Cali, ça suffit !

1 mars 2009 | Médias | 7 Réponses

Comment passer de la subtilité de l’artiste engagé au ridicule grossier de l’artiste encarté ? C’est Cali qui nous éclaire le mieux. Jadis, les aînés, Ferré ou Brassens, inséraient dans leurs chansons cette poésie subversive et éminemment politique. Le génie faisait le reste : il en résultait que les chansons formaient un tout, sans scorie politicarde et pseudo-rebelle. Aujourd’hui tout a changé.

Cali est de ces artistes qui nous servent une soupe rebellocrate arrosée de militantisme vulgaire. Les chansons ne sont plus originellement subversives, elles sont retravaillées pour le format télévisuel : les paroles changent, les saillies politiques lors des bridges ou des fins de chanson font mine de donner ce caractère improvisé et donc totalement rebelle en regard du cadre si bourgeois et formaté de la prestation télévisuelle en direct. Cali ne fait pas de chansons engagées : il détourne ses chansons pour faire passer un message, souvent d’une affligeante bêtise.

Ses passages télévisuels se résument souvent à proférer cette bouillie politicienne du haut de son statut d’artiste, à tel point que le CSA l’a inscrit dans la liste des personnalités socialistes dont le temps de parole est à décompter. Quand on l’asticote sur cette posture faussement rebelle, Cali s’énerve. Il veut qu’on parle de ses chansons, pas de ses positions politiques. J’ai un conseil : qu’il se borne donc à chanter. A vouloir prouver son engagement plutôt que de l’éprouver, il prend en otage un public à qui il vocifère des prescriptions morales et politiques

Hier soir, aux Victoires de la Musique, j’ai eu l’impression que nous étions sous l’Occupation. Expulsions, rafles, horribles âges obscurs de la démocratie, qu’il nous mettait sous les yeux. Cali venait nous dessiller les yeux. Hier j’ai compris que le second prénom de Nicolas Sarkozy était Adolf, et qu’il nous fallait entrer en résistance et prendre le maquis contre les vieux démons qui menacent la liberté et la dignité mondiales.

Cali, c’est le Sarkozy de la chanson française : un histrion gesticulant, sautillant partout, insaisissable aux caméras qu’il fait ainsi semblant de fuir, mais dont il se goberge pourtant. Un dynamisme scénique entrecoupé de paroles de chanson qu’on oublierait presque. Cette même façon de faussement se défendre de faire de la politique brute.

Mais quand on gratte un peu, on comprend mieux le personnage. Alors qu’il avait juré de ne jamais servir la soupe aux émissions de téléréalité, voici que sa dernière chanson est choisie comme générique de la première Star Academy québécoise. Gênant, n’est-ce pas ? C’est ainsi que terminent tous les faux artistes engagés : vendus à la course aux disques, bourgeoisement installés dans de grands appartements. Dans le monde du tout médiatique, qui adore ces disruptions politiques dans les prestations en direct parce qu’elles génèrent de l’audience, ces artistes feraient bien de comprendre qu’ils ne sont que des pions. Et d’en adopter les comportements qui s’imposent : ne pas faire de vagues, ou quitter la scène médiatique.

On pardonne tout aux artistes qui ont du talent et de la subtilité. Alors brûlons Cali.

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§ 7 Responses to “Cali, ça suffit !”

  • koz dit :

    Bien vu. Ces chanteurs qui croient que leur petite popularité au hit-parade leur confère une légitimité politique me gonflent aussi. Comme tu le dis, un Ferré ou un Brassens avaient une autre densité.

    C’est une des choses que j’apprécie par exemple chez un type comme Dany Boon. Il est comédien, son « taf » c’est de faire rire et, à ma connaissance, il ne s’est jamais cru investi d’une mission politique.

  • Nick Carraway dit :

    Les médias ont aussi investi la parole des artistes d’une légitimité. Quand on interroge Lilian Thuram sur la situation en Guadeloupe en plein JT ou encore Dany Boon sur l’image et la situation du Nord-Pas de Calais, on encourage le pouvoir des artistes.

  • koz dit :

    Ou Sophie Marceau, qui était pourtant venue parler d’autre chose.

  • Télescopage Royal…

    Rendez grâce à la dame des “saines colères” : pleinement d’accord avec Nick quant au dérisoire engagement politico-promotionnel de Cali, je séchais sur l’accroche du billet que je projetais. Ségolène Royal vous a évités…

  • Alexandre dit :

    Excellent post

    A la décharge de Cali, il abrite authentiquement des étrangers, ce que la nouvelle politique est en train de criminaliser, pour forcer à la délation. Il y a de quoi être énervé. Du coup il est un peu dur de ranger tout son engagement dans une politique commerciale.
    De là à écouter ses chansons…

    Sinon, la fin de votre analyse me fait penser à celle des Choses, le roman de Perec.
    Le moment où les protagonistes sont contraints de rentrer dans le système, qui se dévoile dans un parallèle avec le « heurt en pleine poitrine » de la fin de l’Education Sentimentale, faisant une ultime allusion au roman de Flaubert évoqué tout au long des Choses.

  • Roberto dit :

    Bien vu. La rebellion adolescente de ce monsieur de 40 balais
    est pitoyable. Vocabulaire limité, pensée exsangue…
    Je lui trouve tout de même beaucoup de talent.Mais qu’il se taise.

  • Alexandre dit :

    Curieux après le dernier commentaire, j’ai écouté quelques chansons moins diffusées que celle irritante qui passe en boucle.
    Certaines sont belles, dont celle en duo avec Thiéfaine que j’ai découverte. En a-t-il écrit la musique ou les paroles ?
    Donc il n’a pas de subtilité, mais pas de talent, pas si sûr.

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Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”