Faut-il brûler Jean Sarkozy ?

7 décembre 2008 | La vie de la cité | 9 Réponses

Nous Français avons beaucoup de mal à accepter l’argent, le succès et la réussite, vieux restes d’une pressurisation catholique de la société, qui a diabolisé le lucre et la chrématistique, au contraire des sociétés protestantes qui les ont valorisés. Alors, dès qu’un individu projette devant les autres son ambition et ses réussites, il est immédiatement livré à un holocauste féroce.

C’est ce qui arrive au pauvre Jean Sarkozy.

Jean Sarkozy cumule malgré lui plusieurs tares. Fils de monarque, son parcours est entaché de suspicion. Les Français, qui ont tant intégré le principe méritocratique gravé dans le marbre par l’antique République des Jules, aiment qu’on s’élève par talent et non pas par appui, surtout quand celui-ci est aussi peu méritoire que d’être sorti d’un giron connu. Ce que les Français absolvent avec les stars de cinéma, ils le réprouvent cependant en politique ou dans le monde de l’entreprise. Présider aux destinées d’un pays ou d’une boîte, ne doit être un droit acquis qu’à la force du poignet ; amuser la galerie peut être affaire de smala.

Beau et enjôleur, il doit faire face à la méfiance pigeonnière des Français. La communication politique est devenue une arme à double tranchant. Trop de promesses non tenues, trop de sourires faciles, trop de charme trompeur, n’en jetez plus. Les Français aiment qu’on leur parle vrai, qu’on les prenne pour des citoyens doués de raison, même si, au final, ils succombent au storytelling et aux jolies histoires. Ils veulent une politique platonicienne de dialogue raisonné mais sont cependant obamaniaques. Ils referment la porte au nez du premier VRP venu leur vendre un aspirateur, mais s’enthousiasment devant un « Je serai le président du pouvoir d’achat. » En outre, sans que l’on sache vraiment pourquoi, les Français opposent belle gueule et tête bien pleine, comme si, rejetant l’énarchie, ils en intégraient cependant les codes physiques. Les crânes d’œuf sont des créatures d’autoreproduction des élites de l’État, mais au moins ils ne cherchent pas à nous séduire facilement ! Et qui a un joli sourire et une démarche gracieuse est catalogué comme intellectuellement vide : cela s’applique autant aux femmes qu’aux jeunes hommes.

Jeune, il se heurte à un paradoxe tout aussi Français : on plaide pour un rajeunissement de la politique, mais l’on veut tout de même de l’expérience ! L’administration de la cité a toujours été confiée à qui était doté de rides et de poils. La sagesse et la vieillesse sont les clés du pouvoir dans la très grande majorité des tribus et des clans, formes primitives de la société politique et de l’État. Alors, quand un jeune vient taper au carreau, il se prend nécessairement des réflexions de type hondelatien : « Si j’avais été votre père. Je vous aurais conseillé d’attendre d’être un homme, de finir complètement votre adolescence. »

Jean Sarkozy n’est pas exempt de naïveté cependant. Son ascension fulgurante a certes de quoi le griser : en un an, il est devenu tout de même conseiller général des Hauts-de-Seine et président du groupe UMP, au moyen d’un joli tour de force et d’une trahison fine qui laisse augurer le meilleur en termes de stratégie politique. On voit également quelle est sa stratégie future.

En 2011, il y aura un renouvellement sénatorial, et le département des Hauts-de-Seine sera concerné. Grâce à l’appui de papa, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, député de Neuilly-sur-Seine, sera gentiment poussée vers le Sénat pour que l’Aiglon, conseiller général du canton de Neuilly-Sud, en plein dans la circonscription, puisse rafler le siège à la faveur d’une législative partielle. Arrivé en 2012, il pourra se présenter comme député titulaire, et sera réélu haut la main, car il n’aura pas à craindre une candidature dissidente, celle-là même qui a fait bruire ses fuseaux à Neuilly pendant la campagne municipale.

Voilà donc l’avenir de l’Aiglon assuré jusqu’en 2017. Mais dès juin 2017, il se fera renvoyer ad patres. En 2017, la fin du règne sarkozyste sera scellé. Nicolas Sarkozy sera parvenu au bout de ses deux mandats, et devra se retirer. Il va sans dire qu’il sera plus éjecté que salué en fanfare : personne n’a jamais réussi l’exploit de partir avec les honneurs. Tant que papa est là, il est difficilement attaquable ; mais dès que papa aura perdu de son aura, les vieux grigous du 92 seront sans pitié pour ce jeune godelureau. De la même manière qu’on assassinait les fils d’empereur romain ou de princes grecs, on précipitera Jean Sarkozy dans le Léthé. S’il ressort vivant de la conjuration qui s’amorce, il aura à coup sûr gagné ses galons.

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§ 9 Responses to “Faut-il brûler Jean Sarkozy ?”

  • m dit :

    Rectification, tout de même. Jean Sarkozy n’est pas beau.

  • Mancioday dit :

    Il serait plutôt précipiter en bas de la roche tarpéienne. Bel article même si le terme « holocauste » est sans doute un peu excessif. Disons que Jean Sarkozy aurait pu faire de la politique sans engendrer l’indignation, encore aurait-il fallu le faire avec un peu de retenue et de patience. Là il se montre plein d’insolence et d’avidité.

  • baza dit :

    On a déjà l’impression d’avoir déjà lu ça ailleurs…

  • L'hérétique dit :

    Jolie conclusion, j’aime bien l’issue :-)

  • John Sullivan dit :

    C’est du château La Pompe ?

  • Aurélien dit :

    J’aime bien ce billet.

    3 réserves cependant:

    1 – Cela lui laisse 8/9 ans pour se retourner, organiser ses réseaux, se faire un prénom auprès des amis de papa et se rendre indispensable. Il n’y a qu’à voir le parcours de papa de 1999 à 2007 pour voir que 8/9 ans représente une éternité en Sarkozie.

    2 – Tout pourrait s’arrêter, en tout cas être sérieusement ralentit, pour lui en 2012 si papa n’est pas reconduit. Ce billet donne une raison supplémentaire de tout faire pour que cela n’arrive pas.

    3 – Le « principe méritocratique » a ses limites, et l’élection de papa en est la preuve. Il s’agit plus de trouvé le trait de caractère indispensable au moment de l’élection pour équilibrer tous les défauts. Au même titre que les français avaient élu Chirac, voleur mais sympa, ils ont élu Sarkozy, traitre mais énergique. Jean sera peut-être un futur « fils de mais joli ».

    Aurélien

  • [...] ennui certain. Et patience : si un jour les chefs grecs de la coalition de l’UMP décident de mettre à mort Astyanax Sarkozy, fils de l’archonte, en le jetant du haut des remparts de la Tour Bouygues, [...]

  • [...] y a quelques mois, j’avais pronostiqué un scénario à peu près semblable : à l’approche des sénatoriales, Joëlle Ceccaldi-Raynaud propulsée au Sénat sous la [...]

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Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”