D’un côté, 2 millions de manifestants (moyenne des chiffres avancés par la police et les syndicats). De l’autre, 1 500 personnes au Zénith. D’un côté, des rues qui ne finissent plus de se remplir : ouvriers, cadres, enseignants, lycéens, chercheurs, magistrats, n’en jetez plus. De l’autre, une antre médiatique qui fait autant salle comble que pour les concerts de Cindy Sander. Et dans les deux cas, un PS vent debout contre le gouvernement, à la queue de la contestation du bitume.
Comparé aux 4 000 spectateurs de la Fête de la Fra-ter-ni-té ou aux 6 000 clampins de Mélenchon, le petit millier fait pâle figure. Pourtant, Martine Aubry avait bien pompé la même recette : des discours, et des intermèdes musicaux. Mais certains ont préféré décliner son invitation : à défaut de Cali, zébulon sautillant mou du cigare, Martine a eu Sanseverino, version roots et gaucho-compatible du vrai socialisme, pas le socialisme royaliste bien-pensant à mèche rebelle et à pantalon slim (par ailleurs compatible avec la technique gesticulatoire, suivez mon regard). Mais Titine cependant avait refusé la comparaison : « Ce ne sont pas des chanteurs qui viennent en soutien d’une personnalité, mais des chanteurs dont le message est en rapport avec les atteintes aux libertés. » Mais las ! le manque d’organisation et de communication leur a été clairement fatal.
Surtout, le PS a fait ce week-end l’éclatante preuve de sa difficulté à mobiliser en dehors du mouvement syndical. Le PS est à la remorque depuis le début de la crise : un contre-plan de relance qui est une soupe délayée et qui arrive après le déluge, un mutisme sur la plupart des sujets, une absence de propositions concrètes qui monte à 76% le nombre de Français socialo-sceptiques. Reste alors à s’accrocher au wagon de la contestation sociale, sans précédent depuis 1995, mais qui, si elle a montré le 19 mars qu’elle jetait plus de monde dans les rues, prouve cependant qu’elle mobilise moins sur les grèves : en temps de crise, on réfléchit à deux fois avant de balancer son frichti. Alors oui, les socialistes, militants et éléphants, peuvent bien se gargariser d’être visibles et présents dans les manif. Mais ils comptent surtout sur la locomotive syndicale pour reprendre du poil de la bête : massivement les Français expriment un mécontentement, que le PS cherche à récupérer, croit-il très aisément. Il a eu son retour de bâton ce week-end.
Quand les manifestations dégénèrent en violence, cela sert toujours l’ordre établi : voyez mai 68. Les manifestations d’aujourd’hui n’ont certes rien à voir avec le violent spectre grec qu’on a pu craindre avant Noël. Mais même non-violent, le mouvement de contestation est une splendide opération de street marketing pour l’UMP dans la perspective de 2012. Il montre un parti incapable d’insuffler la marche de la contestation autour d’idées structurantes ; il met en lumière un parti qui aboie avec la meute et se comporte en syndicat politique (ce n’est pas son rôle) ; et quand il essaie de rassembler, il se gamelle. De Nation au Zénith, la tactique de la rue du PS met le PS à la rue, ni plus, ni moins.
Martine Aubry refuse le parti des éléphants. Elle a réussi à créer un parti de gros poulets : ceux qu’on voit aux abords des magasins, tracts en main, qui déambulent sur leurs ergots pour faire la promo de la grosse boutique d’en face.