Les barbiers ont sévi

29 juillet 2009 | La vie de la cité, Médias | 1 Réponse

Gilles de Robien disait déjà qu’en France, il est impossible d’être ministre de l’Éducation Nationale, car il y a avec soi 60 millions de co-ministres. Il suffit désormais depuis hier que Nicolas Sarkozy fasse un malaise pour que chacun se fasse médecin.

Molière aurait été bien satisfait de cette tartufferie qui veut que chacun se veuille ce qu’il n’est pas en donnant son avis à la petite semaine. Malaise vagal ? Balivernes ! La France a une trop grande tradition du secret médical sur ses présidents pour croire au simple malaise : un hélicoptère, une batterie de test, et c’est bien trop pour un petit bobo. Ajoutez à cela un médecin qui soulève l’hypothèse du malaise cardiaque pour que, caution médicale brandie devant soi, on rejoue un énième avatar paranoïde de la théorie du complot. Et pourtant, de Molière à Dr House, chacun sait qu’il n’y a rien de plus contradictoire que deux médecins dans leurs diagnostics. Alors, thèse contre thèse, arguments contre arguments, voilà que chacun se met à spéculer en vain.

Le pire, à n’en pas douter, dans ce non-événement, ce sont les prescripteurs d’ordonnance. Le Barbier de l’Express, qui ne s’appelle pas Figaro mais Christophe, porte bien son nom : non seulement il rase dans ses éditos, mais voici qu’il prodigue soins et recommandations. Pour un peu, on entendrait le « rasori e pettini, lancette et forbici »1 de l’aria de Rossini. Le factotum du média mainstream saute sur l’occasion grosse comme une verrue plantaire pour enfoncer une porte de bloc opératoire grand ouverte : Nicolas Sarkozy doit se calmer.

Le diagnostic du mal se fait sans guère de précautions, et la recommandation ressemble plus à celle du boucher qu’à celle du praticien : amputer une jambe pour un ongle incarné. Plus le charlatanisme est vorace et rapide, plus il passe. Si Nicolas Sarkozy a fait un malaise vagal hier, c’est parce qu’il est surmené. Mais si, mon beau-frère a fait la même chose il y a 6 mois, il est tombé dans les pommes en servant l’apéro parce qu’il venait de se faire virer et qu’il avait perdu son job. Fredo le Boucher, décoré d’un Ph. D. de désosseur et passé maître dans l’art du tacle à la carotide, a décidé de remplacer le bistouri par le poignard, celui qu’on lance dans le dos : « Si personne ne considère qu’un accident cardiaque est une alerte, qu’est-ce qui peut être une alerte ? [...] Je crois qu’il faut évidemment que le président de la République fasse ce que font d’ailleurs tous les citoyens quand ils vivent une alerte de ce type, et trouve le moyen de prendre du repos, parce qu’il se trouve que ça intervient à un moment où il va pouvoir le faire plus facilement qu’à d’autres. » Si après ça, Sarko n’est pas bon pour l’abattoir…

En se gaussant, on se rappelle d’ailleurs de l’argument de la santé qu’avait convoqué Sarko dans son combat contre Chirac. Le nerveux ayant poussé la gâteux, que reste-t-il à présent que le nerveux a flanché ?

C’est finalement dans ces moments-là qu’on ne donne rien moins que plus de crédit à la thèse du Sarko-surhomme. D’ailleurs, il ne vous a pas attendu pour ciseler sa communication de sortie. Dès hier, il « parlait normalement avec le personnel médical ». Ce matin, il est sorti « à pied » du Val-de-Grâce. A tous ceux qui ont fait leurs choux gras et leur obsession dominicale de ce malaise, l’Élysée enverra un joli carton de remerciement : « Le Président, au nom de toute la France, vous remercie chaleureusement d’avoir participé à une gigantesque opération non fortuite (faut pas déconner quand même) de communication superhéroïque ». Avec un bulletin d’adhésion à l’UMP glissé à l’intérieur.

  1. « Rasoirs et peignes, aiguilles et ciseaux » []
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§ One Response to “Les barbiers ont sévi”

  • « « Le Président, au nom de toute la France, vous remercie chaleureusement d’avoir participé à une gigantesque opération non fortuite (faut pas déconner quand même) de communication superhéroïque ». Avec un bulletin d’adhésion à l’UMP glissé à l’intérieur. »…toujours heureuse que quelques fois, nous sommes quelques-uns à penser encore et pareil ! Quand à savoir sis on malaise était fortuit, attendons la publication des mémoires de Sarko. Au rythme où il va, elles devraient être publiées dans pas très longtemps ;-))))

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Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”