Nos blogs nous appartiennent-ils ?

23 mai 2009 | Pratiques de sociabilité des blogueurs | 18 Réponses

Depuis quelques jours, je me fais cette réflexion.

On dit souvent que le blog est ce qu’on en fait, qu’il n’y a aucune règle précise pour en ouvrir un. Quand on demande aux gens pourquoi ils bloguent, ils nous répondent souvent que le déclic fut une envie d’écrire, de partager. Ce fut également le cas pour moi il y a environ deux ans, sur un premier blog éphémère qui fut un très bon apprentissage des quelques « codes » du blogging.

Un blog fonctionne parce qu’il a une ressource. Pour certains, la ressource, c’est l’auteur, et leurs blogs sont des carnets de bord, des journaux intimes et des pérégrinations littéraires ou visuelles de leurs vies, de leurs passions. Ce qu’ils partagent, c’est eux-mêmes. D’autres sont plus dans l’effacement de l’auteur, à dessein ou non. Les blogs politiques et de débat public sont parmi ceux-ci, où ce que leurs auteurs veulent mettre en avant, ce sont des thèmes, des réflexions, des idées, des humeurs. Certes elles leur sont personnelles, mais il y a curieusement moins d’intimité à lire les idées de quelqu’un sur son blog qu’à pénétrer dans sa vie en suivant ses aventures personnelles.

Or, je me rends compte à quel point les blogs fossilisent un peu cette liberté de ton et de ligne éditoriale. On écrit malheureusement moins pour soi que pour les autres. En fait, nous sommes toujours dans le règne du paraître. Nous écrivons pour un public précis, qui est venu sur notre blog, et y reste parfois, parce qu’il y trouve ce qu’il y cherche : un centre d’intérêt, une piste de réflexion, etc. Il est malaisé d’en sortir sans dérouter son lectorat. Je me demande ce que deviendrait le blog de Dagrouik si celui-ci bougeait dans l’échiquier politique vers des horizons éloignés des siens : son lectorat continuerait-il toujours à le lire ? le désaffecterait-il ? De la même façon, Authueil a bâti une image volontiers hiératique : un blog sans fanfreluches, contenant une série d’articles très analytiques, sans qu’on y trouve jamais le moindre élément qui pourrait nous éclairer sur la personnalité de l’auteur. Et qu’arriverait-il s’il se sentait l’envie de partager autre chose avec ses lecteurs ?

J’ai parfois l’impression que le marketing identitaire s’infiltre partout. Nous sommes moins des entités sociales qui cherchons à nous mettre en relation que des individus en représentation sur la blogosphère. Il y a quelques jours, un collègue m’a fait une remarque qui m’a fait réfléchir : on ne peut pas twitter n’importe quoi. Sur Twitter aussi on se construit une image en fonction des communautés auxquelles on veut se relier.

Certes. Mais qu’arrive-t-il si l’on souhaite évoquer plusieurs choses à la fois ? Sommes-nous uniquement mono-intérêt ? Blogue-t-on parce qu’on veut partager une chose en particulier ou parce qu’on veut échanger en général ? Depuis quelques temps, j’ai envie de parler d’autre chose : que faire alors ? Ajouter à la palette de thèmes généraux des blogs politiques (actu, médias, et la dose d’analyse du monde des blogs indispensable à qui blogue !) des thèmes totalement hétéroclites ? Un blog politique-cuisine ne risque-t-il pas de désorienter le lectorat présent et à venir ?

Faut-il multiplier les supports d’échange : un blog-un discours ? Dans ce cas, c’est bien que mon blog ne m’appartient pas, puisqu’il m’oblige à m’en déposséder pour parler d’autres choses… ailleurs.

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§ 18 Responses to “Nos blogs nous appartiennent-ils ?”

  • Mickael b dit :

    Je suis complètement d’accord avec votre article, je suis content de voir que je suis pas le seul a être interpellé de cette « monoculture » qui guette les blogeurs.

    Un ami a fait le choix de faire un blog pour ses pérégrinations personnelles, un autre pour ses posts en rapport avec son job (les TIC).

    Mon avis :

    Si votre blog s’appelle : Réseaux sociaux et web 2.0, difficile de parler cuisine, et s’il s’appelle, cooking in Paris, difficile de parler musique.

    Si votre blog s’appelle « votre nom » ou un autre titre neutre comme « observe and share », je pense qu’il est logique de produire des billets relativement hétéroclites, car c’est un blog personnel.
    Ce sera pas du grand n’importe quoi, on blog en général sur ses passions, donc sur 2 ou 3 thèmes centraux avec parfois l’envie de parler d’autre chose.
    Vous perdrez peut etre quelques lecteurs en route, mais vous sentirez mieux avec vous memes et vos lecteurs se sentiront plus proche de vous car ils percevront votre blog comme un blog « d’humain » et pas comme un fluc d’info thématisé rédigé par qqun.

    Voilà, tout ceci est purement subjectif.

  • dominique dit :

    …mais oui bien sur…et c’est ainsi qu’on retrouve aux avant postes les mêmes choses sur la toile finalement….que dans les médias…Il y a une pensée attendued, formatée,aseptisée qui convient, y compris underground, y compris « ou ». EN fait c’est beaucoup plus codifié qu’il n’y parait…
    A force de tatonner avec les blogs, amoins de vouloir faire un métier dans les medias ou la politique, je pense qu’on en vient tous a ses « premiers amours »…c’est le sentiment que j’ai apres 3 blogs…j’épure peu à peu…je reste au coeur de ce que j’aime, je publie moins…et ca me ressemble de plus en plus….alors …le pari « création » ..sans prétention est presque réussi…

  • Didier Goux dit :

    Excellente piste de réflexion… Voire de réflexions…

  • Bertil Hatt dit :

    C’est amusant, je lis surtout des blogs (et je suis des flux suit Twitter) où la personnalité de l’auteur suinte : Marc Canter qui utilise ses filles (6 et 8 ans) pour parler de concurrence entre acteurs du Web et dans un même souffle dire du mal de Microsoft, du dernier Star Treck et de l’inventeur du RSS (et en dire deux fois plus de bien la semaine suivante) ; Chris Messina qui mélange conseils de voyage, considération sur l’avenir des médias sociaux, impressions sur un voyage au ski accompagné tel homologue (qui est *très* sympa) et coupons de réductions alternativement locaux et en ligne ; Dare Obasanjo qui passe de cris d’alarme adressé aux codeurs, de cris du cœur sur la musique afro-caribéenne et du racisme ordinaire dans les boîte de nuit de la région de Seattle ; Fred Stutzman qui parle de ses étudiants, de star de basket, de sa productivité et de la difficulté douce d’être un jeune père ; danah boyd qui passe de jeux de rôle au combat féministe aux clubs de tricot en Nouvelle Angleterre.

    Même si tous ces débordements m’amusent, j’aurais tendance à dire qu’il semble préférable qu’un individu garde chaque aspect de sa personnalité distinct (pas nécessairement caché) pour que, si c’est leur travail qui m’intéresse et pas les problèmes d’ambiance dans leur Starbucks local, je puisse voir ça et uniquement ça. Qu’ils utilisent leur vie commune pour illustrer un élément sur lequel ils travaillent, bien ; mais, pas plus que je n’ai envie de savoir que mon voisin de bureau est échangiste, je n’ai envie de savoir que mon logiciel de gestion de documents a été conçu par un fan de 4×4.

    J’ai tord ?

  • dominique dit :

    exact, et c’est un exercice difficiel…savoir utiliser son univers sans l’introduire…on fait ce qu’on peut!!

  • Zelittle dit :

    Je ne sais pas si c’est un élément intéressant, mais je remarque que beaucoup de blogueurs américains très sérieux (notamment des économistes comme Paul Krugman, Greg Mankiw et d’autres) mélangent sans problème billets profonds, argumentés, et billets beaucoup plus personnels, fun, sans rapport avec l’objet premier de leur blog.
    Je ne sais pas si on peut y voir une différence par rapport aux blogs français… si quelqu’un à une idée.

  • Nick Carraway dit :

    @Mickael B : Assez d’accord… Mais quand on parle de choses hétéroclites, il est parfois difficile de constituer un lectorat homogène !

    @Dominique : Je ne crois pas que la question soit tellement celle de la pensée et du discours consensuels…

    @Bertil Hatt @Zelittle : Oui, il y a très clairement une différence avec les USA ! Les blogs cités par Bertil montrent que le côté « carnet de bord » a l’air d’être plus développé en outre-Atlantique. C’est le cas aussi un peu en France, tout de même. Mais je me demande si l’alternance des tons, entre le sérieux et le profondément superficiel, n’est pas plus mal perçue ici. Un blog politique a besoin de crédibilité, et la crédibilité passe par un certain sérieux…

  • [Enikao] dit :

    Très intéressant billet.
    Quitte à être dans un cas particulier :
    - mon identité en ligne est en effet très markettée, blog ou Twitter.
    - je n’écris bien souvent que pour moi, même si les « je » ne sont apparus en nombre que sur le tard, et comme prétexte (ou pour faire un retour sur expérience). Je sais avoir un petit nombre de lecteurs fidèles mais je n’écris pas pour les faire réagir. Autant commenter directement chez eux.
    - le style impersonnel, détaché et prudent, sobre,
    c’est aussi un genre distinctif.
    - depuis le début je fais attention à ce que je twitte, écris et commente. En effet, la crédibilité, ça a un coût. Comme pour beaucoup de blogueurs anonymes : la constance et le sérieux sont des facteurs importants.

  • palpitt dit :

    le constat est intéressant, on dit souvent qu’une personne qui blogue est libre d’écrire « tout et n’importe quoi », c’est n’est que techniquement vrai. Combien s’excusent lorsqu’ils dévient ou se prépare à dévier de la ligne éditoriale fixée, combien publient un billet pour prévenir leurs lecteurs lorsqu’ils bloguent moins ou qu’ils partent en vacances. Versac le disait très bien, il y a bien un contrat tacite qui est passé avec les lecteurs d’un blog, mais il y a également une notion de réputation (tu parles de crédibilité) qui entre en jeux. D’ailleurs je parlerais de gestion de réputation plutôt que de marketing identitaire, une réputation qu’il s’agit de construire, de maîtriser et de préserver grâce à son blog. Tout comme Enikao, il m’arrive souvent de revenir sur mes tweets et de supprimer les plus personnels, et c’est un arbitrage permanent sur mon blog pour (tenter de) rester dans le domaine de l’analyse.

    Mais au final, pour répondre à tes interrogations, je dirais que le principal est de prévenir ses lecteurs. Pour le reste (et pour poursuivre la discussion engagée avec Bertil Hatt), tu as des astuces techniques qui te permettent de séparer ton « coeur de blog » du reste des billets, plus perso, ou sur d’autres thèmes, un peu sur le modèle que proposait embruns.net il y a un temps.

  • Félix dit :

    Je suis tout à fait d’accord ! A partir du moment où l’on souhaite être lu, il faut calibrer quelque peu son discours, en quelque sorte. Plus précisément, il faut positionner saon blog (oui, comme un vulgaire produit. Oui, comme sur un vulgaire marché).

    Personnellement j’ai un blog totalement libre où j’écris sur tout et n’importe quoi…Mais c’est un espèce de journal secret, sans doute absolument pas lu et dont je ne diffuse pas l’adresse. L’idée de n’être pas lu sinon par moi-même me convient. Mais je doute fortement que tous soient dans cette optique ! :) Si j’étais un spécialiste, ou si je jugeais tout simplement que j’avais quelque chose de réellement intéressant à transmettre, j’aurais certainement envie d’être lu.

    Or, certes, le blogueur est libre. Mais ses lecteurs aussi. Il y a un espèce de convention tacite qui veut que le blog se soumette à des contraintes, rentre dans des cases, pour rencontrer un lectorat. Je suis peut-être pessimiste, mais ces contraintes me paraissent inévitables.

    Si quelqu’un connaît un blog connu et reconnu qui traite réellement de politique et de cuisine dans un même élan, qu’il le dise, parce que ce serait un cas hautement intéressant et à étudier !

  • Océane dit :

    Article un peu pessimiste non. Ne suffit-il pas de se désigner soi comme libre, en acceptant que les autres ne suivent pas .
    Je me plaignais récemment dans un commentaire qu’on soit jugé sur la catégorie de blog auquel on est sensé appartenir, avec s’il vous plait le devoir de s’y cantonner. Mais non, je suis une personne et multiple,et on écrit certes pour être lu, mais aussi et avant tout pour soi, non ?
    On peut avoir un blog SANS ligne éditoriale, sauf à se considérer comme un professionnel de la profession, avec une stratégie à visée mercantile. Sinon, fuck, on peut parler de la magnifique robe achetée en soldes, puis rebondir sur cette cruche de Carla ou sur l’influence de Marx dans certains écrits de Jack London (lisez « le talon de fer », une pépite). La politique, les faits de société, l’attrait pour la mode ou l’amour du tricot sont autant de possibilités de facettes d’un être humain derrière son clavier.
    Ce qui est vrai c’est qu’on aura pas une niche avec une catégorie de lectorat réservée, fidèle et massive. Mais peu importe, ceux qui reste sont les plus intéressants, les plus ouverts d’esprits, les plus hétéroclites.
    Le tout est de savoir ce que l’on veut pour soi.

    Pardon pour ce pavé, mais j’ai adoré votre texte.

  • Nick Carraway dit :

    @Felix : Hum, certes, si on ne prend pas en compte son lectorat, il n’y a plus de problème. Mais j’ai tendance à penser que lorsqu’on ouvre un blog, c’est pour partager. L’écriture pour soi se fait plutôt dans un journal intime, à l’abri du grand monde de la toile…

    @Océane : bien sûr qu’on peut parler de plusieurs choses. Mais mon billet évoquait plutôt les modifications de ligne éditoriale. Lorsqu’on a bâti un blog, une réputation, une image (comme le dit si bien Palpitt), il n’est pas toujours évident de parler d’autre chose, car on a un lectorat installé qu’il faut sentir et ne pas brusquer… C’est une alchimie subtile !

  • Océane dit :

    Oui, je parlais aussi de ça, pour moi c’est la même chose: on peut s’être laissé enfermé dans une case, mais sortir de sa torpeur (ou de sa ligne éditoriale) relève finalement de sa propre liberté, et tant pis pour ce qu’on y perdra en lectorat fidèle. Tout ça sans brusquer qui que ce soit ça me parait difficile, c’est comme ces couples qui se forment et qui se rompent parce qu’à la longue la vie à deux aussi charmante soit-elle dans sa monotonie n’aura fait que souligner les manques.

  • dominique dit :

    je ne suis pas pour le consensuel je note en passant par hasard ici, comme je le fais parfois, que quelqu’un met en valeur la personnalité des blogs qui l’ont interessé, plutot que le standard tres ….tres! Je suis novice et donc sans cette prétention, mais comme les meilleurs ou les pires, l’experience de quelques blogs c’est aussi de chercher son terrain..apres, les gens y viennent ou pas, et ca, peu importe…c’est dommage s’il n’y a personne parce qu’on ecrit toujours pour quelqu’un…Ici je suis pas passée faire coucou et une bise…ou alors t’as rien compris.
    Je viens de remonter mon blog en quelques jours et faire hara kiri a l’autre et je m’emmerdais triste a voir les « themes » puis les « logiques », et les « arguments » avec les « liens » et les « pensées communes » et les gentils « commentaires »…alors que j’avais une audinece en progerssion… donc lire ca j’ai aimé..mais..pas de probleme..je passe mon chemin, bonne soirée!

  • b.mode dit :

    Très bonne analyse que je résumerais ainsi : sommes nous prisonniers de notre blog ?

  • Nick Carraway dit :

    @B.Mode : C’est la question centrale, oui, reformulée autrement ! ;-)

  • Ninni dit :

    Ton article est interessant. Mais pour repondre a la gra

  • Ninni dit :

    oups j ai ripé. Je reprends donc :
    pour répondre à la grande question « est on libre d’écrire sur tout? ». Je dis tout dépend du but que l’on se fixe en lançant son blog.
    Est ce conquérir le monde et glaner un nombre importants de lecteurs? Ou raconter sa vie ses envies?

    J’ai personnellement choisi la seconde option. Sur mon blog je parle de fringues, de politique, de TV, de littérature. Je parle de ce que je vis, ce que je lis, ce qui m’ennuie. Ma vie est remplie de choses qui n’ont rien à voir, mon blog fait de meme. Et finalement les gens qui lisent mon blog le suivent pour ma plume, mon humour, plus que pour le contenu. Attention je ne néglige pas pour autant le fond! Sinon personne ne le lirait!

    Je le dis d’ailleurs dans ma présentation blog.

    « En toute modestie j’essaye de donner mon avis sur à peu près tout! Mon blog n’est pas inscrit dans une catégorie (mode-musique-cuisine), on y traite de tout. Pourquoi limiter son champ d’investigation? Sans limite je parle de ce qui m’intéresse. Car oui c’est mon blog et je suis seule décideuse de la ligne éditoriale!

    […]  »

    Il faut choisir entre succès et vérité.

    Un exemple tout bete un chanteur va t il changer de registre à chaque album? Non sinon il perdra son public. On peut néanmoins noter quelques exceptions telles Beck, qui finalement a trouvé un public qui l’aime pour sa personnalité et sa faculté d’oser le changement et le renouvellement…

    Peut etre que bientot Wikio nous offrira un classement par personnalité au lieu de par thématique. Ah non suis je bête aucun intérêt pour les annonceurs…

    A mediter.

    Merci de votre attention.

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Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”