Depuis ce matin, dirigeants socialistes comme militants ergotent sur la régularité du second tour de l’élection pour la désignation du Premier secrétaire du PS. Ségolène Royal se dit prête à user de tous les recours possibles pour se faire rétablir dans ses droits. Flanquée de son avocat-conseil Jean-Pierre Mignard, qui a troussé une déclaration sonnant comme un avertissement comminatoire, celle qui a voulu jouer les militants contre les apparatchiks se heurte maintenant à un mur.
Puisque pas un des deux camps ne veut désarmer, et que chacun, avant de se mettre d’accord pour faire la lumière, veut d’abord être rétabli dans ses droits — joli aplomb —, le Conseil national devra trancher, et l’avantage est maintenant à Martine Aubry lorsqu’on sait à quel point celui-ci est hostile à Ségolène Royal.
La furie socialiste qui tempète depuis ce matin est picrocholine à outrance. Les appels militants au recomptage, à la publication des votes section par section, voire à un nouveau scrutin ont perdu tout sens des réalités.
Si fraude il y a eu, elle n’a d’abord pas porté sur 50 000 bulletins. Les dirigeants du PS savaient que le scrutin serait sous haute tension et ont envoyé une circulaire aux fédérations pour s’assurer de la régularité des votes. Si, en dépit de ces précautions, il y a eu quelques fraudes, cela ne changera pas la face du monde.
Qu’il s’agisse de Ségolène Royal ou de Martine Aubry comme vainqueur officiel et sans fraude, cela ne masquera pas l’essentiel : il y a deux blocs concrets au PS qui, plus que divergents, semblent maintenant ennemis. Assurément, l’inimitié se situe plus au sommet qu’à la base : les militants sont plus préoccupés de la santé du parti que les barons du PS « à la papa »1. Si le vote du 6 novembre avait pu dégager une majorité claire, si le Congrès de Reims ne s’était pas soldé sur un échec cuisant, si les dernières tractations n’avaient pas tourné autour des seules querelles de personnes avec la constitution du front TSS, il n’y aurait pas eu tout ce foin autour de la fraude.
Que Martine Aubry ait gagné par triche avec 42 voix d’avance, ou que Ségolène Royal l’emporte après recomptage par 1 000 voix d’écart, c’est tout comme : le PS est malade de ne pas avoir un leader incontesté à défaut d’être incontestable — ce n’est jamais bon de n’avoir pas de débat dans un parti —, et le PS crèvera de son indiscipline érigée au rang de vertu démocratique.
- Duchesse, je vous ai citée. [↩]
Mes mots contre mon parti… c’est mesquin ;-)
[...] la proportionnelle des courants internes. Le 6 novembre, les militants ont réparti leurs voix en quatre blocs quasi-équivalents incarnés par Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Benoît Hamon et Ségolène Royal. Moralité : le [...]