Questions pour un Nationalisé

6 août 2009 | La vie de la cité, Société | 4 Réponses

Cela pourrait ressembler à un nouveau concept de téléréalité mâtinée pour la caution d’une performance individuelle pour hiérarchiser le parcours des candidats en lieu et place de la sacro-sainte règle de l’élimination endogène (les « nominations »). D’ailleurs, la Grande-Bretagne, importatrice du concept, l’a joliment nommé : « Earning the Right to Stay » (« Gagner le droit de rester »).

Imaginez. Seize candidats par semaine, s’affrontant au cours de plusieurs épreuves éliminatoires pour remporter le fameux sésame : des papiers anglais en bonne et due forme, symbole d’une nationalisation chèrement acquise et donnant le droit de rester, jusqu’à ce que mort advienne ou indignité nationale soit proclamée, sur le territoire de la reine. Alors, pour sûr, à grande récompense, dure épreuve. Gagner le droit de rester s’acquiert par des épreuves adéquates. En l’espèce, visualisez un quizz sur l’histoire britannique, puis un oral de langue où un voice detector apprécierait au moyen d’un algorithme le temps passé par un candidat à parler avec un anglais dont la prononciation s’écarte trop de la norme fixée par les organisateurs, puis encore — gradation oblige — une série de questions ardues façon Questions pour un Champion relatives aux institutions britanniques : l’Exchequer, le rôle de la Chambre des Communes, la Chambre des Lords, etc. Et enfin, dernier des travaux d’Hercule, une mise en situation périlleuse où le candidat à l’immigration aurait à évoluer parmi les agents représentant les nobles institutions de la Couronne : agents de police, fonctionnaires de l’administration, représentants officiels. Pour corser la chose, chacun essaierait de pousser à bout le candidat : le bobby exercerait des palpations et des contrôles d’identité dans un langage châtié et raciste, le représentant de la Nation tripatouillerait les pennies publics en faisant acheter par sa femme des biens personnels, et le fonctionnaire de l’administration abreuverait le candidat de termes techniques de formulaire, alentirait la marche de son travail, jusqu’à faire revenir dix fois le candidat devant son guichet, prétextant à chaque fois un dossier incomplet, sans plus de précisions. Au fil de ce parcours semé d’embûches, si le candidat craque et crache sur les institutions peu accueillantes qui projettent pourtant de l’accueillir comme n’importe quel citoyen, c’est l’élimination immédiate et la reconduite à la frontière.

Eh bien, ce jeu n’en est pas un. Une proposition de loi déposée le 3 août à la Chambre des Communes prévoit de durcir les conditions d’attribution de la nationalité britannique, en s’appuyant sur une carte à points créditée ou débitée en fonction des bonnes ou mauvaises actions. Vous connaissez l’anglais ? Bonus. Vous avez tagué la façade d’une administration ? Malus.

Peu importe que la proposition ait perdu tout sens des réalités. Peu importe la bêtise à considérer que le droit à la nationalité puisse être évalué selon des critères dont on pense faussement que leur satisfaction sera gage d’une orientation réussie. Faut-il connaître les institutions et l’histoire de son pays pour s’intégrer ? Que faire alors des ressortissants anglais qui ne connaîtraient pas l’existence de la Chambre des Lords ou penseraient que l’Exchequer est un simple plateau de jeu posé dans son salon devant la cheminée ? Faudrait-il, au nom de l’équité de principe, condamner ceux-là à l’indignité nationale et à l’apatridie ? Peu importe que la nationalité pour ceux qui l’acquièrent soit toujours plus temporaire et précaire que pour ceux qui sont nés avec. Car en mai 2010 au plus tard, il y aura des élections législatives en Grande-Bretagne, où l’opposition conservatrice du BNP (British National Party, extrême-droite) oblige le gouvernement à contenir la poussée en durcissant son discours.

Pourvu qu’Endemol n’importe pas le concept en France… Ah, trop tard : en 2007, Sarkozy préconisait un « test d’intégration » avant tout regroupement familial.

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§ 4 Responses to “Questions pour un Nationalisé”

  • un seuil de connaissance de la langue pour la nationalité c’est un minimum pour le vivre ensemble

  • Nick Carraway dit :

    Certes, mais la connaissance des institutions est une fumisterie. On demande parfois aux candidats à l’immigration un seuil de connaissances institutionnelles largement supérieur à celui des autochtones.

  • Bertrand dit :

    J’imagine si nous avions tous une telle carte à points pour les autochtones avec quelques tests surprises. J’ai peur que beaucoup ne perdent leur « permis »…

  • ça me fait penser à certains gouvernements arabes qui islamisent leur législation pour contenir les mouvements islamistes, avec le succès que l’on connait…

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Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”