Ségolène Royal se fait vertement tancer sous le soleil des Antilles. Alors que ce week-end, au Salon de l’Agriculture, on craignait que le Président succombât de nouveau à l’appel de la poésie popu, c’est de Pointe-à-Pitre qu’est venu l’hivernal « Casse-toi ! ». Le MEDEF guadeloupéen a donc gentiment invité Ségolène Royal à « se casser » de la Guadeloupe.
To fly or not to fly, that was the question. Entre les allers-retours éclairs d’Yves Jégo, le déplacement tardif de Besancenot, le suspense si factice de la non-venue du Président, le clivage tranchant entre la mobilité métropolitaine de Sarkozy et sa paralysie ultramarine, il n’a jamais été autant question de voyager que durant ces derniers jours. Oui, mais voyager pour quoi ? C’est précisément la question que ne s’est pas posée Ségolène Royal. Et c’est précisément ce pour quoi elle se fait gicler.
Ségolène Royal veut jouer le jeu du off-parti depuis le congrès de Reims. Sa défaite ne lui a pas servi de leçon. Puisqu’on lui a volé sa victoire et qu’elle est victime d’une purge dans la nomenklatura socialiste, elle a décidé d’exister à côté du parti, mais en même temps dedans, vous comprenez bien, c’est chaud quand même de tenter un baroud solitaire. En gros, Ségolène se place comme opposante au sein de l’opposition. Géniale subdivision. Sauf que, aujourd’hui, Ségolène Royal n’est plus que présidente de région. Sa candidature à l’élection présidentielle de 2007 et ses velléités pour 2012 ne sont pas de nature à lui conférer une légitimité d’aucune sorte en France et au PS. Besancenot s’est déplacé là-bas en tant qu’envoyé du NPA ; Jégo en tant que Secrétaire d’Etat ; les socialistes n’ont pas voulu y aller, chargeant les députés ultramarins dont Victorin Lurel et Taubira de jouer les canonniers de l’opposition pendant qu’ils concentrent le tir sur les mécontentements sociaux métropolitains afin de faire péter la baraque sarkozyste.
Eh voilà ce qui arrive quand on s’imagine encore jouer les premiers rôles en France : on se fait rétamer. Elie Domota rencontre Ségolène Royal, mais refuse de s’afficher avec elle. Victorin Lurel et des maires guadeloupéens ont tiqué quand ils ont appris qu’elle débarquait. Martine Aubry la lâche en rase campagne en refusant qu’elle joue le rôle de représentante du parti. Alors au nom de quoi vient-elle ?
Le pire dans tout cela, c’est que ça ne sert pas la cause des Guadeloupéens. Quand un mouvement social est récupéré par des luttes politiques, on est sûr d’une chose : le mal ne se résorbera pas.