation contre le gouvernement. Bien semble lui en avoir pris : les principales formations politiques appellent au vote-sanction, et la dissémination des votes de protestation, en dispersant les mécontentements, ne peut qu’être de nature, sur un scrutin à un tour, à profiter à la majorité : c’est la version démocratique de la formule machiavélienne « diviser pour mieux régner ».

Pour autant, il est trop simple de résumer cette campagne à un duel national et médiatisé proposé par toutes les formations et refusé précieusement par l’UMP.

Mobiliser son camp

Le PS et l’UMP refusent en effet tous deux de se livrer à une campagne pleine et entière. Regardons les différentes villes dans lesquelles l’UMP a démarré sa campagne : Rueil-Malmaison, Maisons-Alfort, et Nîmes, trois villes UMP. Au PS, même son de cloche : le 24 avril, le PSE entrait dans la campagne française à Toulouse, l’un des symboles de la victoire socialiste contre le gouvernement aux dernières municipales. La ville dans laquelle on lance une campagne est symboliquement forte : elle donne une clé précieuse pour analyser ce que sera la campagne. Or, avec les meetings socialistes qui ont suivi (Paris, Strasbourg, Clermont-Ferrand : autant de villes de gauche), on s’aperçoit très vite de la réalité de la campagne européenne : elle est une campagne de mobilisation plus qu’une campagne de conversion.

Et la campagne de mobilisation bat son plein depuis longtemps déjà. Il ne s’agit pas, pour l’un comme pour l’autre, de convaincre massivement des électeurs : le fort taux d’abstention quasiment acquis conduirait à gaspiller de l’énergie pour des résultats faibles. Or, quand l’abstention est forte, tout stratège politique sait ce qu’il reste à faire : mobiliser son propre camp et compter sur son socle électoral habituel pour virer en tête.

Si l’on regarde la campagne Internet du PS et de l’UMP, ce point de vue est corroboré. Michel Barnier, tête de liste UMP en Île-de-France, a fait appel à l’agence de communication en ligne Spintank pour mettre en place un site communautaire de campagne. Le principe est simple : sur le modèle de mybarackobama.com, le site de campagne s’adresse aux sympathisants et militants UMP en leur permettant de se lier entre eux afin de stimuler la mobilisation et l’engagement sur le terrain et de diffuser cette mobilisation à ses propres cercles de sociabilité afin de réaliser un maillage au plus serré en Île-de-France, qui permettra de ne pas perdre trop de monde en route. En outre, l’UMP a pris le parti de la proximité militante avec le bus de campagne de l’UMP, chargé de sillonner et d’« animer les fédérations ». Le PS, quant à lui, a lancé une série de vidéos virales dont l’objectif est clairement destiné à renforcer les convictions parfois fléchissantes de certains électeurs plus qu’à en convaincre d’autres.

On ne le répètera jamais assez, l’antisarkozysme, l’anti-barrosisme ou quoi que ce soit d’autre, n’est pas une politique lorsqu’on est un challenger.

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Le parachutage n’existe pas aux européennes

8 mai 2009 | europe | 3 Réponses

Viennent les élections, et la parade des postes commence. Qui mettre où ? Comment ménager les susceptibilités ? Surtout, quelle place est la meilleure pour chacun ? On remarquera d’ailleurs qu’il est souvent coutume de s’interroger sur la provenance territoriale du candidat : est-il un enfant du pays ? Vient-il là pour nous défendre ou parce que c’est un tremplin aisé vers son ambition (en clair : une circonscription aisément gagnable).

N’a-t-on pas assisté au même cirque ces deux derniers mois ? Souvenez-vous de Vincent Peillon. Vincent Peillon, député européen depuis 2004 et élu dans la circonscription du Nord-Ouest, se dit que depuis la présidentielle et le congrès de Reims, sa pouliche Ségolène Royal a vu sa cote fortement augmentée, et celle de son staff, dont il fait partie, également. N’est-ce pas le moment, se dit-il, de faire un come back sur la scène politique française, et de quitter l’exil bruxellois auquel va être à l’inverse condamnée sa collègue Rachida Dati ? Pour ce faire, il faudrait nécessairement être élu dans la même circonscription, qui est proche de la Somme dont il fut député. Mais voilà : Martine Aubry est première secrétaire, et Martine Aubry contrôle le Nord, et sans doute ne l’entend-elle pas de cette oreille. Pour Vincent Peillon, ce sera le Sud-Est ou rien du tout. Et Vincent Peillon de s’étrangler : quel crève-coeur !

Aujourd’hui, Luc Ferry est en butte au même dilemme : l’UMP veut le parachuter en province. Mais Luc Ferry refuse : pas de parachutage ; c’était l’Île-de-France, ou rien.

Ces postures sont clairement hypocrites. Elles symbolisent surtout le manque de culture européenne des formations politiques françaises. En France, un poste de député européen est un mandat comme un autre, qui doit permettre une attache locale et une exposition médiatique certaine. Comment expliquer la complainte de Vincent Peillon sinon par son désappointement de devoir faire campagne là où il n’a pas pied ? Comment expliquer le refus poli de Luc Ferry de faire de même ?

Il faudra leur dire, un jour, que les circonscriptions européennes sont un découpage factice destiné à faciliter la procédure électorale. Il faudra leur dire que le Parlement européen ne vote pas de mesures s’appliquant à tel département. Il faudra leur dire qu’au Parlement européen, il n’y a que des représentants nationaux.

Peut-être parviendra-t-on à le faire comprendre en réalisant une idée de prime abord saugrenue, mais qui pourrait avoir une grande force symbolique : redessiner l’échiquier des circonscriptions en créant des circonscriptions européennes, transfrontalières, qui pourraient avoir le bénéfice de mieux correspondre à certaines logiques d’aménagement économique. Pourquoi ne pas faire sauter la barrière des Pyrénées et élire, de Bordeaux à Montpellier, de Toulouse à Barcelone, les mêmes députés européens ? Et de Lyon à Milan, de Marseille à Turin, à l’heure où l’on prépare le TGV ? Et de Lille à Rotterdam ? Sans doute que là, parachutés pour partie au-delà du territoire, les candidats au Parlement de Bruxelles auraient moins tendance à penser popote !

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Pour les Européennes, Libé fait confiance aux blogueurs

5 mai 2009 | Internet, europe | 3 Réponses

Je vous fais part du blog ouvert aujourd’hui par la rédaction de libé.fr. Vous m’y retrouverez jusqu’au 7 juin pour chroniquer la campagne européenne en compagnie d’autres glorieux contributeurs : Pierre Catalan, l’excellent Eurojunkie, Eric L’Helgouac’h de touteleurope.fr, Alexandre Delaigue d’Econoclaste, et mes deux camarades Dagrouik et Authueil. Une dream team plutôt de droite, ça change pour une fois !

Retrouvez-nous dès à présent sur ce blog collaboratif qui a pour objectif de chroniquer la campagne européenne selon divers points de vue. Pour ma part, j’essaierai plutôt de parler de la campagne en France. Vous pouvez lire dès à présent mon manifeste : « Nous sommes les baltringues de l’Europe ».

A très bientôt !

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Nous sommes les baltringues de l’Europe

5 mai 2009 | europe | 10 Réponses

Le 7 juin, vingt-sept pays vont élire leurs représentants au Parlement européen et renouveler pour cinq ans le contrat démocratique qui lie les 460 millions d’habitants de l’Union européenne aux 785 représentants actuels de la construction politique la plus innovante du siècle dernier. Certains vont les élire avec enthousiasme, d’autres avec défiance ; certains par suite d’un débat public, d’autre au milieu d’un désert médiatique. Bienvenue en Europe.

Rappelons sommairement que dans le terreau politique de l’Europe des peuples, labouré à force de guerres transversales et ensemencé par la politique des alliances depuis le XVIe siècle, la main française a toujours été prompte à manier le soc ou le sac à semis, jusqu’à faire de Marianne la semeuse au revers de nos francs jadis. L’Europe, même, après les campagnes napoléoniennes, c’est presque la France. Dans l’adolescence du XXe siècle, c’est encore Aristide Briand, l’indétrônable ministre des Affaires Etrangères de la IIIe République, qui est la cheville ouvrière de la diplomatie européenne et des premières ébauches de construction européenne. Faut-il enfin rappeler à quel point le plan Monnet fut géniteur de la première vraie communauté européenne ?

On décrit souvent les constructions institutionnelles avec un vocabulaire anatomique. Qu’il s’agisse de la désormais célèbre « banane bleue » (R. Brunet), du nom de la colonne vertébrale européenne s’étendant de Londres jusqu’à Milan en passant par Bruxelles et Francfort et dessinant une vaste mégalopole, de l’axe Paris-Berlin, centre neuromoteur de l’Union européenne depuis plus de vingt ans, ou encore de Strasbourg, centre névralgique des institutions européennes, la France est partout au cœur de l’Union européenne, et continue à vouloir y jouer un rôle. Elle en est géographiquement, et historiquement l’une des pièces maîtresses de l’ossature européenne, politiquement l’un des centres d’impulsion, démographiquement et économiquement l’un des muscles les plus puissants.

Et pourtant, tout fringants que nous étions, nous sommes devenus, toutes proportions gardées, « l’homme malade de l’Europe » qu’était l’empire ottoman jadis.

Un récent sondage a montré l’étendue du paradoxe : pour la majorité des Français, l’Europe a un fort rôle à jouer dans les défis à venir imposés par la crise économique et financière et par la nécessité de maîtriser notre empreinte écologique ; pourtant, en dépit de ces défis majeurs, peu nombreux sont les Français à signifier leur envie d’aller voter. L’Europe, si près, si loin… En 1979, lors des premières élections européennes, 40% des Français ne s’étaient pas déplacés pour aller voter ; en 2004, ils étaient 57%.

Disons-le tout net : nous sommes les baltringues de l’Europe.

Nous souhaitons plus d’Europe, et nous réussissons le tour de force de faire la fine bouche.

Nous voulons être à la tête de l’Europe, et nous figurons parmi les trois pays à avoir rejeté un traité constitutionnel par voie référendaire, freinant considérablement un processus de construction qui par l’unanimité impose le consensus – avec sa part nécessaire de compromis.

Nos dirigeants veulent faire bouger l’Europe, et ils y envoient les seconds couteaux, les recalés du suffrage universel français, les vieilles gloires de la politique française qui sentent encore la naphtaline, ou les poulains des barons nationaux, quand ils ne choisissent pas purement et simplement de sacrifier aux logiques négociatrices dignes des marchands de tapis les quelques députés européens qui, comme Alain Lamassoure, s’acquittent avec intérêt de leur mandat et sont reconnus par leurs pairs pour leurs offices.

Nous voulons parler de crise, de protection et de développement durable, et nous montons au créneau pour défendre le rosé menacé par la Commission européenne.

Nous demandons beaucoup de choses à l’Europe, en premier lieu de régler de nombreux problèmes. Nous faisons le procès des élites européennes, trop coupées des Français, trop technocrates, trop tout, mais nous refusons de leur apporter notre concours en les élisant et en les légitimant.

En un mot, nous voulons l’Europe, sans y participer. La belle affaire.

Le 7 juin, et pour la première fois, je serai électeur européen, et j’irai voter pour l’Europe. Qu’il s’agisse de voter pour une Europe qui protège ou une Europe volontariste, c’est affaire du choix de chacun ; mais dans les deux cas, ceux qui votent veulent l’Europe, sans se laisser berner par les chimères d’hypothétiques plans B sans lendemain. Aussi appelé-je chacun à voter. Non pas par europhilie, bien au contraire. Mais par chauvinisme : parce que je ne connais aucun Français qui puisse raisonnablement accepter d’être considéré comme un baltringue par toute l’Europe.

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Libertas contre-attaque

11 avril 2009 | Internet, europe | 7 Réponses

Alors que la majorité des partis, surtout le PS et l’UMP, tardent à s’organiser, le parti Libertas, « l’accord programmatique conjoncturel » entre Nihous et de Villiers (appréciez la jolie novlangue qui évite de parler d’alliance), a entamé sa stratégie de communication antieuropéenne en frappant fort ; faut dire qu’ils y mettent les moyens sur ces européennes.

Pour le moment, le PS a produit une petite vidéo pseudo-virale représentant Nicolas Sarkozy sur Facebook. Elle fait sourire, mais est quand même d’assez mauvaise qualité. C’est bourré de clichés (le clavier en or…), l’imitation est mauvaise (et ça décrédibilise la vidéo), et la réalisation pas forcément très réaliste pour le coup (la navigation sur l’écran est simulée informatiquement). Libertas, à l’inverse, vient de livrer deux vidéos virales où l’on sent qu’on a mis le paquet pour les produire. Ils ont repris la technique de Mozinor, connu pour ses détournements de vidéos, surtout celle sur Luc Besson, en parodiant Star Wars.

Je vous laisse apprécier. Malgré toute la non-considération que j’ai pour les souverainistes bruxellophobes, je suis obligé de leur tirer un grand coup de chapeau. Maintenant, restent aux autres partis à répondre sur le même mode et avec le même film !

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Le Pen président… d’un jour

25 mars 2009 | La vie de la cité, europe | 5 Réponses

S’il était réélu au Parlement européen le 7 juin, Jean-Marie Le Pen, en tant que doyen du Parlement, pourrait présider la séance inaugurale du 14 juillet comme l’indiquent les textes et comme le veut la coutume parlementaire, y compris en France. Pour certains, c’est absolument inadmissible. On ne peut pas laisser un homme d’extrême-droite comme président-doyen temporaire du Parlement européen. Et donc ils proposent de mettre en place des dispositifs tordus pour exclure Jean-Marie Le Pen de la présidence. La séance inaugurale devant avoir lieu le 14 juillet, le président du PPE Joseph Daul propose à Jean-Marie Le Pen de rester en France pour la fête nationale, pendant que par-derrière, on s’active pour modifier le règlement du Parlement.

Ce « cordon sanitaire » me laisse de marbre. Rappelons qu’en 1989 Claude Autant-Lara, cinéaste d’extrême-droite, avait déjà prononcé un discours inaugural en tant que doyen. Il en avait profité pour déblatérer un discours nauséabond sur la culture européenne. On avait alors réduit le temps de parole du président par interim pour l’empêcher de donner libre cours à son imagination. Le Pen, même facétieux, aura donc du mal à quitter le formalisme de sa mission. Reste ensuite le symbole de voir un homme d’extrême-droite à la tête du Parlement européen. Je renvoie tous ces bien-pensants à leurs chères études. Si Le Pen devient Président, c’est qu’il aura été élu : le principe du doyennat est certes une aubaine pour lui, mais en quoi cela importe-t-il ? Dès lors qu’il est élu, il est légitime. Si quelqu’un est à incriminer, ce seront les électeurs provençaux qui l’auront élu ! Mais en démocratie, qui serait assez fou pour faire la morale à des électeurs ? On préfère remettre en cause la légitimité des élus eux-mêmes.

Et que dire de l’inefficacité de la stratégie de diabolisation ? Le Pen se dit victime de « racisme francophobe ». Encore une fois, diaboliser le spectre du néo-fascisme contribue encore à souder son électorat pourtant en grande déperdition…

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L’hypocrite crève-cœur de Vincent Peillon

1 mars 2009 | La vie de la cité, europe | 5 Réponses

Vincent Peillon est grave dégoûté : il ne conduira pas la liste PS dans le Grand-Ouest, mais a été recasé dans le Sud-Est. Pourquoi crache-t-il dans la soupe ? Parce que le Nord-Ouest, c’est son fief.

Cette posture est parfaitement ridicule et hypocrite. Aux élections européennes, la circonscription importe peu, car les enjeux et les problématiques locaux ne sont pas traités comme tels. Les politiques communautaires sont impulsées à grande échelle. En fait, si Vincent Peillon l’a mauvaise, c’est qu’il comptait faire de son ascension dans l’appareil du parti un argument pour revenir jouer les premiers rôles sur le plan national. Et quand on a des prétentions nationales, mieux vaut effectivement avoir un fief qu’on peut tenir d’une main de fer. Rejeté dans le Sud-Est, on peut comprendre alors qu’il soit amer !

Encore un exemple de politique notabiliaire…

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Novlangue au CPNT

16 février 2009 | Brèves, europe | 1 Réponse

Interrogé sur son ralliement à Philippe de Villiers pour les européennes, Frédéric Nihous répond qu’il ne fait pas d’alliance. Il préfère le mot d’ :

« accord programmatique conjoncturel »

Ainsi donc, en 1917 et 1944, la France et les États-Unis n’ont pas été alliés, mais ont conclu un « accord militaire conjoncturel ». Limpide périphrase.

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Nick Carraway

And as I sat there brooding on the old, unknown world, I thought of Gatsby's wonder when he first picked out the green light at the end of Daisy's dock. He had come a long way to this blue lawn, and his dream must have seemed so close that he could hardly fail to grasp it. He did not know that it was already behind him, somewhere back in that vast obscurity beyond the city, where the dark fields of the republic rolled on under the night.

Gatsby believed in the green light, the orgastic future that year by year recedes before us. It eluded us then, but that's no matter-to-morrow we will run faster, stretch out our arms farther... And one fine morning.

So we beat on, boats against the current, borne back ceaselessly into the past.