Des couilles en or noir

17 décembre 2008 | La vie de la cité | 1 Réponse

Les pays aux ressources pétrolifères ont toujours joué au bras de fer avec les pays occidentaux gloutons en pétrole. Du milieu des années 80 à 2000, les pays consommateurs dictaient un peu leur loi aux pays de l’OPEP, permettant de s’assurer d’un pétrole à prix modéré. Les prévisions de croissance étaient d’ailleurs assez linéaires, ce qui permettait de maintenir des prix stables.

Et puis le réveil chinois a changé la donne. Devenu plus concurrentiel et menaçant d’être sévèrement déséquilibré par les besoins croissants de la Chine, les pays de l’OPEP ont vu le cours de leurs barils s’envoler. Pour les monarchies du Golfe ou les pays andins, c’était royal, couilles en or noir pour tout le monde ! Au Qatar, les recettes amassées par les pétrodollars permettent à l’émir d’offrir les soins et les études supérieures à tous les Qataris. Dans le même temps, ces mêmes pays tenaient, il faut le dire, les pays occidentaux par les couilles (pas en or, pour le coup). Ils ont payé au prix fort les retards accumulés dans la recherche et la production d’énergies alternatives.

Et maintenant, avec la récession mondiale, les cours se dégonflent à toute allure, semant le trouble dans les pays de l’OPEP. Pour les monarchies du Golfe, le montant des recettes est tellement supérieur aux besoins réels des États qu’il ne s’agit que d’une pichenette sans grand mal. Pour d’autres pays, c’est beaucoup plus douloureux, puisqu’ils fondaient l’espoir d’une politique sociale sur les retombées du pétrole. Chavez, qui a pu bâtir une politique audacieuse sur les prévisions de recettes pétrolifères, se trouve maintenant bien embêté. Pour les pays d’Afrique, c’est encore pire : la redistribution des mannes financières issues du pétrole a été minée par une corruption endémique ; maintenant que les recettes menacent de s’effondrer, les Africains peuvent sérieusement s’inquiéter sur l’audace des politiques publiques…

Tout comme les États occidentaux ont tenté de jouer un coup fourré en poussant les pays de l’OPEP à augmenter leur production quand le pétrole était cher, quitte à en financer une partie par de grands groupes pétroliers occidentaux (là résidait l’escroquerie), les pays de l’OPEP vont maintenant faire l’inverse : réduire leur production pour faire remonter les cours. Tant que l’opposition en restait à Occident/Tiers-Monde, la donne était facile. Mais avec la menace de l’entrée de la Russie dans l’OPEP, le jeu va encore être plus complexe. Déjà que l’Europe avait du mal à traiter diplomatiquement avec le partenaire russe ; si en plus le pétrole devient une pomme de discorde…

Je te tiens, tu me tiens (pas par la barbichette, non)…

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§ One Response to “Des couilles en or noir”

  • Martin P. dit :

    L’un des traits les plus originaux de la période, dans le champ des structures sociales, et qui est aussi l’un des plus troublants, est l’émergence d’un nouveau groupe dominant. Bien qu’il soit d’un type récent, il tend à emprunter certains traits des anciennes aristocraties. La France est bien moins républicaine qu’elle ne le proclame. Les inégalités sont nombreuses chez nous et les traces des mentalités issues des longs siècles de l’Ancien Régime restent patentes.

    Or le retournement opéré par cette nouvelle caste touche aux principes comme aux comportements. Sur le plan des principes, elle affirme le caractère fécond de l’inégalité. Elle n’entend pas protéger ses privilèges en se tenant prudemment sur la défensive. Elle est sûre de ses droits et elle en revendique de nouveaux. Pourquoi se prend-elle pour une aristocratie ? Parce qu’elle s’affirme d’une essence différente. D’où émerge-t-elle ? D’une alliance implicite entre des grands dirigeants d’entreprise, des financiers, des cadres élevés de l’industrie et des services, certains hauts fonctionnaires de l’Etat et des privilégiés des médias.

    Tout en invoquant le modernisme et sous prétexte d’adaptation à l’époque, ce groupe opère un retour en arrière pour adopter une vision des rapports sociaux qui s’inspire d’un passé lointain, dans le sens où il distingue totalement son sort de celui des autres. Il est en quelque sorte le nouveau « groupe de prestige » (pour parler comme Max Weber) du monde moderne. Ce groupe enjoint aux autres catégories sociales de faire des sacrifices, au nom de la compétition mondiale ou de l’équilibre de l’économie, mais ne consent pour lui-même à aucun effort ou renoncement et ne conçoit même pas que la question se pose. Le discours des représentants de ce groupe oscille constamment entre l’insensibilité sociale et la bonne conscience idéologique.

    Naturellement, ce groupe de privilégiés ne peut être simplement assimilé aux anciennes aristocraties : il ne fonde pas son essence distincte et ses droits particuliers sur le sang, le droit divin ou la tradition. Il ne méconnaît pas les privilèges de la naissance et d’aucuns savent cultiver leur généalogie, mais, dans le discours public, il se réclame avant tout de la rationalité économique et de l’« efficacité ». Bref, il a la raison pour lui.

    Méthodiquement, il explique pourquoi les salariés doivent renoncer à tout excès d’espérance. Il faut inévitablement réduire les coûts de production face à la compétition mondiale et aux pays à bas salaires. Il faut réduire la taille de l’Etat-providence pour diminuer les frais généraux de la nation. Le tout, nécessairement, pesant sur les salaires, l’intensité du travail et la protection sociale de la masse des salariés petits et moyens. Bien sûr, il peut venir à l’esprit de demander à ces chantres du sacrifice ce qu’ils sont prêts, pour les besoins de la bataille économique, à concéder eux-mêmes : sur leurs profits, sur des salaires très élevés, sur leur propre temps de travail, sur leurs nombreux avantages secondaires, sur leurs retraites spectaculaires ou leurs indemnités fastueuses en cas de départ. Mais la rationalité économique a réponse à tout. On ne saurait toucher aux profits, imposer davantage le capital, limiter les salaires extravagants sans décourager les initiatives et paralyser les énergies créatrices, sans provoquer des désinvestissements et des délocalisations d’entreprises ou encore sans entraîner des fuites de cerveaux ou de talents. Des tentations aussi fâcheuses seraient antiéconomiques et nuiraient finalement à tous. Elles ne sauraient donc être envisagées.

    Bien des membres des catégories professionnelles ou des milieux d’où émane ce nouveau groupe privilégié ont une conception de leur place et de leur rôle plus classique, moins avide et moins arrogante. Il n’empêche : ce groupe a une perception aiguë de ses intérêts. Si la conscience de classe s’est émoussée ailleurs, ce n’est pas le cas pour cette sorte de caste, qui mêle les habitudes de l’ancienne bourgeoisie et les réflexes neufs d’une couche conquérante. Elle défend systématiquement et sans la moindre vergogne ses intérêts. Elle le fait directement à travers ses représentants, ainsi que l’a montré le cours offensif que l’ancien président du MEDEF a imprimé à ce qui fut le Conseil national du patronat français.

    Cette nouvelle « aristocratie » sait aussi faire prendre en compte ses intérêts par d’autres. A la différence des pays où existent des groupes de presse autonomes qui tirent leur richesse et leur développement de leur métier lui-même, nombre de médias audiovisuels ou de la presse écrite sont possédés en France par de grands groupes industriels (Bouygues, Lagardère, Dassault…) ou bien ont ouvert largement leur capital à des groupes économiques ou financiers. On se doute que ces médias – au-delà des choix des journalistes eux-mêmes – sont globalement sensibles à l’idéologie et la mentalité de ces milieux, et en diffusent largement les arguments dans le public. Ainsi, quand l’influence n’est pas directe, elle s’exerce par imprégnation et identification.

    De plus, cette catégorie sociale est peut-être la seule aujourd’hui à se vivre comme internationale, ce qui lui donne une vision spécifique de la mondialisation. Ce n’est pas qu’elle soit mieux structurée que d’autres. Après tout, il existe des organisations internationales de salariés, comme la Confédération européenne des syndicats. Mais ce groupe hégémonique a changé de culture par rapport à la bourgeoisie traditionnelle. La bourgeoisie ancienne était patriote, parfois nationaliste, en tout cas, en France, protectionniste. La nouvelle caste se veut internationale, voire transnationale. L’espace économique national n’est pas sa référence naturelle. Elle épouse au contraire l’univers et l’idéologie de la mondialisation capitaliste, car elle y trouve la justification de son existence et de ses exigences. La ramener à une meilleure conception de son utilité sociale et à ses devoirs nationaux est une urgente nécessité pour l’équilibre de notre société, tant son comportement et ses privilèges scandaleux commencent à provoquer de la colère dans le pays. »

    J’ai exhumé les lignes ci-dessus -elles sont d’un ancien premier ministre- suite à une conversation aujourd’hui, et je trouve qu’elles illustrent aussi utilement certains points de notre discussion d’hier notamment à propos de l’allégorie du gateau.

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Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”