Nous sommes les baltringues de l’Europe

5 mai 2009 | europe | 10 Réponses

Le 7 juin, vingt-sept pays vont élire leurs représentants au Parlement européen et renouveler pour cinq ans le contrat démocratique qui lie les 460 millions d’habitants de l’Union européenne aux 785 représentants actuels de la construction politique la plus innovante du siècle dernier. Certains vont les élire avec enthousiasme, d’autres avec défiance ; certains par suite d’un débat public, d’autre au milieu d’un désert médiatique. Bienvenue en Europe.

Rappelons sommairement que dans le terreau politique de l’Europe des peuples, labouré à force de guerres transversales et ensemencé par la politique des alliances depuis le XVIe siècle, la main française a toujours été prompte à manier le soc ou le sac à semis, jusqu’à faire de Marianne la semeuse au revers de nos francs jadis. L’Europe, même, après les campagnes napoléoniennes, c’est presque la France. Dans l’adolescence du XXe siècle, c’est encore Aristide Briand, l’indétrônable ministre des Affaires Etrangères de la IIIe République, qui est la cheville ouvrière de la diplomatie européenne et des premières ébauches de construction européenne. Faut-il enfin rappeler à quel point le plan Monnet fut géniteur de la première vraie communauté européenne ?

On décrit souvent les constructions institutionnelles avec un vocabulaire anatomique. Qu’il s’agisse de la désormais célèbre « banane bleue » (R. Brunet), du nom de la colonne vertébrale européenne s’étendant de Londres jusqu’à Milan en passant par Bruxelles et Francfort et dessinant une vaste mégalopole, de l’axe Paris-Berlin, centre neuromoteur de l’Union européenne depuis plus de vingt ans, ou encore de Strasbourg, centre névralgique des institutions européennes, la France est partout au cœur de l’Union européenne, et continue à vouloir y jouer un rôle. Elle en est géographiquement, et historiquement l’une des pièces maîtresses de l’ossature européenne, politiquement l’un des centres d’impulsion, démographiquement et économiquement l’un des muscles les plus puissants.

Et pourtant, tout fringants que nous étions, nous sommes devenus, toutes proportions gardées, « l’homme malade de l’Europe » qu’était l’empire ottoman jadis.

Un récent sondage a montré l’étendue du paradoxe : pour la majorité des Français, l’Europe a un fort rôle à jouer dans les défis à venir imposés par la crise économique et financière et par la nécessité de maîtriser notre empreinte écologique ; pourtant, en dépit de ces défis majeurs, peu nombreux sont les Français à signifier leur envie d’aller voter. L’Europe, si près, si loin… En 1979, lors des premières élections européennes, 40% des Français ne s’étaient pas déplacés pour aller voter ; en 2004, ils étaient 57%.

Disons-le tout net : nous sommes les baltringues de l’Europe.

Nous souhaitons plus d’Europe, et nous réussissons le tour de force de faire la fine bouche.

Nous voulons être à la tête de l’Europe, et nous figurons parmi les trois pays à avoir rejeté un traité constitutionnel par voie référendaire, freinant considérablement un processus de construction qui par l’unanimité impose le consensus – avec sa part nécessaire de compromis.

Nos dirigeants veulent faire bouger l’Europe, et ils y envoient les seconds couteaux, les recalés du suffrage universel français, les vieilles gloires de la politique française qui sentent encore la naphtaline, ou les poulains des barons nationaux, quand ils ne choisissent pas purement et simplement de sacrifier aux logiques négociatrices dignes des marchands de tapis les quelques députés européens qui, comme Alain Lamassoure, s’acquittent avec intérêt de leur mandat et sont reconnus par leurs pairs pour leurs offices.

Nous voulons parler de crise, de protection et de développement durable, et nous montons au créneau pour défendre le rosé menacé par la Commission européenne.

Nous demandons beaucoup de choses à l’Europe, en premier lieu de régler de nombreux problèmes. Nous faisons le procès des élites européennes, trop coupées des Français, trop technocrates, trop tout, mais nous refusons de leur apporter notre concours en les élisant et en les légitimant.

En un mot, nous voulons l’Europe, sans y participer. La belle affaire.

Le 7 juin, et pour la première fois, je serai électeur européen, et j’irai voter pour l’Europe. Qu’il s’agisse de voter pour une Europe qui protège ou une Europe volontariste, c’est affaire du choix de chacun ; mais dans les deux cas, ceux qui votent veulent l’Europe, sans se laisser berner par les chimères d’hypothétiques plans B sans lendemain. Aussi appelé-je chacun à voter. Non pas par europhilie, bien au contraire. Mais par chauvinisme : parce que je ne connais aucun Français qui puisse raisonnablement accepter d’être considéré comme un baltringue par toute l’Europe.

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§ 10 Responses to “Nous sommes les baltringues de l’Europe”

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  • lajalousie dit :

    Voter pour ne pas être un baltringue, pourquoi pas, mais ça pose un vrai problème : il s’agit aussi de voter pour ceux qui nous font passer pour des baltringues. Autant pour le référendum j’y suis allé avec espoir, autant là, j’ai vraiment pas envie de cautionner encore une fois les mauvaises manières faites à l’institution européenne.

    Je connais les discours sur la démocratie qui s’use si on s’en sert pas, sur les luttes pour le droit de vote et sur l’affront fait aux peuples sous dictature pour les avoir esprimés de nombreuses fois, mais je n’y crois plus.

    Je me demande si voter a encore un sens, et pour la première fois depuis que je vote, j’hésite à y aller.

    un crève coeur.

  • Alfred Teckel dit :

    La participation est-elle vraiment plus forte ailleurs? J’ai l’impression qu’hélas « l’homme malade de l’Europe » c’est l’Europe entière. Et quand je vois les cohortes d’euthanazistes (Le Pen, Besancenot et cie) qui se précipitent à son chevet…

  • VinZ dit :

    L’Union Européenne étant anti-démocratique par essence, je comprends ceux qui refusent de cautionner cela.

  • Nick Carraway dit :

    @Lajalousie : C’est toujours le peuple qui change ses gouvernants et jamais le contraire. Oui, clairement, nous sommes représentés par des peintres, et les députés français, hormis un ou deux, ne sont absolument pas préoccupés par l’Europe. Mais qui d’autre que les citoyens qui les élisent peut les gicler ou forcer leurs partis à s’eurocultiver ?

    @Alfred Teckel : Dans le lien que j’ai donné, on voit effectivement que les taux d’abstention sont tout de même relativement élevés. Mais ils ne sont pas foncièrement plus élevé que pour les autres types d’élection. Ce qui est inquiétant, c’est que depuis quelques scrutins, la France s’abstient plus que la moyenne, alors qu’elle continue à se dire europhile ! Si on veut l’Europe, on va voter ! On ne peut pas se retrouver à côté de la République Tchèque au classement des abstentionnistes. C’est en cela que nous sommes des baltringues.

    @Vinz : Ceux qui refusent l’Europe de la Commission de Bruxelles, qui s’abstiennent de voter, mais qui veulent quand même une coopération européenne sont incohérents. Les votes contestataires du grand machin de Bruxelles, ils existent, on les retrouve chez Dupont-Aignan. En France, il n’y a pas de consensus sur la manière de gérer l’Europe, et les sensibilités sont bien réparties. Aucune excuse pour ne pas voter !

  • Accroître le nombre de votants, cela commence par la présentation des partis, des candidats, des programmes, des forces en présence etc…

    Animer le débat quoi… pour le grand public.

    Donc ca commence en réveillant les médias de ce pays… A quand un appel de blogueurs ? :-)

  • labilbe dit :

    Moi je connais tout un tas de français qui ont bien accepté d’être traités par des baltringues par tout un gouvernement.
    Concernant l’abstentionnisme, je pense aussi que c’est problématique et que les gens ne prennent pas trop leurs responsabilités.
    En même temps le jour où le vote blanc sera considéré, peut être qu’on pourra jeter la pierre aux électeurs qui sont absents.
    En attendant…

  • Nick Carraway dit :

    @CaReagit : Clairement. Le TCE et la présidentielle de 2007 nous ont prouvé que quand on installe un débat public 6 mois avant l’échéance, les gens s’y intéressent.

  • edgar dit :

    Rien à dire sur le fond, à part que je suis en désaccord complet – un vrai démocrate ne peut pas voter le 7 juin.

    Mais c’est un détail.

    Il me semble sur la forme, que la banane n’est pas réellement un élément anatomique, sauf dans une acception qui n’est sans doute pas celle que Brunet avait en tête…

    (C’est Nick Carraway ou Dick ?)

    :-)

  • Très bel article

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Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”