Politique du détricotage

15 février 2009 | La vie de la cité, Société | Aucune réponse

Le président aime bien dire qu’il réfléchit avec bon sens. Celui-ci (le bon sens, Dieu merci ! pas le Président) étant la chose du monde la mieux partagée (Descartes reloaded), c’est le seul dogme auquel il faut s’inféoder. Alors faisons comme le Président a dit : jugeons avec bon sens. Et affirmons-lui ceci : Monsieur le Président, la politique consiste à améliorer les choses, pas à les empirer.

Cette lapalissade assumée, précisons. Vendredi 13, Nicolas Sarkozy, qui en a sans doute soupé de gérer la crise, la Guadeloupe, le pouvoir d’achat, et autres petites contrariétés, est allé prononcer un discours sur la famille. Où l’on apprend la grande mesure du quinquennat, qui tombe fort à propos : la création d’un statut de beau-parent. Magnifique, en ces temps de crise, une telle mesure s’imposait. Comme le note judicieusement mon confrère Juan de Sarkofrance, cette mesure est une vaseline : un morceau de viande jeté en pâture à des appétits féroces d’acquisitions de droits. Mais dans le morceau de viande, il y a la grosse pilule à avaler.

Nicolas Sarkozy souhaite ainsi raccourcir la durée du congé parental. Celui-ci est accusé d’empêcher les mères de retourner au travail et de bloquer leur carrière : version officielle. Version officieuse : Working Rachida a fait des émules, et ses relevailles expresses après la ponte de début d’année ont fait comprendre au Président que le « travailler plus pour gagner plus » pouvait s’appliquer à l’obstétrique.

Voilà un bel exemple de politique de détricotage. La France, rappelons-le, à la deuxième plus forte natalité européenne, et est le seul pays avec l’Irlande à avoir dépassé la barre des deux enfants par femme en âge de procréer. Est-ce à dire que les Françaises sont plus portées sur le pouponnage que leurs congénères européennes, allemandes notamment ? Nenni. Comme toujours depuis vingt ans, on fait des enfants parce qu’on en a les moyens. Et la France a su mettre les moyens pour doper le taux de natalité : politique de la garde d’enfants et congé maternité/paternité avantageux. Auxquels il faut certes ajouter dans le calcul l’apport des familles immigrées, dont la natalité est souvent plus élevée que la nôtre. Or, en Allemagne, la politique de natalité était désastreuse avant l’arrivée d’Angela Merkel à la Chancellerie : les mères allemandes devaient choisir entre travail et enfants. En effet, le dogme des 3 K (Kinder, Küche, Kirche : Enfants, Cuisine, Famille) fonctionne encore : les Allemandes sont censées s’occuper à plein temps de leurs enfants et les élever, et il est très mal vu socialement de confier ses enfants en bas-âge à des structures d’accueil. Face au dilemme de la maternité et du choix de carrière, les Allemandes ont fait le choix : les enfants sont bruyants, contraignants, ils rompent l’insouciance de la vie de non-parents, et chargent de responsabilités à un âge où l’on doit encore construire sa carrière. Voilà comment une tendance structurelle de la société est accentuée par une politique de natalité défectueuse : en ne proposant aucune mesure pour aider les femmes à s’arrêter de travailler et à se réinsérer dans le marché de l’emploi après la grossesse, le gouvernement allemand a rendu l’Allemagne « Kinderfeindlich » (hostile à l’enfance).

Or, si l’on en croit Le Monde, 30% des femmes avouent s’être arrêtées de travailler par défaut, parce qu’elle n’avaient pas d’autres modes de garde. C’est pour ces 30% de working mothers que le Président veut agir. En raccourcissant le congé parental. Et en ouvrant plus de places en crèche. Là réside l’hypocrisie.

On sait à quel point les crèches et les garderies sont une épine dans le pied des municipalités et du gouvernement : certains se font même agresser parce qu’ils ne satisfont pas aux exigences de placement des familles. Pour une bonne natalité, il faut à la fois des congés relativement bien payés et qui permettent une réinsertion rapide dans l’entreprise, ou des politiques d’ouverture de places de crèche pour celles qui veulent continuer à travailler.

Mais que propose concrètement Nicolas Sarkozy ? Qu’on arrête de se focaliser sur des points de détail au sujet des crèches. Jugez plutôt :

« L’adaptation des normes d’encadrement à l’âge de l’enfant est tout aussi nécessaire. [...] Ainsi, dès cette année, les assistantes maternelles qui le souhaitent pourront garder non plus 3 mais 4 enfants. Je vous supplie de considérer qu’il faut que l’on sorte du sacro-saint statut, de ces sacro-saintes règles dont je comprends bien l’esprit mais, franchement, dans un pays où l’on n’a pas assez d’assistantes maternelles et de places de garde, n’était-il pas nécessaire de permettre à une assistante maternelle de garder 4 enfants ? [...] On se focalise sur des points extraordinaires : le nombre de mètres carrés de la pièce, le nombre de fenêtres, le nombre d’enfants, l’aération, le sol. Et le dévouement ? Et la bonne volonté ? Et la gentillesse, le charisme, l’expérience ? Tout ceci n’est pas valorisé. [...] »

Voilà donc le Président prêt à faire primer les rigueurs budgétaires et à effacer toutes les contraintes que l’on s’impose pour élever les enfants dans de bonnes conditions. Le nombre de mètres carrés de la pièce ? Peu lui chaut : tant qu’on peut entasser les enfants, entassons-les. Les poulets vivent bien en batterie, et alors ? Le nombre d’enfants ? De même : l’hôpital arrive bien (mais si !) à soigner toujours plus de malades avec moins de personnel, et les magistrats à statuer sur un nombre croissants d’affaires avec le même personnel que depuis le XIXe siècle, et alors ? Qu’est-ce que d’élever un enfant dans un bon environnement en face de l’importance suprême de tous les placer en crèche ?

Car la bonne volonté, la gentillesse, le charisme et l’expérience (sic) sont les quatre glaives capables de supporter cette politique. Quand vous êtes gentil, charismatique, compétent et expérimenté, on peut à l’envi vous coller 6, 7 ou 8 gamins dans les pattes, dans une crèche de 50m², avec des horaires étendus (autre exigence présidentielle), ça ne fera pas craquer la barque ! Et puis, TINA : il faut que les mères puissent retourner travailler au plus vite, c’est Rachida qui rend la chose évidente.

On savait que la croissance osseuse était inégalement partagée, si l’on en juge par la taille. Si maintenant on a la preuve que le bon sens l’est aussi, quelle certitude va-t-il nous rester dans ce monde qui tombe en lambeaux ? O tempora, o mores

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Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”