L’homme est un animal politique, disait Aristote ; on pourrait ajouter que l’homme politique est un drôle d’animal. Ils sont trop optimistes, ceux qui chantent la sérénade supradarwiniste de la suprématie de l’homme sur l’animal, fondement d’une domination justifiée. En fait, nos hommes politiques ne sont, comme nous, que des animaux évolués.
Prenez Frédéric Lefebvre. Si l’on en croit Emmanuelle Mignon, il appartiendrait à la famille des bêtes à cornes, aussi intelligentes que des animaux de trait et peu gracieuses quand il s’agit de labourer. Un gros bourrin, en somme, qui ne craint pas de meugler en tribune des philippiques hystériques et d’enfoncer profondément les sabots de la droite sarkozyste dans la gueule de tout ce qui se trouve sur son passage, de Julien Dray aux tontons macoutes du LKP. Pas de réflexion, de la vocifération. Jamais des sommets d’intelligence, ses déclarations, mais du bon gros trolling artisanal pour rassurer les électeurs UMP.
A l’autre extrémité du règne animal, vous avez les rapaces. Ceux-là sont les mêmes que les bourrins, sauf qu’ils ont des ailes, qui leur permettent de décoller et de poser partout où la viande sarkozyste/socialiste/syndicale commence à faisander. Piqué au flanc, François Chérèque traite les militants NPA de rapaces du mouvement social, qui prennent la température des usines comme les croquemorts de Lucky Luke les mensurations des duellistes. Quand Fabius prédit une révolution sociale au printemps si le gouvernement n’infléchit pas sa politique, Frédéric Lefebvre lui colle une cartouche : rapace, prends ça ! Pas très sport de la part du porte-parole d’un parti qui soutient une politique de l’autruche d’oublier sa conscience de volatile : un peu comme le corbeau de La Fontaine, Frédéric Lefebvre a une grande gueule qu’il aime bien ouvrir, sur tout et n’importe quoi d’ailleurs. A tel point qu’il en a laissé tomber un jour le gros fromage du portefeuille de l’Economie numérique auquel il était prédestiné. Et Ségolène Royal ? Son tour de métropole et d’outremer de la vacance sarkozyste ressemble à s’y méprendre à un vol piqué ; mais quand on vous demande de lui attribuer un nom d’espèce, l’hésitation vous gagne : buse ? charogne ? dinde ?
Manquent les charognards. Ceux-là sont presque pire que les rapaces. Ils ne vont pas au combat, ils attendent que ça tombe tout cuit dans le bec. Patientons jusqu’à ce que la bête crève, pour nous en repaître goulûment. En 2003, les Guignols caricaturaient Le Pen en charogne cyclope qui éructait un « J’attends », quand la bourrique Raffarin s’enlisait. Aujourd’hui, certains se réjouissent à vouloir chanter Fillon est mort ce soir. Mais ils n’ont plus la face du bouledogue de Saint-Cloud. S’ils ne sont pas bourrins, en tout cas ils aiment à murmurer à l’oreille des chevaux.