Dans le panneau

30 décembre 2008 | Médias | Aucune réponse

Quand donc la presse cessera-t-elle de se jeter avec voracité sur des non-événements ? Quand donc mettra-t-elle un terme à ce suivisme moutonnier et d’une intelligence de crustacé dans le traitement de l’information ?

Dieudonné l’a bien compris, qui a révélé au JDD le malin plaisir qu’il prenait à aiguillonner la société française et le monde médiatique sur la liberté d’expression : « J’ai raconté que Le Pen était le parrain de ma fille; ce n’est pas vrai mais l’audience que cette information m’a donnée m’aurait coûté plusieurs millions de publicité sur TF1 ou France 2. » Nos médias sont frileux, torturés dans leur rôle chimérique d’ardents défenseurs de la République et de la démocratie, rôle dont ils n’ont jamais pu s’acquitter et dont ils se veulent pourtant les seuls défenseurs, comme si on leur eût donné à ce sujet quittance de monopole. La moindre information n’est plus traitée comme tel : elle est montée en épingle dès lors qu’on croit — à tort — qu’elle attente à des symboles nationaux.

Souvenons-nous de l’affaire de la Marseillaise sifflée. Le prévisible y est alors devenu scandaleux, comme si la France entière s’était laissée déborder, happer par des hordes barbares venues fouler aux pieds nos symboles nationaux, symboles que, naturellement, nous avons toujours défendu bec et ongle et dont nous honorons quotidiennement en bons patriotes l’auguste mémoire, vous pensez bien ! Dieudonné est de cet accabit-là : un humoriste qui n’innove plus, qui ne surprend plus. Chacun sait que le théâtre de la Main d’Or est devenu le repaire secret d’une propagande infecte, comme s’il se fût retranché dans un bunker. Chacun sait désormais que Dieudonné revient comme les hirondelles au printemps, nous faire une petite tempête dans un verre d’eau, l’un de ces micro-tsunamis de salles de rédaction qui offensent le journaleux idiot et trop alléché par l’attrait du sensationnel.

Les médias sont trop oublieux qu’ils n’ont jamais transmis l’information ; ils la produisent. Ils ont toujours cru au mythe de l’homme effacé, du journaliste absent, qui ne prêterait que son stylo, sa machine à écrire ou son clavier, au service noble de l’Information, sans s’impliquer d’aucune façon. Or, dire, c’est toujours faire. Regardons les titres de presse. Le Monde titre aujourdhui : « Le parquet ouvre une enquête après le spectacle de Dieudonné. » L’Express se lance quant à lui dans la désormais traditionnelle chronique historico-journalistique bien prisée des médias pour rappeler que Dieudonné n’en est pas à son premier galop d’essai et qu’il faut arrêter les frais au plus vite ! Le JDD titrait dimanche : « Dieudonné dérape encore. » Il a donc dérapé, en ce sens qu’il a quitté les chemins balisés et normativisés à outrance de la bien-pensance. Dérapé, au sens où il dérive dangereusement, vers des zones considérées comme les limites de l’entendement politique, un peu comme jadis on avait peur des Indes, considérées comme des zones de perdition où qui s’aventurerait y perdrait la vie.

A trop construire ce mythe du discours fangeux, on finira par vraiment y croire et lui donner du crédit. Que Dieudonné nous joue la ritournelle de la liberté d’expression, c’est son droit, et l’on peut critiquer à loisir la frigidité de nos lois en la matière : peut-être, sans doute même, qu’à trop vouloir effacer un discours perçu comme a-normal, on le fait surgir sous d’autres formes, plus secrètes et radicales, et donc plus difficiles à combattre. Peut-être que le discrédit de ce genre de thèses ne passerait que par l’établissement d’un discours contradictoire qui laisserait justement la victoire à d’autres thèses plus modérées. Car ce genre de discours ne fonctionne que sur le mode tribunicien : un chef, un parterre, et un discours qui se déroule dans sa logique indépendante et sans contradiction. Mettez-le face à un contradicteur intelligent, et il perd toute sa force de persuasion. Mais nos législateurs sont trop peureux.

Dieudonné cherche aussi à mettre les journalistes le nez dans leur merde, et il y parvient avec talent : « Les journalistes ne viennent plus voir mes spectacles, ils ne réagissent que lorsque je fais scandale. » Voilà la lie des médias d’aujourd’hui. Un unanimisme bien bourgeois et réac’ comme il faut qui permet une levée de boucliers identique en tous points et assurée. Étrange comme la presse qui, à l’heure des fameux États généraux, crie à la manipulation par le pouvoir politique et le pouvoir corrupteur de ceux qui détiennent le capital, mais qui se laisse manipuler sans réagir par des prescripteurs d’information. Ainsi donc il suffirait de faire un petit esclandre pour qu’on parlât de soi, s’assurant d’une publicité gratuite, rapide, et à grande portée ? Magnifique placement produit !

Remettons Dieudonné à la place qui est la sienne : un guignol, ni plus, ni moins, à l’humour génial bien que particulièrement sulfureux et discutable ; un trublion intelligent qui asticote le petit monde médiatique et la société qui pousse des cris d’orfraie automatiques dès qu’on aborde la question de la mémoire juive comme si elle était un sanctuaire ; mais surtout pas ces nouveaux néo-nazis, cavaliers de l’Apocalypse de la démocratie mondiale qui pourraient du jour au lendemain faire basculer le monde dans l’horreur extrémiste. Et si un jour Dieudonné scotche un pétard sur la façade de l’Élysée et allume la mèche, on l’assimilera à un terroriste ?

  • Share/Bookmark

Tags - , , ,

§ Laisser un commentaire

Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”