Meurtre au balcon, silence dans l’hémicycle

18 novembre 2008 | La vie de la cité | 6 Réponses

Hier matin, Jean-Marie Demange, député UMP de la Moselle, se suicidait après avoir prétendûment assassiné sa maîtresse. A seize heures, à l’ouverture de la séance, la présidente de séance Danielle Hoffman-Rispal invitait les députés à se recueillir une minute en la mémoire de leur défunt collègue.

Il semble que nous ayons affaire là à une affaire somme toute banale de suicide. D’après les premiers éléments apportés par les collègues de feu Jean-Marie Demange, celui-ci aurait très mal supporté d’avoir perdu la mairie de Thionville aux dernières municipales, qu’il aurait vécu comme un échec personnel. En outre, en instance de divorce avec son épouse, il semblait depuis quelques temps particulièrement déstabilisé. A la suite d’une violente dispute avec sa maîtresse, l’irréparable aurait été commis, sans qu’on sache pour le moment (mais les dépositions des témoins oculaires viendront à coup sûr affiner l’analyse) si le meurtre précédant le suicide a quelque chose de passionnel. On ne sait pas encore s’il s’agit d’un meurtre de sang froid ou d’un meurtre à la Bertrand Cantat.

D’aucuns s’indignent de ce que la représentation nationale ait fait observer une minute de silence à la mémoire de Jean-Marie Demange. Eu égard aux circonstances (il y a eu, semble-t-il, un meurtre), honorer la mémoire d’un suicidé meurtrier est une pilule difficile à avaler.

Mais il faut observer quelque cohérence. L’Assemblée Nationale est une corporation, où l’esprit de corps est particulièrement vivace. On peut s’en désoler, en disant que cela symbolise l’union verrouillée de petits intérêts dans lesquels on s’installe confortablement. Mais les députés, d’où qu’ils viennent, de quelque bord qu’ils se réclament, lorsqu’ils accèdent à la charge de représentant de la Nation, partagent peu ou prou les mêmes horizons. Ce sentiment d’avoir la noble charge de représenter la Nation les soude. L’histoire de la représentation nationale est une suite continue de vibrants hommages rendus. Elle passe avant tout. Pour preuve, accueillir un député, souhaiter bonne chance à un démissionnaire ou saluer la mémoire d’un député disparu ouvre toute séance, dût-elle avoir pour ordre du jour des questions éminemment cruciales pour le pays. Même en temps de guerre, les députés passent avant. Quand les dix-sept députés de la Chambre meurent entre 1914 et 1918 au combat ou par suite de blessures reçues dans le cadre d’une inspection parlementaire des champs de bataille — comme le député Abel Ferry, neveu du grand Jules —, hommage leur est rendu. Quand Roger Salengro se suicide en 1936, la Chambre des Députés salue sa mémoire. Même chose pour Raymond Forni en janvier dernier.

Que les députés saluent la mémoire d’un député, même meurtrier, il n’y a là nul scandale. On ne peut tout de même pas leur demander de crier « Bon, débarras, meurtrier ! » Ce qui serait plus choquant, et qui pour le moment n’est pas évident à démontrer, ce serait de voir ces mêmes députés omettre le geste inqualifiable perpétré par le député avant de se donner la mort. Camarade ou pas, ami ou pas, Jean-Pierre Demange a commis un meurtre. Certes, un meurtre sous une pression psychologique intense, semble-t-il. Mais un meutre quand même. Les députés se tromperaient gravement s’ils voulaient lui donner l’absolution.

Hier, ce n’est pas la Nation qui a rendu hommage à un député. C’est la représentation nationale qui a honoré l’un des siens qui s’est dévoué au bien public. Le scandale et l’ignominie viendront drapées de leur manteau d’horreur si Jean-Pierre Demange a les honneurs de recevoir une cérémonie nationale aux Invalides.

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§ 6 Responses to “Meurtre au balcon, silence dans l’hémicycle”

  • MIP dit :

    il a quand même battu sa victime pendant 10 min avant de revenir et de lui tirer une balle dans la tête … alors passionnel ou pas, cela vaut-il vraiment la peine qu’on lui rende hommage ?

  • JDW dit :

    On se suicide rarement quand on est pas sous pression psychologique, et on commet encore moins de meurtre passionnels quand on est équilibrement constitué.

    Rendre hommage a un suicidé, oui. Rendre hommage à celui qui a mis fin aux jours d’une personne parce que cette dernière voulait être heureuse, non.

    Surtout quand on sait que cette femme était la mère de deux enfants, 13 et 15 ans.

    L’union des députés ne doit pas leur empêcher de reconnaitre la folie d’un des leur et l’écarter des honneurs de sa « famille ».

    Dans quelle maison rendons nous hommage aux morts coupables de telles horreurs ?

  • [...] Un député tue sa maitresse présumée : une minute de silence à l’assemblée (via l’indignation d’Eolas). Mais on apprend que c’est une pratique normale (la minute de silence, pas le meurtre, hein) chez Nick Carraway. [...]

  • Marion dit :

    Rendre hommage à un suicidé, à la limite. Honorer la mémoire d’un meurtrier c’est proprement choquant. Ton argument corporatiste ne sert pas ta démonstration, si c’est choquant c’est bien parce que « l’hommage à la représentation nationale » passe avant la morale.

  • Cocoricooo dit :

    Reconnaissons aux députés le droit d’honorer l’un des leurs, mais, celui-là étant le meurtrier d’une mère de deux enfants, ils auraient dû le faire dans un cadre strictement privé. L’hémicycle n’est pas un club, mais le lieu réservé à la voix du peuple! Leur attitude, totalement irréfléchie, est abjecte. Elle injurie cette mère et ses enfants.

  • SR dit :

    Visiblement, les députés n’étaient pas au courant des circonstances au moment de la minute de silence.

    Les mots exacts de cette minute ici :
    http://rakotoarison.over-blog.com/article-24894095.html

    Et mon billet sur le sujet :
    http://rakotoarison.over-blog.com/article-24883970.html

    Cordialement
    SR

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Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”