La concurrence des mémoires

11 novembre 2008 | Histoire, Société | 1 Réponse

A l’heure où l’on célèbre les morts de la Grande Guerre et où l’on se recueille sur le sens du dévouement à la Mère patrie, sur la paix, sur la coopération européenne, le rapport Kaspi est venu jeter un pavé dans la mare. Le rapport, dirigé par le grand historien André Kaspi, et réunissant un pool d’historiens mémorialistes chevronnés, doit remettre demain des conclusions sans appel : il faut clarifier le mille-feuilles commémoratif français et réunir autour de trois dates (8 mai, 14 juillet, 11 novembre) l’ensemble des commémorations nationales.

J’en parlais ici il y a peu.

Le rapport souligne une inflation mémorielle sans précédent. Depuis Chirac, le nombre de journées officielles de commémoration (non chômées et non fériées) s’est multiplié : les Justes, les harkis, l’esclavage, etc. Et le rapport de s’alarmer des dérives « communautaristes et clientélistes » de ces commémorations à la carte, chaque groupe revendiquant mordicus son droit à être honoré par la République en vertu de son engagement.

Rappelons que le rapport Kaspi ne prévoit pas véritablement de supprimer les autres commémorations, mais de ne leur accorder qu’un statut régional ou communautaire, et exceptionnellement national par périodicité (quinquennale, décennale, etc) ou par la force des événements. Ce qui est en jeu, c’est de redonner un sens à des commémorations qui se diluent dans l’Histoire et dans le calendrier : trop nombreuses, donc trop détaillées pour avoir un sens, et devenant de plus en plus lointaines dans le temps.

La polémique n’a pas tardé à naître avec le CRAN, qui porte bien son nom d’ailleurs. Patrick Lozès est monté au créneau en dénonçant les conclusions du rapport Kaspi. Il craint une « concurrence des mémoires », c’est à dire un tri arbitraire entre ce qui serait digne d’être commémoré et ce qui ne le serait pas. Sauf que ce n’est pas l’Elysée qui fait de la concurrence des mémoires. Ce sont tous ces lobbies mémoriels revendicatifs qui se battent pour avoir leur peau de chagrin, leur jour de commémoration, pour leur seule satisfaction. Ils se battent pour s’accapparer les honneurs de la République au seul profit de leur groupe restreint.

Quel besoin y a-t-il d’honorer à la fois les Justes, les déportés et le souvenir des années noires alors qu’on pourrait tout faire sur une seule journée ? Cela aurait le mérite d’envisager les choses sous leur globalité. Par ailleurs, réunir la Nation tout entière autour de deux ou trois dates symboliques aurait le mérite de réaliser l’harmonie et l’homogénéité. Pour vaincre l’occupant allemand et la folie délatrice qui envoya des centaines de milliers de Juifs français et républicains dans les camps de la mort, il a fallu le courage et la dévotion des résistants, héros anonymes, des Justes, des soldats. Pour vaincre le Reich wilhelmien en 14, il a fallu réaliser l’unité entière de la Nation, combattants, marraines de guerre, alliés, tirailleurs et soldats coloniaux. Les victoires françaises en 1918 et 1945 sont des victoires qui doivent être nationalement célébrées, comme celles de la victoire d’une Nation unie et soudée en son sein.

Harkis, tirailleurs, Justes et déportés font partie de cette histoire que la République porte en elle aux grandes commémorations nationales. Ces héros anonymes qui se sont levés spontanément pour défendre un pays qu’ils aimaient et qui sont morts pour lui, doivent être à juste titre honorés par la Nation. Mais pas plus, pas moins, que leurs compères. Le pas moins commence par ne pas les oublier. Le pas plus par ne pas faire de la discrimination positive de mauvais aloi.

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§ One Response to “La concurrence des mémoires”

Fiche

Nick Carraway

Miss Baker and I exchanged a short glance consciously devoid of meaning. I was about to speak when she sat up alertly and said “Sh!” in a warning voice. A subdued impassioned murmur was audible in the room beyond, and Miss Baker leaned forward unashamed, trying to hear. The murmur trembled on the verge of coherence, sank down, mounted excitedly, and then ceased altogether.

“This Mr. Gatsby you spoke of is my neighbor——” I said.

“Don’t talk. I want to hear what happens.”

“Is something happening?” I inquired innocently.

“You mean to say you don’t know?” said Miss Baker, honestly surprised. “I thought everybody knew.”

“I don’t.”

“Why——” she said hesitantly, “Tom’s got some woman in New York.”

“Got some woman?” I repeated blankly.

Miss Baker nodded.

“She might have the decency not to telephone him at dinner time. Don’t you think?”