Alors que le conflit en Guadeloupe s’enlise, certains n’hésitent pas à politiser le conflit. On attendrait des élus du peuple qu’ils sachent prendre la mesure de la gravité des événements pour amorcer une sortie de crise convenable. Mais voilà, sur les 10 députés des Antilles, il n’y a que deux députés UMP. Certains n’hésitent pas alors à surajouter à la crise sociale qui commence à se radicaliser des comportements proprement politicards pour dessouder la majorité.
Taubira souffle sur les braises. Elle réclame, tenez-vous bien, la « fin de l’apartheid social ». Allons bon, voilà une belle connerie ! L’esclavage n’a donc jamais été aboli en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe. Les Noirs antillais se font toujours fouetter. Les bus, les parcs, les écoles, ne sont pas mixtes. Les unions interraciales sont prohibées. Les descentes de Blancs dans les quartiers noirs sont légion, avec au passage des massacres gratuits et alétoires, des incendies, des desctructions de commerce, etc. On échappe aux lois de Nürenberg, mais c’est pas loin !
Le comportement de Taubira est typique du militantisme pavlovien. On a une grille de lecture, on n’en sort pas, quitte à se survictimiser. Rappelons que l’on doit à Christiane Taubira la fameuse loi éponyme qui érige la traite des esclaves en crime contre l’Humanité. Moi je veux bien, sauf que dans l’architecture de cette loi figure un mot qui a été effacé pour plaire au Conseil constitutionnel : « noirs ». Cette loi est une loi de repentance française vis-à-vis du commerce négrier. Moi je veux bien qu’on érige internationalement l’esclavage en crime contre l’Humanité. Mais dans ce cas, parlons de tous les esclavages. N’oublions pas que les noirs aussi ont eu des esclaves blancs, et que les Musulmans ont organisé également un commerce d’esclaves blancs en Méditerranée pendant tout la période moderne. Je concède que les proportions sont inégales. Mais si l’esclavage est par nature déshonorant pour la personne humaine, il est exclusif de toute couleur de peau : tout acte d’esclavage est par nature crime contre l’Humanité, parce qu’un homme supprime la liberté d’un autre. Mais curieusement, on n’a jamais entendu Taubira amorcer le moindre mot de tout ceci.
Ces comportements sont dangereux. Quand on est trop enfermé dans une grille de lecture déconnectée des réalités, on en arrive à proférer des mots et à plaquer des concepts qui ne sont évidents que pour son esprit étriqué. C’est la même chose avec les féministes, qui voient du machisme partout. Guadeloupe ou classement Elle-Wikio, même constat !
Article pas très juste avec Taubira je trouve.
Le mot « apartheid » peut choquer, mais Taubira n’est pas du tout une politique partisane, dangereuse, excessive ou soufflant sur les braises.
Elle s’en explique, et dit beaucoup de choses intéressantes et très posées dans le Parlons Net consacré à la Guadeloupe.
http://www.dailymotion.com/user/franceinfo/video/x8fqmk_parlons-net-recoit-christiane-taubi_news
A bientot,
Zelittle
La loi de 2001, ce n’est tout de même pas rien ! L’article 1 stipule nettement « Traites et esclavages ». Sans vouloir faire de la concurrence des esclavages, pourquoi distinguer l’esclavage noir des autres ? Je veux bien qu’on considère que la loi ne pouvait pas reconnaître autre chose que l’esclavage perpétré par la France (logique), mais l’argumentation qui sous-tend le texte de cette loi est clairement centré sur une perception noire de l’esclavage.
Il n’y a qu’à voir le procès en sorcellerie qu’on a intenté à Olivier Pétré-Grenouilleau quelques temps après, lui qui a eu le malheur de rétablir l’honnêteté des faits : le seul autre crime contre l’Humanité qui existe, c’est le génocide, et comparer esclavage et génocide, c’est faire de la victimisation à outrance, qui est tout sauf le meilleur moyen de résoudre le problème.
Quant au fait de souffler sur les braises, je ne suis pas sûr qu’il soit très judicieux d’inviter le thème de la race dans un conflit social. En ce sens, le terme d’apartheid, même « social », est bien une tentative de ramener les problèmes guadeloupéens à des questions raciales. Tout mettre dans le même sac ne contribue qu’à accroître la complexité du problème !
Merci de ta réponse. J’ai vu que ton billet avait été publié sur agoravox et que le débat s’était largement installé là-bas.
Sur la loi Taubira, je ne connais pas assez le fond pour juger. Mais si seul le génocide est considéré comme crime contre l’humanité dans la loi (française, législation européenne, droit international?), ça me paraît problématique car trop restrictif; dans une définition plus large, l’esclavage aurait sa place.
Taubira ne met pas l’accent sur le côté racial du conflit aux Antilles, justement parce qu’il est marginal. Dans Parlons Net, elle disait assez clairement si je me souviens bien que le problème des Antilles est avant tout structurel et lié à l’économie et au manque de politique économique pour l’île, et non réductible au conflit simpliste entre békés et noirs.
Encore une fois, le mot « apartheid » est fort, trop fort, même suivi de « social ». Mais elle explique cette expression, la justifie, notamment par la séparation géographique entre une communauté dominante et le reste de la population.
Bref, son discours pris dans sa globalité ne me paraît vraiment pas dangereux. L’essentiel de son message porte sur les défaillances structurelles, sociales, économiques des Antilles, et non sur les problèmes de race et de racisme.
A bientot,
Zelittle
Nick Carraway, vous devriez voyager un peuplus…