Lettre au Père Noël

24 décembre 2008 | Nick Carraway | 1 Réponse

Paris, le 24 décembre 2008

Cher Père Noël,

Déjà, ça me fait vachement bizarre de t’écrire parce que moi aussi j’ai vécu ce psychodrame dans la cour de récréation en CE1 où j’ai compris tout le subterfuge, qu’en fait tu serais pas matériellement en mesure de faire la tournée de toutes les baraques catholiques de la Terre en une nuit, que même si parce que t’es gentil on a longtemps fermé les yeux sur les lutins pakistanais que tu embauchais au black pour rentrer dans les temps et dans les frais, tu sous-traiterais une grosse partie du travail aux parents, un peu comme Ikéa qui m’oblige à monter mes meubles moi-même pour casser les prix. Ça faisait longtemps que je ne t’avais pas écrit, du coup, un peu aussi parce qu’en vieillissant on devient plus imperméable à la magie de l’omnipotence. Mais aujourd’hui, j’ai vraiment envie de croire que tu peux m’aider.

J’ai hésité à t’écrire une vraie lettre, mais vu que la Poste chez nous est souvent en grève, et que j’imagine, parce que tu ne veux pas multiplier les litiges avec tiers devant la justice, que tu dois appliquer la règle du « cachet de la Poste faisant foi », je me suis dit qu’elle n’arriverait pas à temps. Alors maintenant que je suis super connu et super influent dans la blogosphère, grâce à mes copains de Vendredi, je suis sûr que tu lis mon blog.

Cette année, j’ai été sage. J’ai bien voté tout comme il faut aux municipales, et même que j’ai voté aux prudhommales. J’ai été gentil avec mes parents, gentil avec mes amis, j’ai bien travaillé à m’en coller des angoisses de la fuite en avant, le travail qui appelle le travail, qui appelle le travail, qui appelle… Bref, le tonneau des Danaïdes, tu connais. J’ai fait attention à ne pas trop jeter de déchets pour ne pas polluer, j’ai fait du Vélib’ pour faire plaisir à Bébert, j’ai pas trop dit du mal des Verts qui nous ont collé des sens interdits partout dans le XIVe arrondissement pour faire baisser le nombre de voitures et qui ont juste réussi à mettre le bordel dans mon quartier. J’ai été un bon disciple bien gentil, bien discipliné, de François Bayrou et tout ce que je pensais, je l’ai pas dit, ou alors tout bas. Pourtant, j’en aurais plein des choses à dire, mais je suis gentil. J’ai pas coûté un euro à la Sécurité Sociale, enfin juste une consultation il y a un mois mais c’est parce que ma mère m’y a forcée, moi j’hésitais, je me disais qu’il y avait rien, et effectivement il n’y avait rien, et si tu veux je la rembourse.

J’ai pas rigolé quand Bush s’est fait lancer des chaussures sur la figure, je l’ai même plutôt plaint. Quand Roselyne Bachelot a porté ses Crocs roses, j’ai pas hurlé au ridicule. Ça a été dur, mais j’ai pas non plus insulté Xavier Bertrand qui lui, pour le coup, fait mine d’être gentil mais c’est que de l’obséquiosité (après je te dis ça, tu fais ce que tu veux, enfin tu vois pour savoir si tu dois lui donner ses cadeaux ou pas). J’ai été modéré quand même dans mes propos, en tout cas beaucoup plus que mes copains left_blogueurs sur Sarkozy et le gouvernement.

J’avais même prévu de passer Noël avec ma grand-mère, qui se sent un peu seule depuis qu’elle est veuve, mais elle n’a pas voulu. Elle dit que c’est glauque de passer Noël à deux.

Alors pour Noël, franchement, je veux pas des trucs supers futiles. Oublie les Wii, les iPhone, les trucs qu’on va s’offrir habituellement. Si tu avais prévu de m’offrir des merdes comme ça, franchement, garde-les, je préfère que ça serve à d’autres. Je veux juste un cadeau, juste un seul. Comme tu es très intelligent et omniscient, je te le transmets par télépathie, je suis sûr que ça te parviendra. Je suis chez Orange, le réseau est performant.

Pour avoir plus de chances de voir demain mon souhait réalisé, je vais aligner ce soir dix paires de chaussettes sur le rebord de ma cheminée, en espérant que ça décuplera mes chances. Je vais aussi faire en sorte que ce soit accueillant chez moi. Tu préfères quoi à la place du lait : whisky ou vodka ? J’espère vraiment que tu pourras m’apporter ce que je souhaite, parce que là je vais déjà aller à mon réveillon en tirant une tronche de trois pieds de long, et je sais déjà que je vais avaler un quart de tranche de foie gras et une feuille de salade.

J’ai vraiment envie de croire à la magie de Noël ce soir, parce qu’au final, il t’arrive des trucs dans la vie qui ne sont pas de l’ordre du rationnel, juste d’un autre monde, et qui te font courir partout quand tu t’aperçois que tu les as perdus. Et dans ces moments-là, t’as envie de redevenir un enfant.

Nick

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§ One Response to “Lettre au Père Noël”

Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”